Argentine, Brésil, Mexique dans la tourmente de la crise

Il n’y a pas encore très longtemps la plupart des économistes considéraient que les économies latino américaines étaient entrées dans une nouvelle phase : davantage de croissance que par le passé, moins de volatilité, une diminution des inégalités, une montée en puissance des bourses qualifiées d’émergentes et enfin, moins de vulnérabilité aux chocs extérieurs. Lorsque la crise financière est apparue avec la brutalité que l’on sait dans les pays développés, ces mêmes économistes ont pensé que ces économies ne seraient que peu affectées, que leur conjoncture serait « découplée » de celle des pays industrialisés et pour certains – les plus audacieux en matière d’optimisme aveugle – qu’elles pourraient faciliter la reprise des économies industrialisées grâce à leur croissance maintenue. Et puis au dernier trimestre de 2008 et tout au long des trois premiers mois de 2009, il a fallu déchanter.
Par Mis en ligne le 25 août 2009

La plon­gée des mar­chés bour­siers émer­gents a été sévère en 2008, la crois­sance s’est effon­drée et celle de l’industrie est deve­nue fran­che­ment néga­tive, les mon­naies se sont dépré­ciées dans des pro­por­tions impor­tantes vis-à-vis du dollar. Alors, tou­jours ces mêmes éco­no­mistes ont déclaré que per­sonne n’avait prévu cette crise ( ?) et l’ont expli­qué, une fois en cours, qu’elle était logique, inévi­table, pro­vo­quée par les liens plus étroits de ces éco­no­mies avec les autres éco­no­mies en raison du pro­ces­sus rapide de glo­ba­li­sa­tion finan­cière et com­mer­ciale, sui­vant en cela les der­nières publi­ca­tions – par ailleurs fortes ins­truc­tives -du FMI2. Et puis déjà cer­tains entre­voient la fin du tunnel dans lequel se sont engouf­frées ces éco­no­mies avec la remon­tée des bourses de valeur, la reprise des cours des matières pre­mières et le déga­ge­ment de soldes de balance com­mer­ciales posi­tifs comme au Brésil et en Argentine…

Il est exact que la situa­tion s’était amé­lio­rée depuis le début des années 2000 dans les trois prin­ci­paux pays latino-amé­ri­cains : le Brésil, le Mexique, l’Argentine. Dans une cer­taine mesure, ces éco­no­mies fonc­tionnent moins comme « éco­no­mie casino » que pen­dant les années quatre vingt dix, en font donc moins dépendre le bou­clage de leurs comptes exté­rieurs par la mani­pu­la­tion de leurs taux d’intérêt grâce à une amé­lio­ra­tion, par­fois sen­sible, sauf au Mexique, de leurs posi­tions externes. Nous le mon­tre­rons. Mais cette amé­lio­ra­tion est de sur­face, elle n’atteint pas l’essentiel. En fait, avec l’ouverture accen­tuée à l’économie monde, les fai­blesses de ces éco­no­mies sont appa­rues plus net­te­ment et leurs effets se font plus dure­ment sentir avec la conta­gion. Ces éco­no­mies sont au début de ce mil­lé­naire dans une situa­tion pré­oc­cu­pante sur­tout si on la com­pare à celle des pays asia­tiques. Il ne s’agit pas seule­ment d’une ques­tion de taux de crois­sance, bien plus élevés en Asie – l’exception notable de l’Argentine3 – qu’en Amérique latine, mais de la qua­lité de la crois­sance. Les éco­no­mies latino-amé­ri­caines sont à la traîne tant sur l’industrie que sur les ser­vices. L’Histoire – avec un grand H – se fait ailleurs : en Asie. C’est que nous mon­tre­rons dans la pre­mière partie. Dans une seconde partie, nous ana­ly­se­rons les effets de la glo­ba­li­sa­tion finan­cière sur les régimes de crois­sance et leurs fra­gi­li­tés en terme de vola­ti­lité et de sen­si­bi­lité exa­cer­bée aux mou­ve­ments de capi­taux.

I – Vulnérabilité commerciale : l’Amérique latine marginalisée :

Les pays latino amé­ri­cains se sont for­te­ment ouverts à l’économie mon­diale. Les taux de crois­sance des expor­ta­tions ont été élevés, voire impres­sion­nants cer­taines années. Et pour­tant la part de ces prin­ci­paux pays dans le com­merce mon­dial ne s’est pas accrue sen­si­ble­ment, avec tou­te­fois une excep­tion notable : le Mexique où les expor­ta­tions ont cru plus vite que dans la moyenne des pays latino-amé­ri­cains grâce à l’essor des indus­tries d’assemblage. Par contre la part des expor­ta­tions des pays d’Asie dans les expor­ta­tions mon­diales s’est accrue sen­si­ble­ment. La par­ti­ci­pa­tion des expor­ta­tions de biens et de ser­vices du Brésil, par exemple, dans le com­merce mon­dial était en 1988 de 1%, soit un peu moins que celle de la Chine (1,5%) et de 1,2% en 2008 contre une envo­lée à 8,9% pour la Chine4. La dif­fé­rence est impor­tante : les deux éco­no­mies ont connu un pro­ces­sus d’ouverture crois­sant, mais à des rythmes très dif­fé­rents. L’ouverture du Brésil à l’économie mon­diale se fait au même rythme que celle des expor­ta­tions mon­diales, soit à peu près le double de celle du Pib mon­dial5. Celle de la Chine est beau­coup plus rapide. Parallèlement et à l’exception notable du Mexique, les soldes de la balance com­mer­ciale du Brésil et de l’Argentine sont deve­nus posi­tifs. Il y donc appa­rem­ment un succès, même si celui-ci est rela­tif com­paré à celui des pays asia­tiques. En fait, pour porter un juge­ment objec­tif il faut consi­dé­rer la nature des expor­ta­tions. D’une manière géné­rale, l’essor des expor­ta­tions de pro­duits de haute et moyenne tech­no­lo­gie est bien plus rapide dans les pays en déve­lop­pe­ment que dans les pays déve­lop­pés : 16,5% chez les pre­miers et 7,3% chez les seconds entre 1980 et 20006. Ces expor­ta­tions sont le fait de quelques pays, presque exclu­si­ve­ment asia­tiques, mais aussi du Mexique appa­rem­ment7. Le grand essor des expor­ta­tions bré­si­liennes depuis l’année 2000 est dû prin­ci­pa­le­ment à des biens manu­fac­tu­rés incor­po­rant un niveau tech­no­lo­gique bas ou « moyen-bas » et à des biens non indus­triels (« l’agrobusiness ») à faible valeur ajou­tée et à niveau tech­no­lo­gique sou­vent faible. On peut faire à peu près la même obser­va­tion pour l’Argentine, même s’il est exact que le solde posi­tif de sa balance com­mer­ciale ne s’explique pas seule­ment par la hausse du cours des matières pre­mières mais aussi par l’essor de ses expor­ta­tions de pro­duits indus­triels8.

