Les nouveaux prolétaires, de Sarah Abdelnour

Par Mis en ligne le 27 avril 2012

Sarah Abdelnour, Les nou­veaux pro­lé­taires, « Petite Encyclopédie cri­tique », Textuel, 2011.

Chapitre 3 : Les nouveaux prolétaires, une nouvelle classe sociale ?

Comme l’indique Louis Chauvel, « dans les démo­cra­ties déve­lop­pées, la dis­pa­ri­tion de classes sociales sem­ble­rait un acquis et une évi­dence sur laquelle il est incon­gru de reve­nir » (2001, p. 79). Se sont en effet mul­ti­pliés, à partir des années 1980, les dis­cours poli­tiques, média­tiques mais aussi socio­lo­giques qui pré­di­saient, voire rela­taient, la dis­pa­ri­tion des classes sociales et l’avènement d’une « société des indi­vi­dus ». Chauvel et un cer­tain nombre de cher­cheurs s’accordent tou­te­fois pour nuan­cer ce pos­tu­lat, en raison de « la per­sis­tance d’inégalités struc­tu­rées, liées à des posi­tions hié­rar­chi­que­ment consti­tuées et por­teuses de conflits d’intérêts dans le sys­tème pro­duc­tif » (ibid., p. 316). Il semble en effet que des classes se main­tiennent sur le papier, mais forment-elles pour autant des col­lec­tifs capables de se mobi­li­ser pour défendre leur cause ? Les classes en soi, repé­rables objec­ti­ve­ment, forment-elles des classes pour soi ?

La pre­mière faille du poten­tiel contes­ta­taire des nou­veaux pro­lé­taires réside dans l’affaiblissement de la cri­tique et le fata­lisme domi­nant diag­nos­ti­qués par Boltanski et Chiapello. Selon ces der­niers, à la faveur de l’essor du nouvel esprit du capi­ta­lisme qui ins­pire la « cité par projet », les dis­cours cri­tiques ont net­te­ment reculé. Ceux-ci sont de deux ordres : la cri­tique artiste, d’une part, qui « met en avant la perte du sens, et par­ti­cu­liè­re­ment la perte du sens du beau et du grand, qui découle de la stan­dar­di­sa­tion et de la mar­chan­di­sa­tion géné­ra­li­sée […] et insiste sur la volonté objec­tive du capi­ta­lisme et de la société bour­geoise d’enrégimenter, de domi­ner, de sou­mettre les hommes à un tra­vail pres­crit, dans le but du profit mais en invo­quant hypo­cri­te­ment la morale, à laquelle elle oppose la liberté de l’artiste » ; la cri­tique sociale, d’autre part, qui puise aux deux sources d’indignation que sont « l’égoïsme des inté­rêts par­ti­cu­liers dans la société bour­geoise et la misère crois­sante des classes popu­laires dans une société aux richesses sans pré­cé­dent, mys­tère qui trou­vera son expli­ca­tion dans les théo­ries de l’exploitation » (Boltanski et Chiapello 1999, p. 84). Malgré l’affaiblissement de ces deux cri­tiques (qui avaient excep­tion­nel­le­ment convergé en mai 68), la conflic­tua­lité sociale n’a tou­te­fois pas dis­paru, comme le prouvent les grèves et mani­fes­ta­tions qui conti­nuent de perler au fil de l’actualité. Il s’agit alors de s’intéresser, au-delà de l’éclatement poli­tique des classes popu­laires, aux groupes sociaux qui se mobi­lisent, aux res­sources dont ils dis­posent et aux contraintes aux­quelles ils font face, afin de cerner le poten­tiel contes­ta­taire des nou­veaux pro­lé­taires.

a) L’éclatement politique des classes populaires

Le mar­xisme a net­te­ment perdu de sa pré­gnance depuis les années 1970, que ce soit auprès des classes popu­laires ou de manière plus dif­fuse dans « l’idéologie domi­nante ». Et avec lui le sen­ti­ment d’appartenir à une classe sociale. Les son­dages sur cette ques­tion indiquent un pic de conscience de classe dans les années 1970, et un recul depuis lors. Deux limites de ce résul­tat sont cepen­dant à rele­ver. D’une part, les taux ne varient pas de manière si forte, pas­sant de 68% au maxi­mum à 57 % au mini­mum de per­sonnes inter­ro­gées qui déclarent avoir le sen­ti­ment d’appartenir à une classe sociale. D’autre part, il s’agit de son­dages en ques­tions fer­mées, et l’usage du terme de classe dans la ques­tion inhibe pro­ba­ble­ment des réponses, du fait du recul du com­mu­nisme auquel cette notion est asso­ciée).

