Amérique latine : Ce qui change pour les femmes

Par Mis en ligne le 14 novembre 2013

Depuis quelques années, des diri­geantes ont pris la tête d’Etats latino-amé­ri­cains. L’émergence de ces figures poli­tiques de pre­mier rang sug­gère une amé­lio­ra­tion, sou­vent timide, de la condi­tion des femmes dans la région. Permettra-t-elle de l’accélérer ?

Le 9 mars 2001, le maire de Bogotá, M. Antanas Mockus, pro­po­sait une sin­gu­lière réponse à la domi­na­tion mas­cu­line tra­di­tion­nelle en Colombie : de 19 h 30 à 1 heure du matin, seules les femmes étaient auto­ri­sées à cir­cu­ler en ville. Soucieux d’équité, M. Mockus livrait la ville aux réjouis­sances exclu­si­ve­ment mas­cu­lines la semaine sui­vante, dans les mêmes condi­tions. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre ? Il arrive que les pro­grès dans l’égalité entre hommes et femmes suivent d’autres voies, notam­ment dans le domaine poli­tique. Et toutes les Latino-Américaines ne s’en plaignent pas.

Ces der­nières années, quatre femmes ont occupé la fonc­tion suprême sur ce conti­nent. Quand elle prend la tête de l’Argentine, en 2007, de nom­breux obser­va­teurs com­parent Mme Cristina Fernández de Kirchner à sa conci­toyenne Isabel Martínez de Perón (la pre­mière femme au monde à deve­nir pré­si­dente, en 1974). Toutes deux n’étaient-elles pas, avant tout, des « femmes de » : la pre­mière, épouse de l’ancien pré­sident Néstor Kirchner, chef de l’Etat de 2003 à 2007 ; la seconde, veuve de Juan Domingo Perón, au pou­voir de 1946 à 1955, puis de 1973 à 1974 ? Quatre ans plus tard, nul ne s’aventure plus à une telle com­pa­rai­son : en octobre 2011, la pré­si­dente argen­tine devient la pre­mière femme réélue à la tête d’un Etat latino-amé­ri­cain, et ce avec 54 % des voix au pre­mier tour. En Argentine, on ne parle plus de « Cristina Kirchner », comme au début de son pre­mier mandat, mais de « Cristina Fernández », son nom de jeune fille.

L’Argentine n’est pas le seul pays où les femmes peuvent désor­mais se passer d’un époux illustre. Début 2006, Mme Michelle Bachelet, une ex-réfu­giée poli­tique qui a élevé seule ses trois enfants, prend la suc­ces­sion du socia­liste Ricardo Lagos, dans un Chili où le divorce vient à peine d’être ins­ti­tué. En octobre 2010, au Brésil, c’est au tour d’une autre divor­cée, Mme Dilma Rousseff, connue pour sa par­ti­ci­pa­tion à des groupes gué­rille­ros de gauche pen­dant la dic­ta­ture des années 1960 et 1970.

Quelques mois aupa­ra­vant, le Costa Rica décou­vrait que sa tra­di­tion­nelle culture machiste n’avait pas empê­ché l’élection de Mme Laura Chinchilla (centre gauche).

Cette évo­lu­tion des esprits s’est par­fois accom­pa­gnée de l’introduction de sys­tèmes de dis­cri­mi­na­tion posi­tive. L’Argentine a été pion­nière, en 1991, avec sa loi de quotas impo­sant aux partis au moins 30 % de can­di­da­tures fémi­nines. Avec 38 % de femmes au Parlement, elle figure aujourd’hui parmi les douze pre­miers pays pour ce qui est de la par­ti­ci­pa­tion fémi­nine au pou­voir légis­la­tif. Depuis, onze nations de la région lui ont emboîté le pas (Bolivie, Brésil, Costa Rica, Equateur, Honduras, Mexique, Panamá, Paraguay, Pérou, République domi­ni­caine, Uruguay).

