Les groupes populaires face à l’État

À bout de souffle L’action communautaire en 2018

Enjeux contemporains

Par Mis en ligne le 08 novembre 2018

Les orga­nismes com­mu­nau­taires ont la cote au Québec. Un son­dage réa­lisé à l’automne 2017 montre que le rôle de ces orga­nismes est lar­ge­ment connu et appré­cié par la popu­la­tion[1]. Il démontre même une connais­sance assez fine des Québécoises et des Québécois des dif­fé­rents rôles joués par les orga­nismes : 83 % y voient un lieu d’appartenance pour briser l’isolement, 82 %, une aide pour l’amélioration des condi­tions de vie et de pau­vreté, 75 %, une aide pour défendre les droits et 71 %, un lieu de par­ti­ci­pa­tion citoyenne. Cette recon­nais­sance est concor­dante avec celle de la poli­tique gou­ver­ne­men­tale en action com­mu­nau­taire, adop­tée en 2001, qui fait état de leur « contri­bu­tion essen­tielle à l’exercice de la citoyen­neté et au déve­lop­pe­ment social du Québec[2] ».

Et pour­tant, les tra­vailleuses et les tra­vailleurs des orga­nismes d’action com­mu­nau­taire auto­nome (ACA) se disent à bout de souffle, criant sur toutes les tri­bunes qu’ils n’en peuvent plus. Comment expli­quer une telle situa­tion ? Et sur­tout, com­ment se sortir de cet engre­nage ?

Voyons d’abord dans quelles condi­tions s’organisent les acti­vi­tés et ser­vices au sein des orga­nismes d’action com­mu­nau­taire auto­nome.

Un travail stimulant avec un salaire insuffisant

Travailler au sein d’un orga­nisme d’ACA s’avère la plu­part du temps très sti­mu­lant. Faire avan­cer les droits dans la société, agir avec les popu­la­tions plus dému­nies pour amé­lio­rer leur sort, bâtir un projet social qui ne laisse per­sonne de côté s’avèrent un puis­sant anti­dote au défai­tisme et au cynisme ambiant. Combien de fois ces mêmes per­sonnes se sont fait dire par des gens mal­heu­reux au tra­vail à quel point elles étaient chan­ceuses d’occuper un tel emploi !

Cette gra­ti­fi­ca­tion est tou­te­fois rare­ment accom­pa­gnée de condi­tions de tra­vail équi­va­lentes à celles des emplois simi­laires dans les sec­teurs public et privé, et sur­tout pas à la mesure des défis ren­con­trés. Lors de la tour­née de la Commission popu­laire pour l’ACA en 2015-2016[3], plu­sieurs orga­nismes ont témoi­gné du « fait qu’ils luttent contre la pau­vreté, mais sont eux-mêmes dans l’impossibilité d’offrir des condi­tions de tra­vail inté­res­santes à leurs propres tra­vailleuses conformes à leur niveau de for­ma­tion, leur expé­rience de tra­vail et leurs com­pé­tences[4] ».

Qu’en est-il vrai­ment ? Les don­nées fiables sur l’emploi dans le com­mu­nau­taire sont issues de l’enquête Repères, réa­li­sée tous les trois ans par le Comité sec­to­riel de main-d’œuvre de l’économie sociale et de l’action com­mu­nau­taire (CSMO-ÉSAC)[5]. En 2015, le salaire horaire moyen était de 18,71 dol­lars ($) pour les postes à temps plein[6] et de 16,27 $ pour ceux à temps par­tiel. En com­pa­rai­son, pour l’ensemble du Québec, le taux horaire est de 26,56 $ pour les postes à temps plein et de 17,83 $ pour ceux à temps par­tiel [7].

Dur constat pour des per­sonnes qui s’avèrent par­ti­cu­liè­re­ment diplô­mées. En effet, près des deux tiers des orga­nismes com­mu­nau­taires emploient, pour les postes à temps plein, des femmes déte­nant un diplôme uni­ver­si­taire ou col­lé­gial[8]. La donnée est moindre pour les hommes (moins du tiers), mais elle cor­res­pond à la réa­lité d’un sec­teur majo­ri­tai­re­ment fémi­nin (plus de 60 %)[9].

Une situa­tion encore plus pré­oc­cu­pante est le nombre d’organismes com­mu­nau­taires qui offrent un taux horaire infé­rieur à 15 dol­lars : 34 % pour les postes à temps plein et 59 % pour les postes à temps par­tiel[10]. On com­prend que la reven­di­ca­tion d’un salaire mini­mum à 15 $ de l’heure, récla­mée dans plu­sieurs milieux, ne passe pas la rampe dans tout le mou­ve­ment de l’ACA. Et ce n’est pas par pin­gre­rie. Un grand nombre d’organismes doit com­po­ser avec un budget limité et des demandes accrues, dus en grande partie à une hausse des besoins expri­més dans les com­mu­nau­tés alors que le finan­ce­ment gou­ver­ne­men­tal stagne.

Quant aux rares aug­men­ta­tions que cer­tains ont pu obte­nir en 2017 (orga­nismes famille, haltes-gar­de­ries et orga­nismes sou­te­nus dans le cadre du Programme d’action com­mu­nau­taire sur le ter­rain de l’éducation), elles ne s’adressent qu’à moins de 10 % des orga­nismes et sont loin des 475 mil­lions de dol­lars sup­plé­men­taires reven­di­qués dans le cadre de la cam­pagne Engagez-vous pour le com­mu­nau­taire[11]. Nous ver­rons plus loin que même les aug­men­ta­tions annon­cées pour 2018-2019 et les années sub­sé­quentes sont loin d’être suf­fi­santes.