Argentine : éco­no­mie pri­ma­ri­sée ? Pays essen­tiel­le­ment urbain, l’Argentine pos­sède un tissu indus­triel rela­ti­ve­ment com­plexe. Contrairement à ce qui a été sou­vent affirmé, l’économie argen­tine n’est pas com­plè­te­ment « pri­ma­ri­sée » et ses expor­ta­tions indus­trielles sont consé­quentes. Le solde posi­tif de sa balance com­mer­ciale ne s’explique pas seule­ment par la vigueur de ses expor­ta­tions de pro­duits pri­maires et de pro­duits manu­fac­tu­rés d’origine agri­cole, même si ceux-ci y contri­buent for­te­ment. La struc­ture et l’évolution de ses expor­ta­tions en témoignent. En 1997, à la veille du début de la grande crise (1998-2002) qui devait conduire à l’abandon du plan de conver­ti­bi­lité (fin 2001) et donc à la fin de la parité dollar-peso, les expor­ta­tions de pro­duits manu­fac­tu­rés d’origine indus­trielle cor­res­pon­daient à 31% du total de ses expor­ta­tions, celles de pro­duits pri­maires hors com­bus­tibles à 24% et celles des pro­duits manu­fac­tu­rés d’origine agri­cole entre 34 et 35%, le reste étant com­posé de com­bus­tibles. Dix ans plus tard, les expor­ta­tions totales ont légè­re­ment plus que dou­blées en valeur pas­sant de 26,4 mil­liards de pesos en 1997 à 55,7 en 2007. Leur com­po­si­tion reste rela­ti­ve­ment stable : 31% pour les pro­duits manu­fac­tu­rés d’origine indus­trielle, 22% pour les pro­duits pri­maires hors com­bus­tibles, et 34 à 35% pour les pro­duits manu­fac­tu­rés d’origine agri­cole et ce malgré la forte hausse du prix des matières pre­mières d’origine agri­cole. De manière géné­rale, sur la période 2002­2007, on observe que 40% de la hausse des expor­ta­tions est due à un effet prix, 40% envi­ron à un effet quan­tité et 20% à la com­bi­nai­son de ces deux effets. L’effet prix est cepen­dant sur­tout concen­tré sur les pro­duits pri­maires (+21%) et sur les pro­duits manu­fac­tu­rés d’origine agri­cole (+24%), il est moindre sur les pro­duits manu­fac­tu­rés d’origine indus­trielle (+3% de 2006 à 2007 par exemple)9. Sur la base de ces sta­tis­tiques, on peut donc en conclure que la part en volume des pro­duits manu­fac­tu­rés d’origine indus­trielle aurait aug­menté et celle des autres expor­ta­tions dimi­nuée. Cette pro­gres­sion rela­tive cor­res­pond éga­le­ment à une forte crois­sance en termes abso­lus puisque les expor­ta­tions totales se sont for­te­ment accrues ainsi que nous l’avons indi­qué. Il est donc quelque peu réduc­teur de carac­té­ri­ser l’Argentine d’aujourd’hui comme une éco­no­mie pri­ma­ri­sée. Une ten­dance à la pri­ma­ri­sa­tion avait com­mencé dès 1976 avec l’avènement de la dic­ta­ture et la mise en place d’une poli­tique libé­rale et s’était pour­sui­vie dans les années quatre vingt dix avec les gou­ver­ne­ments de Ménem, avec en paral­lèle un tissu indus­triel for­te­ment affecté par les années d’hyperinflation et de crise chro­nique. Elle a été frei­née, voire stop­pée après l’abandon du plan de conver­ti­bi­lité en 2002 ainsi que nous venons de le voir. Le tissu indus­triel affai­bli s’est à nou­veau conso­lidé grâce à la forte déva­lua­tion de la mon­naie, au rela­tif main­tien d’une mon­naie dépré­ciée et à l’investissement en forte crois­sance. C’est cela qui explique la forte aug­men­ta­tion des emplois. Cependant, avec la pour­suite de la hausse du prix des matières pre­mières, le poids des pro­duits pri­maires et des biens manu­fac­tu­rés d’origine agri­cole dans les expor­ta­tions totales devrait aug­men­ter et conduire à une accen­tua­tion de la pri­ma­ri­sa­tion de l’économie. Le tissu indus­triel rela­ti­ve­ment impor­tant peut frei­ner cette ten­dance et sa conso­li­da­tion pour­rait per­mettre de dimi­nuer la vul­né­ra­bi­lité externe de l’Argentine en la fai­sant moins dépendre des cours des matières pre­mières et de leur forte vola­ti­lité. Cependant ce tissu indus­triel est fra­gile, vul­né­rable face à la com­pé­ti­ti­vité de ses concur­rents asia­tiques. Les avan­tages com­pa­ra­tifs révé­lés de l‘Argentine sur ses pro­duits manu­fac­tu­rés sont infé­rieurs à 1, ce qui veut dire que la part de ses expor­ta­tions indus­trielles dans ses expor­ta­tions totales croit moins vite que la part des expor­ta­tions manu­fac­tu­rées mon­diales dans les expor­ta­tions mon­diales. Tel n’est pas le cas des indus­tries agro ali­men­taires et évi­dem­ment de ses matières pre­mières agri­coles. Même si on peut conclure que l’économie argen­tine est pri­ma­ri­sée, sa force repose dans ces expor­ta­tions et comme nous le ver­rons ses fai­blesses éga­le­ment.

Dans l’ensemble, l’Amérique latine prend du retard par rap­port à d’autres pays, prin­ci­pa­le­ment asia­tiques. L’impression d’ensemble qu’on retire de l’insertion des dif­fé­rentes éco­no­mies latino-amé­ri­caines dans l’économie mon­diale est celle d’une très grande vul­né­ra­bi­lité. En effet, on peut affir­mer, qu’à quelques sec­teurs près, ces pays n’ont pas su s’adapter aux bou­le­ver­se­ments qu’a connu l’économie mon­diale ces 25 der­nières années (inno­va­tions tech­no­lo­giques majeures en infor­ma­tique et sur les télé­com­mu­ni­ca­tions, inno­va­tions finan­cières impor­tantes). Par contre, les pays asia­tiques ont su s’adapter aux inno­va­tions tech­no­lo­giques et être les béné­fi­ciaires de nom­breuses délo­ca­li­sa­tions de la pro­duc­tion indus­trielle, tout en déve­lop­pant leur effort en recherche déve­lop­pe­ment, en impo­sant le plus sou­vent des remon­tées de filière (les « back­ward lin­kage effects » chers à Hirschman et à Perroux), ils ont pu à la fois inté­grer leurs pro­duc­tions tout en s’ouvrant davan­tage à l’extérieur, et flexi­bi­li­ser leur appa­reil indus­triel vers la pro­duc­tion de pro­duits à tech­no­lo­gie plus élevée et à valeur ajou­tée plus impor­tante, à forte élas­ti­cité de la demande par rap­port au revenu. Tel n’est pas le cas des prin­ci­paux pays latino amé­ri­cains. L’effort pour la recherche n’a pas été à la hau­teur des enjeux ainsi que leurs poli­tiques indus­trielles10. Au-delà de l’augmentation de leurs recettes d’exportation pro­ve­nant de la hausse du cours des matières pre­mières et de l’accroissement des volumes de ces pro­duits, l’apparition de soldes posi­tifs de la balance com­mer­ciale est due à une plus grande com­pé­ti­ti­vité des pro­duits de moyenne et basse tech­no­lo­gie, à l’exception de quelques sec­teurs comme l’aéronautique pour le Brésil11. C’est dire que contrai­re­ment aux pays asia­tiques, et prin­ci­pa­le­ment les dra­gons aujourd’hui et demain la Chine, la com­pé­ti­ti­vité repose sur les élas­ti­ci­tés prix plutôt que revenu. Leur poten­tiel est donc davan­tage limité que s’il por­tait sur des pro­duits sophis­ti­qués tech­no­lo­gi­que­ment et for­te­ment deman­dés au niveau mon­dial.

