Le jour du souvenir où il faut tout oublier

Par Mis en ligne le 12 novembre 2012

Si vous étiez soldat ou père d’un soldat, cela vous ferait mal au cœur de voir les hypo­crites pleur­ni­cher sur votre sort en ce jour dit du « sou­ve­nir ». L’État cana­dien tout au long de son his­toire a envoyé des mil­liers de jeunes à la mort dans diverses aven­tures mili­ta­ristes et impé­ria­listes qui n’avaient rien à voir avec la défense de la « nation » comme ose l’affirmer le Ministre Steven Blaney.

L’armée coloniale

L’« épopée » célé­brée par Harper et reprise par les médias com­plai­sants remonte à l’époque où l’armée « cana­dienne » est en fait une force sup­plé­tive pour l’Empire bri­tan­nique. La guerre de 1812 célé­brée par les Conservateurs est une guerre de rapines pour défendre la main­mise sur l’Amérique du Nord dans le but de piller les res­sources, de dis­ci­pli­ner les peuples amé­rin­diens et de sabo­ter la répu­blique états-unienne. La « glo­rieuse « armée colo­niale se fait connaître par la suite en écra­sant au Québec et en Ontario le mou­ve­ment répu­bli­cain de 1837-38 qui ose récla­mer les droits élé­men­taires et s’opposer à l’oppression natio­nale. Pour ter­mi­ner ce siècle de pré­da­tion, les milices armées pra­tiquent le net­toyage eth­nique contre les autoch­tones et les métis de Louis Riel, fon­dant ainsi le « domi­nion » de sa Majesté. Un État nommé Canada naît dans le sang …

De la gestion des massacres

Indépendant sur la forme mais subal­terne sur le fonds, ce nouvel État entre­prend le ving­tième siècle en par­ti­ci­pant aux guerres impé­ria­listes, notam­ment en Afrique, contre les­quelles la popu­la­tion de Montréal se sou­lève. Plus tard éclate la Première Guerre mon­diale menée par des bri­gands et des cri­mi­nels qui veulent main­te­nir leur domi­na­tion sur le monde. Quelques cou­ra­geux s’y opposent, dont un dénommé Lénine et une dénom­mée Rosa Luxembourg, sans comp­ter un syn­di­ca­liste qué­bé­cois, Albert Saint-Martin. À Montréal et à Québec des mani­fes­ta­tions anti-guerre sont confron­tées par l’armée « cana­dienne » qui tire dans le tas fai­sant plu­sieurs morts et bles­sés. Des mil­liers de jeunes Québécois et Canadiens meurent dans les tran­chées pour rien sinon que pour pré­ser­ver les pri­vi­lèges d’une poi­gnée de mil­lion­naires.

Contre le fascisme

L’horrible conflit débouche sur une période de révo­lu­tions où les peuples se sou­lèvent un peu par­tout et où les domi­nants répondent par la dic­ta­ture et le fas­cisme. L’Empire bri­tan­nique ne veut rien faire pour blo­quer la voie à Hitler et Mussolini. Cette optique est reprise par les lar­bins cana­diens. Quelques mois avant le déclen­che­ment du conflit, le Premier Ministre cana­dien Mackenzie King ren­contre Hitler dont il vante l’« effi­ca­cité » à son retour au pays. Pendant que les impé­ria­listes ménagent les Nazis, des hordes sans foi ni loi se lancent à l’assaut de la République espa­gnole. Les puis­sances appuient Franco et laissent les fas­cistes mas­sa­crer tout le monde. Cependant, les peuples s’organisent pour défendre la démo­cra­tie à tra­vers les Brigades inter­na­tio­nales qui comptent plus de 1200 Québécois et Canadiens. De retour au pays après la défaite, les bri­ga­distes sont pour­chas­sés par la RCMP. Quelques mois plus tard, la Deuxième Guerre mon­diale éclate alors que. si on avait voulu, on aurait pu blo­quer le fas­cisme en Espagne au lieu de le lais­ser sai­gner à blanc la moitié du monde (60 mil­lions de morts !).

Une guerre juste, finalement

Entre-temps, la droite extrême se range der­rière les tueurs, par­ti­cu­liè­re­ment au Québec sous l’égide de fac­tions fas­cistes et de la hié­rar­chie catho­lique. La popu­la­tion est hési­tante, pas tel­le­ment parce qu’elle aime les Nazis, mais parce qu’elle iden­ti­fie la guerre à la défense de l’Empire bri­tan­nique. La gauche et les syn­di­cats ont alors le cou­rage de s’opposer à cette ambigüité et de mobi­li­ser pour cette guerre qui est en fin de compte une confron­ta­tion légi­time et néces­saire contre le mal absolu. Les vété­rans dont nous devrions célé­brer le sou­ve­nir sont jus­te­ment ceux-là qui ont com­battu le fas­cisme à côté des ouvriers et des sol­dats sovié­tiques et des par­ti­sans fran­çais et you­go­slaves. Ils ont sauvé l’honneur …

