Le Bloc québécois, la voix de l’autonomisme tranquille

Le Bloc québécois a réussi à faire élire 34 député-e-s. Il avait une cible plus audacieusede 40 élu-e-s, mais il est parvenu à réaliser et même à dépasser ce que son parti avait réalisé en octobre 2019 alors qu’il faisait élire 32 député-e-s. Dans ces élections, le Bloc a clairement défini son créneau : l’autonomisme provincial. Cette orientation se définit comme la défense d’un fédéralisme coopératif et asymétrique qui respecte les compétences du Québec et qui cherche aussi à les renforcer.

Des postures nationalistes identitaires nourrissent l’essor de cet autonomisme. Son chef, Yves François Blanchet sait bien encapsuler ses messages à cette fin. Il va être, a-t-il répété, le défenseur des intérêts du Québec. Il va défendre ce qui est bon pour le Québec. Il va se dresser contre ce qui est mauvais pour le Québec. C’est ainsi qu’il a moussé puis surfé sur la vague d’indignation face au mépris du Québec affiché par une animatrice lors du débat des chefs au réseau anglais en en faisant un mépris général, profond et durable de tout le Canada anglais envers le Québec. Retourner le Québec bashing pour un faire un instrument du ralliement identitaire des nationalistes autour du Bloc relève du grand art. Et Yves-François Blanchet c’est révélé fort habile à ce niveau.

Mais, Yves-François Blanchet se veut un politicien responsable. Il se donne comme mission de porter à la Chambre des communes les consensus établis à l’Assemblée nationale. Il veut défendre les soins des ainé-e-s et l’augmentation des transferts en santé dans le respect des compétences du Québec et des provinces.

Son mentor, le premier ministre du Québec, n’est pas indépendantiste. Il est fédéraliste. Il a appelé à voter pour le Parti conservateur du Canada. Il a même contribué, en fondant la CAQ, à la décomposition du bloc souverainiste et à l’effondrement de l’influence du Parti québécois qui ne cesse de dépérir suite à l’accumulation des défaites auxquelles il a présidé. Le Bloc québécois est maintenant le porte-parole non pas du Québec, mais de la CAQ et de son chef autonomiste et fédéraliste. Yves-François Blanchet ne prétend pas au titre de Capitaine Québec, comme François Legault aime se présenter, mais son fidèle allié. Il a même su défendre le caractère écologique du troisième lien. Il ne s’est pas offusqué du soutien du premier ministre du Québec au Parti conservateur d’Érin O’Toole. Il n’a pas tenté de tirer au clair la signification d’un tel soutien en ce qui concerne sa défense de l’environnement, sur sa volonté d’assurer le contrôle des armes à feu, ou sur l’accord sur le financement des garderies…

Dans son discours de fin soirée électorale, Yves François Blanchet s’est montré disposé à collaborer avec le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau. Et pour montrer qu’il ne s’agit pas que de phrases creuses, il s’est empressé d’ajouter : « Je vais contacter chacun des chefs présents à la Chambre des communes. Nous devons avoir une discussion pour que le parlement fonctionne. Il faudra que ce parlement ait une durée acceptable. Il faudra laisser certaines rancoeurs du passé derrière nous (?) parce que c’est clairement ce que les Québécois et les Canadiens ont réitéré comme volonté. La collaboration est de rigueur et nous nous y prêterons de bonne grâce. Pourquoi ? Parce que nous sommes toujours en pandémie. Parce que nous devons assurément entreprendre maintenant la transition à la fois économique et écologique. »

Yves-François Blanchet a encore, dans ce discours, affirmé le caractère d’opposition loyale du Bloc à la Chambre des communes. Il cantonne ainsi le Bloc à un rôle de groupe de pression sur le gouvernement et sur les autres partis fédéralistes à Ottawa. Il présente la reprise de certaines de ses positions comme ses propres réalisations. En agissant comme la mouche du coche, il renonce à remettre en question la domination de l’État fédéral sur la nation québécoise et contribue à faire croire que le fédéralisme canadien peut répondre aux revendications du Québec si on y met les pressions suffisantes.

Dans le même discours, il a laissé entendre, sans prononcer le mot indépendance, qu’un jour un Québec qui est fort pourra faire le choix qu’il souhaite et qu’il ne laisse que soupçonner. Pourquoi une telle pudeur ? C’est que le Bloc québécois n’est plus un porte-parole du souverainisme québécois sur la scène fédérale, même si il est peut-être électoralement payant de maintenir la confusion à cet égard.

La lutte effective pour la libération nationale du Québec ne peut pas compter sur le Bloc québécois qui s’est mis au service du gouvernement caquiste lequel s’est rallié au fédéralisme canadien. Le Bloc québécois a renoncé à défendre une rupture ouverte avec l’État canadien, instrument de minorisation politique du Québec. Cela devrait ouvrir les yeux aux indépendantistes qui ne veulent pas se contenter des belles formules alambiquées du chef du Bloc.