D’un point de vue global, l’Amérique latine cumule deux désa­van­tages : sa spé­cia­li­sa­tion indus­trielle n’est pas bonne, celle dans les ser­vices éga­le­ment12. Les avan­tages com­pa­ra­tifs révé­lés sont en effets dans les deux cas infé­rieurs à 1 en 2006 Ce qui ne veut pas dire que les expor­ta­tions de pro­duits indus­triels baissent, bien au contraire, mais qu’ils aug­mentent moins vite que la moyenne mon­diale rela­ti­ve­ment à l’ensemble des expor­ta­tions. Il y a donc une perte des parts de marché des éco­no­mies latino amé­ri­caines en faveur des éco­no­mies asia­tiques cou­plée d’une aug­men­ta­tion en terme absolu de leurs expor­ta­tions de pro­duits indus­triels. Les pays asia­tiques béné­fi­cient de la délo­ca­li­sa­tion mon­diale de l’industrie et même si, à l’exception de l’Inde, ils pâtissent d’un désa­van­tage en matière de ser­vice, leurs avan­tages com­pa­ra­tifs révé­lés dans l’industrie sont très impor­tants. Leurs appa­reils indus­triels davan­tage flexibles que ceux d’Amérique latine, leur per­mettent de déve­lop­per des spé­cia­li­sa­tions sur des pro­duits à moyenne et haute tech­no­lo­gie, à partir le plus sou­vent d’une com­pé­ti­ti­vité por­tant à l’origine sur des pro­duits uti­li­sant beau­coup de main d’oeuvre, peu payée, et une tech­no­lo­gie peu sophis­ti­quée. C’est cette spé­cia­li­sa­tion d’origine qui sert de trem­plin vers la pro­duc­tion de biens plus intenses en tech­no­lo­gie et en tra­vail qua­li­fié, grâce à des poli­tiques indus­trielles adap­tés à chaque cas13. Certes tous les pays d’Amérique latine ne sont pas dans une situa­tion équi­va­lente : la spé­cia­li­sa­tion du Brésil est meilleure que celle de l’Argentine et en fait du Mexique14. Ces don­nées sont glo­bales et pour cer­tains pro­duits indus­triels les désa­van­tages com­pa­ra­tifs révé­lés ne sont pas impor­tants ou bien n’existent pas15. Mais il n’en demeure pas moins que l’insertion inter­na­tio­nale de ces pays les met glo­ba­le­ment dans une situa­tion de vul­né­ra­bi­lité assez élevée et ce d’autant plus que loin de s’améliorer, cette situa­tion semble s’être dété­rio­rée ces der­nières années, entre 2000 et 2006, selon les cal­culs des avan­tages com­pa­ra­tifs révé­lés réa­li­sés par Miotti16. L’interprétation de cette vul­né­ra­bi­lité por­tant sur la qua­lité des pro­duits expor­tés n’est cepen­dant pas facile à faire : l’Allemagne par exemple a des avan­tages com­pa­ra­tifs élevé dans l’industrie, le solde de sa balance com­mer­ciale est un des plus impor­tants au monde grâce à l’exportation de biens d’équipement sophis­ti­qués. Pourtant elle est très sen­sible à la conjonc­ture de crise. En effet la crise mon­diale se tra­duit par une chute pro­non­cée du taux d’investissement, plus impor­tante que celle du Pib et donc par une chute très forte des expor­ta­tions de l’Allemagne, chute qui se réper­cute sur son niveau d’activité d’autant plus for­te­ment que son éco­no­mie est ouverte. Aussi l’exportation de pro­duits sophis­ti­qués, si elle dimi­nue la vul­né­ra­bi­lité, peut expri­mer aussi une forte sen­si­bi­lité à la conjonc­ture.

Ce n’est pas ou peu le cas des pays latino-amé­ri­cains. Ils sont vul­né­rables parce qu’ils exportent insuf­fi­sam­ment de biens sophis­ti­qués, ils sont plus sen­sibles à la conjonc­ture inter­na­tio­nale parce qu’ils se sont davan­tage ouverts. Dans une enquête réa­li­sée en avril 2009 par la confé­dé­ra­tion natio­nale de l’industrie du Brésil auprès de 1307 entre­prises expor­ta­trices, 73% d’entre elles consi­dèrent qu’elles sont affec­tées par la chute de la demande externe. Le prin­ci­pal canal de conta­gion de la crise mon­diale est la raré­fac­tion des mar­chés externes pour 84% des entre­prises expor­ta­trices, le second serait la dif­fi­culté à obte­nir des cré­dits domes­tiques et les res­tric­tions du finan­ce­ment externe. Les prin­ci­paux sec­teurs affec­tés sont l’industrie auto­mo­bile, celle des machines et du bois. Lorsqu’on se situe à un niveau macro éco­no­mique et qu’on ana­lyse les prin­ci­pales lignes de la balance des paie­ments bré­si­lienne, on observe une forte chute de l’excédent com­mer­cial entre 2008 et 2007 de l’ordre de 38%. Les expor­ta­tions se sont accrues de 23% mais les impor­ta­tions ont davan­tage aug­menté (43,6%). Apparemment cela pour­rait être posi­tif mais lorsqu’ on ana­lyse dans le détail les expor­ta­tions, on observe qu’en volume les expor­ta­tions de pro­duits semi manu­fac­tu­rés et de pro­duits manu­fac­tu­rés ont légè­re­ment fléchi pour les pre­mières (-0,9%) et baissé plus fran­che­ment pour les secondes (-5%). L’augmentation de la valeur des expor­ta­tions est donc sur­tout le résul­tat d’un effet prix qui touche et les matières pre­mières et les pro­duits indus­triels, les pre­mières plus que les seconds17. La baisse des expor­ta­tions a pris de l’importance avec la crise mon­diale fin 2008 et les pré­vi­sions pour 2009 portent sur une baisse en valeur de plus de 20%, une chute éga­le­ment des impor­ta­tions à peu près équi­va­lente et au total une réduc­tion de l’excédent com­mer­cial pas­sant de 24,75 mil­liards de dol­lars en 2008 à 18,75 mil­liards (source : Bacen, éla­bo­ra­tion Bradesco, 29 mai 2009). Avec la reprise du cours des matières pre­mières18 , les comptes externes s’améliorent cepen­dant de nou­veau en avril 2009 où pour la pre­mière fois depuis dix huit mois appa­raît un solde légè­re­ment posi­tif de la balance des comptes cou­rants (146 mil­lions de dol­lars) qui s’explique à la fois par un redres­se­ment du solde de la balance com­mer­cial (3,7 mil­liards de dol­lars contre 1,7 en avril 2008) et une réduc­tion rela­tive des sor­ties au titre des divi­dendes et des rapa­trie­ments de profit (-1,7 contre -3,7 en avril 2008). Grâce aux entrées de capi­taux (les inves­tis­se­ments en actions sont mul­ti­pliés par quatre en Mai) et à cette amé­lio­ra­tion de la balance des comptes cou­rants, les réserves inter­na­tio­nales retrouvent leur niveau d’avant la crise (205,4 mil­liards en avril contre 205,1 en août 2008). On observe donc une forte vola­ti­lité des soldes des comptes cou­rants : chute avec la crise, reprise depuis le début 2009, mou­ve­ment qui accom­pagne celui des bourses grâce en partie à des retours de capi­taux étran­gers comme nous le ver­rons.

