Marx écologiste

Par Mis en ligne le 12 juillet 2012

MARX ÉCOLOGISTE de John Bellamy Foster, aux édi­tions Amsterdam

Marx éco­lo­giste ? L’opinion cou­rante est que Marx et le mar­xisme se situent du côté d’une moder­nité pro­mé­théenne, anthro­po­cen­trée, qui ne consi­dère la nature que pour mieux la domi­ner et l’exploiter, selon une logique pro­duc­ti­viste qui fut celle tant du capi­ta­lisme que du socia­lisme his­to­rique. L’écologie, comme dis­ci­pline scien­ti­fique et comme poli­tique, aurait ainsi à se construire en rup­ture avec l’héritage mar­xiste ou, du moins, au mieux, en amen­dant consi­dé­ra­ble­ment celui-ci pour qu’il soit pos­sible de lui adjoindre des pré­oc­cu­pa­tions qui lui étaient fon­da­men­ta­le­ment étran­gères.

Pour l’auteur : Marx était, bien avant l’heure, « éco­lo­giste », même si ni le terme ni le concept n’existaient alors. Par une lec­ture atten­tive des manus­crits de Marx mais aussi de ses œuvres publiées, des Manuscrits de 1844 au Capital, il démontre que le sup­posé « pro­mé­théisme » du pen­seur alle­mand est en grande partie inexis­tant. Marx était au contraire bien conscient de la fra­gi­lité du fonc­tion­ne­ment des méca­nismes natu­rels que le capi­ta­lisme mena­çait de plus en plus.

La « rup­ture méta­bo­lique » au sein de la nature qu’il consta­tait au XIXe gui­dait sa cri­tique du capi­ta­lisme au même titre que l’exploitation de l’homme par l’homme. Il sou­tient que « Marx a pro­posé une lec­ture puis­sante de la prin­ci­pale crise éco­lo­gique de son époque, à savoir le pro­blème de la fer­ti­lité des sols dans l’agriculture capi­ta­liste, et qu’il a for­mulé des ana­lyses sur les autres crises éco­lo­giques majeures contem­po­raines, comme la dis­pa­ri­tion de forêts, la pol­lu­tion des villes et le spectre mal­thu­sien de la sur­po­pu­la­tion. Ce fai­sant, il sou­le­vait des pro­blèmes fon­da­men­taux concer­nant l’antagonisme entre la ville et la cam­pagne, la néces­sité de la sou­te­na­bi­lité éco­lo­gique et ce qu’il appe­lait la rela­tion « méta­bo­lique » entre les êtres humains et la, nature. Dans sa théo­rie de la rup­ture méta­bo­lique et dans sa réponse à la théo­rie évo­lu­tion­niste de Darwin, Marx a contri­bué à mettre en place les fon­de­ments d’un maté­ria­lisme his­to­rico-envi­ron­ne­men­tal pre­nant en compte le coévo­lu­tion de la nature et de la société humaine » Mais John Bellamy Foster va plus loin. Pour lui Marx s’intéressait aux pro­blèmes éco­lo­giques parce qu’ils posaient les ques­tions de dura­bi­lité et de régu­la­tion ration­nelle du méta­bo­lisme des socié­tés humaines et de la nature à tra­vers l’organisation du tra­vail humain. Pour lui, il s’agissait là d’une ques­tion cen­trale pour la construc­tion d’une société com­mu­niste, qui exi­geait une nou­velle rela­tion à la nature.

Foster concède que les crises éco­lo­giques contem­po­raines pèsent de manière bien plus impor­tante dans cer­taines visions de la révolte anti­ca­pi­ta­liste – à un degré que Marx n’a pas, et n’aurait pas pu, anti­ci­per. Mais il assure que les visions glo­bales des carac­té­ris­tiques éco­lo­giques d’une révo­lu­tion socia­liste sont à peine plus radi­cales que celle que Marx avait lui-même envi­sagé à tra­vers l’idée d’une dis­so­lu­tion des rela­tions anta­go­niques entre villes et cam­pagnes, et la ten­ta­tive de venir à bout de la rup­ture méta­bo­lique via une pro­duc­tion sou­te­nable s’appuyant sur une col­lec­ti­vité de pro­duc­teurs asso­ciés libre­ment. Autrement dit conce­voir une alter­na­tive viable aux ten­dances éco­lo­gi­que­ment des­truc­trices de la société capi­ta­liste pas­sait par le pas­sage à une société contrô­lée par des pro­duc­teurs asso­ciés, une société carac­té­ri­sée par l’extension du temps libre et par son orga­ni­sa­tion col­lec­tive et démo­cra­tique.

Une concep­tion radi­ca­le­ment neuve et à construire. En cela Marx est bien tou­jours d’actualité.

John Bellamy Foster est, avec Barry Commoner, James O’Connor et Joel Kovel, une des figures les plus impor­tantes de l’écosocialisme aux USA. Il enseigne la socio­lo­gie à l’université de l’Oregon et dirige depuis 2000 la pres­ti­gieuse Monthly Review. Il est notam­ment l’auteur de Marx’s Ecology. Materialism and Nature (Monthly Review Press, 2002).

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