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La réduction des lieux publics en temps de crise à Port-au-Prince

CONJONCTURE - Nouveaux Cahiers du socialisme - No. 33 - Hiver 2025

 

Vers la constitution de lieux publics en temps de crise sécuritaire[1]

Dans l’imaginaire populaire haïtien, la rue et les lieux publics sont perçus comme étant le salon du peuple[2]. L’investissement des lieux constitue une des modalités de la création d’espaces publics bien ancrée dans l’histoire urbaine d’Haïti. Dans une étude sur l’appropriation des lieux publics à Port-au-Prince, Thérasmé[3] a dressé le portrait des citoyennes et des citoyens qui occupent les lieux de manière informelle. Il a également voulu schématiser ce processus d’appropriation tout en essayant de comprendre le rôle du profil de l’individu et des ressources dont il dispose dans la détermination de sa position spatiale. En effet, le travail de Thérasmé rejoint une vaste littérature sur l’appropriation de l’espace public. C’est le cas par exemple de Fleury qui soutient que « l’espace public se définit par la présence physique de citadins et citadines[4] ».

Par ailleurs, l’organisation d’activités culturelles participe au renouvellement de la perception et des usages de la ville[5]. Organiser un concert constitue normalement une activité ordinaire dans une ville plus ou moins fonctionnelle. Dans le cas de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, les activités de loisirs sont de plus en plus rares au cours des dix dernières années. De surcroit, le contexte social explosif, marqué par la terreur des gangs, réduit considérablement les lieux publics où des artistes d’horizon divers pourraient performer. Le Champs de Mars qui constitue le lieu mythique des traditionnelles manifestations politiques et culturelles se transforme déjà en un non-lieu. Dépouillé de sa vitalité, il devient un espace répulsif pour les opérateurs culturels et les riverains.

Ce problème d’accès aux lieux publics ne se limite pas aux créatrices, créateurs et amateur·e·s d’art de la scène dans la mesure où les autorités politiques s’inscrivent dans la même démarche. Au lieu de mobiliser le pouvoir public pour assurer la sécurité des lieux, elles fuient, comme le commun des mortels, les principaux espaces publics. À plusieurs reprises, l’insécurité amène les officiels du gouvernement à annuler des activités en hommage aux héros au Champs de Mars[6]. Ils sont légion, les ministres et autres cadres supérieurs de la fonction publique qui abandonnent les locaux de leur ministère pour raison de sécurité. Sous l’effet de la violence, le festival annuel de Rara à Leogane est réduit à sa plus simple expression. Le carnaval, la plus grande manifestation culturelle du pays, a été reporté, voire annulé, à plusieurs reprises pour le même motif. Il en est de même du concert international de jazz organisé chaque année à Port-au-Prince.

Par ailleurs, la vie économique est presque complètement paralysée puisque la rue, lieu principal de circulation des marchandises, meurt à petit feu. Toutefois, le cycle d’accumulation ne semble pas s’interrompre pour certaines fractions de la bourgeoisie haïtienne[7]. Ce contraste accroit la crédibilité de l’hypothèse d’une économie souterraine criminelle florissante qui serait axée sur la vente d’organes, de drogue, d’armes et de minutions. L’état des recherches en sciences sociales ne permet pas encore d’approfondir cette piste de recherche.

Le phénomène de l’insécurité n’a rien de commun avec la rumeur du cheval blanc de Gary Victor qui ensorcelle la république[8]. Il est, en fait, un enjeu de société si on en croit les chiffres des organismes locaux et internationaux[9]. Sur une population de près 11 millions d’habitants à l’échelle du pays, le spectre de la mort violente a atteint environ 109 personnes par mois entre 2018 et 2022. Au cours des deux dernières années, la spirale de violence se déchaine pour atteindre plus de 500 à 600 homicides par mois. Le nombre de meurtres a augmenté de cinq à six fois en moins de 24 mois. Les victimes sont recensées dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et dans le département de l’Artibonite[10]. Le bilan des personnes blessées se chiffre également à plusieurs milliers. De surcroit, plus d’un million de résidentes et résidents ont dû fuir leur domicile. Les femmes et les hommes des classes populaires et de la petite bourgeoisie pauvre ont vécu et continuent à vivre cette violence innommable dans leur chair. Sous les décombres et dans les centres de leurs quartiers détruits, ils sont de ceux qui sont massivement tués. Parfois, ils sont brûlés vifs et leurs restes sont jetés en pâture aux chiens errants. C’est à ce prix que la ville cesse d’être un lieu de rencontre.

