Bulletin de liaison du réseau Intercoll

Altermondialismes 2.0

Octobre 2015

Par Mis en ligne le 16 octobre 2015

animPourquoi Intercoll ?

Intercoll vise à par­ti­ci­per à la créa­tion d’un espace ouvert où des mou­ve­ments popu­laires, des mili­tants et des intel­lec­tuels contri­buent à renou­ve­ler les cadres d’interprétation et de dénon­cia­tion des injus­tices, à toutes les échelles – locales comme glo­bales. De tous ces efforts émerge peu à peu un nouvel « intel­lec­tuel col­lec­tif » (dans le sens de Gramsci et Bourdieu) qui cherche à dépas­ser les fron­tières entre les mou­ve­ments et les réseaux de recherche et d’éducation popu­laire. La pro­po­si­tion est de construire une dyna­mique d’élaboration col­lec­tive qui par­ti­cipe au ren­for­ce­ment et au renou­vel­le­ment du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste.

Le laboratoire espagnol

Jorge Lago

L’Espagne est en ébul­li­tion. PODEMOS pré­co­nise un nou­veau projet, voire une nou­velle métho­do­lo­gie pour faire aux énormes défis sociaux, éco­no­miques, envi­ron­ne­men­taux et on le sait, la marge de manœuvre est étroite. Le point fort de PODEMOS est son ancrage dans les mou­ve­ments popu­laires, dans le sillon du mou­ve­ment des indi­gnés qui a su donner un sens à la révolte, poli­ti­ser la souf­france et créer une nou­velle sub­jec­ti­vité popu­laire. Dans l’imaginaire actuel, le mot-clé est démo­cra­tie, une démo­cra­tie qui doit néces­sai­re­ment être sociale et éco­no­mique, à 1 000 lieues du sys­tème cor­rompu actuel. La pra­tique des Indignés, c’est d’agir en démo­cra­tie, pas de la deman­der. Tout cela exige une nou­velle manière de parler où il faut arrê­ter de se parler à soi-même dans le (rela­tif) « confort » de rester ultra-mino­ri­taire. C’est là que s’élabore une autre « gram­maire » qui cherche le point d’intersection entre la majo­rité sociale et le mou­ve­ment et donc de « récon­ci­lier » le parti-mou­ve­ment avec le mou­ve­ment sans tomber dans les vieux pièges.

Les nouveaux chemins de l’altermondialisme

Pascale Dufour

Entre l’altermondialisme des années 2000 et les luttes des Indignés et Occupy, il y a des conti­nui­tés, notam­ment sur le plan du rejet des struc­tures orga­ni­sa­tion­nelles for­melles et du dis­cours vis-à-vis de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive. Par ailleurs, des formes de trans­na­tio­na­li­sa­tion, que l’on retrouve chez les Indignés et Occupy, sont basées sur la construc­tion de soli­da­ri­tés entre des mili­tants et entre des réseaux, afin de construire de nou­velles échelles de luttes par-delà les fron­tières natio­nales. Ces pra­tiques de trans­na­tio­na­li­sa­tion (échanges, appren­tis­sages, sou­tien mutuel, coor­di­na­tion d’actions mon­diales) ne passent pas for­cé­ment par des reven­di­ca­tions qui ciblent des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales. Il s’agit d’un pro­ces­sus en construc­tion, basé sur un tra­vail mili­tant quo­ti­dien, plus que d’un mot d’ordre idéo­lo­gique.

