Travail et santé

Conditions de travail et inégalités sociales de santé

Par Mis en ligne le 18 septembre 2010

Les ques­tions de santé au tra­vail consti­tuent un défi majeur pour le mou­ve­ment syn­di­cal. Elles sont à la fois très immé­diates, locales et concrètes et ren­voient à des enjeux de société majeurs. Les condi­tions de tra­vail déter­minent d’importantes inéga­li­tés sociales de santé qui s’ajoutent aux autres formes d’inégalité sociale en matière de reve­nus, de patri­moine, de sco­la­rité, de loge­ment, etc. Parallèlement à l’accroissement des inéga­li­tés dans d’autres domaines, les inéga­li­tés sociales de santé tendent aujourd’hui à s’accroître en Europe.


Les rap­ports sociaux modi­fient la réa­lité bio­lo­gique des indi­vi­dus

Si l’on remonte le cours d’un siècle et demi d’histoire syn­di­cale, l’on constate que la santé au tra­vail a été un des élé­ments déter­mi­nants de la prise de conscience des ouvriers de consti­tuer une classe dif­fé­rente par rap­port aux autres classes de la société. L’exploitation inten­sive des pre­mières géné­ra­tions de tra­vailleurs de la révo­lu­tion indus­trielle a eu des consé­quences catas­tro­phiques sur la santé humaine. Les récits, les enquêtes, les témoi­gnages du XIX[e] siècle concordent pour décrire les ouvriers comme des êtres que l’on recon­naît immé­dia­te­ment par les atteintes à leur inté­grité phy­sique que pro­voque le tra­vail. Teint blême, taille réduite des enfants, res­pi­ra­tion dif­fi­cile des mineurs et d’autres ouvriers expo­sés à des risques res­pi­ra­toires, nombre élevé de muti­lés,… Les rap­ports sociaux marquent de leur empreinte les corps, la réa­lité bio­lo­gique. Cette réa­lité a évolué. Le mou­ve­ment ouvrier a été à l’origine de nom­breuses trans­for­ma­tions de la société au cours de ce der­nier siècle. Les inéga­li­tés sociales de santé n’en ont pas dis­paru pour autant. Elles res­tent une des formes les plus bru­tales d’inégalité sociale dans notre monde. Leur visi­bi­lité, à l’échelle du monde, est énorme. Une petite fille, née à Tokyo, a une espé­rance de vie de 85 ans. Une petite fille, née au même moment en Sierra Leone, peut espé­rer vivre jusqu’à l’âge de 36 ans. Derrière ces moyennes sta­tis­tiques, il y a une réa­lité sou­vent occul­tée. Les inéga­li­tés géo­gra­phiques concentrent des inéga­li­tés sociales. Dans les pays d’Europe, les espé­rances de vie moyennes se situent parmi les meilleures au niveau mon­dial. Mais ces espé­rances de vie varient elles-mêmes de façon consi­dé­rable selon les classes sociales. En France, un ouvrier âgé de 35 ans peut espé­rer vivre encore 40 ans. Un cadre supé­rieur du même âge a une espé­rance de vie supé­rieure de 7 ans. Si l’on tient compte de la qua­lité de la vie, la dif­fé­rence est encore plus forte. L’espérance de vivre sans inca­pa­cité est de 24 ans pour un ouvrier âgé de 35 ans. Elle est de 34 ans pour un cadre supé­rieur du même âge. 7 années de vie en moins, 10 années de vie sans inca­pa­cité en moins.

Ces chiffres nous amènent à un deuxième constat. Les condi­tions de tra­vail jouent un rôle impor­tant dans les inéga­li­tés sociales de santé. Au prix de nom­breuses luttes, le mou­ve­ment ouvrier a assuré l’accès aux soins de santé pour la presque tota­lité de la popu­la­tion. Mais la santé n’est pas déter­mi­née uni­que­ment par l’accès aux soins. Les condi­tions de vie et de tra­vail jouent aujourd’hui un rôle plus impor­tant. En Europe occi­den­tale, un cer­tain nombre de fac­teurs clas­siques des inéga­li­tés sociales de santé jouent un rôle plus réduit que par le passé : les dif­fé­rences ne s’expliquent pas prin­ci­pa­le­ment par la mal­nu­tri­tion, l’insalubrité du loge­ment, un niveau de reve­nus n’assurant pas des condi­tions élé­men­taires de survie. Sans avoir dis­paru entiè­re­ment ces fac­teurs affectent les sec­teurs les plus exploi­tés du monde du tra­vail comme les tra­vailleurs immi­grés sans papier ou d’autres sec­teurs exclus du marché du tra­vail. L’impact des condi­tions de tra­vail est aujourd’hui un des élé­ments d’explication cen­traux. Les condi­tions de tra­vail sont à l’origine de nom­breuses inéga­li­tés de santé. Différents fac­teurs contri­buent à cette situa­tion. Les uns sont en rap­port avec les condi­tions maté­rielles dans les­quelles s’effectue le tra­vail : expo­si­tion à des agents can­cé­ro­gènes, à du bruit, à des vapeurs et fumées toxiques, uti­li­sa­tion d’équipements de tra­vail dan­ge­reux ou mal adap­tés d’un point de vue ergo­no­mique, port de charge,… D’autres sont en rap­port avec l’organisation du tra­vail : rythmes trop rapides, inten­sité du tra­vail, mou­ve­ments répé­ti­tifs, mono­to­nie des tâches, absence de déve­lop­pe­ment per­son­nel dans un sys­tème hié­rar­chique et des­po­tique… Chacun de ces fac­teurs résulte de choix dans l’organisation de la pro­duc­tion. Il n’y a aucune fata­lité tech­nique à devoir tra­vailler dans des condi­tions nocives pour la santé. Il y a une pres­sion constante à subor­don­ner les besoins humains à l’accumulation du capi­tal.

