Note de lecture

Max Weber et l’étrange rationalité du capitalisme

Par Mis en ligne le 22 février 2014

Max Weber a-t-il été le chantre du capi­ta­lisme moderne et du triomphe de la raison occi­den­tale ? Deux publi­ca­tions récentes répondent à cette ques­tion réso­lu­ment par la néga­tive et s’emploient à rec­ti­fier, à partir de pré­misses fort dif­fé­rentes, une vision cari­ca­tu­rale de l’auteur de L’Éthique pro­tes­tante et l’esprit du capi­ta­lisme. Michael Löwy, socio­logue au CNRS et mili­tant « éco­so­cia­liste », explore dans La Cage d’acier les ver­sants les plus sombres de l’approche du capi­ta­lisme chez Weber et fait le lien entre celle-ci et la tra­di­tion « anti-capi­ta­liste » du mar­xisme hété­ro­doxe.

Michel Lallement, socio­logue du tra­vail au CNAM, décèle quant à lui dans la des­crip­tion wébé­rienne des pro­ces­sus de ratio­na­li­sa­tion ce qu’il appelle des Tensions majeures, c’est-à-dire des moda­li­tés de ratio­na­li­sa­tion diver­gentes au sein d’un même domaine, entre les­quelles ne s’opère aucune média­tion syn­thé­tique et uni­fi­ca­trice ; il montre com­ment ces ten­sions tra­vaillent des mondes aussi dis­tincts que l’économie capi­ta­liste et l’érotisme. Les auteurs de ces deux ouvrages ne cachent pas l’admiration que leur ins­pire l’œuvre de Weber : une fois sur­mon­tées des réserves qui, somme toute, étaient avant tout liées à l’histoire de la récep­tion de l’œuvre en France et à ses dif­fé­rentes cris­pa­tions, la lec­ture directe des textes à laquelle l’un et l’autre se sont adon­nés depuis plu­sieurs années est pour eux l’occasion d’heureuses sur­prises.

Weber et l’union des contraires

Michael Löwy se plaît à retra­cer avec pré­ci­sion l’histoire des notions. Celle qu’il a rete­nue comme titre de son livre, La Cage d’acier, est para­doxa­le­ment absente de l’œuvre wébé­rienne à laquelle elle est pour­tant inva­ria­ble­ment asso­ciée. Cette erreur est féconde : ini­tia­le­ment due à la tra­duc­tion approxi­ma­tive (« The Iron Cage ») par le socio­logue amé­ri­cain Talcott Parsons d’une expres­sion alle­mande employée par Weber dans L’Éthique pro­tes­tante (« stahl­hartes Gehäuse » ou « habi­tacle dur comme l’acier »), elle ren­voie en fait à une image puisée dans un des ouvrages les plus sou­vent cités par le socio­logue dans son étude sur l’éthique puri­taine, le Pilgrim’s Progress de John Bunyan (1678) : « The iron cage of des­pair », la « cage d’acier du déses­poir ». La super­po­si­tion des deux notions tra­duit bien un des aspects de l’analyse wébé­rienne du capi­ta­lisme sur les­quels Michael Löwy entend mettre l’accent : la conjonc­tion d’un pro­fond pes­si­misme reli­gieux et d’une insis­tance sur la clô­ture et les contraintes dans les­quels le capi­ta­lisme enferme ceux qui vivent « dans ses rouages » [1].

Dans un cha­pitre de son livre, Michael Löwy recons­ti­tue l’histoire d’une deuxième notion célèbre, celle d’« affi­nité élec­tive » (en alle­mand, Wahlverwandtschaft). Cette fois, il s’agit bien d’un concept uti­lisé par Weber, qui l’emprunte au roman épo­nyme de Goethe (Les Affinités élec­tives, 1809 [2]), dont le titre était quant à lui une tra­duc­tion alle­mande du terme latin attrac­tio elec­tiva, forgé en 1775 par le chi­miste sué­dois Torbern Bergman pour dési­gner un phé­no­mène d’ « attrac­tion et d’influence réci­proque, de ren­for­ce­ment mutuel » (La Cage d’acier, p. 92).

Selon Michael Löwy, le recours à une telle notion permet à Weber de « contour­ner le débat sur la pri­mauté du maté­riel ou du spi­ri­tuel » (p. 80) en refu­sant, pour citer le pas­sage fameux sur lequel se clôt L’Éthique pro­tes­tante, de « sub­sti­tuer à une inter­pré­ta­tion cau­sale uni­la­té­ra­le­ment ‘maté­ria­liste’ des faits cultu­rels et his­to­riques une inter­pré­ta­tion cau­sale tout aussi uni­la­té­ra­le­ment spi­ri­tua­liste »( L’Éthique pro­tes­tante, op. cit., p. 303). Lavant ainsi Weber du soup­çon d’idéalisme, Michael Löwy prend aussi pour sa part ses dis­tances, inver­se­ment, avec les ver­sions les plus sché­ma­tiques de la théo­rie mar­xiste de l’idéologie comme reflet et de l’immuable « primat de l’infrastructure sur la super­struc­ture ». Il se réclame d’un modèle plus dia­lec­tique pour décrire le mou­ve­ment par lequel « les deux termes se cherchent l’un l’autre, s’attirent, se sai­sissent l’un de l’autre » : « l’élection, le choix réci­proque impliquent une dis­tance préa­lable, un écart cultu­rel qui doit être comblé, une dis­con­ti­nuité idéo­lo­gique » (p. 96).