Repensez nos imaginaires

Candido Grzybowski

Après 30 ans de démo­cra­ti­sa­tion au Brésil, nous avons perdu le cap. Je parle de ce qui est essen­tiel pour la vita­lité démo­cra­tique : cher­cher, construire et pro­po­ser des pro­jets de chan­ge­ments sub­stan­tiels, se doter d’imaginaires poli­tiques mobi­li­sa­teurs fondés sur des prin­cipes éthiques et sur les valeurs com­munes de la démo­cra­tie. Nous voguons sur des flots déchaî­nés sans savoir dans quelle direc­tion navi­guer. Au fil du pro­ces­sus, nous avons des­serré nos liens de com­pli­cité poli­tique. Pire, nous avons laissé s’affaiblir la force mobi­li­sa­trice de nos rêves d’un avenir meilleur. Nous avons rem­placé cela par un échange imper­son­nel sur les réseaux numé­riques, gagnant en rapi­dité et en volume de com­mu­ni­ca­tion, mais per­dant sur le plan de l’imaginaire et de la den­sité de réflexion, et, sur­tout, sur le sens de la ren­contre avec un ami qu’on peut serrer dans ses bras, qui nous emplit de joie, de force et qui huma­nise la poli­tique et le combat démo­cra­tique. Nous ne pou­vons repor­ter plus long­temps ce devoir de nous réunir à nou­veau. Cependant, nous réunir et débattre à nou­veau implique que nous sachions abor­der une réa­lité nou­velle. Le savoir poli­tique et stra­té­gique, comme tout savoir, ne se crée et ne se renou­velle que col­lec­ti­ve­ment. Il s’agit d’un bien poli­tique commun qui se déve­loppe à tra­vers une par­ti­ci­pa­tion enga­gée et réflé­chie. Je pense que notre prio­rité actuelle est d’accorder une atten­tion col­lec­tive, res­pec­tueuse et par­ta­gée à la réflexion stra­té­gique sur la poli­tique. La démo­cra­tie conquise est essen­tiel­le­ment ce pro­ces­sus de construc­tion durable d’une société juste, inclu­sive, par­ti­ci­pa­tive, hon­nête avec elle-même – quelque chose qu’il faut réin­ven­ter en toutes cir­cons­tances.

Lénine et Occupy

Antonio Negri

Nous ne croyons plus que l’État puisse être le moteur de l’émancipation. En fin de compte, la pro­messe d’unifier la démo­cra­tie et le capi­ta­lisme, de même que la liberté et la sou­ve­rai­neté, n’a jamais pu être réa­li­sée. Lénine, on s’en sou­vient a sou­levé cette hypo­thèse il y a 100 ans. Il avait eu l’intuition qu’il fal­lait non seule­ment détruire le capi­ta­lisme, mais éga­le­ment détruire l’État. Cela a été un échec, mais, selon Machiavel, l’histoire humaine naît des vic­toires ou des défaites qui carac­té­risent le combat per­pé­tuel entre les sujets poli­tiques. Dans sa pers­pec­tive, Lénine visait la des­truc­tion du pou­voir cen­tral et du noyau théo­lo­gique de l’État sous toutes ses formes, avec pour objec­tif la réap­pro­pria­tion popu­laire de la liberté et de la richesse. C’est ce Lénine-là qui nous parle. Aujourd’hui dans le sillon de la crise qui ne fait que com­men­cer, la nou­velle com­po­si­tion tech­nique et poli­tique des classes subor­don­nées et les nou­velles formes d’accumulation fra­gi­lisent le contrôle où les frac­tures sociales sont de moins en moins occul­tées. Le poten­tiel révo­lu­tion­naire conti­nue de croître. Au ving­tième siècle, les révo­lu­tions visaient la cap­ture et l’utilisation de l’État (ce qu’on appe­lait par­fois la « dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat »). Aujourd’hui, Occupy et les Indignados pro­posent de construire de nou­velles ins­ti­tu­tions dont le socle est la citoyen­neté du commun. Les semences ont été mises en terre. La récolte suivra si nous tra­vaillons bien le sol.

De l’internationalisme à l’altermondialisme

Gustave Massiah

Depuis son avè­ne­ment, le Forum social s’est défini comme un espace de dis­cus­sions et d’échanges per­met­tant aux mou­ve­ments de déve­lop­per une pers­pec­tive de résis­tance à l’échelle inter­na­tio­nale.

Les alter­na­tives pro­po­sées au Forum Social Mondial s’opposent à un pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste com­mandé par les grandes entre­prises mul­ti­na­tio­nales et les gou­ver­ne­ments et ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales au ser­vice de leurs inté­rêts. Elles visent à faire pré­va­loir, comme nou­velle étape de l’histoire du monde, une mon­dia­li­sa­tion soli­daire qui res­pecte les droits uni­ver­sels de l’homme, ceux de tous les citoyens et citoyennes de toutes les nations, et l’environnement, étape sou­te­nue par des sys­tèmes et ins­ti­tu­tions inter­na­tio­naux démo­cra­tiques au ser­vice de la jus­tice sociale, de léga­lité et de la sou­ve­rai­neté des peuples.

Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste renou­velle plu­sieurs mou­ve­ments qui ont marqué les luttes sociales depuis 100 ans : le mou­ve­ment des liber­tés démo­cra­tiques, le mou­ve­ment ouvrier, le mou­ve­ment pour les droits éco­no­miques, sociaux et cultu­rels, le mou­ve­ment des droits des femmes, le mou­ve­ment paysan, le mou­ve­ment de la déco­lo­ni­sa­tion et des droits des peuples, le mou­ve­ment éco­lo­giste, le mou­ve­ment des peuples autoch­tones. Tous ces mou­ve­ments se retrouvent dans les forums sociaux mon­diaux. Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste se construit dans la conver­gence des mou­ve­ments autour de quelques prin­cipes, celui de la diver­sité et de la légi­ti­mité de toutes les luttes contre l’oppression, celui de l’orientation stra­té­gique de l’accès aux droits pour tous et de l’égalité des droits, celui d’une nou­velle culture poli­tique qui relie enga­ge­ment indi­vi­duel et col­lec­tif. Un des défis posés au mou­ve­ment alter­mon­dia­liste ce sont les nou­veaux mou­ve­ments ! Depuis 2011, des mou­ve­ments mas­sifs, quasi insur­rec­tion­nels, témoignent de l’exaspération des peuples. Cette nou­velle géné­ra­tion expé­ri­mente de nou­velles formes d’organisation à tra­vers la maî­trise des réseaux numé­riques et sociaux, l’affirmation de l’auto-organisation et de l’horizontalité. Elle recherche des manières de lier l’individuel et le col­lec­tif. Les nou­veaux mou­ve­ments marquent la tran­si­tion entre les mou­ve­ments de contes­ta­tion de la der­nière phase du cycle ouvert par le néo­li­bé­ra­lisme et les mou­ve­ments anti-sys­té­miques de la phase à venir. L’hypothèse de tra­vail est que les deux ensembles de mou­ve­ments vont par­ti­ci­per à la muta­tion qui abou­tira à la nais­sance des mou­ve­ments de la nou­velle période, à celle qui suc­cè­dera à la crise du néo­li­bé­ra­lisme dont les issues ne sont pas encore déter­mi­nées.

Alter Chine

Pierre Beaudet

La Chine est un des moteurs du déve­lop­pe­ment capi­ta­liste dans le monde actuel. Ce capi­ta­lisme made in China est « orga­nisé » par le Parti com­mu­niste chi­nois en sym­biose avec l’appareil d’état et une nou­velle bour­geoi­sie privée qui acca­pare la plus grosse partie des reve­nus. Devant cette situa­tion, les conflits de tra­vail se mul­ti­plient. Difficiles à comp­ta­bi­li­ser, des grèves éclatent à tout bout de champ. Selon le cher­cheur Minqi Li, ce sont des mou­ve­ments très locaux où le rap­port de forces est sou­vent en faveur des ouvriers. L’économie chi­noise chauffe encore à bloc, il faut que la pro­duc­tion sorte. Par ailleurs, le gou­ver­ne­ment tente de rééqui­li­brer les choses au niveau macro-éco­no­mique en favo­ri­sant l’extension du marché interne, ce qui veut dire que l’augmentation des salaires peut contri­buer au déve­lop­pe­ment éco­no­mique. Mais ces fac­teurs n’expliquent pas tout. Une nou­velle géné­ra­tion de lea­ders ouvriers, pour la plu­part jeunes et édu­qués, arrive dans le décor. Ils sont sou­vent bien bran­chés et infor­més, ali­men­tés par des sites inter­net dis­si­dents comme le China Labour News, une ONG basé à Hong Kong, et qui dis­pose de tout un réseau de cor­res­pon­dants dans le sud de la Chine. Dans cette effer­ves­cence, un nouvel inté­rêt appa­raît en Chine autour des idées et des pra­tiques de l’altermondialisme. Selon le mili­tant Shenjing Lin, les mou­ve­ments chi­nois sont en train d’établir une recon­nexion avec le reste du monde.

Pour joindre Intercoll

http://​www​.inter​coll​.net/​b​d​f​/​f​r​/​p​a​g​e​s​/​p​a​g​e​-​1​.html

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