« Ici, l’élection de femmes comme Michelle Bachelet s’explique sur­tout par le fait qu’elles donnent l’image de per­sonnes moins cor­rom­pues », explique Mme Maria de Los Angeles, direc­trice de la Fondation Chile 21, à Santiago du Chili. Jusqu’alors exclues du pou­voir, elles appa­rais­saient peu dans les scan­dales de détour­ne­ments de fonds — une carac­té­ris­tique qui dis­pa­raît avec leur impli­ca­tion en poli­tique. La parité promue par Mme Bachelet ne lui a d’ailleurs pas sur­vécu. La moitié des minis­tères de son pre­mier gou­ver­ne­ment étaient occu­pés par des femmes ; dans l’équipe de son suc­ces­seur de droite, M. Sebastián Piñera, ce n’est plus le cas que de 18 % d’entre eux.

La bonne volonté du pou­voir exé­cu­tif ne suffit pas. A son arri­vée au palais pré­si­den­tiel du Planalto, à Brasília, Mme Rousseff a annoncé sa volonté de pro­mou­voir les femmes — un choix moqué par la presse, qui a qua­li­fié son gou­ver­ne­ment de « République sur talons hauts ». Elle n’est par­ve­nue à en placer qu’à la tête de 24 % des minis­tères et 21 % des postes dits de « second niveau », c’est-à-dire les cabi­nets et les grandes entre­prises publiques. Les nomi­na­tions dépendent des for­ma­tions poli­tiques de la coa­li­tion, qui, hormis le Parti des tra­vailleurs (PT), sont peu enclines à la dis­cri­mi­na­tion posi­tive. Selon l’étude de la Banque inter­amé­ri­caine de déve­lop­pe­ment (BID), en 2009, les femmes occu­paient 16 % des postes de pré­sident et de secré­taire géné­ral des partis latino-amé­ri­cains, et repré­sen­taient 19 % de la hié­rar­chie des comi­tés exé­cu­tifs.

Au Venezuela, elles ont été les plus actives dans les méca­nismes de gou­ver­ne­ment par­ti­ci­pa­tif mis en place par le pré­sident Hugo Chávez au cours de la der­nière décen­nie. Consciente que son propos pour­rait être taxé de « cliché », la socio­logue Margarita López Maya, de l’Université cen­trale du Venezuela à Caracas — et can­di­date aux légis­la­tives de 2010 pour le parti d’opposition Patria Para Todos —, explique : « Hier comme aujourd’hui, les niveaux inter­mé­diaires de pou­voir res­tent occu­pés par des hommes. Les femmes par­ti­cipent quand il s’agit de ques­tions concrètes, et sont moins inté­res­sées par le jeu poli­tique. » Certes, trois femmes sont à la tête des organes de pou­voirs publics ; mais, selon la socio­logue, « elles ont été choi­sies pour leur loyauté envers le pré­sident Chávez, et pour atti­rer le vote fémi­nin ».

Les femmes au pou­voir sont-elles d’ailleurs plus sou­cieuses de faire avan­cer les droits de leur sexe ? Rien n’est moins sûr, nuance María Flórez-Estrada Pimentel, socio­logue à l’université du Costa Rica : « Elles bous­culent l’ordre social tra­di­tion­nel, mais cela ne signi­fie pas qu’elles adoptent une pos­ture pro­gres­siste. En Amérique cen­trale, les pré­si­dentes ont été et res­tent très conser­va­trices, sur les ques­tions éco­no­miques comme sur les ques­tions de société — y com­pris celles tou­chant direc­te­ment les femmes, comme le droit à l’avortement. » Hormis Cuba, où l’interruption volon­taire de gros­sesse (IVG) est auto­ri­sée, et la ville de Mexico, où les dépu­tés de l’assemblée locale l’ont votée, cette ques­tion — en dehors des cas de viol ou lorsque la vie de la mère est en danger — reste taboue dans la région.

