Trump n’était pas encore élu, mais à l’été 2024, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau a pris une série de mesures rendant très difficile la vie des personnes migrantes au Canada. Prolongeant la décision du gouvernement québécois de François Legault de geler dans la région de Montréal les autorisations données aux entreprises pour recruter ou garder à leur emploi des travailleuses ou travailleurs migrants temporaires (TMT) sur des postes dits à bas salaires[1], le gouvernement fédéral libéral l’a étendue à toutes les zones métropolitaines où le taux de chômage atteint ou dépasse 6 %[2]. Parallèlement, rien n’a été prévu pour protéger les travailleuses et travailleurs migrants déjà présents sur le territoire et qui y font leur vie – car les entreprises comblent ainsi des besoins permanents – du risque d’avoir à plier bagage ou de continuer de vivre au Canada, mais sans statut.
Pourtant les ministres qui gèrent ces programmes et ces autorisations savent que les personnes entrant au Canada par le programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) et même, pour certaines, par le programme de mobilité internationale (PMI), n’ont pas de permis à proprement parler : c’est leur employeur qui a une autorisation pour les recruter[3]. Si celui-ci rompt le contrat ou n’obtient pas de réponse positive à sa demande de renouvellement d’une EIMT (voir la note 2), la travailleuse ou le travailleur doit quitter le Canada dans les 90 jours après la période initialement prévue, à moins qu’elle ou il trouve immédiatement un autre employeur ayant obtenu une EIMT et souhaitant le recruter. Voilà pourquoi on parle de « permis fermé ». Faute de droits qui leur soient attachés en propre, les travailleurs et travailleuses du PTET n’ont presque pas de voie administrative d’accès à un permis ouvert, à moins de s’être fait abuser ou violenter par son employeur[4]. Quant aux démarches menant à la résidence permanente, elles sont complexes et très restreintes, en particulier pour les travailleuses et travailleurs migrants à bas salaire au Québec, car le gouvernement caquiste de François Legault, qui se plaint que le champ de compétence du Québec en immigration n’est jamais assez grand, les en a exclus, à quelques exceptions près (notamment en agroalimentaire et chez les préposé·e·s aux bénéficiaires).
D’autres mesures prises réduisent l’accueil de réfugié·e·s et le regroupement familial. Une partie pénalise les étudiantes et étudiants internationaux – dont les frais de scolarité apportent une part de financement non négligeable aux universités ; par exemple, de nouvelles exigences sont ajoutées pour obtenir un permis de travail postdiplôme tandis que les possibilités de regroupement familial ont été restreintes.
Pourquoi le gouvernement libéral a-t-il adopté de telles mesures ? L’objectif officiel est pour réduire le nombre d’entrées de personnes migrantes temporaires au Canada et au Québec, qui s’est accru dans l’après-pandémie, contrairement au nombre d’entrées de résidentes et résidents permanents – une tendance dont les responsables politiques ne peuvent ignorer qu’elle est à l’œuvre depuis deux décennies puisque depuis 2008, les entrées au Canada avec un statut temporaire surpassent les entrées par la voie de la résidence permanente[5].
Mais comment expliquer que les politiques adoptées récemment ne s’embarrassent guère des conséquences pour les travailleuses, travailleurs, étudiantes et étudiants concernés ? Preuve en est de l’abandon du programme de régularisation promis par Justin Trudeau après sa réélection en septembre 2021, à la sortie de la pandémie; on oublie ainsi les anges gardiens et tous ceux et celles qui avaient continué à travailler pendant la pandémie au risque de leur vie.
C’est que depuis la fin de 2023, le débat public a commencé à être rythmé par la perspective d’une élection fédérale où les conservateurs menés par Pierre Poilièvre avaient le vent en poupe, du moins jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis. Le succès des conservateurs a été analysé par les libéraux comme résultant du fait que Poilièvre se montrait résolu à contrôler une immigration qu’il rendait responsable de tous les maux sociaux et qu’il criminalisait dans ses discours, comme le fait le gouvernement Legault au Québec. En réalité, si des électrices et électeurs semblaient se détourner du Parti libéral, c’est sans doute qu’elles et ils sont affectés par la montée des inégalités, pris en tenaille entre l’inflation et la montée des taux d’intérêt.
