Davos : pendant la crise, les profits continuent

ANGELINI Dominique

4 février 2010

Après une édition 2009 du forum économique sous le signe de la crise, celle-ci semble être oubliée en ce mois de janvier.

Après avoir fait pleurer dans les chaumières sur TF1, en prenant fait et cause pour les caissières qui « devraient pouvoir travailler plus », les enseignants précaires qui devraient « être titularisés » et autres hypocrisies, super Sarko est retourné au bercail. Car lorsqu’ils sont entre eux, les riches sont partout chez eux. Et c’était bien le cas à Davos, petite station de ski de la Confédération helvétique qui regroupait pour la quarantième fois les puissants de la planète. Sarkozy a donc fait l’ouverture du forum économique de Davos en jouant la partition de la moralisation du capitalisme devant un auditoire pour le moins sceptique et à la limite de l’ennui.

Comme le relate la presse, dans un sens de l’euphémisme consommé : « Pas de standing ovation pour Sarkozy ». Mais le super président ne s’est pas arrêté là. Il a déclaré que : « C’est bien de prendre des décisions au G20, encore faut-il qu’elles soient mises en œuvre ! » On y croirait presque. Alors ne reculant devant aucune rodomontade, il a expliqué que lorsque la France organiserait G20 et G11, alors là, ils verraient bien ce qu’ils allaient voir ! Même pas peur, pour tout dire.

Car, à supposer qu’il y ait autre chose dans les paroles de Sarkozy qu’un discours de circonstances quel ques semaines avant les élections régionales, la réalité est que l’Union européenne en général et la France en particulier ne pèsent pas grand chose quand il s’agit de convaincre les puissants. Et une des conclusions de cette dernière édition de Davos est que la stabilité et l’avenir du capitalisme ne se joueront pas, à terme, dans les pays du Nord, mais en Asie et en Amérique latine.

Et de ce côté-là, la morale, même lorsqu’il ne s’agit que de discours n’est pas de mise. La Chine affiche pour 2009 une croissance de près de 9% et l’Inde est à peine plus bas. Pour autant, les banquiers ont fait profil bas et sont venus moins nombreux qu’à l’accoutumée. Et ceux qui étaient là se sont insurgés : comment, on nous demande des comptes ? Ce n’est pas comme si les banques étaient à l’origine de la crise financière ! Une fois de plus, les États sont les bienvenus lorsqu’il faut injecter des milliards pour sauver les entreprises de la faillite, mais à condition qu’ils sachent se retirer sur la pointe des pieds.

Comme le disait un banquier français [1] « À vouloir trop encadrer le risque, on risque de le tuer. Or l’entreprise et avec elle l’emploi, c’est au départ une prise de risques. » Il oublie juste de préciser que les risques sont toujours payés par les travailleurs qui font les frais des crises économiques.

Alors, le bilan de ces quatre jours de Forum économique dont le mot d’ordre était « repenser, reconstruire, redessiner le monde »  ? Business as usual… Alors que les 2.500 chefs d’entreprise, gouvernants, universitaires… faisaient en sorte que rien ne change, 30.000 altermondialistes retrouvaient le chemin de Porto Alegre, au Brésil, pour le 10e Forum social mondial. Ils ne pouvaient que se féliciter d’avoir su prédire que le système libéral courait à sa perte et que leurs préoccupations en termes de régulation ou de taxation seraient reprises au à Davos. Pour autant, ils étaient nombreux à dire que de nouvelles propositions devaient être formulées.

Dominique Angelini