Mobilisation des réseaux ou mobilisation des citoyens ?

Dans notre contexte actuel d’un néo-libéralisme triomphant, de son principal promoteur au gouvernement canadien et d’un gouvernement provincial corrompu et prêt à toutes les magouilles pour vendre le Québec et l’appareil d’État au plus offrant, cela nous oblige au constat qu’on ne peut compter sur le NPD au Canada, ni sur Québec solidaire et encore moins sur le PQ au Québec pour s’opposer à l’offensive néo-libérale qui nous accable. Face à ces gouvernements majoritaires et déterminés à imposer leur joug sur les classes populaires, ils ne disposent tout simplement pas d’un rapport de force politique assez efficace.

Aussi, actuellement, seule la mobilisation populaire se révèle plus que jamais déterminante pour faire contrepoids à pareils rouleaux compresseurs qui grugent nos acquis sociaux des cinquante dernières années et appauvrissent de plus en plus la grande majorité du peuple.

S’opposant aux politiques des gouvernements en place, les mouvements populaires sont ainsi amenés à s’occuper de plus en plus de politique. À cet égard, ceux-ci ont cependant une longue feuille de route. En effet, nos revendications sociales et économiques nous ont toujours amenés à confronter les politiques gouvernementales, voire même à lier nos approches sectorielles à l’ensemble des enjeux sociaux et ainsi à faire carrément de la politique.

Dès lors que nous nous situons sur ce terrain, il faut tenir compte des règles incontournables qui le régissent. Et ce, d’autant plus que, à certains égards, nous avons pris du retard pour contrer le plan néo-libéral en cours et que nous avons même subit plusieurs reculs qui ont rendu nos adversaires de plus en plus arrogants et sûrs de leur victoire.

Aussi, la 1ère question qui se pose pour gagner nos luttes politiques est celui du rapport de force. On y arrive la plupart du temps en gagnant la bataille de l’opinion publique. Mais face à l’imposante machine gouvernementale et au discours de la pensée unique qui domine les médias, il ne suffit pas en la matière d’avoir de bons arguments. Il faut aussi pouvoir compter sur un nombre significatifs de citoyens qui soient de notre bord. Traduction en langage politicien : pour faire reculer les gouvernements, il faut mobiliser un nombre important de citoyens.

À cet égard, les luttes populaires du Surois, du Mont-Orford et, dans une certaine mesure, du Gaz de schiste, sont exemplaires. Cependant, celles-ci demeurent réactives et spontanées. Elles ne sont pas le fait de réseaux organisés, mais de citoyens agressés dans leur environnement et qui résistent à l’envahisseur. De plus, dans leur ensemble, bien qu’elles remettent en cause des choix gouvernementaux pourtant révélateurs du système politique qui les engendrent, elles ne mobilisent pas souvent leur monde sur cette réalité pourtant déterminante pour bien comprendre la force de l’adversaire et les actions à poser pour lui résister. Bref, bien qu’elles constituent une révolte légitime que nous devons soutenir, ces luttes spontanées ne capitalisent pas sur cette mobilisation populaire pour développer une conscience globale de la source du problème qu’elles confrontent et, en ce sens, elles ne construisent pas un rapport de force durable.

Ce problème m’amène à poser une 2e question cruciale pour le succès de notre démarche : comment développer à chaque lutte un rapport de force qui croit de plus en plus en notre faveur. À cette question, les luttes victorieuses des mouvements populaires organisés nous apportent elles aussi des réponses.

Les victoires du mouvement des femmes et son renforcement au cours des ans, par delà ses contradictions internes, ont toujours reposé sur trois conditions déterminantes :

  • une analyse des enjeux qui interpelle le modèle social et les politiques qui en résultent,
  • une approche qui dépasse les seules luttes défensives pour inscrire celles-ci dans une approche plus offensive qui offre une perspective politique de changement profond,
  • une base citoyenne qui se reconnait dans cette analyse et qui est prête à se mobiliser pour la faire valoir.

La Marche des femmes Du pain et des roses en est un exemple éclatant qui a marqué l’histoire militante du Québec.

Les victoires et la persistance du mouvement écologiste ont de même répondu à ces 3 conditions,

  • remettre en question le modèle de développement actuel,
  • offrir une perspective de société respectant l’environnement,
  • et tabler sur une base citoyenne importante, de plus en plus informée de ces enjeux et capable de se mobiliser pour les défendre.