L’encadrement poli­tique des classes popu­laires, et notam­ment des tra­vailleurs, a néan­moins connu un affai­blis­se­ment cer­tain. On peut noter deux indices forts de cette évo­lu­tion : le recul des syn­di­cats et le brouillage du vote popu­laire. Les syn­di­cats, auto­ri­sés en France en 1884, ont joué un rôle majeur dans l’histoire du mou­ve­ment ouvrier. Comme l’indique Baptiste Giraud, « une fois léga­li­sées et leur implan­ta­tion conso­li­dée, les orga­ni­sa­tions syn­di­cales agissent comme des ins­tances de trans­mis­sion de savoir-faire mili­tants et d’unification des luttes dans le monde ouvrier en for­ma­tion » (Giraud 2010, p. 6). Or le recul des syn­di­cats est net, même si la France n’a jamais été un pays de syn­di­ca­lisme de masse. En 1949, entre un quart et un tiers des sala­riés étaient syn­di­qués. Ce chiffre a été divisé par quatre depuis, pas­sant sous la barre des 10 % dans les années 1980, et se main­te­nant depuis aux envi­rons de 8 % (Amossé et Pignoni 2006). Si les pre­miers reculs des adhé­sions accom­pagnent plutôt un essor de l’implantation et des vic­toires syn­di­cales (la France est l’un des pays où les sala­riés sont les mieux pro­té­gés par des conven­tions col­lec­tives), la pour­suite du mou­ve­ment signe un chan­ge­ment du rap­port de force. La montée du chô­mage et les restruc­tu­ra­tions indus­trielles ont eu raison de nom­breux bas­tions syn­di­caux. Les syn­di­qués ont alors changé de profil et sont désor­mais plus nom­breux dans le public que dans le privé, et plus nom­breux parmi les cadres que parmi les ouvriers (leurs syn­di­cats ne sont tou­te­fois que peu com­pa­rables). Les syn­di­cats ont plus de mal à s’implanter dans les ser­vices, et cela notam­ment en raison de la pré­ca­rité des emplois et de l’absence de tra­di­tion et de socia­li­sa­tion poli­tico-syn­di­cale des tra­vailleurs. Comme l’indiquent Amossé et Pignoni, « les formes d’emploi flexibles sont de fait un obs­tacle à la par­ti­ci­pa­tion syn­di­cale : seuls 2,4 % des sala­riés en CDD ou en inté­rim et 6,1 % des sala­riés en CDI à temps par­tiel sont syn­di­qués contre 9,4 % pour les sala­riés en CDI à temps com­plet » (ibid., p 7). Le recul est donc net et peut lais­ser craindre une absence de trans­mis­sion des pra­tiques. La baisse des adhé­sions ne doit tou­te­fois pas mas­quer la bonne implan­ta­tion ins­ti­tu­tion­nelle des syn­di­cats, ainsi que le rela­tif main­tien des taux de par­ti­ci­pa­tion aux élec­tions pro­fes­sion­nelles (65,7 % en 2004).