Pour com­prendre l’impact des condi­tions de tra­vail sur la santé, il faut élar­gir notre vision des condi­tions de tra­vail. Au-delà des fac­teurs maté­riels et d’organisation du tra­vail, il faut éga­le­ment consi­dé­rer les condi­tions d’emploi. La pré­ca­rité a un triple impact néga­tif sur la santé. L’impact direct est lié à la poli­tique des entre­prises qui uti­lisent des tra­vailleurs pré­caires pour des acti­vi­tés par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reuses. Un deuxième impact pro­vient de la plus grande dif­fi­culté pour les tra­vailleurs pré­caires de s’organiser et de construire des stra­té­gies de défense de la santé. A expo­si­tions égales, les tra­vailleurs pré­caires sont vrai­sem­bla­ble­ment plus affec­tés. Un troi­sième impact est lié à l’effet d’irradiation de la pré­ca­rité au tra­vail. Celle-ci affecte la pos­si­bi­lité de défi­nir un projet de vie [1]. Une telle situa­tion a des effets délé­tères qui ne se limitent pas à la sphère du tra­vail. De la même manière, les restruc­tu­ra­tions indus­trielles affectent à la fois la santé des tra­vailleurs qui ont perdu leur emploi et celle de ceux qui l’ont conservé.

Le cancer comme miroir des rap­ports sociaux

L’exposition à d’autres agents can­cé­ro­gènes au tra­vail reste impor­tante en Europe. L’on ne dis­pose pas de don­nées pré­cises pour l’Italie. Ce qui en dit long sur les limites de cam­pagnes de pré­ven­tion contre le cancer qui ignorent lar­ge­ment les condi­tions de tra­vail ! Les esti­ma­tions fran­çaises per­mettent de se faire une idée approxi­ma­tive de la situa­tion.

Comme on le voit, l’inégale répar­ti­tion des dif­fé­rents groupes sociaux est elle-même aggra­vée par les condi­tions concrètes de tra­vail dans les­quelles se pro­duit l’exposition. Dans le bâti­ment, la moitié des tra­vailleurs expo­sés à des sub­stances can­cé­ro­gènes sont privés de toute pro­tec­tion col­lec­tive. Dans l’agriculture, ce pour­cen­tage dépasse les trois quarts. La pro­por­tion plus élevée de jeunes tra­vailleurs expo­sés est inquié­tante. Elle reflète la pré­ca­ri­sa­tion du tra­vail et, en par­ti­cu­lier, le recours fré­quent à des tra­vailleurs inté­ri­maires pour les tra­vaux les plus dan­ge­reux.

D’après les esti­ma­tions du Centre inter­na­tio­nal de recherche sur le cancer, il y a eu en 2008 dans la région euro­péenne de l’OMS (qui inclut la Turquie et les anciennes répu­bliques sovié­tiques), 3.689.000 nou­veaux cas de cancer ainsi que 2.575.000 décès dus au cancer [2]. Une partie de ces can­cers sont direc­te­ment causés par les condi­tions de tra­vail. D’autres résultent d’expositions envi­ron­ne­men­tales qui, dans bien des cas, sont liées aux acti­vi­tés éco­no­miques des entre­prises. Même en s’en tenant à une esti­ma­tion basse de 8 % de can­cers attri­buables aux condi­tions de tra­vail, l’on peut consta­ter que la mor­ta­lité par cancer liée au tra­vail dépasse très lar­ge­ment la mor­ta­lité par acci­dents du tra­vail et consti­tue vrai­sem­bla­ble­ment la pre­mière cause de mor­ta­lité due aux condi­tions de tra­vail en Europe [3].


