La leçon européenne

Par Mis en ligne le 18 août 2015

Les der­nières décen­nies ont été la scène d’un vaste sou­lè­ve­ment popu­laire aux quatre coins du monde. Au début, la vague a emporté une grande partie de l’Amérique latine. Des mou­ve­ments popu­laires d’une puis­sance inédite ont ren­versé des gou­ver­ne­ments, en Argentine, en Équateur, en Bolivie. Ils ont mis la droite au pied du mur au Brésil, au Venezuela, en Uruguay. De nou­velles confi­gu­ra­tions poli­tiques sont appa­rues en défiant l’ordre impé­rial tra­di­tion­nel.

Quelques années plus tard, la révolte a tra­versé l’Atlantique pour se loca­li­ser en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Le « prin­temps arabe » a éga­le­ment bous­culé les domi­nants et ins­piré une nou­velle géné­ra­tion de mou­ve­ments en Europe du Sud, notam­ment en Espagne, au Portugal et sur­tout, en Grèce. Tout cela a retra­versé l’Atlantique pour pro­duire le mou­ve­ment Occupy, dans plus de 70 villes états-uniennes et cana­diennes. Peu après, le « prin­temps arabe » est devenu le « prin­temps afri­cain » avec des sou­lè­ve­ments popu­laires au Burkina Faso, au Sénégal et ailleurs. Des mobi­li­sa­tions popu­laires dans pré­cé­dent se sont répan­dues à Istanbul, Bangkok et d’autres villes du monde.

Depuis quelque temps avec la montée des gauches en Grèce, en Espagne, en Irlande, en Écosse et d’autres pays euro­péens, le vent du chan­ge­ment souffle de ce côté. Pour autant, les domi­nants et leurs réseaux trans­na­tio­naux ne lâchent pas prise. Ils pré­fèrent, et de loin, lais­ser les pays s’enfoncer dans la crise plutôt que de consi­dé­rer des réformes somme toute modestes que pro­posent les gauches. C’est par­tout la poli­tique du gros bâton mani­pu­lée par les réseaux opaques, les médias et les intel­lec­tuels de ser­vice, sou­vent liés aux anciennes gauches qui ont capi­tulé depuis des décen­nies.

Le dilemme en Grèce découle de ce face-à-face qui n’en finit plus. Les cama­rades de SYRIZA sont confron­tés à cette impos­si­bi­lité d’activer des réformes à l’intérieur du cadre euro­péen et capi­ta­liste et ils doivent accep­ter de liqui­der la sou­ve­rai­neté natio­nale, les pro­tec­tions sociales et les ser­vices de base en santé et en édu­ca­tion. En Espagne où la montée de PODEMOS est impres­sion­nante, c’est le même concert réac­tion­naire en vue de l’élection de l’automne pro­chain : on peut dire et faire ce qu’on veut, sauf qu’on ne peut rien chan­ger au pou­voir actuel du 1 % et de l’oligarchie finan­cière.

Les cama­rades s’interrogent alors : que faire ? L’idée de reve­nir aux vieux sché­mas passés visant une impro­bable révo­lu­tion dans un rap­port de force qui est très inégal n’est pas trop atti­rante. Faire sem­blant de gou­ver­ner quand tout est décidé par les cercles fermés de la Commission euro­péenne et du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal ne semble pas non plus une alter­na­tive. Il reste le chemin long et labo­rieux de construire la force popu­laire à tra­vers des réseaux décen­tra­li­sés et des ini­tia­tives locales, où on peut retrou­ver la dignité et la confiance et construire un bloc popu­laire anti-hégé­mo­nique en pro­fon­deur, ce qui a pris quelques décen­nies à des mou­ve­ments de libé­ra­tion dans diverses par­ties du monde. Il n’y a pas de rac­courci. Ni de recette pour sauter les étapes. C’est de cela que nous pour­rons parler avec nos cama­rades euro­péens dans le cadre de l’université popu­laire des NCS.

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