Blocage sur le droit à l’avortement

En octobre 2010, les mili­tantes fémi­nistes bré­si­liennes ont été sur­prises par la vio­lence avec laquelle le thème s’est invité dans la cam­pagne pré­si­den­tielle. Elles gardent encore à l’esprit ces vidéos pos­tées sur Internet mon­trant des fœtus morts. Visionnées des mil­lions de fois, celles-ci met­taient en scène des pas­teurs évan­gé­liques appe­lant à voter contre Mme Rousseff, qui s’était pro­non­cée il y a quelques années en faveur de la fin de la cri­mi­na­li­sa­tion de l’avortement. M. José Serra, l’adversaire de la can­di­date du PT, pour­tant connu pour ses posi­tions pro­gres­sistes sur les ques­tions de société, y a vu une chance de ren­ver­ser l’élection. Il a com­mencé à faire cam­pagne Bible à la main, pen­dant que sa femme vili­pen­dait dans les quar­tiers popu­laires ceux qui veulent « tuer les petits enfants », tai­sant le fait qu’elle avait elle-même eu recours à l’avortement dans les années 1970, selon les révé­la­tions du quo­ti­dien Folha de São Paulo. Acculée avant le second tour, Mme Rousseff a signé une lettre dans laquelle elle s’engageait à ne pas envoyer de projet de loi au Congrès sur la léga­li­sa­tion de l’IVG.

Pourtant, les avor­te­ments clan­des­tins, esti­més à quelque huit cent mille par an au Brésil, ont des consé­quences dra­ma­tiques : près de deux cent cin­quante mille femmes souffrent d’infection ou de per­fo­ra­tion de l’utérus, et le taux de mor­ta­lité est de soixante-cinq femmes pour cent mille femmes enceintes, ce qui en fait une ques­tion de santé publique (1). « Je crois qu’il y a vingt ans il aurait été plus facile qu’aujourd’hui de faire avan­cer ce débat », estime Maria Luiza Heilborn, cher­cheuse au Centre latino-amé­ri­cain de la sexua­lité et des droits humains (CLAM), à l’université de l’Etat de Rio de Janeiro.

En obte­nant de Mme Rousseff un enga­ge­ment écrit, les Eglises se sont assu­rées que la dépé­na­li­sa­tion de l’avortement ne serait plus à l’ordre du jour. Car au Congrès, où la pré­sence de dépu­tés reli­gieux a été mul­ti­pliée par deux (pour atteindre soixante-trois sièges) aux der­nières élec­tions, plus de trente pro­jets sont en attente pour deman­der au contraire un dur­cis­se­ment des règles de l’avortement légal ou l’interdire, même en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. « Ils ne seront jamais votés, mais ils para­lysent toute dis­cus­sion pro­gres­siste », déplore Heilborn. La dif­fi­culté, pour­suit-elle, « vient de ce que les conser­va­teurs ont désor­mais un dis­cours moderne, en se vou­lant les sau­ve­teurs des fœtus au nom des droits humains et non plus au nom de la famille ou de valeurs morales ».

« C’est une immense hypo­cri­sie : celles qui peuvent payer pour avor­ter le font tran­quille­ment ; les cli­niques ne se cachent pas, elles ont même la pro­tec­tion de poli­ciers cor­rom­pus », assène-t-elle encore. Selon une étude de l’université de Brasília publiée en 2010, une femme sur cinq a déjà avorté au Brésil (2). « Malgré cela, le droit à l’IVG reste absent de l’imaginaire social. Même celles qui y ont eu recours se disent contre, et pré­sentent leur propre déci­sion comme une excep­tion », dit Maria José Rosado, qui dirige l’Association catho­lique pour le droit de choi­sir.

