Nos amis du Canada

Depuis la Révolution tranquille, un puissant mouvement d’émancipation sociale et nationale est venu au monde au Québec. Les mouvements populaires, en gros, ont appuyé ce projet parce qu’ils voyaient bien le lien entre la cause sociale et la cause nationale. On s’est chicanés sur le comment, mais sur le but, il y a eu un assez gros consensus.

Du côté canadien, l’évolution n’est pas allée dans le même sens. Mouvements, syndicats, intellectuels et partis de gauche n’ont jamais vraiment compris l’importance de la lutte nationale québécoise. On reconnaissait parfois, du bout des lèvres, un droit vague et abstrait à l’autodétermination, mais un droit qui ne devait pas être concrétisé. Autrement dit, on pouvait dire, « oui les Québécois ont des droits », mais à condition « qu’ils restent dans le Canada ». Derrière cette ligne de pensée subsistait selon moi une idéologie essentiellement coloniale. Le Canada ayant été conquis par les Anglais, il ne pouvait plus être remis en question. À gauche, cet argument était repris, mais occulté, derrière la « solidarité » entre les peuples et le besoin de faire échec au « vrai ennemi » tant du Québec que du Canada, en l’occurrence les États-Unis. Une poignée d’intellectualités de gauche s’est opposée à cette perspective qui empêchait tout dialogue constructif entre les deux peuples. Je pense notamment à l’infatigable Judy Rebick.

Aujourd’hui, est-ce que cette situation a changé? De plus en plus de progressistes canadiens semblent prêts à faire le bond. Plusieurs d’entre eux, notamment des syndicats comme le SCFP et le STTP, ont finalement compris que la force et la détermination du mouvement populaire québécois (par exemple lors de l’épisode de la grève étudiante et du mouvement des carrés rouges en 2012) étaient basées en fait sur le croisement des questions nationales et sociales. Ils ont finalement accepté ce que des précurseurs leur disaient depuis longtemps : « l’indépendance du Québec est une des conditions pour que le mouvement progressiste prennent son essor au Canada ».

Une fois dit cela, que peut-on faire?

Si on est déterminés, patients et réalistes, on n’a pas à baisser les bras. D’abord, il y a plusieurs « causes communes » qui peuvent faire converger, en pratique, les progressistes canadiens et québécois, si ce n’est la résistance contre Harper. Ensuite, et cela peut avoir l’air banal de le dire, il faut se découvrir. En réalité, les progressistes québécois connaissent davantage les camarades du Chili que ceux de Colombie britannique. L’inverse est également vrai. Le respect, cela passe par cela, aussi.

Finalement, il y a un certain nombre de principes qu’il faut discuter et éventuellement accepter. Le droit à l’autodétermination, qui veut dire le droit à l’indépendance, en est un. Les doivent dire, « c’est votre choix ». Sur ces quelques idées, des camarades du Québec et du Canada travaillent depuis quelques mois à élaborer ce rapprochement. Ils reprennent cette discussion dans quelques jours à l’université populaire des NCS.