Sans entrer dans les détails, on peut consta­ter des évo­lu­tions sem­blables au en Argentine et au Mexique. En Argentine, les expor­ta­tions baissent au 4° tri­mestre de 2008 (elles passent de 21,5 mil­liards de dol­lars au troi­sième tri­mestre à 15,5 mil­liards au qua­trième tri­mestre), suite à la chute du cours des matières pre­mières et à la réduc­tion des volumes de biens manu­fac­tu­rés expor­tés. Les expor­ta­tions baissent en rythme annuel au cours du pre­mier bimestre 2009 de 30,4% en raison d’une chute à la fois des prix (-14%) et des volumes (-19% por­tant prin­ci­pa­le­ment sur les matières pre­mières :-35% et les biens manu­fac­tu­rés d’origine indus­triel : -21%, ceux d’origine agri­cole résis­tant mieux : -11%)19, et comme les impor­ta­tions baissent à cause de la réduc­tion du niveau d’activité, le solde com­mer­cial demeure rela­ti­ve­ment stable, ce qui n’est pas le cas du Mexique20 :

Les expor­ta­tions ont com­mencé à bais­ser en août 2008 et c’est en décembre que l’ampleur de la baisse a été la plus impor­tante. Les expor­ta­tions en avril 2009 s’élevaient à 17,823 mil­liards de dol­lars, contre 25,184 mil­liards une année aupa­ra­vant en août 2008, les impor­ta­tions se sont réduites éga­le­ment avec la chute pro­non­cée du niveau d’activité, pas­sant à 18,05 mil­liards contre 26,2 (source INEGI). Le défi­cit a per­duré. Il n’y a pas eu de rebond dans les expor­ta­tions de pro­duits manu­fac­tu­rés mais on peut s’attendre à une légère amé­lio­ra­tion de la situa­tion externe grâce à la hausse du cours du pétrole. Celle-ci sera légère car la par­ti­ci­pa­tion des pro­duits pétro­liers est rela­ti­ve­ment faible dans le total des expor­ta­tions, celles-ci se par­ta­geant hors pétrole pour moitié par des expor­ta­tions d’industries d’assemblage et pour moitié envi­ron par des expor­ta­tions de pro­duits manu­fac­tu­rés hors assem­blage. Elle sera d’autant plus légère que le niveau des expor­ta­tions dépend fon­da­men­ta­le­ment de la conjonc­ture nord amé­ri­caine et peu de celle des pays d’Asie (la concen­tra­tion des ventes est à plus de 80% à des­ti­na­tion des Etats-Unis et du Canada). Le Mexique demeure donc le pays le plus vul­né­rable et le plus fra­gile des trois pays ana­ly­sés en raison de la nature de ses expor­ta­tions et de leur concen­tra­tion21 .

II – Vulnérabilité financière : l’Amérique latine volatile

L’application des « recom­man­da­tions » du Washington consen­sus a permis de casser la hausse ver­ti­gi­neuse des prix qui exis­taient dans les années quatre vingt, a permis une reprise, par­fois modeste de la crois­sance (Brésil, Mexique), par­fois vive (Argentine) selon les pays, a amé­lioré le niveau de vie des caté­go­ries de la popu­la­tion la plus pauvre sans qu’il y ait eu une redis­tri­bu­tion franche des reve­nus en leur faveur. C’est donc appa­rem­ment un succès mais ce n’était pas la seule voie pour sortir de la « décen­nie perdue », ni la plus effi­cace du point de vue éco­no­mique, ni la plus éthique du point de vue social.

L’application de ces recom­man­da­tions a pro­vo­qué une très forte vola­ti­lité à la fois des taux de crois­sance dans les dif­fé­rents pays et de leurs taux de change. Avec les crises finan­cières les taux de change se dépré­cient for­te­ment puis avec le dépas­se­ment de celles-ci, ils s’apprécient tout aussi for­te­ment. Les crises finan­cières tout au long des années 90 et au début des années 2000 sont le résul­tat de régimes de crois­sance « finan­cia­ri­sés », proches de ce que Keynes nom­mait en son temps des « éco­no­mies casino ». L’appréciation des taux de change a un triple effets : elle tend à réduire la valo­ri­sa­tion du capi­tal et à frei­ner la crois­sance22, elle tend à limi­ter la valeur ajou­tée en favo­ri­sant des impor­ta­tions se sub­sti­tuant à des seg­ments de lignes de pro­duc­tion, elle freine les inno­va­tions et rend dif­fi­cile de se posi­tion­ner sur des pro­duits de hautes tech­no­lo­gie23. La vul­né­ra­bi­lité des expor­ta­tions des pays latino-amé­ri­cains est donc le résul­tat ainsi de l’appréciation des taux de change en période d’accalmie finan­cière mais aussi d’un retrait rela­tif de l’Etat de l’économique favo­ri­sant l’absence ou la quasi absence d’une poli­tique indus­trielle à l’égale de ce qui s’est fait dans les éco­no­mies asia­tiques.

Le taux de crois­sance du Pib est faible en moyenne ces vingt cinq der­nière années : un peu plus de 2%. Il est vola­tile, ceci expli­quant en partie cela. Zettelmeyer J (2006)24 montre que les périodes où la crois­sance par tête dépasse 2% par an sont plus impor­tantes en Asie qu’en Amérique latine et sur­tout plus longues depuis 1950. Selon ses tra­vaux, on dénombre depuis 1950 10 périodes de crois­sance à plus de 2% par tête en Amérique latine contre 11 en Asie, leur durée moyenne est dans le pre­mier cas de 13,9 mois alors qu’elle atteint 26,1 mois dans le second, enfin dans 30% de cas ces phases d’essor dépassent 15 ans en Amérique latine contre 73% en Asie. Solimano et Soto (2005)25 de même notent que le pour­cen­tage d’années de crise (taux de crois­sance néga­tif) sur la période 1960­2002 est de 42% en Argentine, de 29% au Brésil mais seule­ment de 7% en Corée du Sud et de 5% en Thaïlande. Enfin la Commission éco­no­mique pour l’Amérique latine de l’ONU dans son rap­port de 2008 montre que l’écart type du taux de crois­sance entre 1991 et 2006 est par­ti­cu­liè­re­ment élevé en Argentine (6,29) et plus faible au Brésil (2,02) et au Mexique (3,05) et d’une manière plus géné­rale.

La glo­ba­li­sa­tion finan­cière, la finance inter­na­tio­nale et la finance locale sont en partie res­pon­sables de la forte vola­ti­lité du Pib. Nous allons l’analyser en deux temps : le pre­mier consa­cré à la res­pon­sa­bi­lité des fac­teurs internes, le second à celle des fac­teurs externes.

1. les crises finan­cières expli­quées prin­ci­pa­le­ment par des fac­teurs internes :

Le Washington consen­sus s’est appli­qué à des éco­no­mies pro­fon­dé­ment meur­tries par la crise longue et for­te­ment infla­tion­niste des années quatre-vingt. Ses recom­man­da­tions avaient un triple objec­tif : casser la très forte infla­tion, retrou­ver la crois­sance. Ces deux objec­tifs devaient conduire à allé­ger la pau­vreté et éloi­gner ce fai­sant le risque d’implosion sociale que les poli­tiques anté­rieures de ges­tion de la dette externe avaient rendu pro­bable. Le troi­sième objec­tif était de conti­nuer à payer la dette externe. Le moyen uti­lisé : la libé­ra­li­sa­tion rapide de qua­si­ment l’ensemble des mar­chés simul­ta­né­ment. Nous ne revien­drons pas sur les dis­cus­sions aux­quelles ont donné lieu ces recom­man­da­tions26 , dési­rant sou­li­gner seule­ment un point : la mise en exé­cu­tion des 10 recom­man­da­tions a favo­risé la mise en place d’une « éco­no­mie casino ». Sans aide le l’Etat (réduc­tion mas­sive des sub­ven­tions aux expor­ta­tions et des taxes sur les impor­ta­tions, quasi absence de poli­tique indus­trielle), l’état de déla­bre­ment du tissu indus­triel ne per­met­tait plus en effet de déga­ger un solde de la balance com­mer­cial sus­cep­tible de finan­cer le ser­vice de la dette externe. La seule manière de finan­cer ce ser­vice pas­sait alors par la capa­cité d’attirer des capi­taux de l’étranger, ce qui ne pou­vait se réa­li­ser que grâce à une libé­ra­li­sa­tion du marché des capi­taux et une poli­tique de taux d’intérêt élevés. La garan­tie de pou­voir rapa­trier ses capi­taux, la rému­né­ra­tion élevée obte­nue vont avoir un triple effet : une entrée en masse de capi­taux spé­cu­la­tifs qui sachant qu’il pour­raient repar­tir, res­te­ront, un ser­vice de la dette financé par ces entrées tant au niveau du paie­ment des inté­rêts que du rem­bour­se­ment du capi­tal, une réap­pré­cia­tion de la mon­naie natio­nale avec la montée en puis­sance des réserves inter­na­tio­nales une fois l’ensemble des soldes néga­tifs finan­cés par ces entrées (solde néga­tif de la balance des comptes cou­rants : com­mer­cial, inté­rêts et divi­dendes, amor­tis­se­ment du prin­ci­pal de la dette externe). Au niveau des banques, cela s’appelle de la cava­le­rie, une pyra­mide (on paie avec les pre­miers avec les entrées des der­niers) et plus scien­ti­fi­que­ment un effet Ponzi. Au niveau des Etats, cela s’est appelé durant de nom­breuses années : un bonne ges­tion de sa situa­tion externe et une moder­ni­sa­tion de son éco­no­mie par les éco­no­mistes du main stream...