Cette idée de l’affinité élec­tive comme « conjonc­tion entre phé­no­mènes dis­pa­rates » cor­res­pond bien, en effet, à l’intérêt fas­ciné qui porte Max Weber vers les ren­contres socio­lo­giques impro­bables, les ren­ver­se­ments, les unions de contraires qui donnent nais­sance à de puis­santes dyna­miques. La ren­contre de la reli­gion et de l’économie qui est dépeinte dans L’Éthique pro­tes­tante ne pro­cède pas d’une solu­tion de conti­nuité, et déve­loppe toute l’amplitude de ses effets jus­te­ment parce qu’elle engage un retour­ne­ment para­doxal. Penser jusqu’au bout la contra­dic­tion, séjour­ner dans l’intimité des unions de contraires, tel est l’héritage wébé­rien dont Michael Löwy semble se récla­mer, à tra­vers la lignée qui va de Weber au jeune Gyorgy Lukács, son élève à Heidelberg (1912-1914 [3]), puis de Lukács à Lucien Goldmann, choisi par notre auteur comme direc­teur de thèse dans les années 1960 [4]. Il faut cepen­dant sou­li­gner que, chez Weber, le moment de la syn­thèse est tou­jours absent et que la struc­ture fon­da­men­tale d’attractions et de répul­sions qui régit selon lui la vie sociale ne peut être dési­gnée comme dia­lec­tique : la « dis­tance » que Michael Löwy relève à la base de « l’affinité » n’est jamais abolie.

Marx et Weber : retour sur une comparaison classique

La Cage d’acier s’ouvre sur un cha­pitre de com­pa­rai­son entre Weber et Marx, un exer­cice devenu clas­sique depuis l’article de Karl Löwith sur le même sujet (1932), tra­duit depuis quelques années en fran­çais [5]. Le point de conver­gence majeur iden­ti­fié par Michael Löwy concerne la « cri­tique lucide, pes­si­miste et pro­fon­dé­ment radi­cale des para­doxes de la ratio­na­lité capi­ta­liste » (p. 43). Sur ce point, Weber n’est pas en reste ; sa vision est seule­ment plus « rési­gnée » que celle de Marx. L’auteur relève à juste titre que cer­taines oppo­si­tions entre les ana­lyses res­pec­tives de la genèse du capi­ta­lisme par Weber et par Marx demandent à être réexa­mi­nées.

Par exemple, le refus de Weber de voir dans « l’accumulation pri­mi­tive du capi­tal » le fon­de­ment du capi­ta­lisme moderne, contrai­re­ment à Marx, et sa volonté d’opérer une dis­tinc­tion entre une forme « ration­nelle » de capi­ta­lisme, essen­tiel­le­ment fondée sur l’intensification de la dis­ci­pline de tra­vail et l’épargne des pro­fits, et un « capi­ta­lisme irra­tion­nel » pro­dui­sant de la richesse par l’expropriation, l’exploitation colo­niale, le trafic d’esclaves, etc. ne doivent pas être confon­dus avec l’appréhension de « stades d’évolution » suc­ces­sifs du capi­ta­lisme. Pour Weber, le « capi­ta­lisme irra­tion­nel » ou « impé­ria­liste » ne dis­pa­raît pas avec la géné­ra­li­sa­tion du tra­vail capi­ta­liste « métho­dique » : le finan­ce­ment des guerres ou encore le colo­nia­lisme sont là pour en témoi­gner. Michael Löwy a publié une nou­velle tra­duc­tion d’un texte peu connu de Max Weber, « Les fon­de­ments éco­no­miques de ‘l’impérialisme’ », dans le col­lec­tif Max Weber et les para­doxes de la moder­nité [6].

Dans ce texte inclus dans les édi­tions alle­mandes d’Économie et société, Weber place le terme d’impérialisme entre guille­mets mais livre en effet une ana­lyse de l’économie finan­cière des guerres qui n’est pas sans pré­sen­ter des ana­lo­gies avec celles de Marx. Il démontre sur­tout que le méca­nisme du déclen­che­ment des conflits armés est avant tout tri­bu­taire d’intérêts éco­no­miques en fin de compte indif­fé­rents à l’issue des guerres, et qui poussent à enga­ger celles-ci y com­pris lorsque leur issue demeure très incer­taine : « Les banques qui financent des prêts de guerre et, aujourd’hui, une grande part de l’industrie lourde, et pas seule­ment les four­nis­seurs directs de blin­dages et de canons, ont dans tous les cas un inté­rêt éco­no­mique à ce que des guerres soient menées ; une guerre perdue aug­mente pour eux aussi bien la demande qu’une guerre gagnée, et les inté­rêts poli­tiques et éco­no­miques que les membres d’une com­mu­nauté poli­tique ont à l’existence de grandes usines de machines de guerre dans leur pays les contraint à tolé­rer que celles-ci four­nissent le monde entier, y com­pris leurs adver­saires poli­tiques. » [7] Ces décryp­tages, dont l’actualité n’a pas faibli, obligent à intro­duire une retouche inat­ten­due dans l’image du natio­na­lisme wébé­rien, par ailleurs exa­cerbé.

