Comprendre la vague orange au Québec

Première partie : Un havre socialiste ?

Par Mis en ligne le 03 août 2011

Simon Tremblay-Pepin est cher­cheur à l’IRIS. Nous repro­dui­sons ici la pre­mière partie d’une série de trois articles publiés en anglais sur le site Behind the num­bers du CCPA.

Vu de l’extérieur, on pour­rait croire que la majo­rité des québécois(es) se sont conver­tis à la social-démo­cra­tie et au fédé­ra­lisme asy­mé­trique lors des der­nières élec­tions fédé­rales. Cette ana­lyse vise à démon­trer les failles d’une telle inter­pré­ta­tion, sans dimi­nuer pour autant les espoirs de col­la­bo­ra­tion poten­tiels entre les pro­gres­sistes au Québec et dans le reste du Canada. Dans cet article (le pre­mier d’une série de trois) je ten­te­rai de démon­trer qu’il n’existe pas de cor­ré­la­tion entre la vague NPD au Québec et une crois­sance de l’appui aux idées de gauche. Le pro­chain article por­tera sur le Québec, le NPD et la sou­ve­rai­neté. Et le der­nier offrira une contre-ana­lyse sur les rai­sons qui ont conduit les québécois(es) à voter NPD et com­ment en tant que pro­gres­sistes, nous pou­vons tou­jours conti­nuer ensemble sur plu­sieurs enjeux.

Le spectre politique du Québec

Commençons par un aperçu des prin­ci­paux acteurs de la situa­tion poli­tique actuelle, de la droite à la gauche :

ADQ  : Un parti de droite dirigé pen­dant des années par Mario Dumont. Il a tra­versé une crise après un épi­sode désas­treux en tant qu’opposition offi­cielle et son diri­geant actuel, l’ex-journaliste Gérard Deltell, tente de remettre le parti sur ses rails. L’ADQ met l’emphase sur la réduc­tion de l’intervention de l’état et de son appa­reil et vise à réduire la force syndicale.

PLQ : Le plus vieux parti au Québec, le parti Libéral est un parti clas­sique de centre-droit. Il a tra­versé récem­ment une série de scan­dales concer­nant son orga­ni­sa­tion et son finan­ce­ment. Son pro­gramme est centré sur la pro­mo­tion du fédé­ra­lisme et la pla­ni­fi­ca­tion du déve­lop­pe­ment de l’économie capi­ta­liste, ce qui signi­fie par consé­quent la réduc­tion de la taille de l’état.

PQ : Ce parti sou­ve­rai­niste et cen­triste (avec un récent pen­chant vers la droite) tra­verse pré­sen­te­ment une crise impor­tante. Cinq de ses dépu­tés viennent de quit­ter le caucus, contes­tant le lea­der­ship de Pauline Marois. Le parti a été créé dans le but pre­mier de réa­li­ser la sou­ve­rai­neté, mais semble hési­tant à en faire la pro­mo­tion. Ses convic­tions sociales demeurent éga­le­ment en marge de ses propositions.

PVQ  : Le Parti Vert n’existe pra­ti­que­ment pas au Québec. Sa der­nière assem­blée géné­rale comp­tait quelques dou­zaines de participants(es) et son diri­geant nou­vel­le­ment élu est plus ou moins inconnu. Tentant de défendre une posi­tion de neu­tra­lité sur l’échiquier des ques­tions fédéralisme/​nationalisme et gauche/​droite, sa pro­po­si­tion cen­trale consiste à adap­ter l’économie actuelle aux enjeux environnementaux.

QS : Ce parti de gauche âgé de cinq ans n’a qu’un seul député, Amir Khadir, mais réus­sit sou­vent à se situer au centre du débat poli­tique. Québec soli­daire se pré­sente comme un parti de gauche sou­ve­rai­niste, fémi­niste, paci­fiste et altermondialiste.

Où en sommes-nous maintenant ?

Si la vague orange qui a frappé le Québec lors de la der­nière élec­tion fédé­rale était le résul­tat d’un appui gran­dis­sant et lar­ge­ment répandu pour les options poli­tiques de gauche, ne devrions-nous pas voir ses effets dans les résul­tats élec­to­raux au Québec éga­le­ment ? Dans les der­niers résul­tats élec­to­raux, pou­vons-nous consta­ter une montée de Québec Solidaire ou du Parti Québécois centriste ?

