Drones et réseaux ombre

La guerre secrète d’Obama (Il Manifesto)

Par Mis en ligne le 19 juin 2011

Tandis que les raids aériens sur la Libye se montent actuel­le­ment à un total de 11.500 et que le secré­taire géné­ral de l’OTAN, Rasmussen, demande aux alliés davan­tage de dépenses mili­taire et un plus grand enga­ge­ment dans la guerre, la guerre se pro­page dans la région moyen-orien­tale et nord-afri­caine en des formes moins visibles mais non moins dan­ge­reuses, ouvrant conti­nuel­le­ment de nou­veaux fronts. La CIA – d’après un fonc­tion­naire de l’agence d’espionnage éta­su­nienne cité par le New York Times – est en train de construire une base secrète au Moyen-Orient pour lancer des attaques au Yémen avec des drones armés. Ce sont des Predator/​Reaper (déjà en action en Afghanistan, Pakistan et Libye), armés de 14 mis­siles Hellfire et télé­com­man­dés depuis une base au Nevada, à plus de 10 mille kilo­mètres de dis­tance.

Depuis qu’il est entré en fonc­tion, « le pré­sident Obama a dras­ti­que­ment aug­menté la cam­pagne de bom­bar­de­ment de la Cia au Pakistan, en uti­li­sant des drones armés », ceux-là même qui seront uti­li­sés pour « étendre la guerre au Yémen ». L’administration les consi­dère « comme l’arme pré­fé­rée pour prendre en chasse et tuer des mili­tants dans des pays où n’est pas pra­ti­cable une grosse pré­sence mili­taire amé­ri­caine ».

Au Yémen, est actuel­le­ment en action le Commandement suprême conjoint pour les opé­ra­tions spé­ciales (Ussocom), assisté par la CIA et auto­risé par le pou­voir exé­cu­tif de Sanaa. Mais, étant donnée la « fra­gi­lité de ce gou­ver­ne­ment auto­ri­taire », l’administration Obama est pré­oc­cu­pée quant à un futur gou­ver­ne­ment qui ne serait pas en mesure, ou dis­posé, à sou­te­nir les opé­ra­tions éta­su­nienes. De ce fait, elle a chargé la CIA de construire la base secrète dans une loca­lité moyen-orien­tale non iden­ti­fiée, de façon à entre­prendre « des actions cou­vertes sans l’appui du gou­ver­ne­ment hôte ».

Ceci confirme que l’administration Obama est en train d’intensifier la guerre secrète dans toutes ses variantes. Comme le déclare offi­ciel­le­ment l’Ussocom, elle com­prend : une action directe pour détruire des objec­tifs, éli­mi­ner ou cap­tu­rer des enne­mis ; une guerre non-conven­tion­nelle conduite par des forces externes, entraî­nées et orga­ni­sées par l’USSOCOM ; une contre-insur­rec­tion pour aider des gou­ver­ne­ments alliés à répri­mer une rébel­lion ; une opé­ra­tion psy­cho­lo­gique pour influen­cer l’opinion publique étran­gère de façon à sou­te­nir les actions mili­taires éta­su­niennes. Ces opé­ra­tions sont menées en se fon­dant sur des tech­no­lo­gies de plus en plus avan­cées.

Entre dans ce cadre la déci­sion de l’administration Obama, rendue publique par le New York Times, de créer à échelle mon­diale « des réseaux ombre d’Internet et télé­pho­nie mobile qui puissent être employés par les dis­si­dents pour contour­ner la cen­sure gou­ver­ne­men­tale ». Le Pentagone et le Département d’Etat y ont jusqu’à pré­sent investi au moins 50 mil­lions de dol­lars. Ces réseaux sont réa­li­sés au moyen de petites valises spé­ciales qui, une fois intro­duites dans un pays déter­miné, per­mettent de com­mu­ni­quer avec l’étranger via des ordi­na­teurs et télé­phones por­tables, dans des moda­li­tés wire­less et codées, évi­tant contrôles et inter­dits gou­ver­ne­men­taux.

La moti­va­tion offi­cielle de Washington est de « défendre la liberté de parole et élever la démo­cra­tie ». Tout autres les objec­tifs. Les réseaux ombre, four­nis seule­ment aux groupes dis­si­dents utiles à la stra­té­gie éta­su­nienne (en Syrie, Iran et quelques autres pays) et contrô­lés par Washington, sont les plus adap­tés à dif­fu­ser sur les media des infor­ma­tions fabri­quées, pour des opé­ra­tions psy­cho­lo­giques qui pré­parent l’opinion publique à de nou­velles guerres.

Manlio Dinucci

Edition de ven­dredi 17 juin de il mani­festo

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Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

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