Ce qu’il faut savoir sur l’économie du CARE

 

Pat Armstrong, Marjorie Griffin Cohen, Laurell Ritchie, Leah Voskoet Armine Yalnizyan, extrait d’un texte paru dans Socialist Project, 22 avril 2021 (traduction par Charmain Levy)

Si le COVID-19 ne nous a rien appris d’autre, c’est que nous avons besoin d’une nouvelle approche pour prendre soin les uns des autres dans ce pays. Nous devons insister sur une autre voie, fondée sur une nouvelle vision du rôle des soins au Canada. La crise a eu des conséquences terribles pour tant de personnes, y compris celles qui reçoivent des soins de longue durée. Les femmes, les populations racialisées et les autochtones, ainsi que les personnes handicapées, ont été les premières victimes de ces carences.

Les principes

La pandémie a mis en évidence la manière dont notre infrastructure sociale sous-tend notre santé physique, sociale, psychologique et économique. Cette économie de soins est essentielle à notre survie pendant la pandémie et sera essentielle à notre sortie de la pandémie. La pandémie a révélé qu’un avenir plus résilient exige un changement transformationnel, et non un simple retour à la normale. Les futurs budgets et politiques publiques de tous les gouvernements doivent tenir compte de ces principes fondamentaux.

  • Les soins, qu’ils soient rémunérés ou non, sont un élément fondamental de notre infrastructure de base. Les soins rémunérés dans les domaines de la santé et de l’éducation constituent à eux seuls un moteur essentiel de l’économie, générant au moins 12 % du PIB et 21 % des emplois. Le bon fonctionnement de l’économie des soins est essentiel au fonctionnement de toutes les autres parties de l’économie.
  • Une économie des soins englobe les personnes qui ont besoin de soins et celles qui en dispensent, qu’elles soient rémunérées ou non, et reconnaît que nos besoins en matière de soins et la prestation des soins varient tout au long de la vie.
  • Les soins sont un travail qualifié qui nécessite un développement continu des compétences, une rémunération appropriée et un soutien adéquat. Les conditions de travail sont les conditions des soins.
  • Une économie de soins comprend toute la gamme des services de santé et d’éducation, y compris les soins aux enfants et aux personnes âgées. Elle comprend également d’autres infrastructures sociales telles que l’assurance emploi, les normes du travail et leur application, les politiques d’immigration et les congés de maladie payés.
  • Une économie de soins nécessite des investissements publics dans les services publics afin de garantir un accès équitable à des soins de qualité. Les dépenses publiques dans les infrastructures sociales sont aussi importantes que la construction et l’entretien de nos infrastructures physiques.
  • Une économie des soins favorise l’inclusion lorsque sa conception est ancrée dans une approche féministe, intersectionnelle, anticoloniale et antiraciste.

La raison d’être de l’économie des soins

La pandémie de COVID-19 met en évidence l’incapacité des gouvernements au Canada à faire face de manière adéquate non seulement aux urgences en matière de soins que représente une pandémie, mais aussi aux lacunes et aux déficiences de longue date en matière de soins qui précèdent cette crise. COVID-19 met en évidence les inégalités qui sont omniprésentes dans notre pays : inégalités dans l’accès à la santé et aux soins, notamment en ce qui concerne les congés de maladie, les médicaments, le logement et les conditions de travail décentes et sûres. Elle met également en évidence les inégalités persistantes et croissantes en matière de revenus et de richesse.

Le « secteur des soins » est vaste et comprend les soins personnels directs dans les sphères publique et privée, les services sociaux et les politiques de protection financés par le gouvernement, ainsi que les programmes gouvernementaux connexes qui soutiennent le travail de soins. Il comprend les personnes qui fournissent le travail de soins, rémunéré ou non, et celles qui ont besoin de soutien et de soins.

Les questions de soins ne sont pas comme les secteurs cruciaux qui nécessitent un soutien gouvernemental parce qu’ils sont le moteur de l’économie, des secteurs tels que les ressources, la finance et la fabrication, le gaz et les mines. Cette hypothèse ne tient pas compte des contributions réelles du secteur des soins en tant que moteur économique. À eux seuls, les soins de santé et l’éducation, avec 12,3 % du PIB, contribuent davantage à l’économie que d’autres grands secteurs, tels que l’industrie manufacturière, le pétrole et le gaz, et les mines. Le secteur des soins est également à forte intensité de main-d’œuvre et représente au moins 21 % de l’ensemble du travail rémunéré. Ces chiffres ne tiennent pas compte d’une autre contribution essentielle à l’économie, à savoir le travail non rémunéré dans le secteur des soins.

L’économie des soins joue également un rôle crucial dans le maintien de la stabilité économique en tant que stabilisateur automatique qui peut servir à inhiber les fluctuations économiques dramatiques qui se produisent lors des ralentissements économiques. Le travail dans le secteur des soins ne diminue pas lorsqu’il y a un ralentissement de l’activité économique et les dépenses/recettes continues dans ce secteur peuvent contribuer à maintenir la stabilité sans avoir à inventer de nouveaux programmes temporaires de grande envergure à chaque fois qu’il y a une crise.

Le secteur des soins est une « infrastructure sociale » essentielle qui nécessite des dépenses publiques en capital et d’autres aides publiques, tout comme les services publics et les transports. Les garderies publiques, les établissements de soins de longue durée, le régime public d’assurance-médicaments et les vastes services de soutien et de soins adaptés à la communauté pour toutes les communautés indigènes sont quelques-uns des exemples les plus évidents de déficits en matière d’infrastructures publiques. Ce sont tous des domaines qui présentent un potentiel important pour assurer la stabilité économique tout en répondant aux besoins actuels en matière de soins et en améliorant les résultats et le potentiel futurs. En outre, ils sont essentiels au maintien d’une main-d’œuvre en bonne santé.