Weber, le « pessimisme culturel de gauche »

Chez Weber, la cri­tique du capi­ta­lisme déshu­ma­nisé (qui opère, comme le relève Karl Löwith à son propos, un ren­ver­se­ment des rela­tions entre moyens et fins) débouche sur une forme de « pes­si­misme cultu­rel » dont Michael Löwy s’emploie à cerner les contours et dont la conclu­sion de L’Éthique pro­tes­tante lui semble consti­tuer une sorte de mani­feste : Weber appar­tient à la « caté­go­rie des roman­tiques rési­gnés, ceux qui ne croient pas à la pos­si­bi­lité de res­tau­rer les valeurs pré­mo­dernes, et encore moins à celle d’une utopie future » (p. 55). Son hori­zon n’est ni celui d’une pensée réac­tion­naire, ni celui du mes­sia­nisme dont Ernst Bloch, fami­lier de Weber en même temps que Lukács, défen­dait auprès de lui les cou­leurs.

Par une « étrange inver­sion de l’optimisme des Lumières », Weber dépeint l’ascèse puri­taine comme la « force ‘qui tou­jours veut le bien et tou­jours crée le mal’ », à l’image du Méphisto de Goethe (p. 59). Malgré les dif­fé­rences, Michael Löwy rap­proche cette posi­tion de ce qu’il appelle le « pes­si­misme cultu­rel de gauche », asso­cié à Walter Benjamin et à l’Ecole de Francfort​.Il décèle dans la Dialectique de la raison de Theodor Adorno et Max Horkheimer (1947) une « vision de l’histoire d’inspiration essen­tiel­le­ment wébé­rienne » (p. 161). On est bien loin, ici, du ver­dict brutal que Lukács avait fini par pro­non­cer à l’encontre de Weber, dans La des­truc­tion de la raison (1961), en noyant son ancien maître dans le flot mon­tant de « l’irrationalisme » alle­mand dont le nazisme aurait été l’aboutissement. Empruntant aux Aventures de la dia­lec­tique de Maurice Merleau-Ponty (1955), dont un cha­pitre était consa­cré à Weber, l’expression « mar­xisme wébé­rien », Michael Löwy l’applique à Ernst Bloch, Erich Fromm ou encore Walter Benjamin, dont il com­mente l’essai « Le capi­ta­lisme comme reli­gion » (1921) [8].

Le catholicisme comme frontière de la pensée wébérienne

Michael Löwy s’intéresse enfin à une ques­tion notoi­re­ment peu trai­tée par Weber, celle des rap­ports entre catho­li­cisme et capi­ta­lisme, qu’il aborde en fami­lier de l’Amérique latine où il est né et où il a pu obser­ver l’« oppo­si­tion des catho­liques pro­gres­sistes à la nature froide et imper­son­nelle des rela­tions capi­ta­listes » (p. 106). Citant L’Éthique pro­tes­tante, il sou­ligne que l’antagonisme entre catho­li­cisme et capi­ta­lisme tient avant tout pour Weber à la nature de « l’éthique catho­lique », dans laquelle celui-ci décèle « l’influence déter­mi­nante du tra­di­tio­na­lisme et d’une aver­sion le plus sou­vent confu­sé­ment éprou­vée à l’égard de la puis­sance tou­jours plus grande et sur­tout imper­son­nelle du capi­tal, sus­cep­tible de le sous­traire à l’emprise de la morale » (L’Éthique pro­tes­tante, op. cit., p. 119).

Dans ce cha­pitre sur le catho­li­cisme comme tout au long de son livre, Michael Löwy ren­verse ainsi la pers­pec­tive wébé­rienne en cher­chant à com­po­ser un flo­ri­lège de cri­tiques du capi­ta­lisme emprun­tées à Weber lui-même, à des auteurs qui ont subi de près ou de loin son influence, ou encore à une confes­sion reli­gieuse comme le catho­li­cisme. Weber avait construit sa socio­lo­gie reli­gieuse sur une pro­blé­ma­tique exac­te­ment oppo­sée : il s’était au contraire demandé quels fac­teurs avaient pu favo­ri­ser, dans cer­taines cultures reli­gieuses bien pré­cises, le phé­no­mène impro­bable que consti­tuait le déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme moderne. Les résis­tances à l’encontre de ce der­nier étaient pour lui un donné pre­mier et non une cri­tique for­mu­lée a pos­te­riori.