Ces données amènent plus d’un à penser que la peur semble triompher sur le communautaire. Grâce à la complicité des gouvernements successifs devant la prolifération des gangs, Port-au-Prince devient progressivement une ville morte[11]. Frappée dans son âme, elle cesse de plus en plus d’être un lieu de mémoire et de création[12]. La vie de quartier est réduite à sa plus simple expression. Les espaces culturels sont spoliés, comme en témoignent les saccages à répétition du Village de Nouailles, des bibliothèques, des universités, des écoles publiques et privées[13]. Les blessé·e·s sont poursuivis jusqu’à leur lit d’hôpital. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), plus de 60 % du système sanitaire a subi l’assaut des gangs[14].

Dans ce texte, il n’est pas question de faire la sociologie de la violence des gangs dans le pays. En effet, plusieurs auteurs et autrices ont avancé des hypothèses d’explication[15], mais il y a encore du chemin à faire pour rendre intelligible cette crise sociale. Pour l’instant, nous nous intéressons à l’éviction des espaces publics et aux tentatives de réappropriation des lieux par certains acteurs du milieu culturel et du mouvement social. Toutefois, nous utilisons des données sur la violence des gangs pour mettre en lumière non seulement son effet perturbateur mais également la résistance de la population urbaine de Port-au-Prince.

Lieux publics dans la « ville morte » de Port-au-Prince

S’il n’y a presque plus d’espace de création artistique dans la « ville morte[16] » de Port-au-Prince, cela ne sous-entend pas qu’il n’y a pas de tentatives pour tisser des liens, créer de nouveaux lieux de rencontre, ne serait-ce que l’espace d’un cillement. Quoique décalée dans le temps, la grande foire Livres en folie a été quand même organisée à l’été 2024. Le festival Artisanat en Fête s’est finalement tenu l’automne dernier même si très peu de monde a fait le déplacement pour y participer[17].

Par ailleurs, les commerçantes et commerçants du secteur informel ont bravé et continuent de braver au quotidien la terreur des gangs pour essayer de mener leurs activités économiques. En jouant la carte stratégique, ils se sont concentrés dans certains espaces spécifiques leur permettant une plus grande possibilité de repli en cas de danger imminent. Dans cette résistance, de nouveaux lieux sont créés. Les activités effervescentes du centre-ville de Port-au-Prince se trouvent à présent à Lalue, à Pétion-Ville, à Haut-Delmas.

Ce processus de constitution de nouveaux espaces ne se limite pas à l’initiative des acteurs de l’économie informelle et des grands opérateurs culturels. D’autres acteurs du mouvement social y participent également. Le 17 décembre 2024, le Kolektif kont Ranson de 1825 a organisé une série d’activités de réflexion sur la longue histoire de dépossession d’Haïti par les forces impérialistes[18]. À cette occasion, on a fait appel à plusieurs espaces. D’un côté, le public était invité à venir en personne dans le centre culturel Pye Poudre; d’un autre côté, des plateformes de communication virtuelle étaient utilisées pour des conférences-débats. Dans les deux cas, le public a été mobilisé pour participer aux échanges. Dans les discussions, les personnes intervenantes et participantes ont fait le lien entre plusieurs actes de dépossession, notamment l’indemnité (aussi appelée rançon) exorbitante imposée par le roi de France Charles X en 1825 pour reconnaitre l’indépendance d’Haïti, le vol de la réserve d’or entreposée à la Banque nationale de la République d’Haïti par les militaires étatsuniens le 17 décembre 1914, l’occupation étatsunienne d’Haïti entre 1915 et 1934 et les politiques d’ajustement structurel à l’ère du néolibéralisme triomphant. D’autres organisations progressistes ont, à certains moments, pris la rue pour revendiquer la fin des politiques de soumission aux puissances impérialistes, le rétablissement de la sécurité publique et la neutralisation des hordes de gangs criminels[19]. Face à la terreur des gangs, ces initiatives font partie d’un ensemble de tentatives pour créer de nouveaux espaces de rencontre dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince.