Mais le gouvernement Trudeau ne s’est pas attaqué aux inégalités croissantes et aux racines de la crise du logement. Il n’a pas adopté de politique de soutien au logement social ou vraiment abordable dans un contexte de marchandisation du logement et de spéculation immobilière. Il a reproduit les mêmes stratégies de fuite en avant que celles adoptées par des partis équivalents en Europe : croyant récupérer des voix, il a mis en œuvre des politiques banalisant la criminalisation de l’immigration, en brossant dans le sens du poil les discours qui transforment les personnes migrantes ou demandeuses d’asile[6] en boucs émissaires des problèmes sociaux. L’illustrent le renforcement de la surveillance de la frontière entre le Canada et les États-Unis avec force démonstration publique et les déclarations de Marc Miller, ministre de l’Immigration de l’époque, préférant cibler les personnes migrantes plutôt que les nombreux employeurs, recruteurs et agences de placement qui en abusent en contrevenant à la loi[7]. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que ces personnes migrantes soient traitées comme des dommages collatéraux de choix politiques et non comme des êtres humains dont la dignité et les droits doivent être prioritairement respectés et protégés, comme le prévoient d’ailleurs les conventions internationales signées par le Canada.
Au Québec, le ciblage des immigrantes et immigrants comme boucs émissaires reste minoritaire. Contrairement aux autres provinces du Canada, pour lesquelles, en moyenne, 62 % des habitants déclarent qu’il y a trop d’immigrants, ce sont 46 % des Québécois qui cochent cette réponse. Cependant, pour ces derniers, comme pour les autres Canadiens, à force de l’entendre, ils finissent par croire qu’il y a trop d’immigrants par rapport au nombre de logements disponibles[8]. Les personnes sondées sont sensibles aussi à l’augmentation de la présence de personnes migrantes, travailleuses ou étudiantes, avec un statut temporaire, et doutent que ces personnes puissent s’intégrer aussi bien que des personnes résidentes permanentes, ou s’inquiètent que trop d’immigrants n’adoptent pas les valeurs canadiennes – une rhétorique largement développée par les conservateurs au Canada et par le gouvernement caquiste au Québec. Cette croyance est pourtant loin des faits, en tout cas au Québec, où les candidates et candidats à l’immigration permanente réussissent à un taux de quasi 100 % le test des valeurs imposé par le gouvernement Legault depuis 2020[9] !
On peut penser que les Québécoises et les Québécois se démarquent dans les résultats du sondage par rapport aux habitants des autres provinces en raison de leur attachement à un modèle d’État social, l’État-providence, plus développé, ce qui les rendrait plus sceptiques face à un discours désignant les personnes migrantes comme responsables des problèmes sociaux. On y maitrise sans doute mieux le lien entre fiscalité progressive et financement des services publics, ou le rôle qu’a l’État dans le développement de logements abordables.
Mais à ce jour, le Québec est aussi la seule province où il existe une large coalition regroupant 45 organismes : des organisations au service des personnes migrantes ou les organisant, comme le Centre des travailleurs et travailleuses migrants (CTTI); des organismes de défense des droits, telles Amnistie internationale Canada francophone, la Ligue des droits et libertés; toutes les centrales syndicales ainsi que l’APTS et la FIQ[10]; la Fédération des femmes du Québec et nombre de regroupements ou de tables pour les droits des femmes qui sont conscients des abus spécifiques que subissent les femmes migrantes avec un statut temporaire ou sans statut; de nombreux organismes à Québec et en région, dont le Bas-Saint-Laurent et l’Estrie, confrontés là aussi aux cas d’abus de travailleuses et travailleurs migrants temporaires. Enfin, on compte aussi dans la coalition québécoise des organismes qui souhaitent d’autant plus vivement déconstruire les discours anti-immigrants qu’ils sont bien placés pour pointer les causes des problèmes sociaux, tel le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) qui se bat de longue date pour le droit au logement.