Le mouvement étudiant, quant à lui, a récolté certaines victoires quand il a su réunir ces conditions

  • relier ses revendications à des choix de société,
  • interpeller l’opinion publique sur ces choix,
  • et renouveler sa base étudiante, par définition pourtant changeante, et la faire adhérer à son analyse.

Le mouvement communautaire a connu également ses heures de gloire quand il a su réunir ces trois conditions.

  • En effet, dans les années 70, la création des cliniques populaires de santé, des clubs populaires de consommateurs, des garderies populaires, des cliniques juridiques ne se sont pas faites pour les citoyens des quartiers mais avec eux.
  • Elles reposaient sur une analyse des déficiences du système politique en place
  • et démontraient concrètement quelles formes concrètes de pouvoir populaire nous voulions mettre en place.

Un autre exemple plus récent de la mobilisation victorieuse du mouvement communautaire fut celle du Collectif pour un Québec sans pauvreté qui a su créer un vaste mouvement social pour faire inscrire dans une loi la responsabilité de l’État pour l’éradication de la pauvreté. Bien qu’il ait perdu la bataille pour faire reconnaitre cette revendication de vivre décemment comme un droit, il a réussi tout de même à faire passer la question de la pauvreté d’une responsabilité individuelle à une responsabilité de société. Ce n’est pas rien et, en ce sens, cela nous donne un outil supplémentaire pour notre travail militant.

  • Il y est arrivé en dénonçant les politiques gouvernementales en la matière, en démontrant leurs conséquences dans la vie coutante des personnes touchées et en mettant ces politiques en contradiction avec les déclarations internationales de nos gouvernants en faveur de l’éradication de la pauvreté dans le monde
  • En inscrivant sa démarche dans une perspective de création d’un monde plus juste envers les travailleurs (salaire minimum) et les personnes vivant de l’aide de l’état.
  • En mobilisant enfin plusieurs personnes appauvries et une vaste gamme de réseaux populaires et publics concernés.

Le mouvement syndical a également connu maintes luttes décisives par le passé. Que l’on pense aux victoires concernant les lois du travail, celles créant l’assurance chômage et la sécurité du revenu, celles concernant les pensions de vieillesse, sans compter les premières grandes luttes du Front commun de la fonction publique. Toutes ces luttes avaient alors pour toile de fond

  • Une remise en question des politiques gouvernementales
  • Une perspective offerte à leurs membres et aux citoyens en général de créer une société plus juste face aux puissances de l’argent
  • Et une mobilisation forte de leurs travailleurs et travailleuses basée sur leur adhésion à ces demandes et à cette perspective.

La mobilisation actuelle

À l’heure où nous nous concertons pour mobiliser nos grands réseaux populaires dans la lutte contre la tarification et la privatisation des services publics et, encore une fois, dans notre lutte contre la pauvreté, nous sommes cependant en droit  de nous demander si les deux plus importants de ces réseaux réunissent encore ces trois conditions pour effectivement contrer les offensives néo-libérales, préserver nos acquis durement gagnés et profiter de cette large mobilisation pour esquisser des alternatives de société.

À cet égard, on le constate, les grands mouvements communautaires et syndicaux, qui réunissent pourtant beaucoup plus d’organismes que les autres mouvements, peinent, sauf exception, à faire valoir leurs revendications et à gagner leurs luttes.

Dans le cas du mouvement communautaire, nous constatons que, pour une bonne partie de ses effectifs, l’évolution de leur nature et de leur composition au fil des subventions gouvernementales les ont transformées profondément. Dépendant entièrement du financement gouvernemental ou de fondations privées, les groupes communautaires, de soutiens à l’organisation citoyenne qu’ils étaient dans les années 70-80, sont devenus, pour plusieurs d’entre eux, des sous-contractants et donc des remplaçants des responsabilités de l’État.

On retrouve ces groupes notamment dans les secteurs très ciblés de la recherche d’emploi, du développement économique local et du soutien à des clientèles précises et diverses. Sauf exception que nous verrons plus loin, on assiste ici à un simple transfert de services aux ‘clients’, sans effort ou volonté de réseautage ou d’organisation citoyenne autour de ces services. Se confondant pour les citoyens qui empruntent leurs services aux employés de l’État, mais avec des salaires beaucoup moins bien payés, ces fonctionnaires du communautaire sont exploités. L’État qui les subventionne compte en effet sur leur engagement social pour les maintenir dans ces conditions.

