Le magazine Maclean’s

Et si on causait un peu des corrupteurs…

Par Mis en ligne le 27 septembre 2010

L’occasion est trop belle. Osons pro­fi­ter, si j’ose dire, de notre nou­veau statut col­lec­tif de société la plus cor­rom­pue au Canada pour nous adres­ser à nos cor­rup­teurs. Commençons par le haut, car c’est bien connu, c’est par la tête que com­mence à pour­rir le poisson.

La pre­mière palme reviens au Parti Libéral du Canada, duquel le maga­zine Maclean’s a long­temps été par­ti­cu­liè­re­ment proche. À ce cha­pitre, recon­nais­sons donc à cette publi­ca­tion une cer­taine exper­tise, par association.

La com­mis­sion Gomery a révélé com­ment, de façon sys­té­ma­tique, le gou­ver­ne­ment du Canada a uti­lisé des fonds publics pour mener une cam­pagne de pro­pa­gande post-réfé­ren­daire en per­met­tant aux amis du régime de se sucrer joyeu­se­ment au pas­sage. S’il y a un lien à faire entre le mou­ve­ment indé­pen­dan­tiste et la cor­rup­tion poli­tique au Québec, comme on ose le faire, c’est bien le fait que le gou­ver­ne­ment du Canada, pani­qué, a uti­lisé la cor­rup­tion poli­tique pour contrer le mou­ve­ment indépendantiste.

Peut-être que ce record de cor­rup­tion serait égalé sinon dépassé par les résul­tats d’une éven­tuelle com­mis­sion d’enquête sur les liens entre le réseau poli­tique du PLQ et le mer­veilleux monde des affaires. Depuis dix mois, ce peuple de cor­rom­pus réclame mas­si­ve­ment et avec une remar­quable constance la tenue d’une telle enquête. Le blo­cage est au sommet de l’État. La popu­la­tion l’a bien com­pris et réclame majo­ri­tai­re­ment son départ. On a vu pire comme société cor­rom­pue, inca­pable d’esprit cri­tique. Le moindre qu’on puisse espé­rer de la part de Maclean’s, qui a déjà fait un excellent jour­na­lisme d’enquête sur Mulroney par exemple, c’est de faire les dis­tinc­tions de base entre un régime poli­tique et une société. C’est bien cet amal­game qui est inac­cep­table et ouvre la porte à toutes les dérives.

Bien sûr qu’il y a quelque chose de raco­leur et donc de pro­fon­dé­ment insi­gni­fiant à la Une de la der­nière édi­tion de ce magazine.

Évidemment qu’il y a quelque part, un fond de com­merce anti-Québec, comme le résume très bien Yves Boisvert de La Presse en sou­li­gnant que « la condes­cen­dance colo­niale fait tou­jours recette quand il s’agit d’expliquer le Québec à Toronto. Les vieilles thèses des années ’50 de Pierre Trudeau, le lien entre natio­na­lisme, étroi­tesse d’esprit et moeurs poli­tiques cor­rom­pues sont indé­mo­dables ». (1)

On serait tenté d’ajouter qu’il y a quelque chose de chau­vin dans ce regard des nations domi­nantes à l’endroit des petites com­mu­nau­tés natio­nales sou­vent soup­çon­nées de vivre à la fron­tière du tri­ba­lisme qu’on impute géné­reu­se­ment au carac­tère fri­leux de leur statut mino­ri­taire. Folks society, écri­vait-on dans les années ’50 pour décrire le Québec pour­tant déjà urba­nisé pour moitié depuis une ving­taine d’années. Il y a sans doute un brin d’ignorance et de paresse intel­lec­tuelle. Cinquante ans après la révo­lu­tion tran­quille, nous obser­vons que ces tristes cli­chés ont la vie dure. Les Irlandais, les Tchéchènes, les Amérindiens, les Basques etc., vus dans l’oeil des domi­nants ont dû essuyer pas mal de ces remarques d’anthropologues de dépanneur.

La popu­la­tion du Québec trou­vera bien le moyen de se défaire des cor­rup­teurs et des cor­rom­pus. En com­men­çant le ménage par le haut, en jugu­lant la toute puis­sance du mer­veilleux monde des affaires sur notre vie col­lec­tive, en diver­si­fiant le sys­tème média­tique qui res­semble à un duo­pole et en démo­cra­ti­sant notre vie politique.

François Cyr,
27 sep­tembre 2010

Note

1. « Le bon­homme Carnaval enfin expli­qué », La presse, édi­tion du 27 sep­tembre 2010.

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