Une influence sur l’ensemble des pro­blèmes de santé

Les can­cers ne consti­tuent pas l’unique cause de mor­ta­lité liée aux condi­tions de tra­vail. La mor­ta­lité car­dio­vas­cu­laire est éga­le­ment très inégale parmi les groupes sociaux. Et, ici encore, les condi­tions de tra­vail jouent un rôle qui n’est pas négli­geable. Plus le tra­vail est intense, accom­pa­gné de stress, orga­nisé de manière à empê­cher les tra­vailleurs de contrô­ler leur propre acti­vité, plus l’on peut obser­ver des niveaux élevés de mor­ta­lité car­dio­vas­cu­laire. A la dif­fé­rence de ce qui se passe avec les can­cers, il ne s’agit pas ici de l’exposition à un agent maté­riel phy­sique ou chi­mique qui joue un rôle déter­mi­nant. La mor­ta­lité dérive de l’organisation du tra­vail : de son inten­sité et de son carac­tère des­po­tique.

Les troubles mus­cu­los­que­let­tiques consti­tuent aujourd’hui une véri­table épi­dé­mie. C’est la plainte la plus fré­quente parmi les tra­vailleurs et une cause de souf­france et d’invalidité. Si l’on n’en meurt pas, la qua­lité de la vie n’en est pas moins sérieu­se­ment affec­tée. Les troubles mus­cu­los­que­let­tiques reflètent à la fois des condi­tions maté­rielles inadé­quates et une orga­ni­sa­tion du tra­vail pré­da­trice par rap­port à la santé. Ils sont for­te­ment asso­ciés aux contraintes psy­cho­so­ciales, à un tra­vail sans véri­table auto­no­mie, à des tâches mono­tones et répé­ti­tives.

L’on pour­rait mul­ti­plier les exemples : santé men­tale, santé repro­duc­tive, patho­lo­gies res­pi­ra­toires, mala­dies de la peau,… Il est dif­fi­cile de trou­ver un groupe de patho­lo­gies où les condi­tions de tra­vail ne joue­raient aucun rôle.

Inégalités au fémi­nin

Partout en Europe, les femmes tra­vaillent plus que les hommes si l’on addi­tionne les temps du tra­vail rému­néré et du tra­vail non rému­néré. L’enquête euro­péenne sur les condi­tions de tra­vail montre que la durée du tra­vail des femmes occu­pées à temps par­tiel est supé­rieure à celle des hommes occu­pés à temps plein si l’on tient compte du tra­vail non rému­néré. L’on peut avoir que si, chez les hommes, le tra­vail à temps par­tiel peut libé­rer du tra­vail « pour soi », pour les femmes, il est géné­ra­le­ment à l’origine d’une sur­ex­ploi­ta­tion dans le tra­vail domes­tique asso­ciée le plus sou­vent à de plus mau­vaises condi­tions de tra­vail dans le tra­vail rému­néré et, bien entendu, à de plus faibles reve­nus. Le tra­vail à temps par­tiel appa­raît ainsi comme une moda­lité de pré­ca­ri­sa­tion qui affecte prin­ci­pa­le­ment les femmes.

Table 2 : Durée totale du tra­vail dans l’Europe des 27 en 2005

Travail rému­néré Travail non rému­néré Total

Femmes temps plein 40 h 23 h 63 h

Femmes temps par­tiel 21,3 h 32,7 h 54 h

Hommes temps plein 43,1 h 7,9 h 51 h

Hommes temps par­tiel 23,5 h 7,3 h 30,8 h

Source : Fondation de Dublin, Enquête sur les condi­tions de tra­vail

De ce point de vue, la famille consti­tue une struc­ture d’exploitation et de domi­na­tion d’une effi­ca­cité redou­table parce qu’elle est inves­tie d’une légi­ti­mité supé­rieure à celle des entre­prises et repose sur une tra­di­tion patriar­cale plu­ri­mil­lé­naire.

En termes d’inégalités sociales de santé, les femmes qui se trouvent dans les condi­tions les plus défa­vo­rables sont celles qui cumulent de mau­vaises condi­tions de tra­vail rému­néré avec un tra­vail domes­tique intense.

Les don­nées sui­vantes, tirées d’une enquête de santé publique en Catalogne, montrent l’importance de la prise en compte de l’interaction entre le tra­vail rému­néré et le tra­vail non rému­néré pour com­prendre les inéga­li­tés de santé parmi les femmes. Elles indiquent à la fois l’importance des atteintes à la santé lié à la charge du tra­vail domes­tique et le fait que celle-ci affecte de façon beau­coup plus signi­fi­ca­tive les femmes dont les condi­tions de tra­vail sont les moins favo­rables.

Table 3 : Corrélation entre la dimen­sion du foyer et des condi­tions de santé chez les femmes, Enquête de Santé en Catalogne, 1994

Dimension du foyer :

Etat de santé perçu : tra­vailleuses non manuelles Etat de santé perçu : tra­vailleuses manuelles Au moins une condi­tion chro­nique : tra­vailleuses non manuelles Au moins une condi­tion chro­nique : tra­vailleuses manuelles

2 per­sonnes 1. 1. 1. 1.

