Le passage difficile de l’ère technologique à l’ère écologique

Par Mis en ligne le 27 février 2011
Les grandes crises com­portent de grandes déci­sions. Il y a des déci­sions qui signi­fient la vie ou le mort pour cer­taines socié­tés, ins­ti­tu­tions ou per­sonnes. La situa­tion actuelle est celle d’un malade auquel le méde­cin dit : ou vous contrô­ler votre taux élevé de cho­les­té­rol et votre ten­sion ou vous devrez vous attendre au pire. Vous choisissez.

L’humanité entière a de la fièvre et est malade ; elle doit déci­der : ou bien conti­nuer à un rythme hal­lu­ci­nant de pro­duc­tion et de consom­ma­tion, garan­tir tou­jours la crois­sance du PIB natio­nal et mon­dial, rythme hau­te­ment hos­tile à la vie, ou bien regar­der en face d’ici peu les réac­tions du sys­tème-terre qui a déjà donné des signes clairs de stress global.

Nous n’avons pas peur d’un cata­clysme nucléaire, qui n’est pas impos­sible même s’il est impro­bable, qui signi­fie­rait la fin de l’espèce humaine. Mais ce que nous crai­gnons c’est, comme beau­coup de scien­ti­fiques l’annoncent, un chan­ge­ment subit, brusque et radi­cal du climat qui éli­mi­ne­rait rapi­de­ment beau­coup d’espèces et serait un grave péril pour notre civilisation.

Ceci n’est pas un sinistre délire. Les infor­ma­tions de l’IPPC de 2001 fai­saient déjà état de cette éven­tua­lité. Celles de la « U.S. National Academy of Sciences » de 2002 affir­maient que « des preuves scien­ti­fiques récentes montrent un chan­ge­ment cli­ma­tique accé­léré et de grande ampleur. Le para­digme nou­veau d’un chan­ge­ment sou­dain dans le sys­tème cli­ma­tique est bien établi par la recherche depuis main­te­nant 10 ans. Cependant, ce savoir est peu dif­fusé et à peine pris en compte par les ana­lystes sociaux.’’ Richard Alley, pré­sident de l’ »U.S. National Academy of Sciences Committee on Abrupt Climate Change » a prouvé avec son équipe qu’au sortir de la der­nière gla­cia­tion, il y a 11 000 ans, le climat de la terre a aug­menté de 9 degrés en seule­ment 10 ans (source : R.W.Miller, Global Climate Disruption and Social Justice, N.Y 2010). Si cela nous arri­vait nous aurions à affron­ter une héca­tombe envi­ron­ne­men­tale et sociale aux consé­quences dramatiques.

Qu’est-ce qui est en jeu dans la ques­tion cli­ma­tique ? En jeu sont deux manières de faire par rap­port à la Terre et à ses res­sources limi­tées, deux manières de faire qui fondent deux ères de notre his­toire : l’ère tech­no­lo­gique et l’ère écologique.

Durant l’ère tech­no­lo­gique, on a uti­lisé un outil puis­sant, inventé lors des der­niers siècles, la techno-science, avec lequel on a exploité, de manière sys­té­ma­tique et chaque fois plus rapide, toutes les res­sources, spé­cia­le­ment au béné­fice des mino­ri­tés mon­diales, lais­sant dans la marge une grande partie de l’humanité. Pratiquement toute la Terre a été occu­pée et exploi­tée. Elle est restée satu­rée de toxines, d’éléments chi­miques et de gaz à effet de serre au point d’en perdre ses capa­ci­tés à les méta­bo­li­ser. Le symp­tôme le plus clair de cette inca­pa­cité qui est la sienne, c’est la fièvre deve­nue pré­sente sur la Planète.

A l’ère éco­lo­gique, la Terre est consi­dé­rée dans le pro­ces­sus de l’évolution. Depuis plus de 13 700 000 000 d’années existe l’univers, et il est en expan­sion, mu par l’insondable éner­gie de fond et par les quatre inter­ac­tions fon­da­men­tales qui sou­tiennent et nour­rissent chaque chose. C’est un pro­ces­sus un, diver­si­fié et com­plexe qui a pro­duit les grandes Naines Rouges, les galaxies, notre Soleil, les pla­nètes et notre Terre. Il a généré aussi les pre­mières cel­lules vivantes, les orga­nismes mul­ti­cel­lu­laires, la pro­li­fé­ra­tion de la faune et de la flore, la conscience humaine grâce à laquelle nous nous sen­tons faire partie d’un Tout et nous nous sen­tons res­pon­sables de la Planète. Tout ce pro­ces­sus a entouré la Terre jusqu’à main­te­nant. Respecté dans sa dyna­mique, il permet à la Terre de main­te­nir sa vita­lité et son équilibre.

Le futur se joue entre ceux qui se trouvent enga­gés dans l’ère tech­no­lo­gique avec les risques qu’elle com­porte et ceux qui, assu­mant l’ère éco­lo­gique, luttent pour main­te­nir les rythmes de la Terre, pro­duisent et consomment dans ses limites, et placent leurs pré­oc­cu­pa­tions prin­ci­pales dans leur péren­nité et dans le bien-être des humains et de la com­mu­nauté terrestre.

Si nous ne fran­chis­sons pas ce pas, nous aurons du mal à échap­per à l’abîme qui nous attend devant.

Leonardo BOFF

Leonardo Boff est phi­lo­sophe, Prêtre et Théologien de la Libération En 1984, la Congrégation pour la doc­trine de la foi, pré­si­dée par le car­di­nal Ratzinger, a convoque Leonardo Boff au Vatican. En 1985, il lui a été intimé ‘’silence et obéissance’’.

Source : http://​ser​vi​cios​koi​no​nia​.org/​b​off/a..

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