L’attitude de rejet du capi­ta­lisme cor­res­pon­dait, pour Weber, à une réac­tion spon­ta­né­ment adop­tée dans un pre­mier temps, pour des rai­sons au demeu­rant variées, par à peu près toute la popu­la­tion de la terre — à une excep­tion près, celle des groupes mar­qués par la culture reli­gieuse puri­taine. La ques­tion n’était pas de savoir pour quels motifs — innom­brables — on pou­vait s’opposer au capi­ta­lisme, mais com­ment cer­tains cou­rants, de façon au pre­mier abord inex­pli­cable, en étaient venus à pro­mou­voir ce sys­tème éco­no­mique « pauvre en joies ». De la même façon, dans son étude sur l’Inde, Weber ne se deman­dait pas pour quelles rai­sons le régime des castes avait pu sus­ci­ter des réac­tions d’hostilité (de son point de vue, celles-ci, face à un ordre qui avait « creusé entre les couches sociales » un « fossé » d’une « pro­fon­deur inouïe et unique au monde » [9], allaient de soi) mais bien plutôt com­ment il était pos­sible d’expliquer que les castes « néga­ti­ve­ment pri­vi­lé­giées » aient pu et puissent encore en sup­por­ter les contraintes sans déclen­cher de « révo­lu­tions ».

« Il est arrivé et il arrive encore que des révoltes contre l’ordre hindou émanent du cercle des castes impures. (…) Mais s’il ne fait aucun doute que de telles révoltes ont existé, ce qui appelle mani­fes­te­ment une expli­ca­tion, c’est plutôt le fait qu’elles n’aient pas été beau­coup plus fré­quentes et que les grandes révo­lu­tions reli­gieuses diri­gées contre l’ordre hindou qui ont compté his­to­ri­que­ment soient par­ties de couches sociales bien dif­fé­rentes, dotées de pri­vi­lèges rela­ti­ve­ment impor­tants, et soient res­tées pour l’essentiel enra­ci­nées dans ces couches-là » (ibid.). Pour Weber, la répul­sion à l’égard de sys­tèmes sociaux et éco­no­miques aussi contrai­gnants que le régime des castes et le capi­ta­lisme ne pou­vait être qu’un fait pre­mier, notam­ment chez les groupes sociaux qui avaient le moins d’intérêt à leur per­pé­tua­tion ; c’est plutôt l’adhésion à ces sys­tèmes, l’acceptation de leurs contraintes et la recon­nais­sance de leur légi­ti­mité qui « appe­laient une expli­ca­tion ».

Dans le pas­sage d’Hindouisme et boud­dhisme qui vient d’être cité, Weber esquis­sait une socio­lo­gie de la cri­tique des castes ; s’il n’a pas expli­ci­te­ment livré de socio­lo­gie de l’anti-capitalisme, du moins de manière expli­cite, une bonne partie de ses ouvrages de socio­lo­gie reli­gieuse appro­fon­dissent néan­moins l’étude des rap­ports entre les dif­fé­rents groupes sociaux et l’économie de profit ratio­na­lisé. L’aversion des intel­lec­tuels à l’égard du capi­ta­lisme, dans la pers­pec­tive d’une telle socio­lo­gie, appa­raît comme une pro­ba­bi­lité socio­lo­gique forte, étant donné que ceux-ci fondent tra­di­tion­nel­le­ment leur légi­ti­mité sur le carac­tère « dés­in­té­ressé » de leur savoir et sur une dis­tance affi­chée à l’égard de l’économie. C’est bien plutôt le rap­pro­che­ment moderne entre « l’université » et « l’entreprise capi­ta­liste », lon­gue­ment évoqué dans la confé­rence de 1917 La Science, pro­fes­sion et voca­tion, qui plonge le socio­logue dans la per­plexité et repré­sente pour lui une énigme [10].

Des « Tensions majeures » dans l’œuvre de Weber

Le livre de Michel Lallement Tensions majeures part du même éton­ne­ment que celui de Michael Löwy : l’« hyper­tro­phie radi­cale de la ratio­na­lité en fina­lité » (p. 30) qui est si sou­vent impu­tée à Max Weber ne se véri­fie en aucun cas à la lec­ture de ses textes, pas davan­tage que le « tra­vers occi­den­talo-cen­triste » (p. 36) dont il lui est fré­quem­ment fait grief. Non seule­ment les sphères de ratio­na­li­sa­tion sont mul­tiples et non accor­dées dans leurs tem­po­ra­li­tés comme dans leurs espaces géo­gra­phiques, mais le phé­no­mène qui retient le plus l’attention de l’auteur dans l’œuvre wébé­rienne est le fait que, « au sein d’un espace d’activité donné, les forces ratio­na­li­sa­trices s’opposent plutôt qu’elles ne s’additionnent » (p. 50).

Des « ten­sions majeures » opposent ce que Weber appelle « la ratio­na­lité for­melle » et la « ratio­na­lité maté­rielle », en dési­gnant par là, d’un côté, un pro­ces­sus de ratio­na­li­sa­tion obéis­sant à une logique auto­nome et, de l’autre, des formes de ratio­na­li­sa­tion favo­ri­sées par des inté­rêts exté­rieurs. Le pre­mier exemple étudié par Michel Lallement est celui du droit : « La ratio­na­lité for­melle permet d’élaborer une théo­rie juri­dique faite de normes obéis­sant exclu­si­ve­ment à la cohé­rence de l’ordre juri­dique abs­trait et se dédui­sant les unes des autres. Le droit formel est un ensemble dont la logique échappe à toute consi­dé­ra­tion exté­rieure au droit lui-même.