3 per­sonnes 1.64 0.98 0.80 1.15

4 per­sonnes 1.36 1.80 1.08 1.58

>4 2.16 2.74 0.91 3.26

Source : Artazcoz et alii [4], 2001 (pré­sen­ta­tion sim­pli­fiée)

Cette obser­va­tion est utile pour abor­der la ques­tion de l’interaction entre le tra­vail domes­tique non rému­néré et le tra­vail rému­néré. L’aspect le plus immé­dia­te­ment visible de cette inter­ac­tion est le cumul : cumul des temps de tra­vail, cumul des expo­si­tions à des risques, etc… Ainsi, des études réa­li­sées à Barcelone montrent que la pré­va­lence de l’asthme parmi les femmes varie en fonc­tion de cumuls d’expositions à des aller­gènes dans la sphère du tra­vail rému­néré et dans la sphère du tra­vail domes­tique (Medina Ramón, 2005). Le modèle du cumul n’explique que par­tiel­le­ment l’impact du tra­vail sur la santé. Il ne rend pas compte du fait que tant les entre­prises que les familles sont struc­tu­rées par les mêmes rap­ports sociaux de sexe. Au-delà du cumul l’on peut donc obser­ver des effets que l’on pour­rait qua­li­fier de mimé­tisme et d’irradiation. Mimétisme parce que les sté­réo­types tendent à trans­po­ser dans le tra­vail rému­néré un ensemble de carac­té­ris­tiques liées au tra­vail domes­tique. Cela se mani­feste sui­vant deux moda­li­tés prin­ci­pales : la ségré­ga­tion tend à concen­trer les femmes dans des pro­fes­sions et sec­teurs qui, d’une manière ou d’une autre, se pré­sentent comme le pro­lon­ge­ment du tra­vail domes­tique : soins de santé, ser­vices sociaux, édu­ca­tion des enfants, net­toyage, etc.… Même dans l’industrie manu­fac­tu­rière, les postes de tra­vail sont sou­vent défi­nis sur la base de sté­réo­types où le tra­vail indus­triel pro­posé aux femmes cor­res­pon­drait à des qua­li­tés natu­relles ou acquises à tra­vers l’expérience du tra­vail domes­tique. Ce mimé­tisme a pour effet de réduire le béné­fice poten­tiel du tra­vail rému­néré pour la santé. En effet, il y intro­duit un élé­ment de mono­to­nie qui limite l’intérêt pour de nou­velles acti­vi­tés qui accom­pagne la sortie de la sphère domes­tique. Il contri­bue aussi à une déva­lo­ri­sa­tion sociale (et sala­riale !) de nom­breuses pro­fes­sions fémi­nines et peut consti­tuer par là un obs­tacle à l’auto-estime. Quant à l’effet d’irradiation, il consiste dans le fait que les deux jour­nées de tra­vail ne sont pas deux jour­nées consé­cu­tives se dérou­lant sur des plages de temps com­plè­te­ment dis­tinctes. La sphère domes­tique ne dis­pa­raît pas pen­dant les heures du tra­vail sala­rié. Il y a une double pré­sence. Souvent la rigi­dité des condi­tions de tra­vail, notam­ment l’impossibilité de pou­voir adap­ter des horaires en fonc­tion des besoins indi­vi­duels, consti­tue une cause de souf­france au tra­vail dont l’impact sur la santé peut être dévas­ta­teur.

Les condi­tions de tra­vail des femmes déter­minent moins de dif­fé­rences en termes de mor­ta­lité totale qu’en termes d’espérance de vie sans inca­pa­cité. La ségré­ga­tion sexuelle au tra­vail débouche sur­tout sur une usure par le tra­vail qui explique les fortes inéga­li­tés que l’on observe entre les femmes de dif­fé­rentes caté­go­ries socio-pro­fes­sion­nelles par rap­port à la qua­lité de la vie des per­sonnes âgées. Cette situa­tion est illus­trée par les sta­tis­tiques fran­çaises qui montrent des moda­li­tés dif­fé­rentes dans les inéga­li­tés sociales de santé sui­vant les genres [5].