Lorsque la balance com­mer­ciale deve­nait par trop néga­tive, comme ce sera le cas à la mi 90 au Mexique (crise connue sous le sobri­quet d’effet Tequila), que la fra­gi­lité de ces éco­no­mies (Brésil) les expo­sait déme­su­ré­ment aux crises en Asie et en Russie de fin du mil­lé­naire, que l’insuffisante capi­ta­li­sa­tion des banques (Argentine) ne leur per­met­tait pas de résis­ter aux effets de conta­gion de la crise mexi­caine, lorsque la conti­nua­tion du plan de conver­ti­bi­lité (« cur­rency board) devien­dra enfin inte­nable (Argentine fin des années quatre vingt dix, début des années 2000), les capi­taux entrés sor­ti­ront en masse. Pour pré­ve­nir, voire frei­ner ces fuites, les gou­ver­ne­ment élè­ve­ront sub­stan­tiel­le­ment leurs taux d’intérêt (au Brésil ils attein­dront jusque 50%), garan­tira (comme au Mexique) le risque de change.

Au final, le taux d’intérêt sert de variable de bou­clage en période d’accalmie en res­tant rela­ti­ve­ment élevé pour atti­rer des capi­taux -d’où l’appréciation de la mon­naie natio­nale avec les consé­quences que l’on a vu sur la qua­lité des expor­ta­tions -, et d’ins­tru­ment pri­vi­lé­gié pour lutter contre la fuite de capi­taux. La mani­pu­la­tion des taux d’intérêt est insuf­fi­sante pour blo­quer les sor­ties de capi­taux mais les taux d’intérêt deve­nus extrê­me­ment élevés pro­voquent la crise et la forte vola­ti­lité des éco­no­mies. Le Mexique, l’Argentine inau­gurent un par­cours de type « mon­tagnes russes » : en un an la baisse du taux de crois­sance du PIB sera de l’ordre de onze points suite à l’effet Tequila, elle sera de moindre ampleur au Brésil à la fin des années quatre vingt et de nou­veau au début des années 2000 avec l’intronisation de Lula à la Présidence de la République, elle sera très impor­tante et longue en Argentine lors de l’implosion du plan de conver­ti­bi­lité (le PIB bais­sera de 16% sur une année et sur l’année calen­daire d’un peu plus de 10%). Son coût social sera consé­quent avec une remon­tée très rapide de la pau­vreté.

2. la crise éco­no­mique expli­quée prin­ci­pa­le­ment par des fac­teurs externes : la res­pon­sa­bi­lité de la conta­gion de la crise finan­cière « venue du nord ».

Les poli­tiques éco­no­miques libé­rales ont néan­moins pro­vo­qué une rela­tive moder­ni­sa­tion de l’appareil éco­no­mique dans cha­cune de ces éco­no­mies. C’est cette moder­ni­sa­tion qui explique en partie le retour à des soldes posi­tifs des balances com­mer­ciales de l’Argentine et du Brésil et à l’inverse son insuf­fi­sance est à l’origine du main­tien de soldes néga­tifs au Mexique.

Les taux d’investissement et les capa­ci­tés de pro­duc­tion se sont for­te­ment accrus en Argentine et avec eux la pro­duc­ti­vité du tra­vail. Certes par­tant d’un niveau très faible, l’investissement a aug­menté de 273% entre sep­tembre 2002 et sep­tembre 2008. Certains sec­teurs, inten­sifs en capi­tal, comme l’automobile, métal méca­nique, métal­lur­giques de base ont aug­menté de sep­tembre 2002 à sep­tembre 2008 de 427%, 183% et 49% res­pec­ti­ve­ment, celles inten­sives en main d’œuvre comme le tex­tile de 206%. Les don­nées pour le Brésil sont plus modestes mais l’appareil de pro­duc­tion a moins souf­fert dans les années quatre vingt, n’a pas subi une crise com­pa­rable par sa vio­lence à la fin des années quatre vingt dix et sur­tout n’a pas été l’objet d’une poli­tique aussi libé­rale durant les années quatre vingt dix qu’en Argentine. Cette moder­ni­sa­tion s’explique aussi par la montée en puis­sance des inves­tis­se­ments étran­gers directs. Les mou­ve­ments de capi­taux changent de nature : moins de capi­taux spé­cu­la­tifs à court terme, plus d’investissements étran­gers directs, et dans les deux der­nières années avant la crise finan­cière inter­na­tio­nale, une entrée de capi­taux impor­tante d’investissements en por­te­feuille (actions), les bourses émer­gentes deve­nant par­ti­cu­liè­re­ment lucra­tives27. Des firmes bré­si­liennes, mexi­caines et argen­tines com­mencent à inves­tir mas­si­ve­ment à l’étranger. Parmi les 10 pre­mières entre­prises trans­na­tio­nales des éco­no­mies émer­gentes – mesu­rée par l’importance de leurs actifs -l’une est bré­si­lienne, les autres asia­tiques, mais mesu­rée par leurs ventes à l’étranger, 2 sont bré­si­liennes, une mexi­caine, les autres asia­tiques en 200628. Ces éco­no­mies paraissent donc beau­coup moins fra­giles que par le passé.

C’est dans ce contexte de crois­sance retrou­vée que surgit la crise finan­cière inter­na­tio­nale. La plu­part des fon­da­men­taux étaient meilleurs à la veille de cette crise. Les indi­ca­teurs de vul­né­ra­bi­lité étaient éga­le­ment bien meilleurs, que ce soit les néces­si­tés de finan­ce­ment externe rap­por­tées au Pib, les réserves en mois d’importations, le passif externe par rap­port au Pib et les éco­no­mistes gou­ver­ne­men­taux étaient pour le moins opti­mistes29. Deux ombres à ce tableau quel que peu idyl­lique : la pro­por­tion crois­sante des inves­tis­se­ments en por­te­feuille (actions) plus vola­tiles par nature que les inves­tis­se­ments étran­gers directs la montée des divi­dendes versés par les firmes mul­ti­na­tio­nales expli­quée par l’internationalisation crois­sante de ces éco­no­mies et par le nou­veau pou­voir des action­naires. Ce sont ces deux fac­teurs qui vont jouer avec force avec la crise finan­cière inter­na­tio­nale : vola­ti­lité et rapa­trie­ment.