À l’inverse, une loi est consi­dé­rée comme maté­rielle si elle se conforme à des valeurs et à des inté­rêts extra-juri­diques » (p. 41). Se réfé­rant à des débats récents dans le domaine juri­dique, l’auteur observe que cette ten­sion, par­fois assi­mi­lée à un « dys­fonc­tion­ne­ment », est en réa­lité consti­tu­tive. La ratio­na­li­sa­tion ne consti­tue pas a priori un pro­ces­sus unifié ; la conver­gence des modes de ratio­na­li­sa­tion est l’exception plutôt que la règle. Weber note lui-même : « La ratio­na­lité for­melle et la ratio­na­lité maté­rielle ne coïn­cident jamais par prin­cipe, même si cette coïn­ci­dence peut se pré­sen­ter empi­ri­que­ment » (p. 108).

Ces ten­sions internes, relève Michel Lallement, sont par­tout à l’œuvre dans la socio­lo­gie wébé­rienne, y com­pris dans des textes de jeu­nesse comme ceux que Weber consa­cra à une pré­sen­ta­tion vul­ga­ri­sée du fonc­tion­ne­ment de la Bourse [11]. On peut se deman­der com­ment elles s’articulent avec une autre forme émi­nem­ment struc­tu­rante de la socio­lo­gie wébé­rienne, celle de la pola­rité, la manière spé­ci­fique qu’avait Weber de « penser par deux », de défi­nir un concept par son oppo­si­tion avec un autre, de contras­ter pour iden­ti­fier, de com­pa­rer pour dis­tin­guer (le prêtre et le pro­phète, par exemple) — une forme de pensée pré-struc­tu­rale qui a contri­bué à ins­pi­rer à Pierre Bourdieu sa théo­rie des « champs ».

Les « ten­sions » exa­mi­nées dans ce livre ne recoupent pas direc­te­ment les pola­ri­tés wébé­riennes car elles pos­sèdent un carac­tère net­te­ment plus dis­sy­mé­trique : elles engagent des diver­gences, des orien­ta­tions qui ne coïn­cident pas entre elles mais qui ne consti­tuent pas néces­sai­re­ment des anta­go­nismes binaires ni des contra­dic­tions fron­tales. Non seule­ment la pensée wébé­rienne n’emprunte pas les voies de la dia­lec­tique et n’aboutit à aucune syn­thèse ni à aucun sys­tème, mais elle s’écarte même des struc­tures de pola­rité vers les­quelles elle incline spon­ta­né­ment, et cherche à déve­lop­per des modèles logiques inédits dont les doubles mou­ve­ments de ratio­na­li­sa­tion décrits par Michel Lallement consti­tuent un bon exemple.

D’après notre auteur, la même confi­gu­ra­tion dis­sy­mé­trique peut être dis­cer­née dans le rap­port de Weber à ses pré­dé­ces­seurs et aux théo­ries qui l’ont ins­piré. En matière de socio­lo­gie éco­no­mique, l’intérêt simul­tané de Weber pour l’école autri­chienne et la théo­rie de l’utilité mar­gi­nale, d’un côté, l’école his­to­rique alle­mande, de l’autre, pro­cé­de­rait là encore d’une double orien­ta­tion ration­nelle : « Dans les termes qui sont les siens, on peut diag­nos­ti­quer une pro­pen­sion de Max Weber à oppo­ser une ratio­na­li­sa­tion maté­rielle (la pro­duc­tion d’arguments fac­tuels, dans la tra­di­tion de l’école his­to­rique alle­mande) à une ratio­na­li­sa­tion for­melle (la modé­li­sa­tion par la théo­rie éco­no­mique autri­chienne) » (p. 103).

Weber tem­père les for­ma­lismes de cette der­nière théo­rie en mon­trant que, socio­lo­gi­que­ment, « l’acteur ration­nel » dont l’école autri­chienne uni­ver­sa­lise à tort les carac­té­ris­tiques n’a de chances de se ren­con­trer que dans cer­taines condi­tions bien pré­cises et his­to­ri­que­ment limi­tées, par exemple dans la figure impro­bable du « quaker » qui a entre­pris de ratio­na­li­ser toute son exis­tence, ses dépenses, consom­ma­tions et fré­quen­ta­tions : « Le quaker était pour ainsi dire la ‘loi d’utilité mar­gi­nale’ ambu­lante », dans son refus de « dépen­ser pour des besoins de moindre néces­sité des sommes hors de pro­por­tion avec celles qu’on dépense pour les besoins néces­saires de la vie », note ainsi Weber.