Créée en 2022 à partir de quelques organisations et sous la poussée de la mobilisation des premières et premiers concernés, cette coalition baptisée Campagne québécoise pour la régularisation et pour la justice migrante[11] a multiplié les interventions sous forme de communiqués, lettres ouvertes et rassemblements ou manifestations, pour réclamer un programme de régularisation large et inclusif, et aussi pour dénoncer les discours anti-immigrants ainsi que le système d’immigration à deux vitesses[12] – avec la création à partir de 1966 des programmes de travail temporaire, qui visent essentiellement la main-d’œuvre provenant des pays du Sud dont le Guatemala, le Mexique, et les Philippines. À l’automne 2024, la coalition a permis de mobiliser largement autour d’une position de dénonciation des mesures prises à l’encontre des travailleuses et travailleurs migrants temporaires, en dégageant un consensus non pas pour réclamer leur annulation – puisque parallèlement, la coalition demande de prioriser les entrées par la résidence permanente – mais pour obtenir que ces mesures ne soient pas appliquées à celles et ceux déjà présents sur le territoire et pour lesquels est réclamé l’accès à la résidence permanente. Elle a ainsi contribué à légitimer des actions concrètes des organisations membres pour accompagner les personnes migrantes temporaires affectées, qui se voient privées de statut ou à la recherche d’un employeur.
La capacité de la coalition à prendre rapidement position d’une manière cohérente et satisfaisante pour ses nombreux membres tient à la qualité des débats et au fait d’avoir su anticiper qu’il serait nécessaire de mener une campagne publique pour relier les revendications – un programme de régularisation large et inclusif, l’abolition du permis fermé, le moratoire sur les détentions et déportations et la priorisation du statut de résident permanent – à la déconstruction du discours anti-immigrant. La coalition a ainsi organisé une semaine d’action du 2 au 9 novembre 2024 qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes et permis de faire converger ses actions en tant que coalition[13] avec les différentes initiatives de ses membres, comme une conférence de la Ligue des droits et libertés[14] ou le lancement de vidéos réalisées par l’Observatoire pour la justice migrante présentant une dénonciation humoristique des discours contre les personnes migrantes temporaires ou demandeuses d’asile[15].
Dans sa pratique, la coalition est aussi une chambre d’écho des initiatives des différents membres, par exemple de la campagne pour l’abolition du permis fermé lancé à l’automne 2024 par Amnistie internationale Canada francophone en collaboration avec, notamment, l’Association pour les droits des travailleurs ses de maison et de ferme (DTMF-RHFW)[16]. Elle a aussi relayé la mobilisation des travailleuses et travailleurs migrants temporaires ou sans papier le 18 décembre 2024, qui s’organisait avec le CTTI, Migrante Québec et Migrante Canada ainsi que l’Alliance internationale des migrants au Canada, pour mener des actions autour des lieux de travail dans tout le Canada, pour protester contre la trahison des promesses, les resserrements des permis temporaires sans abolition du permis fermé ni accès à la résidence permanente et pour montrer que « rien ne bouge sans nous ». Une mobilisation qui a eu un important succès médiatique et reçu un appui significatif des centrales syndicales.
Enfin, ce qui soude sans doute les membres lors des réunions de la coalition, c’est la reconnaissance du rôle primordial que doivent jouer les personnes migrantes dans la définition des actions de la coalition (avec l’appui de leurs organisations qui participent à la coalition) et le fait de partager des analyses sur la période actuelle, comme lors de la seconde rencontre stratégique de la coalition en février 2025. Une sorte de consensus se dégage sur le fait que la montée des discours anti-immigrants s’inscrit dans une période mondiale de durcissement des politiques envers les travailleuses et travailleurs et d’une répression ouverte et violente des conflits sociaux, y compris dans l’Union européenne, pourtant longtemps considérée comme un modèle social. Les réorientations des politiques migratoires au Canada participent d’une dynamique mondiale s’appuyant sur un recours accru à l’autoritarisme et sur l’abandon par les États-nations de la recherche d’intérêts communs au profit d’intérêts privés – ce qu’illustre entre autres l’accélération de la privatisation de services publics, en particulier de la santé.
Ce durcissement des politiques sociales et migratoires des États-nations s’accompagne aussi d’un repli sur ce qui est considéré comme la « majorité » de la population, à laquelle on associe des valeurs et une culture que ne partageraient pas les personnes migrantes ou immigrantes. Au Québec, l’illustration en est donnée par la décision du gouvernement Legault de revenir à la charge, après la Loi sur la laïcité (loi 21) toujours contestée, avec le projet de loi 84 (PL 84) sur l’intégration nationale en février 2025. Ajoutons que récemment, en mars, le gouvernement a déposé un autre projet de loi, le PL 94[17], une relecture caquiste des événements de l’école Bedford[18] qui aboutit sur des interdictions étendues de port de signes religieux et sur une forme d’encadrement des pratiques pédagogiques.