Dans la tempête

Après la guerre, les domi­nants cana­diens changent d’allégeance en se ran­geant der­rière l’impérialisme états-unien. Après avoir inci­néré des mil­liers de civils japo­nais (Hiroshima), le US Command se déploie en Europe pour empê­cher que le ren­ver­se­ment du fas­cisme ne débouche sur des révo­lu­tions popu­laires. Mais c’est en Asie que l’impérialisme subit ses pires échecs avec le triomphe de la résis­tance en Chine. Plus tard, les États-Unis s’engouffrent dans un ter­rible conflit en Corée où comme à la belle époque, les Canadiens agissent comme sup­plé­tifs dans une nou­velle guerre impé­ria­liste. Cette guerre se pour­suit par la suite au Vietnam où le Canada « État sou­ve­rain » ali­mente la machine de guerre états-unienne avec des tas d’armements meur­triers.

L’« honnête courtier »

Subalterne des États-Unis, l’État cana­dien exerce ses fonc­tions sur le plan mili­taire en s’interposant lors de conflits qui éclatent un peu par­tout dans le tiers-monde, en Égypte, au Congo et ailleurs. L’interventionnisme se drape dans les cou­leurs de l’ONU soi disant pour rame­ner la paix, mais en réa­lité pour blo­quer les mou­ve­ments de résis­tance. Les « Casques bleus » de l’ONU qui sont sou­vent des Canadiens sont ins­tru­men­ta­li­sés par une macro poli­tique dont le but est de sécu­ri­ser l’Empire et d’imposer la paci­fi­ca­tion, et non la paix.

Dans le gouffre de la guerre sans fin

Au tour­nant du siècle, l’Empire amé­ri­cain pro­voque l’implosion de l’Union sovié­tique. Les forces impé­ria­listes sous le com­mandent états-unien dans l’OTAN « gèrent » les conflits en pro­vo­quant de pro­fondes dis­lo­ca­tions comme en Yougoslavie où les sol­dats cana­diens par­ti­cipent à cette triste opé­ra­tion pour « sauver les vies ». C’est pire lors de la pre­mière guerre contre l’Irak où les « alliés » cana­diens contri­buent à détruire ce pays pour pré­ser­ver les pétro­mo­nar­chies du Golfe. Ce rebond de la guerre conduit à l’invasion de la Somalie où les sol­dats cana­diens sont encore une fois uti­li­sés d’où d’épouvantables exac­tions contre la popu­la­tion. Entre-temps, la crise ne cesse de s’aggraver jusqu’à un cer­tain 11 sep­tembre 2001. Au lieu de regar­der les res­pon­sa­bi­li­tés impé­ria­listes dans ce fiasco, l’État cana­dien offre ses loyaux ser­vices dans l’invasion de l’Afghanistan. Devant l’opposition mas­sive de la popu­la­tion qué­bé­coise à l’agression pla­ni­fiée contre l’Irak, le gou­ver­ne­ment Chrétien se « contente » d’appuyer le mas­sacre par la porte d’en arrière avec les navires cana­diens qui encerclent l’Irak. Bonjour la « guerre sans fin « …

La tragédie afghane

En « échange » de la non-par­ti­ci­pa­tion aux com­bats en Irak, l’État cana­dien accepte de jouer un rôle de pre­mier plan en Afghanistan, ce qui est relancé par Harper après son élec­tion en 2006. La mas­ca­rade de la « défense de la paix » est aban­don­née et l’armée cana­dienne s’implique sur la ligne de front. Mal gérée, mal pensée et mal exé­cu­tée, la guerre fait des mil­liers de vic­times afghanes. Quelques cen­taines de jeunes sol­dats cana­diens meurent ou sont muti­lés pour rien, encore une fois. Harper remet cela en réar­mant l’armée cana­dienne pour en faire une force d’agression, ce qui se concré­tise lors de la des­truc­tion de la Libye en 2011. L’État cana­dien se dit fier de servir la nou­velle croi­sade des États-Unis.

Les soldats ne sont pas dupes

Quiconque a ren­con­tré des sol­dats cana­diens en Yougoslavie, au Liban, en Afghanistan et ailleurs savent qu’ils sont la plu­part du temps des fils des classes popu­laires qui viennent de Gaspésie ou du Nouveau-Brunswick. En dis­cu­tant avec eux, on est par­fois saisis par leur com­pré­hen­sion du contexte dans lequel on les force à œuvrer. En géné­ral, ils n’ont aucune illu­sion sur les clowns qui glo­ri­fient les com­bats en fai­sant sem­blant de ne pas savoir dans quel jeu sor­dide ils les jettent. Plusieurs sol­dats savent bien qu’ils ne sont pas en Afghanistan pour « sauver les gens » même s’ils font par­fois de gros efforts pour aider les civils. Peut-être que dans un avenir pas si loin­tain, on se sou­vien­dra d’eux dans ce « jour du sou­ve­nir » …

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