Haïti

Élections : vers un retour de l’extrême-droite au pouvoir !

Par Mis en ligne le 09 février 2011

Après des semaines de machi­na­tions, de pres­sions et de valse hési­ta­tion, le Conseil Electoral Provisoire a dû fina­le­ment se sou­mettre aux injonc­tions des pays amis d’Haïti. « Il a fallu que la com­mu­nauté inter­na­tio­nale torde quelques bras, annule quelques visas et menace au creux de l’oreille les uns et les autres pour que les fai­seurs de rois res­tent à leur place, celle de gen­tils figu­rants » a révélé à ce sujet le rédac­teur en chef du quo­ti­dien Le Nouvelliste, M. Frantz Duval. Dans la mati­née du 3 février, le CEP a donc annoncé les heu­reux gagnants de la com­pé­ti­tion pré­si­den­tielle de novembre qui doivent par­ti­ci­per au second tour le 20 mars pro­chain. Il s’agit de Michel « Sweet Micky » Martelly et de Mirlande Manigat.

Et comme pour démon­trer « qu’il y a encore des hommes dans ce pays, » Mme Ginette Chérubin et trois autres conseillers élec­to­raux ont refusé de signer ces résul­tats obte­nus à l’arraché. Du coté de la Communauté Internationale, c’est l’extase, la jubi­la­tion. « C’est un grand jour pour Haïti » s’est exclamé l’Ambassadeur amé­ri­cain en Haïti, son Excellence M. Kenneth Merten. M. Robert Fatton, poli­to­logue et pro­fes­seur à l’Université de Virginie a cepen­dant appro­ché ce dénoue­ment avec un grain de sel et une note de scep­ti­cisme : « C’est un petit pas vers la for­ma­tion d’un nou­veau gou­ver­ne­ment qui pour­rait être en même temps un détour vers une nou­velle crise. » Au niveau de la classe poli­tique, le plan inter­na­tio­nal de récu­pé­ra­tion des élec­tions bidon est loin de faire l’unanimité. La plu­part des can­di­dats ayant par­ti­cipé à la course élec­to­rale et un large sec­teur de l’opposition à Préval, consi­dèrent les résul­tats publiés mer­credi matin comme nuls et non avenus. Ils réclament l’installation d’un gou­ver­ne­ment pro­vi­soire en vue de réa­li­ser des élec­tions inclu­sives, hon­nêtes et démo­cra­tiques. Tic, tic, tic. Le compte à rebours a commencé.

Avec la publi­ca­tion des résul­tats impo­sés par l’International, s’envole en fumée le rêve de René Préval de renaître de ses cendres et de se suc­cé­der à lui-même à tra­vers un gou­ver­ne­ment de dou­blure, pré­sidé par son homme de paille Jude Célestin. Les élec­tions pré­si­den­tielles de novembre se sont vite trans­for­mées en refe­ren­dum contre le pou­voir en place. Désabusée par le cynisme, la sur­dité et la cécité poli­tiques du pré­sident sor­tant, une frange impor­tante de la popu­la­tion haï­tienne était prête à voter n’importe qui ou n’importe quoi qui ne soit pas du Préval. Abandonné par ses pairs du parti au pou­voir, exclu in extre­mis de la course pré­si­den­tielle, l’héritier du trône, s’est contenté de vider son amer­tume à tra­vers un mes­sage phi­lo­so­phique sur les impon­dé­rables de la poli­tique haï­tienne. A l’image de Baby Doc, Jude Célestin a gardé jusqu’à la fi n une dis­tance pru­dente vis-à-vis de la presse haï­tienne et n’a jamais cher­ché à y faire bonne impres­sion. Candidement retran­ché dans son mutisme, cet illustre inconnu a cru que les mil­lions englou­tis dans une cam­pagne tapa­geuse de pos­ters suffi raient à lui paver la voie vers la Palais National. Ce qu’il n’a pas com­pris, c’est que le centre de gra­vité du pou­voir se trouve à mi-chemin entre l’Hexagone et le Pentagone et que la cam­pagne élec­to­rale se fait aussi à l’intérieur des Chancelleries. De Paris à Washington, on est fati­gué de René Préval et de Jude Célestin que l’on consi­dère comme des bons à rien. Le moment est main­te­nant venu de faire place aux prêts à tout !

En poli­tique, disait Nicholas Machiavel « Le choix est rare­ment entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal. » Essayons d’examiner de plus près le tandem qui s’apprête à s’affronter sur l’arène poli­tique au cours des pro­chaines semaines.