Table 4 : Espérance de vie à 35 ans (femmes en France, 1999-2003)

Esp. vie à 35 ans avec inca­pa­cité Esp vie à 35 ans sans inca­pa­cité Esp vie totale à 35 ans

Cadres supé­rieurs 15.5 ans 35.4 ans 50.9 ans

Ouvrières 21.8 ans 26.8 ans 48.6 ans

Total popu­la­tion 20.0 ans 28.8 ans 48.8 ans

Table 5 : Espérance de vie à 35 ans (hommes en France, 1999-2003)

Esp. vie à 35 ans avec inca­pa­cité Esp vie à 35 ans sans inca­pa­cité Esp vie totale à 35 ans

Cadres supé­rieurs 12.6 ans 34.0 ans 46.6 ans

Ouvriers 16.5 ans 24.4 ans 40.9 ans

Total popu­la­tion 15.1 ans 27.7 ans 42.8 ans

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

En termes de résul­tats, le bilan global est dif­fi­cile à éta­blir. Il faut éviter de sol­li­ci­ter les sta­tis­tiques de façon naïve en exal­tant la réduc­tion réelle des acci­dents mor­tels ou la réduc­tion pure­ment sta­tis­tique des mala­dies pro­fes­sion­nelles dans des pays comme l’Italie. Les esti­ma­tions de l’Organisation Internationale du Travail ne laissent guère de place à un opti­misme de com­mande. Chaque année de l’ordre de 160.000 per­sonnes meurent en raison d’un acci­dent du tra­vail ou d’une mala­die causée par le tra­vail dans l’Europe des 27. Les don­nées des enquêtes euro­péennes sur les condi­tions de tra­vail indiquent quatre grandes ten­dances :

1. des situa­tions très contras­tées tant entre les dif­fé­rents pays qu’à l’intérieur de chaque pays en fonc­tion des sec­teurs et de fac­teurs de pré­ca­ri­sa­tion qui affectent de manière concen­trée cer­taines caté­go­ries de tra­vailleurs ;

2. une sta­bi­lité rela­tive des expo­si­tions à des agents maté­riels dan­ge­reux ou nocifs (sub­stances chi­miques, bruit, machines dan­ge­reuses, etc.);

3. un accrois­se­ment des risques liés à l’organisation du tra­vail. Le pro­blème majeur est consti­tué par l’intensification du tra­vail. Les mani­fes­ta­tions les plus évi­dentes de ce pro­blème sont consti­tuées par la véri­table épi­dé­mie de troubles mus­culo-sque­let­tiques et une série de symp­tômes perçus comme du stress.

4. l’impact dif­fé­ren­cié dans le temps des condi­tions de tra­vail est plus marqué que l’impact immé­diat.

L’intensification du tra­vail

L’intensification du tra­vail appa­raît de manière évi­dente dans l’Europe des quinze. Pour ces pays, on dis­pose de don­nées qui portent sur une période de 15 ans, de la pre­mière à la qua­trième enquête euro­péenne sur les condi­tions de tra­vail. Si l’on construit un indi­ca­teur en com­bi­nant les réponses aux ques­tions « tra­vaillez-vous à un rythme très élevé ? » et « tra­vaillez-vous dans des délais très stricts ? », l’on constate que le pour­cen­tage de tra­vailleurs soumis à un tra­vail inten­sif a for­te­ment aug­menté en Europe occi­den­tale entre 1991 et 2005. Il est passé d’un tiers envi­ron à près de 45%. Dans les pays d’Europe cen­trale et orien­tale, la situa­tion est plus variable. Entre 2001 et 2005, l’on constate une aug­men­ta­tion de l’intensité perçue du tra­vail en répu­blique Tchèque, en Slovénie, en Hongrie et dans les répu­bliques baltes et une réduc­tion de celle-ci en Pologne, en Slovaquie, en Bulgarie et en Roumanie.

L’analyse des don­nées des enquêtes euro­péennes confirme l’hypothèse d’une hybri­da­tion crois­sante des contraintes d’organisation indus­trielle (stan­dar­di­sa­tion de la pro­duc­tion des­ti­née à accroître l’offre à un moindre coût) et des contraintes mar­chandes (où la pro­duc­tion est déter­mi­née par la demande exté­rieure) [6]. Le déve­lop­pe­ment de la sous-trai­tance indus­trielle et une stan­dar­di­sa­tion crois­sante du tra­vail dans les ser­vices ont contri­bué à cette arti­cu­la­tion entre des contraintes dif­fé­rentes. Elles intro­duisent des simi­la­ri­tés mar­quées entre les condi­tions de tra­vail des employés (majo­ri­tai­re­ment des femmes) de nom­breux sec­teurs des ser­vices (santé, com­merce, hôtel­le­rie et res­tau­ra­tion) et celles de caté­go­ries ouvrières tra­vaillant des sec­teurs aussi divers que les équi­pe­men­tiers de l’automobile, l’industrie agro-ali­men­taire. L’intensification du tra­vail affecte de façon toute par­ti­cu­lière les jeunes tra­vailleurs. Ce der­nier élé­ment est à mettre en rap­port avec la pré­ca­ri­sa­tion du tra­vail. Tout indique qu’à une moindre qua­lité de l’emploi cor­res­pond une moindre qua­lité du tra­vail.