Les attaques sur les dimensions culturelle ou idéologique ont leur raison d’être : celle de justifier un traitement de deuxième ou troisième zone des personnes migrantes racisées, au prétexte qu’elles ne partageraient pas les valeurs majoritaires et qu’il ne serait plus d’actualité de défendre les droits des minorités, comme le prétend le PL84 (voir l’encadré). Dans la compétition que se mènent les États, et en particulier dans la guerre économique que se livrent les grandes puissances européennes ou nord-américaines et les puissances montantes (comme la Chine, l’Inde, le Brésil), la gestion contrôlée des flux migratoires, c’est-à-dire la vassalisation d’une partie de la main-d’œuvre, celle qui vient des Suds et souvent des anciennes colonies, devient une sorte d’avantage compétitif, en tout cas pour les pays du Nord. Car, ainsi, ils réintroduisent les Suds au sein même de leur pays, au profit notamment des secteurs d’activité qui ne peuvent se délocaliser, et modernisent les dominations pour accumuler du capital non seulement par un processus de dépossession (ou de vol, nommons-le, dans le cadre de l’extractivisme), mais aussi par un processus de reproduction élargie.
Articuler luttes contre l’austérité et luttes contre la transformation des personnes migrantes en boucs émissaires
Dans ce contexte, et même si le sentiment anti-Trump au Canada ne fait guère de doute – en témoigne la baisse des conservateurs dans les sondages à la mi-mars –, il peut paraitre inquiétant de constater, toujours selon le sondage sur les perceptions à l’égard de l’immigration[19], la croissance du pourcentage de personnes qui associent l’immigration à une montée de la criminalité (de 14 % en 2019 à 35 % en 2024) ou qui pensent que le Canada accepte trop d’immigrants venant des minorités racisées (de 24 % en 2022 à 39 % en 2024). C’est une évolution vers un racisme décomplexé que l’on doit mettre en relation avec la montée des discours anti-immigrants, et que l’on est tenté de comparer à la montée de l’antisémitisme au cours des années 1930 en Europe, et au-delà, pendant que les nazis asseyaient par la force leur pouvoir en Allemagne – ce que l’on souhaite ne pas voir arriver aux États-Unis, mais ce qui n’est pas exclu, et qui pourrait prendre la forme d’une loi martiale ou de l’annulation des élections de mi-mandat : Trump n’a-t-il pas fait référence à la mi-mars à une loi datant de 1798 et qui n’a été utilisée qu’en période de guerre pour justifier le renvoi forcé de Vénézuéliens, malgré un jugement contraire, considérant que les États-Unis étaient en guerre[20] ?
Au Québec comme au Canada, les mois qui viennent seront importants notamment pour les mouvements sociaux et les syndicats, pour montrer leur capacité à se solidariser avec les personnes immigrantes contre la montée du fascisme et contre les politiques d’extrême droite, et aussi contre les politiques d’austérité mises en œuvre en douce par le gouvernement Legault. Il est important de développer un contre-discours qui associe la lutte contre l’austérité, la lutte contre le racisme et la transformation des immigrantes et immigrants en boucs émissaires, sans hiérarchiser les attaques qui, en réalité, s’articulent et tirent profit l’une de l’autre. Le 1er mai 2025 sera l’occasion de manifester une vision inclusive de la société québécoise, loin du PL84 dénoncé tant par les organisations de défense des droits que par les centrales syndicales.
