Le jour du souvenir où il faut tout oublier

Si vous étiez soldat ou père d’un soldat, cela vous ferait mal au cœur de voir les hypocrites pleurnicher sur votre sort en ce jour dit du « souvenir ». L’État canadien tout au long de son histoire a envoyé des milliers de jeunes à la mort dans diverses aventures militaristes et impérialistes qui n’avaient rien à voir avec la défense de la « nation » comme ose l’affirmer le Ministre Steven Blaney.

L’armée coloniale

L’« épopée » célébrée par Harper et reprise par les médias complaisants remonte à l’époque où l’armée « canadienne » est en fait une force supplétive pour l’Empire britannique. La guerre de 1812 célébrée par les Conservateurs est une guerre de rapines pour défendre la mainmise sur l’Amérique du Nord dans le but de piller les ressources, de discipliner les peuples amérindiens et de saboter la république états-unienne. La « glorieuse « armée coloniale se fait connaître par la suite en écrasant au Québec et en Ontario le mouvement républicain de 1837-38 qui ose réclamer les droits élémentaires et s’opposer à l’oppression nationale. Pour terminer ce siècle de prédation, les milices armées pratiquent le nettoyage ethnique contre les autochtones et les métis de Louis Riel, fondant ainsi le « dominion » de sa Majesté. Un État nommé Canada naît dans le sang …

De la gestion des massacres

Indépendant sur la forme mais subalterne sur le fonds, ce nouvel État entreprend le vingtième siècle en participant aux guerres impérialistes, notamment en Afrique, contre lesquelles la population de Montréal se soulève. Plus tard éclate la Première Guerre mondiale menée par des brigands et des criminels qui veulent maintenir leur domination sur le monde. Quelques courageux s’y opposent, dont un dénommé Lénine et une dénommée Rosa Luxembourg, sans compter un syndicaliste québécois, Albert Saint-Martin. À Montréal et à Québec des manifestations anti-guerre sont confrontées par l’armée « canadienne » qui tire dans le tas faisant plusieurs morts et blessés. Des milliers de jeunes Québécois et Canadiens meurent dans les tranchées pour rien sinon que pour préserver les privilèges d’une poignée de millionnaires.

Contre le fascisme

L’horrible conflit débouche sur une période de révolutions où les peuples se soulèvent un peu partout et où les dominants répondent par la dictature et le fascisme. L’Empire britannique ne veut rien faire pour bloquer la voie à Hitler et Mussolini. Cette optique est reprise par les larbins canadiens. Quelques mois avant le déclenchement du conflit, le Premier Ministre canadien Mackenzie King rencontre Hitler dont il vante l’« efficacité » à son retour au pays. Pendant que les impérialistes ménagent les Nazis, des hordes sans foi ni loi se lancent à l’assaut de la République espagnole. Les puissances appuient Franco et laissent les fascistes massacrer tout le monde. Cependant, les peuples s’organisent pour défendre la démocratie à travers les Brigades internationales qui comptent plus de 1200 Québécois et Canadiens. De retour au pays après la défaite, les brigadistes sont pourchassés par la RCMP. Quelques mois plus tard, la Deuxième Guerre mondiale éclate alors que. si on avait voulu, on aurait pu bloquer le fascisme en Espagne au lieu de le laisser saigner à blanc la moitié du monde (60 millions de morts !).

Une guerre juste, finalement

Entre-temps, la droite extrême se range derrière les tueurs, particulièrement au Québec sous l’égide de factions fascistes et de la hiérarchie catholique. La population est hésitante, pas tellement parce qu’elle aime les Nazis, mais parce qu’elle identifie la guerre à la défense de l’Empire britannique. La gauche et les syndicats ont alors le courage de s’opposer à cette ambigüité et de mobiliser pour cette guerre qui est en fin de compte une confrontation légitime et nécessaire contre le mal absolu. Les vétérans dont nous devrions célébrer le souvenir sont justement ceux-là qui ont combattu le fascisme à côté des ouvriers et des soldats soviétiques et des partisans français et yougoslaves. Ils ont sauvé l’honneur …