La Saga du Candidat Manigat

Docteure en science po, pro­fes­seure à l’université, écri­vaine, « léga­liste et consti­tu­tio­na­liste » à ses heures per­dues, Mirlande Manigat amène avec elle, en tant que can­di­date à la pré­si­dence, une carte de visite assez impres­sion­nante. Après de longues années pas­sées en France, au Venezuela et à Trinidad, elle s’est vite retrou­vée au Palais National le 7 février 1988. En effet, à la suite du mas­sacre de la Ruelle Vaillant et d’un coup d’état élec­to­ral per­pé­tré par la sol­da­tesque de Namphy, Mirlande Manigat fai­sait coup double en deve­nant en même temps Sénatrice et Première Dame de la République. Usurpation de pou­voir ? Crime de haute tra­hi­son ? Peu importe. « Si je prends le pou­voir, le peuple vien­dra à moi » décla­rait avec aplomb son auguste époux Leslie Manigat. Malheureusement, la lune de miel avec l’Armée macoute se ter­mi­nait quatre mois plus tard en révo­lu­tion de Palais. Evidemment, per­sonne ne pro­testa contre le ren­ver­se­ment des Manigat. Pas même une petite mani­fes­ta­tion de rue. Pas même une petite condam­na­tion hypo­crite de la Communauté Internationale. Pour les Manigat, tou­jours assoif­fés de pou­voir, c’était la longue tra­ver­sée du désert jusqu’aux élec­tions du 7 février 2006. Cette fois, Mirlande allait vrai­ment percer sous Manigat. Candidate au Sénat dans le Département de l’Ouest, elle allait accom­plir le tour de force d’obtenir plus de votes que son méga­lo­mane de mari, Leslie Manigat. En bonne épouse tra­di­tion­nelle, elle dût sacri­fier sa vic­toire sur l’autel de la phallocratie.

Il serait dif­fi­cile aujourd’hui de se faire une idée exacte sur la popu­la­rité réelle ou sup­po­sée de Mirlande Manigat. On ne peut cer­tai­ne­ment pas se fi er aux chiffres offi­ciels publiés par le CEP. Manigat n’est jamais par­ve­nue à trou­ver la bonne car­bu­ra­tion et à déco­der les secrets de « l’alchimie du verbe. » En fait, elle a le défaut de ses qua­li­tés intel­lec­tuelles. Son dis­cours conser­va­teur et pro­fes­so­ral ne fait cer­tai­ne­ment pas vibrer la grande foule des élec­teurs. En cer­taines occa­sions, son niveau de rai­son­ne­ment poli­tique ne dépasse pas celui d’une gen­tille ado­les­cente de chez les Soeurs. En fait, le plan machia­vé­lique de Préval, c’était de per­mettre à Mirlande Manigat de faire illu­sion au pre­mier tour avant de tirer son propre can­di­dat de son cha­peau au second tour. Au cas où les élec­tions devraient effec­ti­ve­ment se tenir le 20 mars, la tâche de Professeure Manigat ne sera pas facile. Elle va avoir devant elle un maître-chan­teur qui s’appelle Michel « Sweet Micky » Martelly.

La Surprenante Percée d’un Putschiste

Dans un article de Christophe Wargny publié le mois der­nier dans Le Monde Diplomatique, Michel Martelly est pré­senté comme un « jeune dealer duva­lié­riste. » Dans sa der­nière édi­tion, le maga­zine fran­çais Paris Match rap­pelle que « Le chan­teur était éga­le­ment un ami du très redouté lieu­te­nant-colo­nel Michel François, chef de la police de Port-au-Prince, mêlé aux heures les plus san­glantes du coup de 1991. » Petit à petit, la presse inter­na­tio­nale com­mence à se faire une idée sur le vrai per­son­nage qui se cache der­rière le masque de Michel Martelly. En effet, pen­dant le san­glant coup d’état mili­taire de 91-94, Sweet Micky était devenu un étroit col­labo des put­schistes au point que le san­glant Commandant de la Police Michel François avait adopté aussi le surnom de Sweet Micky. Pendant que les mili­taires tuaient à tour de bras et que les forces para­mi­li­taires du FRAPH vio­laient et mas­sa­craient impu­né­ment, Martelly amu­sait la gale­rie. En fait, on l’accuse même d’avoir par­ti­cipé per­son­nel­le­ment aux esca­drons de la mort. L’impunité étant ce qu’elle est en Haïti, Sweet Micky, n’a jamais été pour­suivi pour com­pli­cité dans la per­pé­tra­tion des crimes contre l’Humanité. Au contraire, quelques années seule­ment après la fi n de la dic­ta­ture mili­taire, il a été invité à par­ti­ci­per au car­na­val par le maire de Port-au- Prince qui avait échappé de jus­tesse à la grogne des assas­sins en kaki. C’est à cette même époque que Michel Martelly décla­rait dans une inter­view à la presse étran­gère que s’il deve­nait pré­sident, il joue­rait nu sur le toit du Palais National.