Le recul des syn­di­cats est allé de pair avec celui du Parti com­mu­niste, pas­sant d’environ 25 % des voix aux divers suf­frages de 1946 à 1978, puis oscil­lant entre 10 et 15 % des suf­frages dans les années 1980, avant de passer sous la barre des 10 % pour connaître le score de 3,37 % à la pré­si­den­tielle de 2002 et même de 1,93 % en 2007. Cette chute est liée à une rela­tive dis­lo­ca­tion de l’identité poli­tique des ouvriers et à la dis­so­cia­tion gran­dis­sante entre appar­te­nance objec­tive au groupe ouvrier, reven­di­ca­tion de cette appar­te­nance, posi­tion­ne­ment déclaré à gauche et vote à gauche. Bien sûr, le vote ouvrier n’a jamais été una­nime ni una­ni­me­ment à gauche. A cet égard, nous sui­vons la for­mule de Roger Cornu selon laquelle « la classe ouvrière n’est plus ce qu’elle n’a jamais été » (1995). Ainsi que le rap­pellent Guy Michelat et Michel Simon (2004), si en 1978, 64 % des ouvriers fils d’ouvriers et s’identifiant comme appar­te­nant à la classe ouvrière votent à gauche (36 % pour le PC et 25 % pour le PS), il n’en demeure pas moins que 15 % s’abstiennent et 21 % votent à droite. Il ne faut donc pas mythi­fier l’unité de la classe ouvrière afin de pou­voir mieux appré­hen­der les méta­mor­phoses du vote ouvrier, essen­tiel­le­ment au nombre de trois : un pro­fond affai­blis­se­ment du vote à gauche, une pro­gres­sion conti­nue de l’abstention et l’émergence durable d’un vote Front natio­nal élevé. Les auteurs iden­ti­fient plu­sieurs causes à ces évo­lu­tions, telles que le déli­te­ment des iden­ti­tés clas­sistes, et en réfutent d’autres, telles que la dépo­li­ti­sa­tion des ouvriers ou encore la perte de sens du cli­vage droite/​gauche. Plus fon­da­men­ta­le­ment, ils insistent sur la dété­rio­ra­tion pro­fonde du rap­port des ouvriers à l’espace poli­tique, sur fond de défiance vis-à-vis des ins­ti­tu­tions et d’une impos­si­bi­lité de se recon­naître dans un per­son­nel poli­tique qui s’est for­te­ment embour­geoisé.

Le vote FN des ouvriers fait tou­te­fois l’objet de fan­tasmes qu’il est néces­saire de décons­truire. Comme le rap­pelle Annie Collovald (2004), le pre­mier parti des élec­teurs popu­laires n’est pas le Front natio­nal mais l’abstention. En outre, le vote ouvrier pour le FN est un report du vote ouvrier de droite, et non du vote com­mu­niste. Il résulte de la conjonc­tion du chô­mage et d’inquiétudes sur l’avenir, ainsi que de la dési­gna­tion des immi­grés comme res­pon­sables de cette situa­tion. Schwartz décrit ce chan­ge­ment de repré­sen­ta­tion au sein des classes popu­laires comme le pas­sage d’un schéma binaire, oppo­sant le haut et le bas de la hié­rar­chie sociale, à un schéma tri­an­gu­laire : « c’est l’idée qu’il y a le haut, le bas, et “nous”, coin­cés entre les deux. Le haut, ce sont les mêmes que tout à l’heure [les diri­geants, les gou­ver­nants, les puis­sants]. Le bas, ce sont les familles pauvres qui pro­fitent de l’assistance, les immi­grés qui ne veulent pas “s’intégrer”, les jeunes qui font partie de la racaille. Et “nous”, fina­le­ment, on est lésé à la fois par rap­port aux uns et par rap­port aux autres » (Collovald et Schwartz 2006). Le vote ouvrier ne peut ainsi dans son ensemble être com­pris que si on le rap­porte au contexte de socia­li­sa­tion poli­tique mais aussi éco­no­mique de ce groupe social. Les dyna­miques de frag­men­ta­tion mais aussi de pré­ca­ri­sa­tion des tra­vailleurs per­mettent alors de mieux saisir le refus d’identification au monde ouvrier, sur­tout chez les jeunes, et le manque d’unité du groupe. Des mobi­li­sa­tions sont-elles pos­sibles malgré ce contexte défa­vo­rable ? Et si oui, sous quel éten­dard ?