L’analyse wébé­rienne du « libre marché » et des rela­tions entre l’évolution du droit du tra­vail et celle de l’économie abou­tit à une vision très contras­tée de la « ratio­na­lité éco­no­mique ». On peut invo­quer ici à l’appui des thèses de Michel Lallement une for­mule qui revient sou­vent sous la plume de Weber, la litote riche de sous-enten­dus à laquelle il a recours en par­lant du « tra­vail (for­mel­le­ment) libre ». La recon­nais­sance d’un droit du tra­vail et la for­ma­li­sa­tion des rela­tions de tra­vail sous une forme contrac­tuelle consti­tuent bien une forme de ratio­na­li­sa­tion par rap­port à des modes d’exploitation de la main d’œuvre tels que l’esclavage ou le ser­vage, mais la liberté ainsi for­mel­le­ment admise ne peut être mise à profit dans des pro­por­tions égales par le tra­vail et par l’employeur, qui saisit cette oppor­tu­nité pour « acqué­rir un pou­voir sur d’autres » [12]

Le déve­lop­pe­ment de l’encadrement juri­dique du tra­vail peut ainsi entraî­ner, para­doxa­le­ment, « non seule­ment une inten­si­fi­ca­tion qua­li­ta­tive et quan­ti­ta­tive de la coer­ci­tion en géné­ral mais éga­le­ment une accen­tua­tion du carac­tère auto­ri­taire des auto­ri­tés coer­ci­tives » [13], constate Weber dans la Sociologie du droit. Les « ten­sions majeures » repé­rées par Weber, dès ses tra­vaux sur la Bourse, dans les rap­ports entre capi­ta­lisme indus­triel et finan­cier trouvent leur expres­sion dans les contra­dic­tions — tou­jours actuelles- de la « ratio­na­li­sa­tion » des entre­prises : « Une autre irra­tio­na­lité maté­rielle spé­ci­fique du régime éco­no­mique moderne » réside, selon le socio­logue, dans le fait que « la marche de l’entreprise — par la voie de la nomi­na­tion de son chef- peut être com­man­dée par des inté­rêts finan­ciers sans aucun rap­port avec l’entreprise et par le jeu de la spé­cu­la­tion des pro­prié­taires de parts » [14].

La Psychophysique du tra­vail indus­triel (1908), la très inté­res­sante étude de Weber sur le tay­lo­risme et l’organisation ratio­na­li­sée du tra­vail, dont des extraits viennent pour la pre­mière fois d’être tra­duits en fran­çais [15], aurait éga­le­ment pu être invo­quée par l’auteur des Tensions majeures à l’appui de sa thèse : après avoir dans un pre­mier temps admis l’idée que la ratio­na­li­sa­tion du tra­vail pou­vait être scien­ti­fi­que­ment étayée par des mesures sta­tis­tiques de labo­ra­toire ou une orga­ni­sa­tion de la pro­duc­tion sur le ter­rain, Weber démontre les limites et même les apo­ries des modes d’optimisation de la ren­ta­bi­lité en s’interrogeant sur les dif­fi­cul­tés asso­ciées, aussi bien pour les scien­ti­fiques que pour les ges­tion­naires de la main d’œuvre, à la maî­trise de l’incidence d’un fac­teur tel que la « fati­ga­bi­lité ».

Apparemment per­ti­nent lorsqu’il est consi­déré à une échelle macro­sco­pique, le projet de ratio­na­li­sa­tion révèle ses failles à un examen plus affiné. Elles sont non seule­ment dues aux limites des méthodes de mesure mais aussi, et plus fon­da­men­ta­le­ment, à l’impossibilité de cir­cons­crire de façon fiable et limi­ta­tive la liste des fac­teurs réel­le­ment opé­rants dans le pro­ces­sus exa­miné. L’étude de 1908 repère ainsi des « dédou­ble­ments » de la ratio­na­lité au cœur des opé­ra­tions les plus « ration­nelles » du capi­ta­lisme moderne, et pas seule­ment dans le capi­ta­lisme « irra­tion­nel » ou dans le conflit entre inté­rêts finan­ciers et inté­rêts de la pro­duc­tion indus­trielle.

L’érotisme et la rationalisation

Mais il est un domaine qui, plus encore que celui de l’économie capi­ta­liste, fait res­sor­tir aux yeux de Michel Lallement le carac­tère para­doxal des doubles mou­ve­ments de ratio­na­li­sa­tion étu­diés par Weber : c’est celui de l’érotisme, dans lequel l’auteur repère, autour de 1910, un « tour­nant » dans l’approche wébé­rienne, allant jusqu’à ouvrir la voie à « une forme de réen­chan­te­ment du monde » (p. 129). Alors que le socio­logue avait aupa­ra­vant rangé l’amour sexuel, confor­mé­ment à une par­ti­tion clas­sique, du côté des ins­tincts irra­tion­nels, obser­vant com­ment l’ascétisme puri­tain avait entre­pris de ratio­na­li­ser cette pul­sion et de pro­mou­voir une forme de com­merce conju­gal « sobre » (« a sober pro­crea­tion of chil­dren » [16]), exclu­si­ve­ment voué à la repro­duc­tion, une rééva­lua­tion de la place de la sexua­lité dans la vie sociale le conduit à mettre davan­tage l’accent, par la suite, sur les « conte­nus cultu­rels » d’un grand raf­fi­ne­ment asso­ciés à l’érotisme comme « culture de la subli­ma­tion ».

