Réflexion

De la décroissance au Buen Vivir : Au-delà du capitalisme, vivre ou consommer ?

Par Mis en ligne le 26 août 2015

Ma réflexion d’aujourd’hui est ins­pi­rée par un ate­lier inti­tulé De la décrois­sance au « buen vivir » : Au-delà du capi­ta­lisme, offert par l’Université popu­laire des Nouveaux Cahiers du socia­lisme.

On constate que le vocable décrois­sance sus­cite des réac­tions néga­tives dans la popu­la­tion en géné­ral et que beau­coup craignent de perdre énor­mé­ment si on s’engage sur cette voie, oubliant en même temps que c’est la vie humaine sur la pla­nète qu’on perdra bien­tôt si on ne sort pas de la sur­con­som­ma­tion.

L’expression « buen vivir », concept déve­loppé en Amérique latine, a plus de charme et laisse entendre qu’on se dirige serei­ne­ment vers une meilleure vie. On peut faire le lien avec le concept de « sim­pli­cité volon­taire », mais là encore, l’expression sus­cite des réti­cences à cause du pré­sup­posé de réduc­tion du train de vie qu’elle implique.

Pour ma part, j’aime bien parler de « la vie bonne ». Ce concept nous ren­voie à deux idées :

  1. Celle de choi­sir la vie qu’il convient, c’est-à-dire offrir la réponse à la ques­tion que se posent tous les phi­lo­sophes : « Qu’est-ce que la vie bonne ? »
  2. Celle de faire une vie qui soit bonne pour soi et les autres, donc agréable.

Dès que l’on parle de quit­ter le para­digme de la sur­con­som­ma­tion et de la sur­ex­ploi­ta­tion des res­sources natu­relles, les gens s’effraient en pen­sant qu’ils devront mener une vie monas­tique. Pourtant, ce sont sur­tout les per­sonnes qui vivent dans un monde outra­geu­se­ment luxueux qui souf­fri­ront d’un manque. Pour la plu­part du monde, ça signi­fie sur­tout refaire des prio­ri­tés qui per­mettent de jouir davan­tage de la vie, par exemple être un peu plus maître de son temps.

De nom­breuses per­sonnes libé­rées du tra­vail peuvent consa­crer une part plus impor­tante de leur quo­ti­dien à des acti­vi­tés mutuel­le­ment béné­fiques avec leur entou­rage, que ce soit, à un niveau d’intérêt par­ti­cu­lier, des loi­sirs de plein air, de l’aide béné­vole, des ser­vices com­mu­nau­taires, une pas­sion com­mune pour la musique, la lec­ture, l’observation d’oiseaux ou, à un niveau d’intérêt social, les dis­cus­sions poli­tiques, l’action poli­tique, l’intervention dans les ins­tances de sa com­mu­nauté, la créa­tion d’instances dans sa com­mu­nauté, etc.

Choisir ses prio­ri­tés ne signi­fie pas se priver, mais plutôt jouir davan­tage de ce qu’on fait, appro­fon­dir ses rela­tions, être plus concen­tré sur ses pré­fé­rences, être moins dis­persé.
Pour les per­sonnes qui sont tou­jours au tra­vail, les choix sont plus dif­fi­ciles, mais sou­vent se rap­pro­cher de son lieu de tra­vail et se défaire de la deuxième voi­ture peut être vécu comme une véri­table libé­ra­tion. Les heures per­dues chaque jour dans la boîte de tôle et de plas­tique sur les ponts peuvent avan­ta­geu­se­ment être rem­pla­cées par du temps passé au jardin com­mu­nau­taire en été et à la pis­cine ou à la biblio­thèque du quar­tier en hiver.

C’est un exemple qui ne convient pas néces­sai­re­ment à tout le monde, mais chacunE dans les classes moyenne et supé­rieure peut trou­ver une façon de rendre sa vie plus agréable en échan­geant une pra­tique délé­tère pour une autre plus convi­viale.
Il est cepen­dant très clair qu’aucune ini­tia­tive indi­vi­duelle ne pourra jamais rem­pla­cer les chan­ge­ments néces­saires à un niveau plus global : amé­lio­ra­tion des trans­ports en commun, den­si­fi­ca­tion des quar­tiers, amé­na­ge­ment des ser­vices, tran­si­tion vers une éco­no­mie non extrac­ti­viste, favo­ri­sa­tion de la pro­duc­tion et de la consom­ma­tion locales.

Pour les classes moins nan­ties, ce luxe de choi­sir « la vie bonne » n’existe pas. C’est pour­quoi des chan­ge­ments poli­tiques sont essen­tiels, et ce n’est cer­tai­ne­ment pas la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices publics qui ira dans le bon sens.

Si les centres com­mer­ciaux ont rem­placé les églises, ils laissent tou­jours les « damnéEs de la terre » dans la même déré­lic­tion. C’est là qu’intervient l’écosocialisme, car on ne sau­rait être socia­liste tout en pré­ten­dant conti­nuer à épui­ser et pol­luer nos res­sources.

Les commentaires sont fermés.