b) Le maintien des luttes sociales au travail

Pour Collovald, « les groupes popu­laires ont bien une culture poli­tique dont la double par­ti­cu­la­rité est de balan­cer tou­jours entre accep­ta­tion de la domi­na­tion et rébel­lion contre elle » (ibid.). Cette accep­ta­tion de la domi­na­tion est une réa­lité ana­ly­tique rela­ti­ve­ment nou­velle, portée par les héri­tiers plus ou moins cri­tiques de Marx. Bourdieu se déclare ainsi en « rup­ture avec la théo­rie mar­xiste », au sens où il veut rompre « avec l’illusion intel­lec­tua­liste qui porte à consi­dé­rer la classe théo­rique, construite par le savant, comme une classe réelle » (1984, p. 3). Il s’agit de prendre en compte le pou­voir de domi­na­tion sym­bo­lique des classes domi­nantes, leur capa­cité à pro­duire une « idéo­lo­gie domi­nante », cet ensemble de dis­cours et de repré­sen­ta­tions par les­quels les domi­nants jus­ti­fient leur pou­voir. Ainsi, pour Bourdieu, « les caté­go­ries de per­cep­tion du monde social sont, pour l’essentiel, le pro­duit de l’incorporation des struc­tures objec­tives de l’espace social. En consé­quence, elles inclinent les agents à prendre le monde social tel qu’il est, à l’accepter comme allant de soi, plutôt qu’à se rebel­ler contre lui, à lui oppo­ser des pos­sibles dif­fé­rents, voire anta­go­nistes » (ibid., p. 5). Les classes popu­laires voient donc leur conscience de classe confron­tée à un obs­tacle de taille : celui du fata­lisme issu du dis­cours des classes domi­nantes. En l’occurrence, les nou­veaux pro­lé­taires pour­ront incor­po­rer les dis­cours les ren­voyant à leur échec sco­laire, à leur manque de moti­va­tion ou encore à leur posi­tion d’assistés. Si l’on peut dans cette pers­pec­tive mieux com­prendre la dif­fi­culté d’émergence des luttes sociales, dif­fi­cile ne signi­fie pas impos­sible et les condi­tions demeurent régu­liè­re­ment réunies pour que des mobi­li­sa­tions col­lec­tives se mettent en place, et que se jouent ponc­tuel­le­ment des épi­sodes de la lutte des classes.

Les conflits du tra­vail, dans leur ver­sant devenu désor­mais tra­di­tion­nel, et notam­ment sous la forme des grèves, n’ont pas dis­paru. Ils ont reculé depuis le pic de 1968, comme l’illustre l’évolution du nombre de jours de grève annuels recen­sés par l’administration du tra­vail dans le sec­teur mar­chand : de plus de 2 mil­lions à la fin des années 1970, il passe à un nombre oscil­lant entre 200 000 et 600 000 au début des années 2000. Cette évo­lu­tion n’est pour autant pas linéaire et ne doit pas mas­quer la per­ma­nence de grands épi­sodes de luttes sociales ces der­nières années, comme le mou­ve­ment de l’hiver 1995 contre le plan Juppé sur les retraites et la sécu­rité sociale, mais aussi plus récem­ment les grèves qui ont marqué 2003, 2006, 2009 et 2010. Le recul des grèves est la consé­quence de la dégra­da­tion de l’emploi puisque symé­tri­que­ment, le syn­di­ca­lisme s’était déve­loppé his­to­ri­que­ment là où l’emploi était le mieux pro­tégé. Stéphane Sirot (2002) décrit ainsi les « trois âges de la grève », au cours des­quels la grève passe de fait cou­pable et mar­gi­nal (1789-1864) à une rela­tive bana­li­sa­tion et inté­gra­tion (1864-1945) avant de deve­nir un fait ins­ti­tu­tion­nel depuis lors, et cela par­ti­cu­liè­re­ment dans le sec­teur public. Il constate éga­le­ment le moindre recours à la grève depuis les années 1970, lié à la dés­in­dus­tria­li­sa­tion, ainsi qu’à la judi­cia­ri­sa­tion des rela­tions de tra­vail et à l’individualisation de la ges­tion de la main-d’œuvre. Si les jour­nées de grève recen­sées dimi­nuent for­te­ment, les conflits res­tent nom­breux, pre­nant des formes nou­velles au gré des contraintes ren­con­trées. Il y a d’abord les conflits les plus média­ti­sés, ceux qui, en géné­ral à l’occasion de la fer­me­ture d’un site, s’accompagnent de formes d’action spec­ta­cu­laires et donc plus visibles (comme les séques­tra­tions de cadres diri­geants). Mais il y a aussi « le main­tien d’une conflic­tua­lité plus ordi­naire dans le sec­teur privé [qui] épouse des formes diver­si­fiées, allant de pra­tiques de résis­tance plus indi­vi­duelles et d’attitudes de retrait vis-à-vis du tra­vail (le sabo­tage, le frei­nage, l’absentéisme, le refus des heures sup­plé­men­taires…) à des modes de pro­tes­ta­tion plus “expli­cites”, orga­ni­sés et col­lec­tifs (la péti­tion, le ras­sem­ble­ment, la mani­fes­ta­tion ou encore les délé­ga­tions auprès de l’employeur) » (Giraud 2010, p. 9). Les socio­logues Baptiste Giraud et Jérôme Pélisse défendent même dans un article de 2009 l’idée d’une résur­gence des conflits sociaux. Se basant sur une enquête sta­tis­tique du minis­tère du Travail auprès de 3 000 entre­prises et pre­nant en compte toutes les formes d’action col­lec­tive (grèves, mais aussi débrayages et refus d’heures sup­plé­men­taires), ils repèrent plutôt un regain des conflits sociaux depuis la fin des années 1990. Contrairement aux idées reçues, ces conflits n’ont pas déserté le monde indus­triel, ils res­tent cen­trés sur les salaires et non pas seule­ment sur le main­tien des emplois, et prennent encore la forme de luttes syn­di­cales.