La poésie amou­reuse des trou­ba­dours passionneWeber, qui en cherche par exemple la trace au prin­temps 1912 dans une excur­sion aux Baux-de-Provence, où il espère trou­ver quelque rémi­nis­cence des « cours d’amour » pro­ven­çales [17]. L’érotisme, « la plus grande des puis­sances irra­tion­nelles de la vie » [18], se trouve ainsi simul­ta­né­ment ancré par Weber du côté de modes de ratio­na­li­sa­tion inédits. Michel Lallement remarque à juste titre que, dans sa valo­ri­sa­tion de ces formes éla­bo­rées d’amour phy­sique, Weber n’emboîte aucu­ne­ment le pas aux cou­rants anar­chistes ou « bohême » qui, à la même époque, prônent le « retour à l’instinct » ou une libé­ra­tion des pul­sions ; si le socio­logue séjourne lon­gue­ment dans cer­tains hauts lieux de cette avant-garde de la poli­tique et des mœurs, comme le Monte Verità, au bord du Lac Majeur, et se lie d’amitié avec cer­tains de ses repré­sen­tants, avec les­quels il débat sans relâche, il demeure par contre farou­che­ment hos­tile à un apôtre de la libé­ra­tion sexuelle comme Otto Gross, dis­ciple dis­si­dent de Freud (p. 200).

Tous ces faits sont connus de longue date. La tra­duc­tion, en 1974, du livre de Martin Green sur les sœurs von Richthofen, dont l’une, Else Jaffé, fut la maî­tresse de Weber et une autre, Frieda, la com­pagne de D. H. Lawrence [19], avait mis à la dis­po­si­tion des lec­teurs fran­çais toutes les infor­ma­tions rela­tives à la vie amou­reuse du socio­logue. Après avoir été long­temps pas­sées sous silence en Allemagne, celles-ci ont récem­ment fait l’objet d’un trai­te­ment contro­versé dans la bio­gra­phie de Weber par Joachim Radkau, parue en 2005 en langue alle­mande [20] et tra­duite en anglais en 2011.

Le livre de Michel Lallement, de ce point de vue, ne pré­sente pas d’apport nou­veau ; il replace bien plutôt la pro­blé­ma­tique de l’érotisme dans la pers­pec­tive plus large des mou­ve­ments diver­gents de ratio­na­li­sa­tion qui font l’objet de cette étude. La double vie de l’éros ratio­na­lisé, conti­nence ascé­tique d’un côté, sub­ti­li­tés éro­tiques de l’autre, pour­rait éga­le­ment être mise en rela­tion avec la nou­velle approche du corps qui prend forme dans la socio­lo­gie reli­gieuse de Weber à partir d’Hindouisme et boud­dhisme, dont le manus­crit était presque achevé vers 1913 [21]. L’importance de cette grande étude de socio­lo­gie reli­gieuse est majeure, même si elle demeure le plus sou­vent igno­rée des com­men­ta­teurs ; ses enjeux dépassent lar­ge­ment la socio­lo­gie des reli­gions du monde india­nisé. La décou­verte de l’Asie, et d’abord de l’Inde (décou­verte toute livresque, puisque le socio­logue ne s’y rend jamais en voyage), pro­duit chez Weber un choc cog­ni­tif et contri­bue à bou­le­ver­ser les caté­go­ries à l’aide des­quelles il avait jusque là abordé la sphère du corps.

En étu­diant les vir­tuoses reli­gieux de l’Asie, à com­men­cer par les brah­manes, les ascètes et les moines boud­dhistes, il est en effet confronté à une conjonc­tion jusque là inédite pour lui : l’association entre la pos­ses­sion d’un savoir éso­té­rique et la maî­trise de tech­niques du corps très éla­bo­rées, notam­ment des pra­tiques de res­pi­ra­tion et de médi­ta­tion. Les vir­tuoses de l’hindouisme et du boud­dhisme bou­le­versent la pola­rité de la ratio­na­lité et de la magie, du savoir et du corps. En pre­nant conscience de la néces­sité de révi­ser cette dicho­to­mie, au moment même où il rééva­lue par ailleurs les enjeux de l’érotisme, Weber fait en quelque sorte sauter le verrou concep­tuel qui gar­dait encore sa pensée pri­son­nière des sché­mas conve­nus de son temps. Les notions se mettent alors en mou­ve­ment et confèrent à la socio­lo­gie wébé­rienne la remar­quable fraî­cheur qu’on peut tou­jours lui recon­naître aujourd’hui.

Isabelle Kalinowski , le 21 jan­vier 2014

Recensés : Michael Löwy, La Cage d’acier. Max Weber et le mar­xisme wébé­rien, Stock, Collection « Un ordre d’idées », 2013. 200 p. Michel Lallement, Tensions majeures. Max Weber, l’économie, l’érotisme, Gallimard, 2013. 288 p.