À la différence de Paul, personnage principal de l’opéra Die tote Stadt  (La ville morte) de Erich Wolfgang Korngold qui ne parvient pas à sortir de l’enfermement à la suite d’une tragédie, Port-au-Prince se caractérise par un contraste : d’un côté, la terreur des gangs procède à l’effacement des espaces de rencontre; de l’autre, une résistance à la destruction des lieux publics se développe au quotidien. Cette résistance vient surtout d’en bas, elle est populaire. Elle se renforce alors que l’état de choc se poursuit. Au moment où nous écrivons cet article, les rapts, les massacres et les menaces s’abattent encore dans les coins et recoins de la ville[20]. Mais, Port-au-Prince semble refuser le statut de ville morte.

Kebert Bastien en concert dans la ville morte de Port-au-Prince

Le refus du silence, le refus de se taire exposé précédemment prend forme également dans le monde culturel. Cette pratique n’est pas seulement l’apanage des opérateurs culturels haïtiens. L’Institut français d’Haïti a programmé le 16 janvier 2025 un spectacle de l’artiste engagé Kebert Bastien (Keb). Comme l’indique l’affiche reproduite, le titre de l’événement est à la fois évocateur et symbolique : Spectacle 12 millions de vivants.

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Crédit : Institut français d’Haïti

Ce chiffre renvoie à la totalité de la population de la République d’Haïti. Le terme « vivant » peut prendre une connotation qui va au-delà du contraste mort/vie. Désigner la population d’un pays comme « des vivants » met en lumière la précarité de l’existence. Il s’agit de la vie nue. Privés de presque tout, les habitantes et habitants d’Haïti seraient confinés à une simple logique de survie. Loin d’être abstrait, le drame social de Port-au-Prince témoigne de la pauvreté de la vie sociale. Vieux de deux décennies, les propos de l’écrivain franco-haïtien René Depestre peuvent s’appliquer au drame de la population haïtienne d’aujourd’hui lorsqu’il avançait en 2005 que « la mort dans l’esprit et dans le ventre, les Haïtiens et les Haïtiennes vivent au quotidien des expériences atroces d’une tragédie apparemment sans fin[21] ». En ce sens, les opérateurs culturels de l’Institut français ont fait preuve de réalisme en invitant le public au Spectacle 12 millions de vivants.

Au-delà du symbolisme du titre du spectacle, l’organisation de cet événement fait partie des tentatives pour inventer de nouveaux lieux de création artistique. Toutefois, il importe de reconnaitre que le jardin de l’Institut français ne constitue pas un espace d’expression libre. Étant un organe de diffusion des politiques culturelles de l’État français, il demeure un espace plus ou moins sous contrôle. Ou du moins, les différents invité·e·s y pratiquent le plus souvent l’autocensure par rapport à toute idée remettant en cause les intérêts de l’État français en Haïti. Cette règle non écrite est généralement suivie par beaucoup d’intellectuel·le·s haïtiens[22].