Il faut ajouter à ces organismes communautaires sous-contractants de l’État, d’autres groupes plus progressistes, mais qui n’ont développé, eux aussi, dans leurs pratiques aucune base citoyenne. On parle ici de groupes offrant à leurs usagers des informations utiles, mais qui, de par la nature même de leurs activités, ne favorisent pas le regroupement de ces usagers à leur cause. Ces groupes se battent pour les citoyens, mais rarement avec eux. Ils se retrouvent alors sans réel rapport de force, privés qu’ils sont de cette base citoyenne pour laquelle pourtant ils livrent bataille, mais qu’ils ne peuvent mobiliser.

Dans d’autres secteurs par contre, comme le logement social, les réseaux familles, les ADDS, le Front commun des personnes assistées sociales, on s’est développé sur une base plus revendicatrice en remettant en question les choix de société dans le domaine et en permettant aux membres de ces réseaux de développer un certain contrôle sur leur organisation. Aussi, alors qu’ils offrent aussi des services d’information, ceux-ci réussissent à développer une certaine assise citoyenne qui se reconnait dans ces organismes et se mobilise à l’occasion pour faire avancer leurs causes.

On le voit, le mouvement communautaire dans son ensemble s’est grandement affaibli et il a besoin, pour plusieurs de ses composantes, de retrouver ses racines citoyennes pour prétendre développer un rapport de force digne de ce nom.

En attendant, le mouvement communautaire autonome y parvient dans certaine de ses luttes en tablant sur ses réseaux ayant conservé leurs assises citoyennes et en s’alliant à d’autres réseaux comme celui des femmes et de certains syndicats.

Dans le cas du mouvement syndical, la situation est moins évidente. Bien qu’il ait une base citoyenne imposante et dépende pour ses activités d’une autonomie financière qui lui vient de celle-ci, les grandes centrales syndicales font, depuis plusieurs années, de moins en moins appel à cette base pour appuyer leurs demandes au profit des seules  négociations avec le gouvernement. Se privant ainsi d’un réel rapport de force, elles subissent donc défaites sur défaites.

Serait-ce qu’elles ont troqué, depuis la grande messe de Lucien Bouchard, le point de vue des intérêts de classe de leurs membres contre celui de financiers d’entreprises que leur confèrent leurs fonds de solidarité ? Serait-ce aussi qu’elles ont épousé de plus en plus la logique de l’État sur les limites de ses finances, sans mettre dans la balance ses choix de priorités, ni celles de ses politique fiscales et de redevances sur les ressources naturelles ? Ces questions restent posées et méritent réflexion. Car elles remettent en question les priorités et les stratégies des grandes centrales dans le contexte actuel.

Elles se révèlent de plus essentielles si nous voulons opposer aux offensives musclées des patrons et de l’État qui les sert une résistance de circonstance nous permettant d’échapper un tant soit peu à la déperdition accélérée de nos conditions de vie et, pourquoi pas, passer à l’offensive pour bâtir un monde qui réponde non seulement à nos besoins, mais aussi à nos aspirations.

Prenons pour ce faire exemple sur les syndicats qui développent une vie syndicale forte basée sur la conscience de la communauté d’intérêt de leurs membres, de la force de leur nombre et de leur capacité à améliorer leurs conditions et celle de leur milieu.

Et comparons-les avec les syndicats qui, pour plusieurs de leurs membres, sont devenues une sorte de police d’assurance personnelle à qui l’ont verse des paiements en retour de services. Quelles sont leurs structures respectives de participation, leurs sujets de programme d’éducation et leurs principales activités courantes ? On y trouvera sûrement matière à expliquer les gains des premiers et les défaites des seconds. Je laisse cependant le développement de ces questions à mon confrère panéliste, Jean-Pierre Daubois, et aux échanges que nous aurons par la suite.

Par contre, concernant le monde du travail, je tiens à ajouter que, depuis 2008, 80% des emplois créées sont des emplois précaires. Il ne s’agit donc pas là d’un accident de parcours, mais d’une tendance lourde déstructurant la classe laborieuse et la parcellisant en une multitude d’individus isolés les uns des autres, vulnérables et corvéables à souhait et, par conséquent, peu conscients de leur force collective. La riposte organisée des travailleurs et des travailleuses est dans ces conditions de plus en plus difficile.

Quelle réflexion les syndicats ont-ils développée sur cette transformation des forces du travail et quelles pistes d’organisation envisagent-ils pour faire face à ce déclin des forces laborieuses organisées ? À moins de laisser pour compte cette partie de plus en plus importante des travailleurs et surtout des travailleuses, cette question mérite une attention soutenue, car elle deviendra déterminante pour l’avenir de nos luttes et de notre projet social.