L’impact de l’intensité du tra­vail du tra­vail sur la santé est double. L’impact immé­diat et à rela­ti­ve­ment court terme implique des risques accrus d’accident, la mul­ti­pli­ca­tion des troubles mus­cu­los­que­let­tiques, des pro­blèmes de santé men­tale liée au stress. L’impact à long terme ajoute à l’ensemble de ces pro­blèmes des effets trans­ver­saux sur la santé. Les condi­tions de tra­vail affectent la réa­lité bio­lo­gique glo­bale et déter­minent une dété­rio­ra­tion de la qua­lité de la vie tout au long du vieillis­se­ment.

Les don­nées sui­vantes tirées de l’enquête fran­çaise SVP 50 (2003) illus­trent ce phé­no­mène de dégra­da­tion glo­bale de la santé [7].

Table 6 : Pathologies et tra­vail sous pres­sion parmi les tra­vailleurs âgés de 50 ans et plus

Jamais tra­vaillé sous pres­sion Sous pres­sion dans le passé Sous pres­sion actuel­le­ment

Douleurs 53% 65% 66%

Fatigue 43% 55% 61%

Troubles du som­meil 35% 46% 51%

Troubles de la mémoire 24% 34% 37%

Santé dégra­dée ces der­nières années 23% 35% 41%

Les chan­ge­ments du tra­vail posent la ques­tion de la per­ti­nence des stra­té­gies de pré­ven­tion sui­vies tant au niveau euro­péen que dans les dif­fé­rents pays. La pré­ca­ri­sa­tion du tra­vail à tra­vers des méca­nismes très divers pro­duit des situa­tions de plus en plus écla­tées [8]. La plu­part des dis­po­si­tifs de pré­ven­tion ont pour réfé­rence prin­ci­pale l’entreprise. Une telle situa­tion ne permet pas de trai­ter de la réa­lité des risques, et de leur répar­ti­tion inégale, tout au long de la chaîne des diverses acti­vi­tés pro­duc­tives. En par­ti­cu­lier, les ques­tions posées par la sous-trai­tance ne reçoivent géné­ra­le­ment pas de réponse adé­quate et elles sont sou­vent à l’origine de catas­trophes majeures de la Mecnavi à Ravenni il y a presque 25 ans à l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en 2001. Une deuxième dif­fi­culté est liée à l’ensemble des acti­vi­tés dites péri­phé­riques de la manu­ten­tion au net­toyage, du trans­port à l’emballage où la maî­trise des risques est par­ti­cu­liè­re­ment faible.

Et le mou­ve­ment social ?

La réforme impul­sée par les direc­tives com­mu­nau­taires sur la santé au tra­vail a été, pour l’essentiel, une réforme par le haut. Elle s’est dérou­lée dans la plu­part des pays com­mu­nau­taires dans un contexte de faibles mobi­li­sa­tions pour la santé au tra­vail. Certes, l’on peut men­tion­ner quelques excep­tions. En France, la prise de conscience du désastre sani­taire pro­vo­qué par l’amiante à la fin des années ’90 a donné à la santé au tra­vail une impor­tance et une visi­bi­lité nou­velles dans les débats poli­tiques comme dans les média. En Italie, le procès de Turin contre les diri­geants du groupe mon­dial Eternit pour­rait contri­buer à une prise de conscience de l’impact du tra­vail sur les inéga­li­tés sociales de santé. La grande majo­rité des 2.000 morts de Casale Monferrato et d’autres loca­li­tés étaient des ouvriers ou des femmes d’ouvriers

Dans nombre de pays euro­péens, pour des rai­sons très diverses, le syn­di­ca­lisme n’est pas par­venu à relan­cer les mobi­li­sa­tions autour de la santé au tra­vail si ce n’est de façon ponc­tuelle ou sec­to­rielle. Les expli­ca­tions de cette situa­tion sont mul­tiples. Dans les pays de l’ancien bloc sovié­tique, il n’existait aucune tra­di­tion de prise en charge auto­nome de la santé au tra­vail par les syn­di­cats en terme d’action reven­di­ca­tive. Les syn­di­cats délé­guaient la ques­tion de la santé au tra­vail à l’inspection éta­tique et ils recou­raient très lar­ge­ment à la moné­ta­ri­sa­tion du risque. Les primes liées à des tra­vaux insa­lubres ou dan­ge­reux pou­vaient consti­tuer une part signi­fi­ca­tive de la masse sala­riale. La délé­ga­tion à l’égard des ins­pec­tions éta­tiques ou de spé­cia­listes tech­niques n’est pas le mono­pole des syn­di­cats d’Europe cen­trale et orien­tale. En Europe occi­den­tale, elle est par­fois pro­vo­quée par une sorte d’identification d’une partie des res­pon­sables syn­di­caux à la ges­tion du sys­tème de com­pen­sa­tion des risques pro­fes­sion­nels. Au-delà des dif­fé­rentes cultures de la santé au tra­vail héri­tées des his­toires syn­di­cales, deux dif­fi­cul­tés majeures se posent. La pre­mière concerne l’élaboration de reven­di­ca­tions col­lec­tives capables d’impulser des luttes offen­sives dans un contexte d’affaiblissement des col­lec­tifs de tra­vail. Dans ce domaine, il est vrai­sem­blable que la crise actuelle accroî­tra les dif­fi­cul­tés. L’attention portée par­tout en Europe au thème du har­cè­le­ment au tra­vail est révé­la­trice à la fois d’un malaise réel lié notam­ment aux chan­ge­ments dans les méthodes de ges­tion patro­nale et de la dif­fi­culté à passer d’une vision psy­cho­lo­gique, cen­trée sur les souf­frances et les conflits inter-per­son­nels, à une approche col­lec­tive. Se réap­pro­prier le thème de l’organisation du tra­vail [9], en faire un enjeu de lutte et de trans­for­ma­tion est vrai­sem­bla­ble­ment une des prin­ci­pales condi­tions pour une relance de l’action syn­di­cale en santé au tra­vail.

