Résumé d'une présentation dans le cadre de l’Université populaire d’été des NCS

Le mouvement populaire contre l’État

Par Mis en ligne le 24 août 2011

L’histoire du syn­di­ca­lisme, dans presque tous les pays, est jalon­née de luttes pour son auto­no­mie ou son indé­pen­dance : vis-à-vis des partis poli­tiques (France), des Églises (CSN/CSQ) ou même de syn­di­cats inter­na­tio­naux (FTQ/CTC). Toutefois, aucune lutte ne fut plus longue et com­plexe que celle de l’autonomie du syn­di­ca­lisme vis-à-vis de l’État. La com­plexité du rap­port du syn­di­ca­lisme à l’État s’explique par les mul­tiples dimen­sions qui carac­té­risent cet acteur et par les confu­sions qu’elles entre­tiennent à son égard. L’objectif de cette courte pré­sen­ta­tion sera de pro­po­ser un début de pro­blé­ma­ti­sa­tion du rap­port syn­di­ca­lisme-État au Québec et de l’utiliser pour iden­ti­fier quelques défis posés à l’autonomie du mou­ve­ment ouvrier.

L’État peut être appré­hendé sous la forme de deux doubles arché­types : l’État oppres­seur-régu­la­teur et l’État pro­tec­teur-employeur. Bien que leur inten­sité varie en fonc­tion des lieux et des époques, ces dimen­sions coexistent et sont au cœur des contra­dic­tions du rap­port syn­di­ca­lisme-État. L’État oppres­seur est la pre­mière forme his­to­rique à être appa­rue. Il est celui qui, au Canada, cri­mi­na­lise les acti­vi­tés syn­di­cales jusqu’en 1872, puis les auto­rise sans tou­te­fois four­nir les outils légaux néces­saires à l’établissement d’un rap­port de force équi­table. L’État régu­la­teur, par­ti­cu­liè­re­ment déve­loppé à partir des années 1930-1940 en Amérique du nord, se situe dans la conti­nuité de l’État oppres­seur dans la mesure où il agit sur les mêmes leviers : l’encadrement juri­dique des rela­tions du tra­vail. Dans la lignée du New Deal roo­se­vel­tien, il « léga­lise la classe ouvrière » (Edelman) en déve­lop­pant une infra­struc­ture légale très fouillée garan­tis­sant une recon­nais­sance du syn­di­ca­lisme en milieu de tra­vail et une obli­ga­tion de négo­cier de bonne foi, géné­ra­le­ment per­çues comme favo­rables au mou­ve­ment syn­di­cal. Il contri­bue tou­te­fois éga­le­ment à res­treindre les champs du syn­di­ca­lisme tant en limi­tant sa capa­cité à orga­ni­ser cer­taines caté­go­ries de tra­vailleurs qu’en confi­nant son action au strict cadre des rela­tions du tra­vail, ren­dant illé­gi­time toute vel­léité d’action syn­di­cale d’ordre poli­tique.

L’État pro­tec­teur est celui de l’État pro­vi­dence qui, sous les pres­sions répé­tées des orga­ni­sa­tions syn­di­cales et popu­laires, déve­loppa des filets de pro­tec­tion sociale visant à « huma­ni­ser la capi­ta­lisme ». Ceci pro­vo­qua éga­le­ment l’accroissement massif des effec­tifs de la fonc­tion publique qui, dans presque tous les pays, sont deve­nus l’un des bas­tions du syn­di­ca­lisme. Au Québec, l’État pro­tec­teur a pro­gres­si­ve­ment mis en place une cer­taine forme de néo-cor­po­ra­tisme (M.J. Gagnon) accor­dant une large place aux orga­ni­sa­tions syn­di­cales mais sécu­ri­sant ainsi éga­le­ment leur sou­tien, y com­pris aux poli­tiques d’austérité. Ce manque d’autonomie est ren­forcé par le fait que l’État employeur est l’interlocuteur patro­nal majeur de plu­sieurs syn­di­cats, forcés aux conces­sions de tous genres face à un patron pou­vant chan­ger les règles du jeu du jour au len­de­main.

L’État pro­tec­teur-employeur est devenu la dimen­sion domi­nante de la per­cep­tion de l’État par le mou­ve­ment syn­di­cal dans les der­nières décen­nies, au détri­ment de l’État oppres­seur-régu­la­teur. On réclame géné­ra­le­ment « plus d’État » comme si celui-ci était un acteur homo­gène face aux mou­ve­ments syn­di­caux et popu­laires. Tant l’État pro­tec­teur-employeur que l’État oppres­seur-régu­la­teur pré­sentent pour­tant des défis impor­tants en termes d’autonomie du mou­ve­ment ouvrier qu’il convient de mieux pro­blé­ma­ti­ser.

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