L’explosion de la bulle finan­cière conduit à une déva­lo­ri­sa­tion bru­tale des actifs et ce qui hier favo­ri­sait la bulle (l’ « equity value », c’est-à-dire la dif­fé­rence posi­tive entre la valeur de marché et le crédit accordé) se trans­forme en son contraire (la valeur de marché plonge et se situe doré­na­vant en deçà de la valeur des cré­dits à rem­bour­ser). Le retour­ne­ment du cycle pro­voque un assè­che­ment brutal des liqui­di­tés : les entre­prises finan­cières sont à la recherche de liqui­di­tés pour finan­cer un risque qui hier, trans­féré et dis­sé­miné, devient for­te­ment rééva­lué ; de même les entre­prises non finan­cières avec la déva­lo­ri­sa­tion de leur capi­ta­li­sa­tion, voient toute une série de ratios « virer au rouge » et sont confron­tés à un manque crois­sant de liqui­dité. Les banques cessent de se prêter entre elles et à for­tiori freinent bru­ta­le­ment leurs prêts aux entre­prises. Le « crédit crunch » trans­forme la crise finan­cière en une crise éco­no­mique dans les pays déve­lop­pés et ont pour consé­quence immé­diate une chute impor­tante du com­merce inter­na­tio­nal. La crise devient sys­té­mique, elle affecte y com­pris des entre­prises ayant eu une ges­tion pru­dente, loin de la mani­pu­la­tion hier lucra­tive, des pro­duits finan­ciers titri­sés.

La crise finan­cière se pro­page avec force au-delà des fron­tières par les canaux forgés par la glo­ba­li­sa­tion com­mer­ciale et la glo­ba­li­sa­tion finan­cière. La contrac­tion des débou­chés externes est source de crise dans les éco­no­mies émer­gentes, nous l’avons vu. L’assèchement des liqui­di­tés des mai­sons mères des entre­prises trans­na­tio­nales les conduit à recher­cher des liqui­di­tés dans les filiales : les sor­ties de capi­taux se mul­ti­plient, les bourses s’effondrent et les mon­naies sont for­te­ment dépré­ciées par rap­port au dollar au cours du der­nier tri­mestre de 2008. Les sor­ties de capi­taux atteignent 23 mil­liards de dol­lars en 2008, 5,6 mil­liards au pre­mier tri­mestre de 2009, 2,5 mil­liards au second tri­mestre en Argentine selon la Banque cen­trale. Devant la pro­ba­bi­lité d’une conti­nua­tion de la dépré­cia­tion, les dépôts en dol­lars dans les banques aug­mentent (1,5 mil­liards au 1° tri­mestre). Les sor­ties de capi­taux au Brésil s’expliquent de la même manière avec cepen­dant une nuance de taille : quelques entre­prises avaient spé­culé sur la pour­suite de l’appréciation du Real et sa forte dépré­cia­tion leur a coûté cher, au total plus de 5 mil­liards de dol­lars pour les trois plus impor­tantes (Sadia : 2,1 mil­liards de même qu’Aracruz et Votontarin 1 mil­liard30). Les inves­tis­se­ments nets en por­te­feuille et les cré­dits de l’extérieur baissent de 7,5 mil­liards de dol­lars en 2008, dont 21,5 mil­liards lors du der­nier tri­mestre 2008, pour à nou­veau aug­men­ter en 2009 ; les divi­dendes versés et les pro­fits rapa­triés, aug­mentent consi­dé­ra­ble­ment et atteignent plus de 25 mil­liards de dol­lars en 2008 selon le Ministère des finances. Les inves­tis­se­ments étran­gers directs res­tent stables à un niveau élevé. Après avoir été légè­re­ment posi­tif, le solde de la balance des comptes cou­rants devient néga­tif dès le début de 2008, pour atteindre -1,41% du PIB après s’être élevé à -1,79% en décembre 2008 au lus fort de la crise, selon la même source. La conta­gion finan­cière emprunte les canaux des inves­tis­se­ments en por­te­feuille, des cré­dits, des divi­dendes et des rapa­trie­ments de profit, ce qui est assez logique puisqu’elle est exprime une forte recherche de liqui­dité pour atté­nuer les effets du crédit crunch dans les pays déve­lop­pés. Elle a des effets sur l’économie réelle.

La chute de la pro­duc­tion indus­trielle est impres­sion­nante, plus élevée que celle que pré­voyaient la plu­part des éco­no­mistes. Au Brésil, de jan­vier à avril 2009, la pro­duc­tion indus­trielle baisse de 14,7%31, celle des biens de capi­tal de 22,6% selon l’IBGE, celle du PIB serait de -0,7% selon la Bradesco, de -1,5% selon le FMI. En Argentine, l’activité indus­trielle de jan­vier 2008 à jan­vier 2009 baisse de 9,7%, les branches les plus tou­chées sont celles de l’automobile (-58%), la sidé­rur­gie et les métaux ( -36,6%) selon l’IPI-UADE et le PIB devrait bais­ser for­te­ment (pas­sant de plus de 7% à -3%). Au Mexique, la pro­duc­tion indus­trielle chute de plus de 13% de février à février, le PIB lui devrait bais­ser de 4,4%.

Ce serait une erreur d’attribuer à cette seule conta­gion finan­cière la res­pon­sa­bi­lité de la crise dans l’économie réelle. Certes, elle pro­voque une raré­fac­tion du crédit, mais les banques ne sont pas aussi tou­chées qu’elles l’ont été dans les pays indus­tria­li­sés dans la mesure où leur taille ne leur a pas permis de déve­lop­per avec autant d’intensité des opé­ra­tions sur des pro­duits titri­sés hau­te­ment spé­cu­la­tifs. Elles subissent néan­moins le contre­coup de cette crise finan­cière en raison de l’ampleur prise par la glo­ba­li­sa­tion finan­cière ces der­nières années, contre­coup qui se tra­duit par une contrac­tion des cré­dits accor­dés et des dif­fi­cul­tés pour inves­tir. Cependant, la res­pon­sa­bi­lité la plus impor­tante de l’ampleur de la crise semble davan­tage pro­ve­nir de la contrac­tion des mar­chés exté­rieurs et de la chute des expor­ta­tions de pro­duits indus­triels, et ce d’autant plus que les poli­tiques éco­no­miques pas­sées d’appréciation de la mon­naie et de main­tien rela­tif d’inégalités très éle­vées ont fra­gi­lisé ces éco­no­mies. Via la chute des débou­chés indus­triels externes et des res­tric­tions de crédit, la crise finan­cière pré­ci­pite la crise dans les éco­no­mies latino-amé­ri­caines en emprun­tant des canaux spé­ci­fiques.

L’efficacité des poli­tiques contra­cy­clique32 est pro­blé­ma­tique. Bien que le solde de la balance com­mer­ciale soit posi­tif en Argentine et au Brésil, bien qu’il y ait encore un excé­dent pri­maire de leurs bud­gets res­pec­tifs, alors que dans les pays indus­tria­li­sés les défi­cits se creusent, l’efficacité de l’intervention de l’Etat n’est pas à la hau­teur des enjeux posés par la crise pour plu­sieurs rai­sons. L’accroissement des dépenses publiques est rela­ti­ve­ment timide si on le com­pare à celui des pays indus­tria­li­sés et alors qu’il y a des excé­dents pri­maires consé­quents. Les faci­li­tés de crédit octroyées, la baisse des taux d’intérêt ne peuvent per­mettre de finan­cer des inves­tis­se­ments que si ceux-ci sont consi­dé­rés ren­tables par les déci­deurs, or tel n’est pas le cas. Par contre ces faci­li­tés diri­gés vers les ménages, notam­ment pour l’achat de biens durables comme les auto­mo­biles, les loge­ments, peuvent leur per­mettre de sup­pléer à leurs reve­nus insuf­fi­sants et relan­cer ainsi quel que peu l’activité éco­no­mique. C’est une des voies choi­sies par les gou­ver­ne­ments. C’est une ironie de l’histoire que d’observer que ce qui a pré­ci­pité la crise dans des pays indus­tria­li­sés comme les Etats-Unis, la Grande Bretagne et l’Espagne devient un moyen de dépas­ser celle-ci en Amérique latine, mais aussi en Chine.