De minorités « ethniques » à minorités « culturelles »: les mots autorisés et ceux bannis du projet de loi 84 sur l’intégration nationaleComme une façon de brasser les peurs face à l’idée d’un « grand remplacement[21] », la décision du gouvernement Legault de proposer un projet de loi sur l’intégration nationale va surtout accentuer la polarisation, comme Trump a su si bien le faire aux États-Unis pour gagner les élections, tout en étouffant les droits des minorités. Heureusement, à l’initiative de la Ligue des droits et libertés, 87 organisations, parmi lesquelles les groupes de femmes, les associations de chômeuses et chômeurs, les centrales syndicales, ont d’une seule voix, dans un communiqué de presse, dénoncé ce projet de loi qui alimente « une rhétorique dangereuse », et propose « plusieurs modifications inadmissibles à la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, en plus de constituer une menace directe à plusieurs droits humains, dont la liberté de conscience et le droit à l’égalité[22] ». Il faut mettre sur pause le processus d’étude de ce projet de loi. Les organisations, au nombre de presque une centaine maintenant, dénoncent aussi le fait que le gouvernement s’arroge le droit de définir lui-même les modalités d’un « contrat social » que ce projet de loi-cadre prétend poursuivre. De là à dire que l’on va nous imposer comment il faut dire les choses et quelles représentations sociales sont autorisées ou bannies – à l’instar de Trump qui, par décret, a défini les mots acceptables ou interdits pour obtenir des subventions en recherche –, il n’y a quasiment qu’un pas que l’on serait tenté de franchir. Par exemple, lorsqu’on voit que le projet de loi se propose de modifier l’article 43 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne en remplaçant « ethniques » par « culturelles » dans la façon de caractériser les minorités[23]. On ne parlerait plus ainsi de minorités ethniques, terme distinguant ethnicité et tradition culturelle, mais de minorités culturelles. Le projet de loi ne mentionne d’ailleurs que l’intégration des « personnes immigrantes et des personnes s’identifiant à des minorités culturelles ». Cela revient à transformer un signe – la langue parlée, le pays d’origine, la religion, etc. – en marqueur d’une caractéristique distinctive et homogène, puisqu’on considère ainsi que toute personne membre d’un groupe ethnique partage nécessairement la même culture avec ce groupe. Or, prenons un seul contre-exemple pour montrer que cette équation ne tient pas : les Juifs forment un groupe ethnique; pourtant, il est évident que les membres de ce groupe ne sont pas tous religieux, n’habitent pas le même pays, ne parlent pas la même langue, n’ont pas les mêmes valeurs, n’adoptent pas nécessairement une position de dénonciation du génocide à Gaza. Bref, on ne peut confondre ethnicité et culture, à moins de vouloir réduire une population à des caractéristiques que lui prête un groupe dominant ou majoritaire. S’agit-il ainsi de rétablir une forme de racisation en utilisant la culture plutôt que la race comme marqueur ? |
Par Carole Yerochewski, sociologue
- C’est-à-dire sur des postes dont le salaire horaire est inférieur à 120 % du salaire médian, qui est à 27,47 $/h en 2024. ↑
- Certains secteurs d’activité ont été exclus de ces resserrements, notamment ceux de la construction et de la santé, où le pourcentage maximum de TMT a été réduit à 20 % de la main-d’œuvre totale. ↑
- L’autorisation est accordée à la suite d’une demande d’Évaluation de l’impact sur le marché du travail (EIMT) déposée par une entreprise. Pour un aperçu des réformes prises à l’été 2024, voir : https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social/services/travailleurs-etrangers.html. ↑
- Pressés notamment par les organismes d’accompagnement ou de défense des droits des personnes migrantes, qui dénoncent au sujet du « permis fermé » le risque de livrer pieds et poings liés ces personnes aux employeurs – ce que le rapporteur spécial de l’ONU a conforté en 2024 en disant que le programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) alimente des formes contemporaines d’esclavage –, le ministère Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) a créé un « permis ouvert pour travailleurs vulnérables », comme s’il s’agissait de protéger quelques cas individuels. Cette mesure, prise pour répondre aux abus sans abolir le système du permis fermé, ne répond pas à l’ampleur des abus et discriminations systémiques ainsi engendrés à l’égard essentiellement des travailleurs et travailleuses des Suds. Les démarches pour obtenir ce permis ouvert sont complexes et les temps d’attente longs en raison de la multiplication des demandes, ce qui veut dire continuer à subir ou quitter l’employeur et vivre sans statut pendant ce temps, car sa durée d’un an est souvent trop courte pour faire aboutir des démarches, notamment de recherche d’emploi. ↑