Les tra­vaux socio­lo­giques s’accordent pour éta­blir que les actions col­lec­tives néces­sitent des res­sources pour se mettre en place. Le mécon­ten­te­ment ne suffit pas à les expli­quer, il faut aussi pou­voir mettre en mots ce mécon­ten­te­ment, s’unir autour d’une cause et s’organiser maté­riel­le­ment pour la défendre. C’est ce qui explique l’inégale répar­ti­tion des luttes sociales entre sec­teurs (public plus que privé, indus­trie plus que com­merce et construc­tion) et selon l’âge et le statut des tra­vailleurs. La pré­ca­rité de ces der­niers engendre une série d’obstacles à la mobi­li­sa­tion col­lec­tive, puisque comme l’indique Bourdieu, elle « pro­duit des effets tou­jours à peu près iden­tiques, qui deviennent par­ti­cu­liè­re­ment visibles dans le cas extrême des chô­meurs : la déstruc­tu­ra­tion de l’existence, privée entre autres choses de ses struc­tures tem­po­relles, et la dégra­da­tion de tout le rap­port au monde, au temps, à l’espace qui s’ensuit. La pré­ca­rité affecte pro­fon­dé­ment celui ou celle qui la subit ; en ren­dant tout l’avenir incer­tain, elle inter­dit toute anti­ci­pa­tion ration­nelle et, en par­ti­cu­lier, ce mini­mum de croyance et d’espérance en l’avenir qu’il faut pour pou­voir se révol­ter, sur­tout col­lec­ti­ve­ment, contre le pré­sent, même le plus into­lé­rable » (Bourdieu 1998, p. 95-96).

Pourtant, les chô­meurs et les pré­caires par­viennent épi­so­di­que­ment à se mobi­li­ser, comme ce fut le cas pour les pre­miers à l’hiver 1997-1998 (Maurer et Pierru 2001) ou pour les seconds dans des conflits du tra­vail récur­rents dans des fast-foods (Cartron 2005), parmi les femmes de ménages de grands groupes hôte­liers, ou encore parmi les ven­deurs de grandes enseignes de la dis­tri­bu­tion cultu­relle. Ces « mobi­li­sa­tions impro­bables » (Mathieu 2007) ou ces « miracles sociaux » selon Bourdieu, ont tou­jours néces­sité un tra­vail de retour­ne­ment du stig­mate1 néga­tif apposé aux pré­caires. Annie Collovald et Lilian Mathieu (2009) ont étudié le cas d’une mobi­li­sa­tion dans la grande dis­tri­bu­tion cultu­relle, parmi des tra­vailleurs instables, flexibles, jeunes, mais aussi diplô­més. Leur capi­tal mili­tant était très variable et plutôt faible, et le sec­teur peu enca­dré syn­di­ca­le­ment. Pourtant, des luttes se sont orga­ni­sées à la faveur de plu­sieurs phé­no­mènes : un sen­ti­ment de déclas­se­ment de ces « domi­nés aux études longues » pour qui le petit job est devenu avec décep­tion le cœur de la vraie vie pro­fes­sion­nelle, une décou­verte du mili­tan­tisme notam­ment via des rela­tions ami­cales, qui a par­fois com­pensé la dimen­sion rou­ti­nière et com­mer­ciale de leur tra­vail, et qui a ainsi pu géné­rer des forts inves­tis­se­ments.