Les défis

S’il fal­lait résu­mer les défis pour les poli­tiques de santé au tra­vail dans les pro­chaines années, on pour­rait énu­mé­rer cer­taines ques­tions d’une impor­tance déci­sive.

1. La lutte pour la santé au tra­vail est insé­pa­rable de la lutte contre la pré­ca­ri­sa­tion du tra­vail. C’est une des cri­tiques prin­ci­pales à faire tant aux poli­tiques com­mu­nau­taires que natio­nales dans ce domaine. La pré­ca­ri­sa­tion a un triple impact sur la santé. Elle tend à concen­trer les risques sur des caté­go­ries de tra­vailleurs placés dans une situa­tion où les stra­té­gies de défense sont les plus dif­fi­ciles à mettre en œuvre. Souvent, les risques sont cumu­lés dans des domaines très dif­fé­rents. Les mêmes caté­go­ries de tra­vailleurs cumulent à la fois un niveau élevé de risques phy­siques et de risques psy­cho­so­ciaux. La pré­ca­ri­sa­tion n’affecte pas la seule santé des pré­caires. Elle dis­loque les col­lec­tifs de tra­vail et tend par là à affai­blir les stra­té­gies de défense de la santé y com­pris de groupes de tra­vail stables. La pré­ca­ri­sa­tion implique aussi une dimen­sion exis­ten­tielle qui va au-delà des condi­tions de tra­vail. Elle remet en cause la défi­ni­tion de pro­jets de vie auto­nome. Elle pro­duit une inter­ac­tion per­ma­nente entre les risques du tra­vail au sens strict et des risques externes que l’on qua­li­fie trop rapi­de­ment de « com­por­te­ments indi­vi­duels » alors qu’ils sont sou­vent liés aux les moda­li­tés par­ti­cu­lières d’insertion sur le marché du tra­vail.

2. La santé au tra­vail s’inscrit au cœur des débats sur le modèle pro­duc­tif. Il y a une conver­gence pos­sible entre les exi­gences d’une réor­ga­ni­sa­tion de celui-ci de manière à assu­rer le res­pect de l’environnement et l’élimination de nom­breux risques au tra­vail. Les débats autour de REACH ont montré com­ment ces conver­gences pou­vaient abou­tir à des reven­di­ca­tions com­munes entre les orga­ni­sa­tions syn­di­cales et les orga­ni­sa­tions éco­lo­giques. Cela ne signi­fie pas que de telles conver­gences puissent se former spon­ta­né­ment. Elles demandent vrai­sem­bla­ble­ment une double trans­for­ma­tion. Dans le mou­ve­ment syn­di­cal, une vision cri­tique de l’idéologie pro­duc­ti­viste, de la croyance selon laquelle la crois­sance, mesu­rée par les indi­ca­teurs tra­di­tion­nels, est la condi­tion du pro­grès social. Dans le mou­ve­ment éco­lo­gique, l’abandon de concep­tions naïves sur l’émergence pos­sible d’un capi­ta­lisme vert sans devoir bou­le­ver­ser les rap­ports de domi­na­tion. Il suffit de voir à quel point les condi­tions de tra­vail sont nocives dans la plu­part des entre­prises de récu­pé­ra­tion de déchets pour com­prendre les limites de stra­té­gies de déve­lop­pe­ment qui font l’impasse sur les rap­ports de pro­duc­tion.