- Avant le gouvernement Harper, les agentes et agents des services ministériels étudiaient les demandes d’EIMT, notamment pour vérifier qu’il n’y avait pas de candidates ou de candidats potentiels sur le marché du travail local. Depuis Harper et par la suite, les démarches ont été simplifiées et les seuils d’embauche par entreprise augmentés. Les universités se sont tournées vers les étudiantes et étudiants internationaux. En outre, au Québec, le gouvernement Legault a demandé en fin de pandémie de faciliter l’accès aux EIMT pour les entreprises québécoises. ↑
- Dans les mesures prises depuis l’été 2024, il faut aussi souligner l’abaissement des seuils d’accueil, notamment dans le cadre des programmes de parrainage collectif (dont les demandes ont été suspendues en 2025) et pour d’autres programmes ainsi que pour l’immigration permanente (retour à 400 000 entrées par an au lieu des 500 000 annoncées à l’automne 2023). ↑
- Marc Miller déclarait ainsi : « Le discours qu’on entend aux États-Unis est malheureux. Je n’y adhère pas, mais nous avons besoin d’un système d’immigration qui ne donne pas l’impression qu’il est fraudé par des gens qui tentent d’en profiter. Nous constatons une augmentation du nombre de fausses demandes en provenance de certains pays ». La Presse canadienne, « Immigration : le système fédéral manque de discipline, reconnaît Marc Miller », Radio-Canada, 21 décembre 2024. ↑
- Institut Environics, Opinion publique canadienne sur l’immigration et les réfugiés, Toronto, automne 2024. ↑
- Voir Sarah R. Champagne, « Les immigrants décrochent une note presque parfaite au test des valeurs », Le Devoir, 10 mars 2025. ↑
- APTS, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux; FIQ, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec. ↑
- Elle a un site web (https://cqrjm.org/) et un courriel (régulariser.qc.ca@gmail.com). On pourra aussi consulter l’article de Cheolki Yoon, « Campagne pour la régularisation des sans-papiers», Nouveaux Cahiers du socialisme, n° 29, printemps 2023, sur la place des personnes migrantes dans la conduite de la lutte pour la régularisation. ↑
- Plusieurs articles publiés à ce sujet dans les Nouveaux Cahiers du socialisme, notamment dans le dossier immigration du n° 27, hiver 2022, et l’article « Nommer et combattre un système d’immigration colonialiste et raciste », Nouveaux Cahiers du socialisme, n° 31, printemps 2024 par Carole Yerochewski. ↑
- Voir par exemple le webinaire du 28 octobre 2024 intitulé Évolution des politiques d’immigration et statut migratoire précaire. ↑
- Voir la conférence hybride du 5 novembre 2024 : On remet les pendules à l’heure! Crise du logement et personnes migrantes. Rétablir les faits. ↑
- Campagne On s’fera pas porter l’chapeau, novembre 2024 et un exemple de vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=JcZn3EFfkiA. ↑
- Voir les deux webinaires à ce sujet : Travail migrant et formes contemporaines d’esclavage au Canada, avec une conférence de Tomoya Obokata, rapporteur spécial de l’ONU sur le sujet, 17 septembre 2024 et Permis de travail sectoriels et droits des travailleuses et travailleurs migrants : perspectives internationales, 3 octobre 2024. ↑
- Voir le PL94 : https://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-94-43-1.html. ↑
- Direction des enquêtes, Administration, organisation et fonctionnement du Centre de services scolaire de Montréal et de l’école Bedford, rapport d’enquête, Ministère de l’Éducation du Québec, juin 2024. Ce rapport met en garde contre la présentation faite dans les médias : « Il serait fautif de croire qu’un individu d’origine maghrébine, enseignant à l’école Bedford, soit nécessairement associé au clan dominant » (p. 5) et « En somme, bien qu’il y ait effectivement présence de clans à l’école Bedford composés d’individus de différentes origines, les enquêteurs ont surtout observé une opposition entre des idéologies » (p. 6). ↑
- Institut Environics, automne 2024, op. cit. ↑
- Nicholas Riccardi, « L’administration Trump expulse des centaines d’immigrants malgré l’ordre d’un juge », Le Devoir, 16 mars 2025. ↑
- Théorie complotiste, promue par l’écrivain français Renaud Camus, qui a imaginé qu’il y avait une volonté politique de substituer à la population européenne « de souche » une population des pays du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne, soit une population provenant notamment des pays anciennement colonisés par la France. ↑
- Consultations sur le projet de loi n° 84 sur l’intégration nationale – Plusieurs dizaines d’organisations expriment leurs vives inquiétudes, communiqué de presse, 25 février 2025. ↑
- Voir la page 11 du PL84: https://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-84-43-1.html. ↑