En rompant avec cette prudence, le spectacle du jeudi 16 janvier 2025 a été historique. Accompagné de plusieurs musiciens, Kebert Bastien a entrainé le public dans la spirale de son univers esthétique. Comme il l’a réussi dans ses cinq albums, sa performance était marquée par le mariage d’une variété de rythmes issus des cultures populaires haïtiennes[23]. Sous les applaudissements du public, la rencontre de sa voix et de sa guitare donne une nouvelle vitalité aux rythmes congo, banda, yanvalou, etc. Toutefois, la séquence la plus marquante de la soirée a été le morceau exécuté sous les rythmes rara, raboday et jazz. Rappelons que le raboday et le rara renvoient à la marche militaire. Dans l’histoire, « le Rabòday a constitué, dans le contexte de la guerre de l’Indépendance d’Haïti, une parodie de la musique militaire de l’armée coloniale française. Il se caractérise, entre autres, par des jeux de tête et des mouvements latéraux traduisant la vigilance du guerrier sur les scènes de combats[24] ».

L’invitation à la lutte ne se circonscrit pas au choix des mélanges de tonalité et des rythmes musicaux. En écho à la mélodie, le texte de la chanson évoquait un enjeu de combat. Il portait sur la demande de restitution de la rançon de 1825 à l’État français[25]. Sous les applaudissements d’un public chauffé à blanc, Keb a mis en chanson l’une des principales revendications des classes populaires haïtiennes contre l’impérialisme occidental. En le faisant dans le jardin de l’Institut français, le geste a cessé d’être une simple performance artistique de grande portée pour devenir un acte historique dans la mesure où l’artiste s’est démarqué de la traditionnelle pratique d’autocensure de nombreux politiciens, politiciennes et intellectuel·le·s haïtiens.

Dans les annales des activités du jardin de l’Institut français, le poète René Depestre a été de ceux qui ont le mieux illustré la parole sur mesure lorsqu’il a insisté en 2005 en ces termes :

J’ai cherché un jour avec Régis Debray qui est un grand normalien; les Français sont très forts quand il faut inventer les concepts, surtout un normalien. Je lui ai dit, trouve un concept qui ménagerait la sensibilité légitime des Haïtiens en matière de souveraineté nationale et le sentiment patriotique haïtien. Qu’il ne soit pas tutelle surtout ! On ne peut pas parler de tutelle aux Haïtiens. On peut prendre accompagnement, ou intergouvernance, c’est un nouveau mot qui entre dans l’opinion actuellement. Pourquoi pas intergouvernance ou cosouveraineté pour que les Haïtiens avalent la pilule de la coopération parce qu’autrement, seul, on n’en sortirait pas[26].

À l’occasion, l’ancienne figure de la gauche haïtienne ne portait plus les idées révolutionnaires contre l’ordre des bourgeois locaux et internationaux. Au contraire, il voulait exceller dans la tâche de trouver la bonne stratégie pour la réussite de la mise sous tutelle de son pays d’origine[27]. À l’opposé de ces discours sur mesure, Kebert Bastien est sorti de la logique de la langue de bois au profit de la parole orthogonale. Ce faisant, il a choisi de donner une voix au mouvement du Kolektif kont ranson de 1825 dans le territoire même du bourreau.

La rançon de 1825 : le sens du discours de certains acteurs

La clarté des propos de Keb a un autre intérêt. Elle permet d’établir une différence d’avec les nombreux acteurs qui interviennent sur la question de la demande de restitution de la rançon de 1825. Certains représentants de l’État l’évoquent du bout des lèvres alors que, dans le choix de politiques publiques, la soumission aux directives des puissances impérialistes, dont la France, demeure une ligne directrice. En guise d’illustration : le président Jean Bertand Aristide a, d’une part, fait preuve de courage en soulevant la question de la restitution de la rançon de 1825 au début des années 2000, mais, d’autre part, il a engagé une compagnie privée étatsunienne pour assurer sa sécurité personnelle. De plus, son administration s’est embourbée dans l’application des programmes d’ajustement structurel dictés par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, comme en témoigne la loi de 2002 sur l’implantation de zones franches dans toutes les régions du pays. Cette ambivalence est encore d’actualité dans le positionnement du gouvernement de transition. Les conseillers-présidents Edgar Leblanc Fils et Leslie Voltaire ont respectivement demandé à la France de rembourser les fonds de la rançon de 1825 en même temps qu’ils se démarquent de toute démarche de construction d’un État souverain. Leur gouvernance repose essentiellement sur une demande d’assistance sur les plans financier, militaire, sécuritaire, humanitaire alors que les fonds publics sont souvent utilisés au profit d’intérêts particuliers[28].