Les dépenses en infra­struc­ture déci­dées et mises en œuvre le plus sou­vent avec un par­te­na­riat public-privé, peuvent être faci­li­tées par l’existence d’une grande Banque d’Etat (BNDES) comme c’est le cas au Brésil. Elles sont plus dif­fi­ciles à mettre en œuvre dans les autres pays en raison de l’absence de grande banque d’Etat. L’amélioration du pou­voir d’achat des caté­go­ries les plus modestes (aides diverses, aug­men­ta­tion du salaire mini­mum), lorsqu’elle est déci­dée, pour­rait avoir un effet posi­tif sur la crois­sance en limi­tant quel que peu les effets néga­tifs de la réduc­tion de la demande exté­rieure. Le pari fait par les gou­ver­ne­ments est simple : il s’agit de relayer l’absence de dyna­misme des mar­chés exté­rieurs par une dyna­mi­sa­tion du marché inté­rieur. Justifiées socia­le­ment – les plus pauvres étant les plus vul­né­rables aux crise, les inéga­li­tés de reve­nus étant consi­dé­rables dans ces pays – leur effi­ca­cité est limi­tée. Il est dif­fi­cile de dyna­mi­ser suf­fi­sam­ment le marché inté­rieur tant les inéga­li­tés sont pro­fondes. Ce n’est pas une redis­tri­bu­tion qu’il faut envi­sa­ger, mais pour le moins bien davan­tage : une révo­lu­tion de la fis­ca­lité. Celle-ci n’est pos­sible que si les conflits de classes qu’elle implique sont sur­mon­tés, ce qui ne semble pas encore être le cas. Aussi vit-on une période étrange aujourd’hui dans ces pays : la pro­duc­tion chute mais les bourses s’envolent à nou­veau, les inves­tis­se­ments en por­te­feuille reviennent, les mon­naies se réap­pré­cient33 don­nant l’impression que le plus dur de la crise est passé. Un tel contexte ne favo­rise assu­ré­ment pas des poli­tiques éco­no­miques qui soient à la hau­teur de l’enjeu de la crise, tout au moins dans l’immédiat.

Pierre Salma [1]


Notes

1 Professeur des uni­ver­si­tés, Cnrs-Cepn, UMR UMR 7115

2 Voir notam­ment FMI (2009, avril) : World eco­no­mic out­look : Crisis and Recovery, voir le cha­pitre 4 : “How finan­cial lin­kage fuel the fire : the trans­mis­sion of finan­cial stress from advan­ced to emer­ging coun­tries”

3 Croissance qui s’est faite sur les ruines pro­vo­quées par le plan de conver­ti­bi­lité, tant loué à l’époque par les éco­no­mistes ortho­doxes et par les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales, et grâce à la défi­ni­tion d’une poli­tique éco­no­mique ori­gi­nale par beau­coup d’aspects (main­tien d’un taux de change dépré­cié, refus de passer par les fourches cau­dines du FMI sur la ques­tion du paie­ment du ser­vice de la dette externe, taxa­tion des expor­ta­tions de matières pre­mières). Peu auda­cieuse par d’autres (main­tien d’une dis­tri­bu­tion des reve­nus pro­fon­dé­ment inégale, léguée par la période libé­rale, timi­dité d’une poli­tique indus­trielle, limi­tée de plus par l’absence d’une véri­table banque natio­nale de déve­lop­pe­ment), cette poli­tique éco­no­mique, malgré cer­tains aspects posi­tifs sou­li­gnés pré­cé­dem­ment, n’a pas pré­paré suf­fi­sam­ment l’Argentine à affron­ter cette crise. Malgré la reprise vive de l’économie et l’essor de ses expor­ta­tions y com­pris indus­trielle, elle est restée pro­fon­dé­ment ren­tière.

4 OMC et OCDE (2009) : Globalisation and Emerging Economies, Paris.

5 Selon la base de don­nées du FMI, le pour­cen­tage des expor­ta­tions et impor­ta­tions glo­bales par rap­port au PIB mon­dial qui était de 27% en 1986, est passé à 36% en 1996 puis à 50% en 2006. Cette forte pro­gres­sion des expor­ta­tions n’est cepen­dant pas régu­lière : en 2000 la crois­sance des expor­ta­tions mon­diales était de plus de 10% et en 2001, légè­re­ment néga­tive, en 2007 de 6%, en 2008 de 2% et en 2009, selon les pré­vi­sions de l’OMC, de -9%.

6 Lall S ( 2004) : « Reinventing Industrial Strategy : The Role of Government Policy in Building Competitiveness”, G-24 Discussion Paper Series, United Nations, New York.

7 Au Mexique, une partie impor­tante des expor­ta­tions de pro­duits sophis­ti­qués est davan­tage le résul­tat d’une illu­sion sta­tis­tique que d’une réa­lité éco­no­mique dans la mesure où elle résulte d’industries d’assemblage à faible valeur ajou­tée, uti­li­sant une main d’œuvre peu coû­teuse.

8 Nous avons déve­loppé ceci dans Salama P (2008) : « Argentina : el alza de las mate­rias primas agri­cola, una opor­tu­ni­dad ? » Revue Comercio exte­rior, n°12, Mexique et avec P.Kliass (2007) :”La glo­ba­li­sa­tion au Brésil : res­pon­sable ou bouc émis­saire?” dans Lusotopie n°14.

9 L’ensemble de ces don­nées vient d’une étude éla­bo­rée par J.Scharzer (2008) et son équipe du CESPA de l’UBA à partir des sta­tis­tiques de l’INDEC.

10 Autour de 0,6 % du Pib alors que la Corée du sud est lar­ge­ment au dessus de 3% et que la Chine aug­mente rapi­de­ment ce pour­cen­tage et qu’elle déve­loppe par le bais de ses inves­tis­se­ments étran­gers directs, via ses achats d’entreprises, l’acquisition de tech­no­lo­gies.

11 En 2004 le pour­cen­tage des pro­duits de hautes tech­no­lo­gie expor­tés par rap­port à l’ensemble des expor­ta­tions de pro­duits indus­triels est 12,85% en 2005 contre 30,60% en Chine, selon Lattimore et Kowalski (2009) : Globalization and emer­ging market, Chapitre 6, Banque mon­diale, p.235.

12 On consul­tera avec profit sur cette ques­tion : Fourquin M et Herzog C (2008) : Panorama de l’économie mon­diale, CEPII, Paris.

13 Nous avons déve­loppé ce point dans Salama P (2006) : Le défi des inéga­li­tés, une com­pa­rai­son éco­no­mique Asie/​Amérique latine, La décou­verte, Paris.

14 Les avan­tages com­pa­ra­tifs révé­lés sont appa­rem­ment bons au Mexique mais en fait, c’est parce que la moitié de ses expor­ta­tions indus­trielles pro­viennent d’industries d’assemblage à très faible valeur ajou­tée. C’est pour éviter ce genre d’illusion sta­tis­tique que de nou­veaux indi­ca­teurs sont construits. Voir par exemple S. Lall, J. Weiss et J.Zhang (2005) : The Sophistication of Exports, a New Measure of Product Charactéreristics, dans QEH, Working paper n°123, Li Cui (2007) : « Is China chan­ging its stripes ? The shif­ting struc­ture of China’s exter­nal trade and is impli­ca­tions”, FMI. Pour une ana­lyse en pro­fon­deur des niveaux de pro­duc­ti­vité et de leurs évo­lu­tions res­pec­tives dans l’industrie d’assemblage et dans l’industrie hors « maquilla », voir Palma G. (2005) ; « The seven sty­li­sed facts of the Mexican eco­nomy since trade libe­ra­li­za­tion end the Nafta », in Industrial of cor­po­rate change » n°14.