Dans la tempête

Après la guerre, les dominants canadiens changent d’allégeance en se rangeant derrière l’impérialisme états-unien. Après avoir incinéré des milliers de civils japonais (Hiroshima), le US Command se déploie en Europe pour empêcher que le renversement du fascisme ne débouche sur des révolutions populaires. Mais c’est en Asie que l’impérialisme subit ses pires échecs avec le triomphe de la résistance en Chine. Plus tard, les États-Unis s’engouffrent dans un terrible conflit en Corée où comme à la belle époque, les Canadiens agissent comme supplétifs dans une nouvelle guerre impérialiste. Cette guerre se poursuit par la suite au Vietnam où le Canada « État souverain » alimente la machine de guerre états-unienne avec des tas d’armements meurtriers.

L’« honnête courtier »

Subalterne des États-Unis, l’État canadien exerce ses fonctions sur le plan militaire en s’interposant lors de conflits qui éclatent un peu partout dans le tiers-monde, en Égypte, au Congo et ailleurs. L’interventionnisme se drape dans les couleurs de l’ONU soi disant pour ramener la paix, mais en réalité pour bloquer les mouvements de résistance. Les « Casques bleus » de l’ONU qui sont souvent des Canadiens sont instrumentalisés par une macro politique dont le but est de sécuriser l’Empire et d’imposer la pacification, et non la paix.

Dans le gouffre de la guerre sans fin

Au tournant du siècle, l’Empire américain provoque l’implosion de l’Union soviétique. Les forces impérialistes sous le commandent états-unien dans l’OTAN « gèrent » les conflits en provoquant de profondes dislocations comme en Yougoslavie où les soldats canadiens participent à cette triste opération pour « sauver les vies ». C’est pire lors de la première guerre contre l’Irak où les « alliés » canadiens contribuent à détruire ce pays pour préserver les pétromonarchies du Golfe. Ce rebond de la guerre conduit à l’invasion de la Somalie où les soldats canadiens sont encore une fois utilisés d’où d’épouvantables exactions contre la population. Entre-temps, la crise ne cesse de s’aggraver jusqu’à un certain 11 septembre 2001. Au lieu de regarder les responsabilités impérialistes dans ce fiasco, l’État canadien offre ses loyaux services dans l’invasion de l’Afghanistan. Devant l’opposition massive de la population québécoise à l’agression planifiée contre l’Irak, le gouvernement Chrétien se « contente » d’appuyer le massacre par la porte d’en arrière avec les navires canadiens qui encerclent l’Irak. Bonjour la « guerre sans fin « …

La tragédie afghane

En « échange » de la non-participation aux combats en Irak, l’État canadien accepte de jouer un rôle de premier plan en Afghanistan, ce qui est relancé par Harper après son élection en 2006. La mascarade de la « défense de la paix » est abandonnée et l’armée canadienne s’implique sur la ligne de front. Mal gérée, mal pensée et mal exécutée, la guerre fait des milliers de victimes afghanes. Quelques centaines de jeunes soldats canadiens meurent ou sont mutilés pour rien, encore une fois. Harper remet cela en réarmant l’armée canadienne pour en faire une force d’agression, ce qui se concrétise lors de la destruction de la Libye en 2011. L’État canadien se dit fier de servir la nouvelle croisade des États-Unis.

Les soldats ne sont pas dupes

Quiconque a rencontré des soldats canadiens en Yougoslavie, au Liban, en Afghanistan et ailleurs savent qu’ils sont la plupart du temps des fils des classes populaires qui viennent de Gaspésie ou du Nouveau-Brunswick. En discutant avec eux, on est parfois saisis par leur compréhension du contexte dans lequel on les force à œuvrer. En général, ils n’ont aucune illusion sur les clowns qui glorifient les combats en faisant semblant de ne pas savoir dans quel jeu sordide ils les jettent. Plusieurs soldats savent bien qu’ils ne sont pas en Afghanistan pour « sauver les gens » même s’ils font parfois de gros efforts pour aider les civils. Peut-être que dans un avenir pas si lointain, on se souviendra d’eux dans ce « jour du souvenir » …