Notes

[1] Max Weber, L’Éthique pro­tes­tante et l’esprit du capi­ta­lisme, trad. I. Kalinowski, Champs Flammarion, Paris, 2001, p.301. The Iron Cage est éga­le­ment le titre de la bio­gra­phie de Weber par Arthur Mitzman, parue en 1971. [2] Sur le rap­port de Goethe à la chimie de son temps, ainsi qu’à l’alchimie, voir Bernard Joly, « Les affi­ni­tés élec­tives de Goethe : entre science et lit­té­ra­ture », Methodos 6, 2006. [3] Cf. John E. Seery, « Marxism as art­work : Weber and Lukács in Heidelberg, 1912-1914 », Berkeley Journal of Sociology, 27, 1982, p.129-165. [4] Michael Löwy for­mule cette mise au point : « Soit dit en pas­sant, je pense — comme Gyorgy Lukács dans Histoire et conscience de classe — que ce qui carac­té­rise le mar­xisme du point de vue métho­do­lo­gique n’est pas la pré­do­mi­nance des motifs éco­no­miques mais la caté­go­rie dia­lec­tique de la tota­lité. » (op. cit, p. 33). [5] Karl Löwith, Max Weber et Karl Marx, trad. de Marianne Dautrey et pré­face d’Enrico Donaggio, Payot, 2009. [6] Max Weber, « Les fon­de­ments ‘éco­no­miques’ de l’impérialisme », tra­duc­tion de Christophe David, in : Michael Löwy (éd.), Max Weber et les para­doxes de la moder­nité, PUF, 2012 (contri­bu­tions d’Eduardo Weisz, Michael Löwy, Manfred Gangl, Gérard Raulet, Enzo Traverso et Catherine Colliot-Thélène). La pre­mière tra­duc­tion du même texte, due à Isabelle Kalinowski et Reinhard Gressel, était parue dans la revue Agone 31-32, 2004, avec un com­men­taire : ils sont consul­tables en ligne à l’adresse http://​revuea​gone​.revues​.org/285. [7] Max Weber, « Les fon­de­ments ‘éco­no­miques’ de l’impérialisme », Agone 31-32, 2004. [8] Walter Benjamin, « Le capi­ta­lisme comme reli­gion », in : Fragments phi­lo­so­phiques, poli­tiques, cri­tiques, lit­té­raires, tra­duc­tion de Christophe Jouanlanne et Jean-François Poirier, Paris, PUF, 2001. [9] Max Weber, Hindouisme et boud­dhisme, trad. I. Kalinowski, Champs Flammarion, 2003, p. 95. [10] Cf. Max Weber, La Science, pro­fes­sion et voca­tion, trad. I. Kalinowski, suivi de Leçons wébé­riennes sur la science et la pro­pa­gande, Agone, Marseille, 2005. [11] Cf. Max Weber, La Bourse, trad. Pierre Morin, Transition, Paris, 1999 ; trad. Pierre de Larminat, Allia, 2010. [12] Max Weber, Sociologie du droit, trad. de Jacques Grosclaude, PUF, p. 103. [13Ibid., p. 115. [14] Max Weber, Économie et société, tra­duc­tion sous la direc­tion d’Éric de Dampierre, t. I, Presses Pocket, p. 210. [15] Max Weber, Sur le tra­vail indus­triel, édi­tion de Pierre Tripier et Pierre Desmarez, tra­duc­tion de Paul-Louis van Berg, Presses de l’Université de Bruxelles, 2012. [16] Cf. Weber, Éthique pro­tes­tante, op. cit., p. 259. De la même façon que le puri­ta­nisme a géné­ra­lisé à l’ensemble des fidèles des exi­gences ascé­tiques qui n’étaient à l’origine impo­sées qu’aux moines, « l’ascèse sexuelle des puri­tains ne se dis­tingue de l’ascèse monas­tique que par son degré » (ibid.). [17] Lettre du 31 mars 1912 à Marianne Weber ; voir aussi Marianne Weber, Max Weber. Ein Lebensbild, Tübingen, Mohr, 1926, p. 492. [18] Weber, « Considération inter­mé­diaire », in : Sociologie des reli­gions, choix de textes tra­duits par J.P. Grossein, Gallimard, 1996, p. 438. [19] Martin Green, The Von Richthofen Sisters : The Triumphant and the Tragic Modes of Love, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1974 ; Les Sœurs von Richthofen : deux ancêtres du fémi­nisme dans l’Allemagne de Bismarck face à Otto Gross, Max Weber et D.H. Lawrence, trad. de Stéphanie Gilet, Seuil, 1974. [20] Joachim Radkau, Max Weber. Die Leidenschaft des Denkens, Hanser, 2005 ; tra­duc­tion en anglais : Max Weber. A Biography, Polity Press, 2011. [21] Cf. Weber, Hindouisme et boud­dhisme, trad. I. Kalinowski, Champs Flammarion, 2003. Le texte ne fut publié qu’en 1916-1917 mais Weber en avait lu des extraits devant Ernst Troeltsch et Georg Lukács dès 1913.

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