Le seul pays de la région à avoir fait marche arrière est le Nicaragua. En 2006, la hié­rar­chie catho­lique a pro­cédé à une démons­tra­tion de force en concluant un accord avec M. Daniel Ortega, alors en quête de sou­tiens pour sa recon­quête du pou­voir. Dès son élec­tion, le san­di­niste a fait chan­ger la légis­la­tion qui per­met­tait jusqu’alors aux femmes vic­times de viol d’interrompre leur gros­sesse. L’avortement est désor­mais inter­dit dans toutes les situa­tions. « C’est la preuve que ce débat n’a rien à voir avec la gauche et la droite », estime Heilborn. De fait, c’est dans la Colombie du très conser­va­teur Alvaro Uribe (pré­sident de 2002 à 2010) que la Cour consti­tu­tion­nelle a effec­tué le mou­ve­ment inverse. Elle a étendu l’autorisation d’avorter aux « pro­blèmes de santé », en per­met­tant une inter­pré­ta­tion très large de ces der­niers, qui peuvent être aussi de nature psy­cho­lo­gique. Au Venezuela, malgré l’étude de dif­fé­rents pro­jets de loi à l’Assemblée natio­nale depuis l’arrivée au pou­voir de M. Chávez, une dépé­na­li­sa­tion est dif­fi­ci­le­ment envi­sa­geable, du fait de l’union des reli­gieux et des mili­taires, sans parler de l’opposition du pré­sident Chávez : « L’avortement est auto­risé dans d’autres pays ; moi, vous pouvez me taxer de conser­va­teur, mais je ne suis pas d’accord. Si un enfant naît avec un pro­blème, il faut lui donner de l’amour », avait-il déclaré le 26 avril 2008. Le débat fait pour­tant rage du fait de l’explosion du nombre de gros­sesses ado­les­centes au Venezuela. Selon la Société véné­zué­lienne de pué­ri­cul­ture et de pédia­trie, en 2009, 20 % des accou­che­ments étaient le fait de mères âgées de 10 à 18 ans.

En Uruguay, la déci­sion du Congrès de léga­li­ser l’IVG a fait l’objet d’un veto de M. Tabaré Vázquez (2005-2010), alors à la tête d’un gou­ver­ne­ment de centre gauche. Le 8 novembre 2011, le Sénat a relancé l’initiative : la léga­li­sa­tion sera très pro­ba­ble­ment votée. Elle est sou­te­nue par 63 % de la popu­la­tion, et le pré­sident José Mujica a déjà fait savoir qu’il ne s’y oppo­se­rait pas.

Les pour­par­lers se pour­suivent, tout comme en Equateur, en Bolivie et en Argentine, où cinq cent mille avor­te­ments clan­des­tins ont lieu annuel­le­ment. Même si Mme Fernández s’y dit per­son­nel­le­ment défa­vo­rable, une com­mis­sion légis­la­tive a rou­vert le débat début novembre, et un projet de loi flexi­bi­li­sant les condi­tions de l’IVG sera dis­cuté dans les pro­chains mois. Pour le socio­logue Mario Pecheny, le vote du Congrès argen­tin en faveur du mariage homo­sexuel, l’année der­nière, est un pré­cé­dent encou­ra­geant.

Percolation du fémi­nisme

La grande pré­oc­cu­pa­tion des femmes latino-amé­ri­caines reste tou­te­fois la vio­lence. « Les fémi­ni­cides, c’est-à-dire les meurtres de femmes parce qu’elles sont femmes, sont en pleine explo­sion en Amérique cen­trale et au Mexique », résume Flórez-Estrada Pimentel. Le Salvador en détient le record, avec un taux de 13,9 femmes assas­si­nées pour 100 000 habi­tants. Au Guatemala, la pro­por­tion est de 9,8. Dans les Etats mexi­cains de Chihuahua (dans lequel se trouve la ville de Ciudad Juárez, connue depuis près de vingt ans pour les assas­si­nats sys­té­ma­tiques de femmes (3)), Basse-Californie et Guerrero, le taux a triplé entre 2005 et 2009, pour atteindre 11,1 pour 100 000 habi­tants. L’escalade trouve notam­ment sa source dans la confron­ta­tion entre gou­ver­ne­ments et nar­co­tra­fi­quants.

La nor­ma­li­sa­tion de la vio­lence la bana­lise éga­le­ment au sein des couples. Par ailleurs, « la guerre contre la drogue et le crime orga­nisé a des consé­quences spé­ci­fiques sur les femmes : comme dans toute guerre, le viol crée une cohé­sion au sein des groupes armés, réaf­firme leur mas­cu­li­nité et agit comme un acte de pro­vo­ca­tion face à l’ennemi », ana­lyse Patsilí Toledo, juriste à l’université du Chili (4).