C’est le cas également de certains acteurs de la société civile qui inscrivent la demande de restitution de la rançon de 1825 sous le signe de l’empathie. En ce sens, le géographe Jean Marie Théodat, membre de la commission de restitution de l’Université d’État d’Haïti a écrit dans les colonnes du journal Libération le 6 janvier 2025 :

En réponse aux insultes, c’est donc une invitation à l’empathie et à une réflexion d’ensemble sur les responsabilités françaises vis-à-vis de l’ancien empire que lancent les Haïtiens et les Mahorais unis dans la détresse et confondus dans le mépris du jeune monarque[29].

Cette position consiste à dépolitiser les enjeux néocoloniaux au profit d’une démarche compassionnelle. En effet, il importe de laisser les classes populaires en dehors du débat sur la restitution. Les tenants de cette approche ne souhaitent pas une appropriation de ce débat par les mouvements sociaux. Au contraire, ils se proposent désormais d’innover dans les rapports interétatiques en faisant abstraction de la dimension conflictuelle. Ces intervenants proposent ainsi la recherche de compassion dans les rapports entre Haïti et la France comme stratégie de résolution de problèmes géopolitiques.

Conclusion

Depuis une décennie, la terreur des gangs affecte considérablement la vie urbaine dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Elle y réduit les espaces de rencontre. La métaphore de la ville morte ne constitue plus un qualificatif de trop pour Port-au-Prince. Les résultats préliminaires de notre enquête ont mis en lumière certaines tentatives de création de nouveaux espaces publics qui s’inscrivent dans une logique de résistance à la mise à mort des lieux publics. Par ailleurs, si plusieurs secteurs de la société participent à ce processus de constitution de nouveaux lieux publics, l’initiative des mouvements sociaux ne se limite pas seulement à une simple résistance à la terreur des hordes de gangs criminels. Elle semble répondre à la mise en œuvre de nouvelles dynamiques de luttes sociales et politiques. Comme en témoignent les initiatives du Kolektif kont ranson 1825, les mouvements sociaux ne veulent pas se laisser abattre par la peur. Au contraire, ils participent à la constitution de nouveaux espaces de rencontre tout en soulevant les principales revendications des classes populaires haïtiennes. En ce sens, l’évocation dans l’espace public de la demande à la France de restituer la rançon de 1825 constitue une avancée intéressante. Loin d’être un simple ajout aux nombreuses revendications, elle témoigne d’une prise de conscience des classes populaires de la longue histoire d’expropriation et de dépossession dans le pays.

Par Renel Exentus, détenteur d’un doctorat en études urbaines de l’Institut national de recherche scientifique