Les syn­di­cats, bien que par­fois très peu implan­tés, conti­nuent de jouer un rôle struc­tu­rant dans ces conflits : dans la trans­for­ma­tion d’un conflit local en cause fédé­ra­trice, dans la trans­mis­sion de savoir-faire, mais aussi par les res­sources dont ils dis­posent et par la pro­tec­tion qu’ils dis­pensent à ces tra­vailleurs fra­giles. Toutefois, à la faveur de leur affai­blis­se­ment, se sont déve­lop­pées des cri­tiques des syn­di­cats, accu­sés de bureau­cra­tisme, d’inefficacité et d’obsolescence. Ces dis­cours ont ten­dance à valo­ri­ser des formes d’organisation répu­tées plus souples et plus démo­cra­tiques telles que les coor­di­na­tions, et sont por­tées le plus sou­vent par des mili­tants de ce type de struc­tures. C’est notam­ment le cas de la Coordination des inter­mit­tents et pré­caires (CIP) d’Île-de-France lors du conflit des inter­mit­tents en 2003, ou encore des divers col­lec­tifs et coor­di­na­tions lors des conflits de pré­caires. Ces struc­tures se construisent dans une logique de dis­tinc­tion à l’égard du mili­tan­tisme syn­di­cal, de sa hié­rar­chi­sa­tion, de son manque d’autonomie et de sa lour­deur. L’étude de plu­sieurs actions col­lec­tives (Abdelnour et al. 2009) montre tou­te­fois qu’il s’agit de struc­tures fra­giles, peu à même de rem­pla­cer les res­sources des syn­di­cats dans la mise en place de conflits et de pro­tec­tions des sala­riés. De sur­croît, les coor­di­na­tions sont gérées par des « vir­tuoses du mili­tan­tisme » qui acca­parent les pra­tiques les plus visibles et valo­ri­santes et défendent une « cause de l’intermittence » à laquelle sont loin d’adhérer tous les pré­caires qu’ils sont censés repré­sen­ter.

Les enjeux de struc­tu­ra­tion de ces mou­ve­ments posent la ques­tion de la cause à défendre et du groupe social à mobi­li­ser. L’étendard de « pré­caires » détient une cer­taine capa­cité de fédé­ra­tion des luttes, notam­ment en raison de la plas­ti­cité du label (Boumaza et Pierru 2007). Il per­met­trait ainsi de ras­sem­bler les tra­vailleurs soumis à des condi­tions de tra­vail pénibles et des condi­tions d’emploi incer­taines, mais aussi les chô­meurs ou encore des popu­la­tions se vivant comme mar­gi­nales par rap­port à la société de tra­vail. Mais cette fédé­ra­tion reste plus une construc­tion vir­tuelle de cher­cheur ou de mili­tant qu’une réa­lité sociale. Les luttes sociales sup­posent en effet un retour­ne­ment du stig­mate, et s’appuient dès lors sur une forme posi­tive d’identité sociale et pro­fes­sion­nelle, ce qui revient à seg­men­ter de nou­veau les tra­vailleurs. Ainsi, les ven­deurs de la grande dis­tri­bu­tion cultu­relle défendent une cer­taine concep­tion de leur métier et des com­pé­tences qu’il exige quand ils se mobi­lisent, ce qui les éloigne pré­ci­sé­ment de la figure ano­mique du pré­caire comme tra­vailleur sans qua­li­fi­ca­tion et par consé­quent inter­chan­geable. De même, lors de la grève de la Fnac des Champs Élysées en 2002, une action a été menée par les syn­di­cats à l’échelle des Champs Élysées, rebap­ti­sés alors « avenue de la pré­ca­rité ». Mais l’action n’a eu que peu d’écho parmi les sala­riés. Il appa­raît de fait dif­fi­cile de fédé­rer les inté­rêts d’une mul­ti­pli­cité de sala­riés autour du seul label, qui reste essen­tiel­le­ment néga­tif, de pré­caire. En témoignent ces propos, recueillis lors d’un entre­tien auprès d’un ven­deur de la Fnac : « quand on s’est retrouvé confronté aux gens de McDo, de Séphora, de Pomme de pain, j’ai été super choqué, je me suis dit “merde, on fait exac­te­ment le même boulot”, alors que la Fnac est censée vendre des pro­duits cultu­rels. On ne devrait pas avoir les mêmes pro­blèmes genre “on bosse comme des chiens de telle heure à telle heure, et en plus, on est payé une misère, et on nous regarde comme de la merde” » (Abdelnour 2005). L’identité de pré­caire, qui reste essen­tiel­le­ment néga­tive, n’est mani­fes­te­ment pas por­teuse à elle seule d’un renou­veau des luttes sociales.