Quelques pistes de réflexion

Pout répondre à toutes ces questions, je vous soumets quelques pistes de réflexion. On l’a vu, les mouvements sociaux qui peuvent soutenir un rapport de force sur le long terme sont ceux qui mettent carte sur table quant aux enjeux politiques de leurs revendications et de leurs luttes et qui, sur cette base, peuvent mobiliser à maintes reprises un nombre important de citoyens et citoyennes. Ces mouvements sont souvent porteurs de cause leur permettant d’offrir à leurs membres et sympathisants une vision d’un monde meilleur. Celle-ci donne de la perspective autant à leurs revendications à long terme qu’à leur résistance du moment. Ils se mobilisent non pas seulement pour défendre des acquis, mais aussi pour construire une alternative au modèle existant de société. En fait, ils insufflent à ces luttes un horizon à atteindre et un espoir de dépasser l’état actuel de choses.

On pourrait croire que ces conditions sont l’apanage de certaines causes remettant plus profondément en question l’ordre établi et que cela n’est pas donné à tous les mouvements sociaux d’être ainsi confrontés à l’inacceptable.

Pourtant, je vais vous donner un exemple où la possibilité de remise en question de la société n’est apparemment pas évidente et l’organisation citoyenne ne semble pas, à première vue, porteuse de changement profond. Je parle ici du domaine du soutien alimentaire, communément appelé sécurité alimentaire, domaine que je connais beaucoup mieux pour y œuvré depuis 40 ans.

Les réseaux citoyens d’économie et d’entraide en alimentation

On nous a habitués dans ce domaine à l’approche caritative sous forme de don alimentaire aux plus pauvres d’entre nous au point où même plusieurs organisations sociales comme plusieurs syndicats en ont fait un rituel annuel à l’approche des Fêtes. Pour plusieurs organismes qui y travaillent, la majorité en fait, cette approche tient lieu de solution temporaire à la pauvreté.

Or, dans le contexte des crises alimentaires successives que nous connaissons depuis quelques années et qui nous valent depuis 2008 une augmentation du panier alimentaire de plus de 25%, la question de la hausse des prix de première nécessité interpelle de plus en plus de gens, notamment ceux de la classe moyenne peu aisée aux prises avec les autres impacts des crises économiques, soit la mise à pied de milliers de personnes et la baisse objective du revenu des syndiqués ou des travailleurs précaires, des chômeurs ou des assistés sociaux, des féministes ou des écologistes, des étudiants ou des personnes âgées, bref de la majorité de la population qui glisse de plus en plus vers la pauvreté.

Parmi les initiatives communautaires qui dépassent le don alimentaire et qui s’attaquent à ce phénomène de l’accès économique à l’alimentation, certaines méritent alors un regard attentif, en cela qu’elles sont porteuses des 3 conditions évoquées plus haut et permettent de créer et de maintenir un rapport de force favorable à tous les mouvements sociaux confondus. Je parle ici des cuisines collectives et des groupes d’achats coopératifs.

Les premières, les cuisines collectives, regroupent une ou deux fois par mois quelques 7 à 10 personnes désirant cuisiner ensemble à bas prix et qui, pour ce faire, décident ensemble des plats et du volume à cuisiner en fonction des bouches à nourrir, achètent collectivement leurs denrées, les apprêtent en commun et se les divisent en portions pour congélation pour la période à couvrir. Elles peuvent ou non y associer des ateliers d’éducation populaire où sont abordées des questions développant la conscience sociale.

Les seconds, les groupes d’achats coopératifs regroupent une fois par mois de vingt à trente personnes, parfois plus, désirant acheter collectivement leurs denrées pour le mois et qui, pour se faire, se regroupent en début de mois autour d’un souper communautaire où chacun apporte un plat, remplissent leur commande à partir de listes de denrées et de prix préparées par les responsables, confient cette liste à une personne qui en fait la conciliation pour aboutir en fin de soirée à compléter les listes pour obtenir les prix de gros associés aux volumes à atteindre.

Entretemps, un bon deux heures est employée à explorer avec une personne ressource un sujet d’intérêt commun, en d’autres mots, un temps employé à s’informer et à discuter d’enjeux sociaux ou d’activités communes envisagées. Bref, les gens ont fait leur épicerie du mois, ont participé à un festin, ont appris de nouvelles choses et ont pris certaines décisions concernant leurs objectifs communs. Ils ont passé une belle soirée.