Jamais on n’aura vu un tel spec­tacle de pres­ti­di­gi­ta­tion et de mar­ke­ting dans les annales élec­to­rales haï­tiennes. Grâce à la com­pli­cité d’une presse com­plai­sante, Michel Martelly est par­venu à enfer­mer dans les pla­cards son alter ego encom­brant de Sweet Micky qui avait pris la répu­gnante habi­tude d’exhiber ses fesses un peu par­tout et de se livrer à des tirades d’obscénités. La mémoire col­lec­tive en veilleuse, Sweet Micky s’est donc refait une vir­gi­nité morale et poli­tique. Il pré­tend même vou­loir com­battre la cor­rup­tion en Haïti. Vraiment ? Le chic des cos­tumes der­nier cri et du dis­cours asep­tisé a rem­placé le choc élec­tro­nique de la démence sca­to­lo­gique. Confrères et consœurs de la presse se pressent can­di­de­ment autour de Micky, devenu la sen­sa­tion de l’heure. Soudainement, la bête de scène est deve­nue un per­son­nage pho­to­gé­nique, télé­gé­nique et hygié­nique. Un can­di­dat taillé à la mesure d’une société haï­tienne dis­so­lue qui vient d’entrer dans une nou­velle décade de déca­dence. Jamais on n’avait vu une telle méta­mor­phose. L’illusion était par­faite. La presse inter­na­tio­nale n’y avait vu que du feu. Profil à Time Magazine, inter­view à Radio Canada, cau­se­ries en tête à tête et à la queue leu. Avec le plus grand sérieux du monde Sweet Micky par­lait de son « pro­gramme poli­tique. » Volontaire de l’Insécurité Nationale hier, il promet la paix et la sécu­rité aujourd’hui. Ah ! L’enfer est pavé de bonnes inten­tions. Mais, à quoi ser­vi­rait-il d’accuser M. Martelly de quoi que ce soit ? Ne suffi t-il pas de reprendre quelques confi­dences de Michel Martelly sur Michel Martelly, dis­po­nibles à Youtube​.com.

• Il avoue avoir obtenu sa carte de Tonton Macoute dès l’âge de 15 ans.

• Il a été expulsé de l’Académie Militaire pour mau­vaise conduite.

• Pendant son séjour aux Etats-Unis dans les années 80, il fumait jour­nel­le­ment mille dol­lars de crack.

• Alors qu’il tra­vaillait comme maçon, il se fai­sait passer pour ingé­nieur au cours de ses visites en Haïti.

Ce serait cer­tai­ne­ment trop facile de s’attarder sur le dos­sier épais de Michel Martelly. Les témoi­gnages sur ses mal­ver­sa­tions finan­cières aux États-Unis com­mencent aussi à se dif­fu­ser. En réa­lité, la course à la pré­si­dence d’Haïti est offi­ciel­le­ment deve­nue une affaire de sac et de corde qui attire les indi­vi­dus les plus sau­gre­nus. Par un tour de passe-passe incroyable, la per­ver­sion la plus abjecte, la vul­ga­rité la plus obs­cène sont deve­nues en Haïti les « qua­li­tés » les plus attrayantes. L’individu le plus ignoble devient la coque­luche d’une jeu­nesse avide d’un chan­ge­ment à rebours et enga­gée à corps perdu dans la poli­tique du pire.

En fin de compte, com­ment com­prendre le silence de la presse en Haïti face à un tel scan­dale. Serions- nous en pré­sence d’une presse haï­tienne tota­le­ment vas­sa­li­sée par la bour­geoi­sie la plus cor­rom­pue du monde ? En effet, très peu de jour­na­listes semblent vou­loir prendre la res­pon­sa­bi­lité de dénon­cer l’absurde. Par recon­nais­sance ? Par com­pli­cité ? Par peur ? Par défai­tisme ? Jean Dominique doit se retour­ner dans sa tombe. Un quart de siècle après la fi n de la dic­ta­ture duva­lié­riste, on dirait qu’il existe encore en Haïti un code du silence. Serait-ce une forme de pru­dence, d’autocensure, d’opportunisme ? Il faut dire qu’avec le climat d’insécurité et d’impunité, cer­tains can­di­dats sont des Duvalier en puis­sance. Avec le pou­voir de kid­nap­per, de zigouiller, de tor­tu­rer, d’incendier. Attention pas capon ! A quoi bon deve­nir un autre mar­tyre pour un pays irré­mé­dia­ble­ment engagé sur la voie de la catas­trophe ? Toutefois, le sau­ve­tage natio­nal et l’émergence d’une démo­cra­tie réelle ne seront jamais pos­sibles sans une nou­velle libé­ra­tion de la parole, sans un enga­ge­ment résolu à com­battre l’inacceptable.

Castro Desroches

Une réponse à “Élections : vers un retour de l’extrême-droite au pouvoir !”

  1. Gerald dit :

    Afin Micky va faire les hai­tiens connaitre toutes les couleurs.Un Homme qui tra­val­lait comme maçon au USA se faire passer pour inge­nieur quand il arrive en haiti.Enfin peuple Haitien ou sommes-nous ? veye zonn veye lot la miki pap vin jwe non.panse byen avann vote paske nou gen yon chans toujou poun konnen kiyes ki ka dirijenn.Helas pou ayiyi ak nouvo blofè sa ki dil vinn fè chanjman….a swiv