c) Les révoltes des sous-prolétaires

Les nou­veaux pro­lé­taires étant éga­le­ment à cher­cher du côté des marges de la société de tra­vail, l’exclusion n’étant qu’une des formes de la domi­na­tion, il faut aussi étu­dier les luttes sociales qui prennent place dans ces marges. On s’éloigne alors des conflits du tra­vail, désor­mais ins­ti­tu­tion­na­li­sés, pour regar­der du côté des mou­ve­ments de « sans » comme on a pu les dési­gner, les sans tra­vail, sans loge­ment et plus glo­ba­le­ment les sans avenir. Deux cas paraissent emblé­ma­tiques : le mou­ve­ment des chô­meurs de l’hiver 1997-98, et les émeutes des zones péri­ur­baines défa­vo­ri­sées.

Le pre­mier cas a été étudié par Emmanuel Pierru et Sophie Maurer (2001), qui ont ana­lysé avec pré­ci­sion ce « miracle social », fait de la conjonc­tion de struc­tures, de mots d’ordre et d’acteurs par­ti­cu­liè­re­ment hété­ro­gènes. Les auteurs tentent de se dépar­tir de « l’oscillation per­ma­nente de l’analyse entre, d’un côté, une repré­sen­ta­tion misé­ra­bi­liste qui, en ne fai­sant que déplo­rer tous les manques ou “han­di­caps” des chô­meurs, ignore la mul­ti­pli­cité des pro­ces­sus iden­ti­taires qui conduisent cer­tains d’entre eux, pour des rai­sons diverses, à s’engager dans des actions col­lec­tives ; et de l’autre, une repré­sen­ta­tion plus ou moins tein­tée de popu­lisme – et géné­ra­le­ment véhi­cu­lée par les agents mobi­li­sés eux-mêmes – qui, en hypo­sta­siant les capa­ci­tés pré­ten­du­ment sub­ver­sives des chô­meurs, manque le carac­tère extrê­me­ment fra­gile de leurs mobi­li­sa­tions » (p. 406). Ils indiquent com­ment cette constel­la­tion d’actions locales a pu prendre la forme d’un véri­table mou­ve­ment, se ména­geant alors un accès aux lieux de pou­voir. Cela tient, du côté de l’offre, à la consti­tu­tion de plu­sieurs réseaux asso­cia­tifs autour de la ques­tion du chô­mage ou des chô­meurs, inves­tis par des dis­si­dents des syn­di­cats. Ces réseaux ont convergé sur des mots d’ordre com­muns, entraî­nant ainsi une visi­bi­lité sou­daine qui n’a pas échappé aux médias. Les logiques de l’engagement sont par­ti­cu­liè­re­ment hété­ro­gènes : d’un côté, des mili­tants plus ou moins poli­ti­sés, qu’il s’agisse d’anciens ouvriers syn­di­qués, de jeunes enga­gés ou encore de novices mais fami­liers de l’engagement poli­tique ; de l’autre, des chô­meurs plus désaf­fi­liés et qui ont trouvé dans la mobi­li­sa­tion soit un moyen de se reso­cia­li­ser, soit une tri­bune pour expri­mer sa colère. Ce mou­ve­ment, de même que les res­sources sur les­quelles il s’est appuyé, n’étaient pas vrai­ment pré­vi­sibles. Son retour au silence l’était peut-être davan­tage, même si le retour d’un contexte favo­rable est tout à fait pos­sible, puisque ce type de mou­ve­ments reste marqué par des failles pro­fondes : « fra­gi­lité du tra­vail poli­tique de construc­tion de la cause qui par­vient, par un coup de force sym­bo­lique, à pro­duire, entre­te­nir et dif­fu­ser, la croyance en l’existence d’un groupe pour­tant hau­te­ment instable, mais aussi fra­gi­lité interne de la cause dont la publi­ci­sa­tion et la poli­ti­sa­tion res­tent extrê­me­ment dépen­dantes des luttes sym­bo­liques internes et sur­tout externes » (p. 374).