Graphique 1 : Résultats électoraux au Québec depuis 2008

Graphique 1 : Résultats élec­to­raux au Québec depuis 2008

Source : Moyenne men­suelle des inten­tions de vote selon Léger et Crop de décembre 2008 à juin 2011

Comme on peut le consta­ter, même si Québec Solidaire a connu une montée constante durant les der­niers trois ans, on est loin de l’accession au pou­voir avec une moyenne de 11%-12% des inten­tions de vote. Initialement, le PQ se diri­geait vers une vic­toire pro­bable lors des pro­chaines élec­tions, mais ses crises internes se sont tra­duites par à une ten­dance à la baisse durant la der­nière année. En juin, il a même enre­gis­tré des inten­tions de vote plus bas que l’impopulaire parti libé­ral de Jean Charest.

Est-ce que la vague orange a eu des réper­cus­sions sur les inten­tions de vote au Québec depuis la der­nière élec­tion pro­vin­ciale ? On peut penser que cela a eu des consé­quences sur la crise du PQ (ampli­fiée par le sort du BLOC), mais une chose est cer­taine : cela n’a pas signi­fié un tour­nant majeur à gauche.

Un tout nouveau Legault

En dehors de l’implosion du PQ (sans être étran­gère à celle-ci) une autre recon­fi­gu­ra­tion poli­tique d’importance se des­sine au Québec. François Legault, ancien ministre sous le règne de Lucien Bouchard et Bernard Landry, envi­sage de former un nou­veau parti poli­tique. Les médias font grands cas de son actuelle Coalition pour l’avenir du Québec, qui fait l’objet éga­le­ment de nom­breuses spé­cu­la­tions. Il a clai­re­ment déclaré récem­ment qu’il avait l’intention d’avoir un parti poli­tique fonc­tion­nel pour les pro­chaines élec­tions pro­vin­ciales, même à l’automne.

Où François Legault loge-t-il poli­ti­que­ment ? À l’intérieur du PQ, il était clai­re­ment lié à l’aile droite – avec Joseph Facal et Guy Chevrette. Il est beau­coup plus en faveur de solu­tions tech­no­cra­tiques que ne le croyait l’ADQ, et beau­coup moins popu­liste. Bon entre­pre­neur, arrivé en poli­tique dans les années ’90, Legault veut appli­quer des réformes dans le sec­teur public en lien avec la phi­lo­so­phie du sec­teur privé. Ses mots d’ordre sont : per­for­mance, com­pé­ti­tion, dimi­nu­tion des coûts etc.

Alors, quel sera le por­trait si Legault arrive dans notre havre socia­liste ? Quelles réper­cus­sions cela aura-t-il sur les inten­tions de vote ? Voici les résul­tats d’une enquête menée seule­ment un mois après les élec­tions fédérales.

Graphique 2 : L’hypothèse Legault

Graphique 2 : L’hypothèse Legault

Source : Léger Marketing, La poli­tique pro­vin­ciale et fédé­rale au Québec, 11 juin 2011.

Comme le gra­phique l’illustre, si les deux orga­ni­sa­tions poli­tiques de droite fusionnent, elles pour­raient poten­tiel­le­ment atteindre 41% du vote popu­laire (presqu’autant que le PQ et le PLQ ensemble). Le PQ et le PLQ pour­raient perdre envi­ron un tiers de leur sou­tien avec ce nou­veau joueur sur l’échiquier. Ce son­dage demeure de la poli­tique fic­tion, nos conclu­sions doivent donc demeu­rer pru­dentes. Elles ne reflètent cer­tai­ne­ment pas ce que seraient les résul­tats après une campagne.

Cependant, on peut voir que le goût du chan­ge­ment au Québec ne favo­rise pas la gauche en ce moment au niveau pro­vin­cial. Fondamentalement, tous les son­dages au niveau pro­vin­cial nous indiquent que la vague orange n’a rien à voir avec un enthou­siasme majeur pour la gauche au Québec.

Par Simon Tremblay-Pepin
Traduction : André Frappier

Les trois articles originaux, publiés en anglais, sont disponibles aux adresses suivantes :

  1. Understanding Québec’s Orange Wave – Part One : A Socialist Haven ?
  2. Understanding Québec’s Orange Wave – Part Two : Welcome back to Canada ?
  3. Understanding Québec’s Orange Wave – Part Three : What Does the Orange Wave Mean ?

Les commentaires sont fermés.