  1. Une version de ce texte a été publiée sous le titre Esquisse d’une réflexion sur la réduction des lieux publics en temps de crise à Port-au-Prince. L’enjeu de la rançon 1825 et les mouvements sociaux en Haïti, Delmas, Haïti, AlterPresse, 5 mars 2025.
  2. En créole, « lari a se salon pèp la ».
  3. Kelogue Thérasmé, Dynamiques et appropriation informelle des espaces publics dans les villes du sud : le cas du centre-ville de Port-au-Prince, thèse de doctorat en études urbaines, Montréal, Université du Québec à Montréal, 2011.
  4. Antoine Fleury, Les espaces publics dans les politiques métropolitaines. Réflexions au croisement de trois expériences : de Paris aux quartiers centraux de Berlin et Istanbul, thèse de doctorat en géographie, Paris, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2007.
  5. Léna Aparis Jutard, « La création dans l’espace public, laboratoire artistique de pratiques altermétropolitaines », Bulletin de l’association de géographes français, vol. 101, n° 1, 2024.
  6. Plusieurs études ont documenté la complicité des autorités politiques et des fractions de la bourgeoisie dans la prolifération des gangs. Voir notamment Jean-Baptiste Emerson, Violence et rapport social dans le milieu urbain haïtien : les cas de cité Soleil et de Martissant, 2004-2012, thèse de doctorat en sociologie, Montréal, Université du Québec à Montréal, 2017 ; Renel Exentus, « Pour comprendre la crise sociopolitique haïtienne », Nouveaux Cahiers du socialisme, n  28, automne 2022.
  7. À plusieurs reprises, les autorités admettent l’existence d’une économie criminelle puissante dans le pays. C’est le cas par exemple du président-conseiller Leslie Voltaire : Le président CPT Leslie Voltaire revient sur les enjeux de la visite du président colombien à Jacmel, 21 janvier2025. C’est le cas également de plusieurs rapports périodiques du Groupe d’experts sur Haïti présentés en application de la résolution 2700 (2023) de l’ONU, <https://docs.un.org/fr/S/2024/253>.
  8. Le récit traite de l’histoire d’un chien blanc qui a mis en branle toute la république. Étant associé au diable, l’animal a amené aussi bien des gens ordinaires que les autorités au plus haut niveau de l’État à fuir. Voir le roman de Gary Victor, Nuit Albinos, Montréal, Mémoire d’encrier, 2016.
  9. Voir les rapports des organismes locaux et internationaux suivants : Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), Assassinats, viols, pillages et incendies à carrefour et gressier sous le regard indifférent des nouvelles autorités étatiques, Haïti, et Couverture des réunions et communiqués de presse des Nations unies.
  10. Soulignons que Port-au-Prince et l’Artibonite constituent deux entités territoriales distinctes. Port-au-Prince est la capitale du pays. L’aire métropolitaine de Port-au-Prince compte plus 1,2 million d’habitants en 2022 et s’étend sur 152,02 km2. Avec une superficie de 4 887 km2, l’Artibonite est un département de 1 571 020 habitants. Voir les données de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI): <https://ihsi.gouv.ht/>.
  11. Plusieurs chercheurs ont documenté la complicité de plusieurs acteurs dans le développement des gangs. Voir notamment les travaux d’Emerson Jean-Baptiste, Violence et rapport social dans le milieu urbain haïtien, Londres, Éditions Universitaires européennes, 2018 et Exentus, 2022, op. cit
  12. Pour plus de précision sur les dynamiques de création et de patrimonialisation dans les quartiers de Port-au-Prince, voir Bien-Aimé Kesler, Dynamiques de la patrimonialisation du paysage urbain historique de la ville de Port-au-Prince, thèse de doctorat en ethnologie et patrimoine, Québec, Université Laval, 2023 ; voir également l’entrevue de Olsen Jean Julien, dans AlterPresse le 5 juin 2024 et celle d’Érol Josué sur YouTube, le 26 février 2025: <https://www.youtube.com/watch?v=cpsAk_nU6NY>.