Quand la désaf­fi­lia­tion est forte et que la colère sociale n’est plus prise en charge par des entre­pre­neurs de cause, la lutte sociale peut tour­ner à l’émeute. Ces mou­ve­ments, par­ti­cu­liè­re­ment stig­ma­ti­sés dans l’opinion publique et média­tique comme des débor­de­ments incon­trô­lables de jeunes, sont bien entendu des symp­tômes aigus de crise sociale. Beaud et Pialoux, étu­diant une émeute urbaine à Montbéliard en 2000, ont cerné ce qu’ils appellent « l’en deçà des émeutes urbaines : en pre­mier lieu, la manière dont s’est désa­grégé le groupe ouvrier – “groupe” qui struc­tu­rait et agré­geait autour de lui (et autour de ses acquis et valeurs, de ses repré­sen­tants syn­di­caux et poli­tiques) les autres frac­tions des classes popu­laires – la manière dont il a éclaté dans l’espace géo­gra­phique et dont les lieux de relé­ga­tion spa­tiale se sont construits et “durcis” » (Beaud et Pialoux 2002, p. 217). Pour les auteurs, le chô­mage et la pré­ca­rité de ces jeunes ne consti­tuent pas qu’une toile de fond mais sont inti­me­ment mêlés à ces mou­ve­ments de révolte, en tant qu’ils ont struc­turé au cours du temps les « per­son­na­li­tés sociales de ces jeunes des cités » et la manière dont ils anti­cipent leur destin social. Il faut donc bien se garder de faire une lec­ture de ces mou­ve­ments en termes moraux, en reje­tant notam­ment la faute sur les familles, voire sur l’origine et la reli­gion de ces jeunes, et prendre en compte au contraire le poids de l’expérience conti­nue du chô­mage et de la domi­na­tion au tra­vail, vécue géné­ra­tion après géné­ra­tion dans des quar­tiers de relé­ga­tion fuis par les classes moyennes.

Cette colère sociale, qui trou­vait encore dans les années 1980 des modes d’expression poli­tiques, se mani­feste aujourd’hui plus de manière plus vio­lente et moins enca­drée poli­ti­que­ment. C’est ce que montrent Stéphane Beaud et Olivier Masclet (2006) au moyen d’une com­pa­rai­son de deux géné­ra­tions sociales d’enfants d’immigrés, incar­nées l’une par les par­ti­ci­pants à la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » de 1983, et l’autre par les émeu­tiers de 2005. L’écart entre ces modes de pro­tes­ta­tion est dû selon eux aux trans­for­ma­tions du contexte socio-poli­tique carac­té­risé désor­mais par « un ensemble de frac­tures : éco­no­miques (exclu­sion durable du marché du tra­vail ou relé­ga­tion sur ses marges à tra­vers les emplois aidés) ; urbaines (pau­pé­ri­sa­tion et ghet­toï­sa­tion des quar­tiers d’habitat social) ; poli­tiques (défi­cit durable de repré­sen­ta­tion poli­tique qui se tra­duit par un fort absen­téisme élec­to­ral et un rejet crois­sant de la gauche poli­tique) » (p. 812) Les vio­lences urbaines sont donc bien avant tout le fait des vic­times des vio­lences sociales.

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date :

14/04/2012 – 00:58

Sarah Abdelnour [10]


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[5] http://​clas​siques​.uqac​.ca/​c​l​a​s​s​i​q​u​e​s​/​E​n​g​e​l​s​_​M​a​r​x​/​m​a​n​i​f​e​s​t​e​_​c​o​m​m​u​n​i​s​t​e​/​m​a​n​i​f​e​s​t​e​_​c​o​m​m​u​n​i​s​t​e​.html
[6] http://​hauts​fonc​tion​nai​re​sim​mi​gra​tion​.blog​spot​.com/
[7] http://​recherche​.univ​-lyon2​.fr/​g​r​s​/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?​p​a​g​e​=​2​&​a​m​p​;​n​o​t​i​c​e​=​2​0​6​5​&​a​m​p​;​i​d​_​t​ype=3
[8] http://​en​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​S​u​z​a​n​n​e​_​B​erger
[9] http://​hal​-paris1​.archives​-ouvertes​.fr/​h​a​l​-​0​0​2​6​7​7​7​0/en/
[10] http://​www​.contre​temps​.eu/​f​r​/​a​u​t​e​u​r​s​/​s​a​r​a​h​-​a​b​d​e​lnour

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