L’Union européenne menace la gestion publique de l’eau au Canada

Mis en ligne le 23 décembre 2010

Le gou­ver­ne­ment de M. Stephen Harper a engagé avec l’Union euro­péenne (UE) des négo­cia­tions afin d’adopter un accord bila­té­ral de libre-échange (AECG). Le Syndicat cana­dien de la fonc­tion publique (SCFP) et le Conseil des cana­diens s’alarment des risques qu’il va faire peser sur les ser­vices publics muni­ci­paux de l’eau au Canada, contraints par ce biais à une libé­ra­li­sa­tion crois­sante de leurs ser­vices, au profit des entre­prises trans­na­tio­nales fran­çaises de l’eau, Veolia et Suez. Celles-ci s’activent en cou­lisses pour obte­nir la signa­ture de cet accord.

Dans un com­mu­ni­qué rendu public le 16 décembre 2010, le Syndicat cana­dien de la fonc­tion publique appe­lait à la mobi­li­sa­tion, à quelques semaines du pro­chain round de négo­cia­tions entre l’UE et le Canada, qui doit se tenir en jan­vier 2011 :

« Les sys­tèmes publics d’eau du Canada qui font déjà face à d’énormes défis sont mena­cés par une impor­tante entente de libre-échange qui est actuel­le­ment en négo­cia­tion entre le Canada et l’Union euro­péenne (UE). »

Un nou­veau rap­port paru aujourd’hui, Eau publique à vendre : com­ment le Canada va pri­va­ti­ser nos sys­tèmes publics d’eau (PDF), aver­tit que l’eau publique du pays de l’érable sera perdue si les pro­vinces et ter­ri­toires ne prennent pas immé­dia­te­ment les mesures appro­priées pour s’assurer que l’eau soit reti­rée du cadre des dis­cus­sions sur la pro­po­si­tion d’Accord éco­no­mique et com­mer­cial global entre le Canada et l’Union euro­péenne (AECG).

Le rap­port du Syndicat cana­dien de la fonc­tion publique (SCFP) et du Conseil des Canadiens décrit com­ment l’AECG aura pour effet de rendre vul­né­rables à la pri­va­ti­sa­tion les sys­tèmes muni­ci­paux publics d’eau de tout le Canada.

À la demande des grandes entre­prises euro­péennes à but lucra­tif du sec­teur hydrau­lique, les gou­ver­ne­ments pro­vin­ciaux et ter­ri­to­riaux envi­sagent d’inclure l’eau potable et les ser­vices de trai­te­ment des eaux usées à l’ensemble des ser­vices qui seront cou­verts par l’AECG.

C’est le gou­ver­ne­ment de M. Harper qui leur a demandé de prendre une déci­sion finale dans ce dos­sier, avant la pro­chaine ronde de négo­cia­tion de l’AECG, la sixième, qui doit débu­ter en jan­vier à Bruxelles.

« L’AECG est une entente de pri­va­ti­sa­tion de l’eau, affirme Maude Barlow, pré­si­dente natio­nale du Conseil des Canadiens. Notre eau publique est le sujet de négo­cia­tions qui se déroulent der­rière des portes closes. Nous devons agir dès main­te­nant, sinon un matin nous nous réveille­rons et nos sys­tèmes publics d’eau auront tous disparus. »

Le SCFP et le Conseil des Canadiens font appel aux pro­vinces et aux ter­ri­toires, afin qu’ils affirment leur juri­dic­tion et qu’ils mettent l’eau publique cana­dienne à l’abri du mépris irres­pon­sable affi­ché par le gou­ver­ne­ment pour cette ressource.

Le rap­port sou­ligne que l’AECG aura pour effet d’aggraver les pres­sions exer­cées sur les muni­ci­pa­li­tés et les réserves autoch­tones cana­diennes, par le finan­ce­ment public inadé­quat et les pro­grammes d’encouragement à la pri­va­ti­sa­tion du gou­ver­ne­ment fédé­ral, afin qu’elles livrent au marché leurs sys­tèmes d’eau.

« Les Canadiens vouent une grande confiance aux sys­tèmes d’eau et de trai­te­ment de l’eau qui appar­tiennent et sont exploi­tés par le public, explique Paul Moist, pré­sident natio­nal du SCFP. L’eau et les autres ser­vices essen­tiels – comme les soins de santé, les trans­ports en commun, les ser­vices pos­taux et l’énergie – sont des élé­ments vitaux de nos col­lec­ti­vi­tés. Cette entente per­met­tra aux plus impor­tantes mul­ti­na­tio­nales du monde de faire des pro­fits avec l’eau du Canada. »

M. Moist demande aux sec­tions locales du sec­teur des muni­ci­pa­li­tés du SCFP d’agir pour blo­quer cette entente, qui est actuel­le­ment négo­ciée sans débat public.

Les négo­cia­teurs de l’UE demandent éga­le­ment que les muni­ci­pa­li­tés cana­diennes et leurs ser­vices d’eau soient inclus dans le cha­pitre de l’entente sur les achats publics. Si c’est le cas, ce sera la pre­mière fois que l’eau potable du Canada sera entiè­re­ment rat­ta­chée à un traité com­mer­cial. L’objectif est donc clai­re­ment d’encourager la pri­va­ti­sa­tion des sys­tèmes publics d’eau des muni­ci­pa­li­tés canadiennes.

« Les sys­tèmes de dis­tri­bu­tion de l’eau potable et de trai­te­ment des eaux usées sont des actifs com­mu­nau­taires très impor­tants. Les ser­vices d’eau potable et de trai­te­ment des eaux sont un droit de la per­sonne et une source de vie de col­lec­ti­vi­tés en santé et per­for­mantes »,sou­ligne Mme Barlow.

Lire aussi :

- Appel à l’action du pré­sident du SCFP contre l’AECG, 14 décembre 2010.

-« Les Etats-Unis ont soif de l’eau du Canada » (M. L.), Carnets d’eau, 18 avril 2007.

-« Quand les Etats-Unis détour­ne­ront les res­sources du Canada » (carte), par Philippe Rekacewicz, mars 2005.

Contacts :

-Greg Taylor
Relations avec les médias,
SCFP natio­nal (613) 237-1590, poste 393

-Matthew Ramsden
Agent de com­mu­ni­ca­tion (cam­pagnes)
(613) 698-5113 (cell)

Une réponse à “L’Union européenne menace la gestion publique de l’eau au Canada”

  1. Rabillé dit :

    Bonjour,

    Rédigeant actuel­le­ment un dos­sier scien­ti­fique et tech­nique sur le trai­te­ment des eaux usées et en tant que citoyenne de l’UE, je suis indi­gnée par la pri­va­ti­sa­tion de la ges­tion de l’eau. Il ne faut pas oublier que la loi sur l’eau de 1992 pose comme prin­cipe que l’eau fait partie du patri­moine commun de la nation. Mon dos­sier est un exemple de trai­te­ment des eaux usées par un sys­tème de lagu­nage exten­sif en régie puisque La ville a refusé de vendre sa sta­tion de lagu­nage à ces sociétés.

    Citoyenne, j’ai pu être confron­tée aux dif­fi­cul­tés de la ges­tion de l’eau par le privé. Récemment par exemple, je viens de rece­voir ma fac­ture avec un reli­quat à payer sans aucune explication…

    Voici quelques infor­ma­tions du ter­ri­toire français …

    Salutations

    N Rabillé