Dans chacun des deux cas, il s’agit là de rencontres régulières permettant aux membres :de répondre à un besoin fondamental : se nourrir, d’améliorer sensiblement leurs conditions de vie (pour les groupes d’achats : 52% d’économie sur les fruits et légumes, 35% sur la viande, 30% sur les fromages et les poissons, etc), de regrouper les classes populaires autour d’objectifs communs (travailleurs, chômeurs, assistés sociaux, retraités), d’expérimenter la force du nombre et la capacité collective de changer les choses, de prendre conscience des liens entre leurs conditions de vie et l’environnement politique et d’expérimenter concrètement l’exercice d’un certain pouvoir.

Évidemment, ces possibilités dépendent de la volonté politique des organisateurs du groupe d’offrir cette approche aux participants. Certains organismes par exemple n’en ont retenu que strictement l’achat collectif offrant à leurs usagers une liste qu’ils remplissent par courriel et qu’ils reçoivent par livraison ou des paniers préparés d’avance et expédiés à des points de chute précis.

Exit alors le groupe et toutes les activités de conscience sociale associées.

Ces formules de réseaux citoyens d’économie et d’entraide, comme je les appelle, peuvent se greffer à la mission de la plupart des organismes comme l’ont démontré plusieurs groupes écologistes qui ont développé des achats collectifs bio, plusieurs groupes féministes qui ont développé des cuisines collectives avec leurs usagères, quelques groupes étudiants qui ont créé des groupes d’achats et d’autres activités de cuisines collectives et évidemment plusieurs groupes communautaires qui les ont ajouté à leurs pratiques de don alimentaire ou les ont remplacé par ces approches plus émancipatrices.

De ce fait, ces groupes se sont donné un réseau de personnes qui ont une raison objective de les fréquenter de façon régulière (l’économie qu’ils réalisent), qui expérimentent concrètement les effets sur leur vie de la solidarité (développement d’une marge de manœuvre budgétaire), qui brisent leur isolement en partageant avec d’autres un festin communautaire et en s’ouvrant aux réalités politiques qui les concernent et qui expérimentent leurs capacités à décider collectivement de leurs  activités et luttes pour leur mieux être collectif.

Aussi, rien n’empêche un syndicat d’ajouter à son mandat premier la création d’un groupe d’achat coopératif, notamment à l’occasion d’une grève ou d’un lock-out comme l’ont expérimenté à leur grand plaisir les lockoutés de Radio-Canada il y a quelques années et de poursuivre l’expérience par la suite au profit de leurs membres.

Après tout, il s’agit là de regrouper le pouvoir financier de leurs membres pour améliorer leurs conditions de vie immédiates au même titre qu’ils ont pris l’initiative de regrouper leur pouvoir financier pour leur assurer une meilleure retraite.

L’intérêt de la première formule sur la seconde, c’est qu’elle permet aux travailleurs et travailleuses d’améliorer concrètement et immédiatement leurs conditions de vie, de prendre conscience mensuellement de leur force collective à améliorer concrètement leurs conditions de vie. C’est aussi une occasion régulière d’expérimenter son pouvoir citoyen de modifier son environnement sociale et politique.

Il s’agit là, vous l’avez compris, d’un exemple de renouvellement des pratiques militantes qui ne constituent en aucun cas une panacée qui puisse répondre à toutes les questions des groupes sociaux quant au développement de leur base citoyenne et de sa conscience sociale ou quant à la portée politique de leur mission et de leurs activités.

Mais elle a l’avantage de partir des conditions concrètes qui agressent présentement, et pour longtemps semble-t-il, les citoyens que nous côtoyons ou que nous regroupons pour explorer de nouvelles avenues porteuses d’un renouveau et d’un renforcement de nos mouvements populaires et de leur conscience de classe.

À l’instar de ces exemples, d’autres pistes d’organisation restent à explorer dans chacune de nos sphères d’intervention. Si nous voulons nous donner les moyens de nos ambitions, nous nous efforcerons de le faire en répondant aux besoins concrets des gens mais aussi à leurs aspirations, en liant la situation qu’ils vivent et les revendications que nous leur proposons aux enjeux politiques qui les sous-tendent et en situant nos luttes collectives dans une perspective d’un réel changement de société.

Car, ne l’oublions pas, notre seule force, en bout de piste, nous vient de notre nombre.

(Intervention lors de l’université des NCS 25-27 août 2011)