3. Si les acteurs de la santé sont rare­ment au rendez-vous de la pré­ven­tion col­lec­tive, les mili­tants syn­di­caux, eux, peuvent jouer un rôle irrem­pla­çable. C’est ici que l’action immé­diate, quo­ti­dienne et locale de mil­liers de mili­tants porte sur un enjeu majeur de société. A tra­vers cette action, le syn­di­cat peut donner corps à une mobi­li­sa­tion col­lec­tive des tra­vailleurs pour défendre la santé au tra­vail. Contrairement à un pré­jugé bien ancré, l’action pour la santé au tra­vail n’est pas d’un carac­tère prin­ci­pa­le­ment tech­nique. Elle permet aux tra­vailleurs de poser des pro­blèmes de fond. Elle cor­res­pond à une des attentes prin­ci­pales des tra­vailleurs à l’égard des orga­ni­sa­tions syn­di­cales. Une orga­ni­sa­tion qui n’est pas capable d’agir sur le ter­rain de la santé au tra­vail n’a pas de cré­di­bi­lité lorsqu’elle se pro­pose de défendre les autres inté­rêts des tra­vailleurs. La lutte pour la santé est insé­pa­rable d’une action et d’une orga­ni­sa­tion col­lec­tives des­ti­nées à trans­for­mer les condi­tions de tra­vail. Sans une telle action col­lec­tive menée par les tra­vailleurs eux-mêmes, ni la pro­gres­sion des connais­sances médi­cales, ni l’évolution tech­nique n’assurent spon­ta­né­ment des amé­lio­ra­tions durables. C’est ce que montre toute l’histoire de la santé au tra­vail de l’amiante au chlo­rure de vinyle mono­mère, du phos­phore dans les allu­mettes au plomb dans la pein­ture. Le fossé entre la pré­ven­tion pos­sible sur la base des connais­sances scien­ti­fiques et la pré­ven­tion réelle reste énorme. Seule l’action syn­di­cale permet de déblo­quer la situa­tion.

4. Les ques­tions de santé au tra­vail posent avec force la ques­tion de la démo­cra­tie au tra­vail. « Ne pas perdre sa vie en la gagnant » sup­pose que l’on puisse exer­cer un contrôle sur les condi­tions de tra­vail. L’expérience montre à quel point l’activité auto­nome des tra­vailleurs et de leurs orga­ni­sa­tions syn­di­cales est sou­vent le fac­teur déci­sif d’une amé­lio­ra­tion de la santé au tra­vail. Aujourd’hui, une majo­rité de tra­vailleurs euro­péens sont dépour­vus de toute forme de repré­sen­ta­tion sur les lieux de tra­vail. Le déve­lop­pe­ment du tra­vail pré­caire, l’émiettement d’activités pro­duc­tives à tra­vers des réseaux de sous-trai­tance sont autant de fac­teurs qui contri­buent à cette situa­tion. Poser la ques­tion de la démo­cra­tie au tra­vail permet de lier des exi­gences immé­diates pour la défense de la santé avec ce qui est vrai­sem­bla­ble­ment la pré-condi­tion de tout chan­ge­ment stra­té­gique radi­cal [10].

* Laurent Vogel Directeur du dépar­te­ment Santé et sécu­rité de l’Institut Syndical Européen (ETUI). Exposé fait pour des membres de la CGIL en Italie.

1 Je recom­mande la lec­ture du livre de Richard Sennett, L’uomo fles­si­bile. Le conse­guenze del nuovo capi­ta­lismo sulla vita per­so­nale, Feltrinelli, 2001.

En fran­çais : Le tra­vail sans qua­lité. Les consé­quences humai­nede la flexi­bi­lité, 2003, 10/128 (col­lec­tions Fait et cause)

2 P. Boyle et B. Levin (ed.), World cancer report, Genève : International Agency for Research on Cancer, 2008.

3 Pour une vue d’ensemble, voir M. Mengeot, Les can­cers pro­fes­sion­nels. Une plaie sociale trop sou­vent igno­rée, Bruxelles : ETUI-REHS, 2007 ( http://​hesa​.etui​-rehs​.org/​f​r​/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​s​/​p​u​b​4​0.htm.

4 Artazcoz, L et alii (2001), Gender inequa­li­ties in health among wor­kers : the rela­tion with family demands, Journal of Epidemiology and Community Health, 2001, vol. 55, n°9 , 639-647

5 E. Cambois, C. Laborde, J.-M. Robine, La double peine des ouvriers. Plus d’années d’incapacité au sein d’une vie plus courte, Population et socié­tés, N°441, Janvier 2008.

6 P. Boisard et al., Temps de tra­vail : l’intensité du tra­vail, Fondation euro­péenne pour l’amélioration des condi­tions de vie et de tra­vail, Dublin, 2002.

7 C Mardon et S. Volkoff, Les sala­riés âgés face au tra­vail « sous pres­sion, Quatre pages CEE, n° 52, mars 2008.

8 B. Appay et A. Thebaud-Mony (dir.), Précarisation sociale, tra­vail et santé. Iresco-CNRS, Paris,1997.

9 V. Daubas-Letourneux et A. Thébaud-Mony, Organisation du tra­vail et santé dans l’Union Européenne, Fondation euro­péenne pour l’amélioration des condi­tions de vie et de tra­vail, Luxembourg, 2002.

10 T. Coutrot, Démocratie contre capi­ta­lisme, La Dispute, Paris, 2005.

(16 sep­tembre 2010)

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