Haïti :

Le Tribunal Populaire, une nécessité historique

Communiqué du Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’Occupation d’Haïti (REHMONCO)

Par , Mis en ligne le 03 août 2016

Haiti_Tribunal_PopulaireLe REHMONCO salue l’initiative des orga­ni­sa­tions pro­gres­sistes et des mou­ve­ments sociaux haï­tiens de mettre sur pied le TRIBUNAL POPULAIRE CONTRE LA DOMINATION ET L’OCCUPATION, à l’occasion du 101e anni­ver­saire du débar­que­ment des mili­taires éta­su­niens en Haïti.

L’idée de juger sym­bo­li­que­ment la main­mise de l’impérialisme des États-Unis sur Haïti consti­tue un tour­nant capi­tal dans la lutte du peuple pour retrou­ver sa sou­ve­rai­neté.

Ce tri­bu­nal permet, d’une part, de mettre à nu les crimes et les exac­tions commis pen­dant plus de 101 ans d’occupation et de domi­na­tion ; d’autre part, il consti­tue un lieu de réflexion et de dis­cus­sion pou­vant amener non seule­ment les classes exploi­tées mais aussi les étu­diants à une plus grande conscience des ver­rous de la domi­na­tion et de l’exploitation.

Cet aspect péda­go­gique du tri­bu­nal est essen­tiel dans la mesure où il peut jouer un rôle impor­tant dans la mobi­li­sa­tion des classes popu­laires en vue d’une véri­table trans­for­ma­tion de la société haï­tienne.

Rappelons que la « pra­tique » du tri­bu­nal popu­laire n’est pas nou­velle. Celui qui, sans doute, est le plus connu est le Tribunal Bertrand Russel ins­ti­tué en 1966 et pré­sidé par Jean-Paul Sartre. Son objec­tif : juger les crimes de guerres commis par l’impérialisme amé­ri­cain au Vietnam.

Depuis, d’autres tri­bu­naux popu­laires ont vu le jour. Soulignons celui sur la Palestine pour juger les crimes de l’occupation sio­niste, celui sur l’exploitation sexuelle, etc.

Dans sa forme actuelle, le tri­bu­nal popu­laire est avant tout une arme idéo­lo­gique consis­tant à dénon­cer et à condam­ner les crimes per­pé­trés par un sys­tème de domi­na­tion. Ce sys­tème est bien entendu hors de la portée de toute juri­dic­tion offi­cielle, laquelle consti­tue même l’une de ses com­po­santes (Exemple : le Tribunal pénal inter­na­tio­nal).

Le tri­bu­nal popu­laire est donc une réponse légi­time des peuples dans un monde sans jus­tice, où l’acte de juger n’est qu’un ins­tru­ment au ser­vice de ceux qui détiennent le pou­voir et la richesse.

Chez nous, comme dans beau­coup d’autres pays du Sud, ce tri­bu­nal popu­laire incarne à la fois une mémoire his­to­rique et une exi­gence de jus­tice.

Une mémoire : dans la mesure où il nous rap­pelle et nous éduque sur la signi­fi­ca­tion de la pre­mière occu­pa­tion amé­ri­caine de notre pays, une occu­pa­tion dont l’objectif était de réduire notre éco­no­mie et nos ins­ti­tu­tions dans un état de domi­na­tion et de dépen­dance totale vis-à-vis de la répu­blique étoi­lée.

Conformément aux inté­rêts de Wall Street, les mili­taires amé­ri­cains diri­geaient direc­te­ment le pays après avoir mas­sa­cré plu­sieurs mil­liers de pay­sans. Pour assu­rer sa totale dépen­dance, l’économie natio­nale est inféo­dée à l’économie éta­su­nienne. Au départ des marines, la domi­na­tion se pour­suit par l’armée frai­che­ment consti­tuée.

Mémoire éga­le­ment du milieu de notre XXe siècle ensan­glanté, où l’impérialisme allié aux classes domi­nantes ont mas­sa­cré, expro­prié, réduit en un quasi-escla­vage notre classe pay­sanne.

Mémoire aussi du sou­tien sys­té­ma­tique de l’impérialisme au régime san­gui­naire des Duvalier, régime res­pon­sable du mas­sacre de plus de cin­quante mille com­pa­triotes, par­ti­cu­liè­re­ment des pay­sans et des tra­vailleurs.

Mémoire récente, déchi­rante, de la des­truc­tion de notre agri­cul­ture, de l’imposition des pro­grammes d’ajustement struc­tu­rel, du coup d’État de 1991, de la liqui­da­tion des indus­tries natio­nales, du mas­sacre des pay­sans de Jean-Rabel, de l’imposition du régime mafieux de Martelly, du car­nage impuni et continu du cho­léra, etc.

Cette mémoire nous aide à com­prendre pour­quoi le pays se trouve dans l’état actuel.

Pourquoi depuis 1986, à la chute du régime de Duvalier qui main­te­nait la « sta­bi­lité poli­tique», l’impérialisme joue pieds et mains pour prendre le contrôle et la des­ti­née du pays ?

Face à tous ces crimes, à qui deman­der jus­tice et répa­ra­tion ?

C’est bien l’objectif fon­da­men­tal de ce tri­bu­nal popu­laire : pay­sans, pay­sannes, ouvriers, ouvrières, tra­vailleurs, tra­vailleuses et patriotes d’Haïti ont le droit de deman­der jus­tice et répa­ra­tions pour tous les crimes infli­gés par l’impérialisme et l’oligarchie.
Le REHMONCO salue fra­ter­nel­le­ment et patrio­ti­que­ment les orga­ni­sa­tions pro­gres­sistes et les mili­tants et mili­tantes qui ont pris l’initiative de ce tri­bu­nal et les encou­rage à ren­for­cer la mobi­li­sa­tion popu­laire pour le procès en bonne et due forme de l’impérialisme amé­ri­cain en Haïti.

Pour authen­ti­fi­ca­tion
Renel Exentus
Ricardo Gustave
rehmoncohaiti1915@​gmail.​com

Crédit photo : http://​www​.alter​presse​.org/​I​M​G​/​a​r​t​o​n​2​0​4​2​4​.​j​p​g​?​1​4​6​9​2​02397

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