Le jour où le peuple est monté à l’assaut du ciel

Par Mis en ligne le 17 août 2015

L’histoire des luttes et des mou­ve­ments popu­laires n’est jamais déter­mi­née d’avance, comme s’il y avait un « grand livre » écrit quelque part. C’est au contraire une his­toire en dents de scie, pleine de virages, d’inattendu, de hasard. Des déblo­cages sur­viennent par­fois parce que deux choses arrivent à un point d’intersection : d’une part, les mou­ve­ments popu­laires ont acquis de la force, de la confiance en soi, ils repré­sentent un projet hégé­mo­nique. Et d’autre part les domi­nants sont dans une grave crise, ils ne peuvent plus, ils ne savent plus com­ment gou­ver­ner. C’est alors qu’il y a des avan­cées, comme on l’a vu dans le passé.

C’est ce qui s’est passé à Paris en 1871. Les domi­nants implo­saient sous le poids de leur cor­rup­tion. Ils avaient perdu une guerre atroce qu’ils avaient eux-mêmes déclen­chée. Leur monde de luxure et de pillage s’étalait au grand jour devant les yeux du peuple. De l’autre côté, une révo­lu­tion popu­laire ger­mait dans les quar­tiers popu­laires de Paris, avec ses clubs, ses réseaux, ses intel­lec­tuels, ses capa­ci­tés orga­ni­sa­tion­nelles et militaires.

Et c’est ainsi qu’un jour, sans aver­tis­se­ment, le régime est tombé et un nou­veau pou­voir s’est érigé, la Commune. L’expérience a duré à peine deux mois, mais quelle expé­rience ! La Commune en fin de compte repre­nait l’utopie d’un pou­voir décen­tra­lisé, com­mu­nau­taire, sans pou­voir érigé sur le peuple au nom du peuple. Les élus l’étaient sur la base de leur légi­ti­mité, ils étaient révo­cables en tout temps, tout en étant rému­né­rés au salaire ouvrier moyen. Le pou­voir était « direct », c’est-à-dire qu’il était exercé par des assem­blées où tout le monde, y com­pris élus et fonc­tion­naires, pre­naient part, bri­sant ainsi l’étanchéité de cet « hor­rible appa­reil » que Marx avait iden­ti­fié, l’État. La Commune, c’était éga­le­ment le peuple en armes, assu­rant sa propre sécu­rité, et des droits sociaux et éco­no­miques impor­tants pour l’époque (inter­dic­tion des prê­teurs du gage, du tra­vail de nuit, etc.).

La Commune ne vécut pas assez long­temps pour mener à bien ces réformes. Les forces conju­guées de la réac­tion, bour­geoi­sies et aris­to­cra­ties confon­dues, mili­taires et curés, Français comme Anglais et Allemands, se sont enten­dues pour écra­ser la Commune dans un gigan­tesque bain de sang. Pour autant, la plus grande vic­toire de la Commune, comme le disait Marx, c’est d’avoir existé, même briè­ve­ment. Les mou­ve­ments popu­laires ont com­pris qu’il ne s’agit pas de « prendre le pou­voir » tout sim­ple­ment, mais de détruire un appa­reil de classe, ce qui est une œuvre de longue haleine. Ils ont vu aussi que des erreurs devaient être évi­tées. Par exemple, ancrée sur les quar­tiers popu­laires de Paris, la Commune n’a pas pu briser son iso­le­ment. Enfin, la Commune n’a pas eu la capa­cité d’unir les forces du chan­ge­ment, chacun res­tant plus ou moins pour soi. Les résis­tances qui ont suivi la Commune sont allées plus loin.

Lors de l’université popu­laire, il y aura une dis­cus­sion sur la Commune animée par Xavier Lafrance et Thierry Drapeau, deux jeunes cher­cheurs qui sont les coau­teurs d’une étude qui vient d’être publiée sur l’époque, 150 ans après la Commune.

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