15 Selon Lattimore et Kowalski op cit le sec­teur des biens d’équipement et des machines aurait dimi­nué son désa­van­tage entre 2001 et 2006, celui-ci pas­sant de 0,6 à O,7, le désa­van­tage serait devenu un léger avan­tage pour l’industrie des véhi­cules à moteurs et des remorques, les chiffres pas­sant de 0,94 à 1,12. Pour l’ensemble des branches, voir le tableau page 234

16 Miotti E.L. (2009) : « L’Amérique latine entre deux crises », wor­king paper pré­senté lors d’une confé­rence orga­ni­sée par le groupe Pollens à l’Ecole nor­male supé­rieures.

17 Pour l’ensemble de ces don­nées, voir IEDI (2009) : « A crise inter­na­cio­nal e a eco­no­mia bra­si­leira : o efeito conta­gio sobre as contas exter­nas e o mer­cado de cre­dito en 2008 », inter­net : www​.iedi​.org​.br

18 Si on se limite aux cours du soja, on observe que la cota­tion à Chicago du tour­teau en dollar la tonne était à son pic le 11juillet 2008 évalué à 453 dol­lars, à son creux le 14 octobre à 252, le Mars à 268 et 28 Mais à 388 dol­lars la tonne. Quant aux graines de soja, tou­jours à Chicago, le pic était au 3 juillet 2008 à 1656 cents le bois­seau, le creux à 786 le 5 décembre, le 2 Mars à 848 et le 27 mai il s’établissait à 1182 cents le bois­seau.

19 BCRA : Informe de infla­cion, 2° tri­mestre 2009, V° sec­tion : sector externo. Le rebond du cours des matières pre­mières observé à la fin du pre­mier tri­mestre 2009 devrait avoir un effet posi­tif sur la valeur des biens expor­tés (voir note pré­cé­dente).

20 Voir Carlos Elizondo Mayer Serra (2009) : the Mexican eco­nomy in the context of the world eco­no­mic crisis, XXI forum nacio­nal : na crise global, o novo papel mun­dial dos brics, estu­dos e pes­qui­sas n°284,

21 On pour­rait ajou­ter que si le Mexique est peu dépen­dant de ses expor­ta­tions de pétrole en ce qui concerne ses comptes externes, il l’est par contre beau­coup plus pour ses recettes fis­cales. Une chute du cours du pétrole dimi­nue ses marges de manœuvre quant à la pos­si­bi­lité de mener une poli­tique contra cyclique au niveau de ses dépenses publiques. En ce sens sont éco­no­mie reste pétro­li­sée.

22 On lira avec profit sur le Mexique Ibarra (2008) : La para­doja del cres­ci­miento lento de Mexico, Revista de la Cepal, n°95

23 Nous avons déve­loppé cette ques­tion dans Salama P : Le défi des inéga­li­tés, op.cit, ainsi que Bresser–Pereira L.C (2009) Mondialisation et com­pé­ti­tion, pour­quoi cer­tains pays émer­gents réus­sissent et d’autres non. La Découverte.

24 Zettelmeyer J (2006): “Growth and reforms in Latin America : a Survey of Facts and Arguments”, Working paper WP/06/210, FMI, Washington.

25 Solimano A et Soto R (2005): « Economic growth in Latin American in the late of 20th cen­tury : evi­dence and inter­pre­ta­tion » Cepal, serie Macroeconomia del desa­rollo, N°33.

26 Nous les avons déve­lop­pées dans notre livre Le défi des inéga­li­tés,… (op.cit), voir éga­le­ment deux ouvrages parus récem­ment en fran­çais trai­tant de ce pro­blème : Rodrik D. (2008) : Nations et mon­dia­li­sa­tion, les stra­té­gies natio­nales de déve­lop­pe­ment dans un mode glo­ba­lisé, La décou­verte, Paris et Bresser-Pereira : Mondialisation et compétition…op.cit. Nous ne revien­drons pas non plus sur les moda­li­tés dif­fé­rentes d’application de ce Washington consen­sus, la plus libé­rale – et la plus applau­die par le FMI… -ayant été celle de l’Argentine avec l’établissement d’un « cur­rency board » (aban­don de la sou­ve­rai­neté moné­taire, le dollar et le peso étant équi­va­lents, créa­tion moné­taire selon les entrées nettes de dol­lars).

29 L’essor des bourses émer­gentes est ana­ly­sée par Kregel J.A. (2009) : »The global crisis and the impli­ca­tions for emer­ging coun­tries : is the Brics jus­ti­fied?”, Estudos e pes­qui­sas n°291, Forum nacio­nal, Mai 2009 Le cours des actions de 2001 à 2007 aug­mente au Brésil de 369%, les don­nées sont à peu près sem­blables dans les autres pays y com­pris en Argentine, pays « sus­pect » de poli­tique hété­ro­doxe.

28 Acioly L, Alves M. et Leao R. (2009) : « A inter­na­cio­na­li­za­çao das empre­sas chi­ne­sas », IPEA

29 Au point de mas­quer les fai­blesses. : taux de change appré­cié et ses consé­quences sur la crois­sance, sur la struc­ture des expor­ta­tions ; impor­tance des inéga­li­tés de reve­nus et l’insuffisante dimen­sion consé­cu­tive du marché inté­rieur sur cer­tains seg­ments de la demande (variable selon les pays). Nous avons ana­lysé en détail ces indi­ca­teurs de vul­né­ra­bi­lité et de fra­gi­lité dans Salama P. (2009) : « Argentine, Brésil, Mexique face à la crise » Revue Tiers Monde, Armand Colin.

30 Source FMI (2009): Regional eco­no­mic out­look, Western hémi­sphère, p.21.

31 L’IEDI a fait une étude sur les contrac­tions de la pro­duc­tion indus­trielle selon le degré d’intensité tech­no­lo­gique : les sec­teurs de haute tech­no­lo­gique ont connu une baisse de seule­ment 4,7% entre le pre­mier tri­mestre 2009 et le pre­mier tri­mestre 2008, les sec­teurs de moyenne et haute tech­no­lo­gie et de moyenne et basse tech­no­lo­gie ont connu des baisses de 25,4,1% et 15,9% res­pec­ti­ve­ment. Voir IEDI (2009) : « Seis meses de crisis : o impacto na indus­tria segundo a inten­si­dade tec­nol­gica », carta n°364.

32 Voir Cepal (2009) : la reac­cion de los gobier­nos de America latina y el caraïbe frente a la crise inter­an­cio­nal : una pre­sen­ta­cion sin­te­tica de las medi­das de poli­tica anun­cia­das hasta el enero de 2009 ;voir le Boletim Brasil(2009) vol 6 n°1 ; Coutinho L (13 Mai 2009) : A crise finan­ceira inter­na­ciola, os impac­tos sobre a eco­no­mia bra­si­leira e o papel do BNDES, docu­ment BNDES.,

33 Selon The Economist du 16 Mai 2009, les cours, expri­més en dol­lars, se sont élevés de 25,5% en Argentine, de 7,4% au Mexique et de 43,9% au Brésil depuis le 31 décembre 2008. Après avoir subi une très forte dépré­cia­tion, les mon­naies se réap­pré­cient par­fois for­te­ment comme au Brésil : après avoir frôlé 2,5 réal pour un dollar au plus fort de la crise, le réal s’échange au 13 Mai à 2,1 contre un dollar (il était un an aupa­ra­vant à 1,66).

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