  13. Voir : <https://www.haitilibre.com/en/news-37935-haiti-flashthe-village-of-noailles-victim-of-the-gang-war-at-least-15-dead.html> ; <https://ayibopost.com/photos-des-facultes-du-bas-de-la-ville-de-p-au-p-ravagees-par-les-attaques-des-gangs/> ; <https://www.ledevoir.com/monde/834502/gangs-prennent-systeme-sante-haiti>.
  14. UNICEF, « Haïti : le système de santé s’effondre face à la violence », 22 mai 2022.
  15. Renel Exentus, 2022, op. cit. ; Georges Eddy Lucien et Walner Osna, « Gangstérisation d’Haïti. Du contrôle au démantèlement des mouvements populaires », Le Nouvelliste, 18 août 2023 ; James Darbouze, « Capitalisme du désastre. La formule de dieu et de notre avenir », AlterPresse, 4 juin 2022 ; Neptune Prince, Comprendre les gangs en Haïti. Quartiers-sécurité-médias, Port-au-Prince, Pro Éditions, 2023 et Montréal, CIDIHCA, 2024.
  16. L’expression « ville morte » réfère au titre français de l’opéra « Die tote Stadt » d’Erich Wolfgang Korngold sur un livret du compositeur Paul Schott et de son père en 1892, d’après le roman Bruges-la-morte de Georges Rodenbach.
  17. Pour avoir une idée sur les activités culturelles, consulter :<https://lenouvelliste.com/article/251982/artisanat-en-fete-une-vitrine-pour-la-creation-la-passion-et-la-tradition-haitienne> ; <https://lenouvelliste.com/article/252031/lartisanat-resiste-aux-balles> ; <https://lenouvelliste.com/article/248408/livres-en-folie-fixee-au-15-aout-2024> ; <https://www.alterpresse.org/spip.php?article30797>.
  18. D’autres organisations ont aussi tenu, ce 17 décembre 2024, des activités de réflexion sur la rançon coloniale de 1825 et sur le vol de la réserve d’or de 1914. C’est le cas par exemple du Cercle Makandal.
  19. Voir : « Haïti-crise : de nouvelles manifestations à Port-au-Prince et en province pour réclamer le départ d’Ariel Henry», AlterPresse, 31 janvier 2024 ; Associated Press, « Haïti : des milliers de manifestants réclament une protection contre les gangs », Radio-Canada, 8 août 2023 ; Roberson Alphonse, « Salaire minimum : nouvelle manifestation des ouvriers de la sous-traitance », Le Nouvelliste, 15 février 2022.
  20. Comme les quartiers de Pernier et Nazon, Kenskoff est en train de tomber sous la tutelle des gangs criminels. Les bilans provisoires les plus conservateurs font état d’environ une centaine de morts et plusieurs personnes ont fui leur milieu de vie. Voir : « Haïti-criminalité : environ 3000 personnes de nouveau déplacées à Kenskoff et au centre-ville de Port-au-Prince, selon l’Oim », AlterPresse, 4 février 2025 ; Jean-Daniel Sénat, « Au moins 150 morts à Kenskoff, selon la FJKL », Le Nouvelliste, 5 février 2025.
  21. Conférence de René Depestre à l’Institut français d’Haïti en 2005.
  22. Ibid.
  23. Claudy Bélizaire, « Kebert Bastien contre l’occupation américaine », Le Nouvelliste, 4 janvier 2016.
  24. Voir Renel Exentus, « Causerie-Spectacle sur l’Art du Tambour haïtien et hommage au percussionniste Georges Rodriguez », Madinin’Art, 24 octobre 2024.
  25. Le refrain de la chanson en créole est : « Vin peye, vin peye Lafrans ».
  26. Voir Claude Bernard Sérant, « Institut français d’Haïti/conférence. La France joue la carte René Dépestre », Le Nouvelliste, 23 février 2005.
  27. Les propos du converti s’inscrit dans le prolongement de la fameuse « initiative d’Ottawa sur Haïti » de 2003. Voir : Michel Vastel, « Haïti mise en tutelle par l’ONU ? », L’actualité, 15 mars 2003.
  28. Salaire des conseillers-présidents, main basse sur les fonds de l’intelligence, tentative de braquage de la Banque Nationale de Crédit (BNC). Voir : Unité de lutte contre la corruption, Rapport d’enquête sur les allégations de sollicitations de cent millions de gourdes par trois membres du Conseil Présidentiel de Transition, Haïti, 2024.
  29. Jean-Marie Théodat, « Haïti : la dette, le monarque et les “cons” », Libération, 6 janvier 2025.

 

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