Au Mexique, le nombre de femmes empri­son­nées pour crimes fédé­raux — essen­tiel­le­ment le trafic de stu­pé­fiants — a aug­menté de 400 % depuis 2007 (5). Les barons de la drogue diver­si­fient par ailleurs leurs sources de reve­nus en déve­lop­pant des réseaux de pros­ti­tu­tion et de traite des femmes. Selon l’Organisation inter­na­tio­nale pour les migra­tions, ce marché repré­sen­te­rait quelque 16 mil­liards de dol­lars chaque année en Amérique latine, ce qui conduit à l’enlèvement de mil­liers de femmes, y com­pris mineures (6).

Pour Heilborn, le fémi­nisme, même s’il n’est pas aussi visible que le mou­ve­ment LGBT (les­biennes, gays, bisexuels et trans­genres), « s’est popu­la­risé. On le trouve désor­mais dans toutes les couches de la société ». D’ailleurs, « les femmes les plus pauvres sont celles qui ont le plus béné­fi­cié des poli­tiques sociales », rap­pelle Rosado. L’allocation Bolsa Familia (« Bourse fami­liale »), qui touche au Brésil près de treize mil­lions de foyers, est remise en prio­rité aux femmes. Idem pour le pro­gramme de loge­ments popu­laires « Ma maison, ma vie » : le gou­ver­ne­ment fait tout pour que la pro­priété soit au nom des femmes. « Cela leur donne un pou­voir de négo­cia­tion plus impor­tant face aux hommes, et amé­liore la situa­tion de la famille, étant donné qu’elles se sou­cient en prio­rité de la santé et de l’alimentation des enfants », pointe Mme Rebecca Tavares, qui dirige l’entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU-Femmes) pour l’Argentine, le Brésil, le Chili, le Paraguay et l’Uruguay. Leur arri­vée mas­sive sur le marché du tra­vail a changé la donne : selon la Banque mon­diale, depuis 1980, la main-d’œuvre latino-amé­ri­caine a incor­poré plus de soixante-dix mil­lions de femmes, pas­sant d’un taux de par­ti­ci­pa­tion de 35 % en moyenne à 53 % en 2007, essen­tiel­le­ment dans le sec­teur des ser­vices. Le poids du sec­teur infor­mel demeure néan­moins consi­dé­rable : dans les villes boli­viennes par exemple, la pro­por­tion de femmes tra­vaillant au noir est de 71 %, contre 54 % pour les hommes (7). « Les vio­lentes crises éco­no­miques des années 1990 ont démon­tré la capa­cité des femmes à se débrouiller, sou­vent mieux que les hommes. Elles y ont gagné en confiance et en légi­ti­mité », rap­pelle Pecheny.

Actives sur le marché de l’emploi, mais pre­nant tou­jours en charge la majo­rité des tâches non rému­né­rées (ménage, soin des enfants et des per­sonnes âgées ou han­di­ca­pées), les femmes remettent en cause la culture machiste, mais peinent à tout conci­lier. S’agit-il d’une simple coïn­ci­dence ? On observe une chute bru­tale de la fer­ti­lité dans la région.

Au Brésil, le renou­vel­le­ment des géné­ra­tions n’est plus assuré : face à la masse de tra­vail et au coût qu’implique l’entretien d’une famille — l’éducation et la santé sont lar­ge­ment pri­va­ti­sées —, les femmes, que ce soit dans les quar­tiers chics ou dans les fave­las, optent pour un enfant, deux tout au plus, par­fois aucun. On observe le même phé­no­mène en Uruguay, au Costa Rica, au Chili et à Cuba, avec, à la clé, une accé­lé­ra­tion du vieillis­se­ment de la popu­la­tion que les bud­gets natio­naux conti­nuent à igno­rer. « Les femmes, plus auto­nomes, veulent étu­dier, consom­mer et voya­ger. Elles refusent de conti­nuer à prendre en charge les autres, constate Flórez-Estrada Pimentel. Cela pose au capi­ta­lisme un pro­blème social impor­tant : la divi­sion sexuelle du tra­vail a changé, mais ni les Etats ni les entre­prises n’investissent assez pour créer une infra­struc­ture sociale adap­tée à cette nou­velle réa­lité. »

Le Monde diplo­ma­tique, décembre 2011

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