Des avantages non financiers qui compensent un peu

Avec un salaire si peu élevé, on peut se deman­der pour­quoi il y a encore 72 000 per­sonnes qui conti­nuent de tra­vailler dans le com­mu­nau­taire[12]. Certains diront qu’il n’y a pas juste l’argent dans la vie. C’est vrai dans une cer­taine mesure. Comme nous l’avons men­tionné pré­cé­dem­ment, occu­per un tra­vail des­tiné à amé­lio­rer la société peut s’avérer très gra­ti­fiant, quel que soit le salaire. Il est aussi reconnu que les emplois dans le com­mu­nau­taire offrent plus de flexi­bi­lité quant à l’aménagement du temps de tra­vail, notam­ment pour favo­ri­ser la conci­lia­tion famille-tra­vail-études[13].

D’autres stra­té­gies appli­quées par les orga­nismes com­mu­nau­taires pour amé­lio­rer les condi­tions de tra­vail sont liées à des avan­tages non finan­ciers. On pense, par exemple, à l’ajout de congés sociaux, de vacances, de temps de for­ma­tion ou de reprise des heures sup­plé­men­taires[14]. S’ajoutent d’autres dis­po­si­tions dont béné­fi­cie le sec­teur com­mu­nau­taire : res­pon­sa­bi­lité, auto­no­mie, diver­si­fi­ca­tion des tâches, par­ti­ci­pa­tion aux déci­sions, outils de cir­cu­la­tion de l’information, sécu­rité sur le lieu de tra­vail, for­ma­tion, etc.[15]

Il s’agit d’avantages non négli­geables qui favo­risent une meilleure qua­lité de vie au tra­vail, mais qui ne peuvent com­pen­ser les effets de la pau­vreté vécue par la majo­rité des per­sonnes concer­nées. Il s’agit d’ailleurs d’une pau­vreté qui va s’accentuer à la retraite, puisque les deux tiers des orga­nismes ne contri­buent à aucun régime de retraite col­lec­tif ni à aucun régime enre­gis­tré d’épargne-retraite (RÉER) col­lec­tif[16]. C’est sou­vent la rançon d’un emploi qu’on aime.

Vivre à l’ombre des mesures d’austérité

Les témoi­gnages les plus mar­quants enten­dus lors du pas­sage de la Commission popu­laire pour l’ACA ont porté sur les effets des mesures d’austérité. Sans aug­men­ta­tion du finan­ce­ment gou­ver­ne­men­tal et même, dans cer­tains cas, sans indexa­tion depuis la mise en œuvre en 2002-2003 de la Politique gou­ver­ne­men­tale en matière d’action com­mu­nau­taire, les orga­nismes d’ACA conti­nuent de répondre à des besoins gran­dis­sants. Or, depuis 15 ans, le coût de la vie (selon l’indice des prix à la consom­ma­tion) a aug­menté de 30,1 %…

Parce que les besoins de sou­tien de la popu­la­tion aug­mentent paral­lè­le­ment à l’effritement du filet social, les orga­nismes d’ACA sont de plus en plus sol­li­ci­tés, sans avoir les moyens de faire plei­ne­ment leur tra­vail. Puisqu’il y a moins de per­son­nel dans le réseau public pour répondre aux demandes de la popu­la­tion et que des direc­tives leur sont don­nées dans ce sens, les éta­blis­se­ments publics dirigent de plus en plus de per­sonnes vers les orga­nismes com­mu­nau­taires, par­fois sans tenir compte de la mis­sion ou des capa­ci­tés d’accueil de ces der­niers[17].

Les équipes de tra­vail dans les orga­nismes d’ACA sont alors débor­dées, car s’ajoutent aux tâches reliées à la réa­li­sa­tion de leur mis­sion, celles de courir après le finan­ce­ment et de lutter contre l’austérité afin d’éviter que la situa­tion ne dégé­nère davan­tage. Faute de finan­ce­ment adé­quat, elles doivent en plus faire face à des dimi­nu­tions d’heures de tra­vail et des fer­me­tures tem­po­raires pour des rai­sons éco­no­miques, par­fois même des fer­me­tures défi­ni­tives malgré les besoins de la popu­la­tion.

Dans un tel contexte, les tra­vailleuses et tra­vailleurs quittent par­fois leur emploi, à la recherche de condi­tions de tra­vail plus inté­res­santes ailleurs, ce qui contri­bue à une perte d’expertise pour les orga­nismes et à mettre plus de pres­sion sur le per­son­nel encore en poste.

Ceux et celles qui demeurent en place voient alors leurs condi­tions de tra­vail se dété­rio­rer. Dans ce contexte, com­ment espé­rer avan­cer et évo­luer vers des condi­tions de vie équi­tables et plus de jus­tice sociale ?

Pour sortir du cercle vicieux

Le mou­ve­ment d’ACA pourra-t-il mettre fin à ce cercle vicieux ? Depuis plus de cinq ans, les cam­pagnes se mul­ti­plient au sein du mou­ve­ment com­mu­nau­taire pour signi­fier au gou­ver­ne­ment qué­bé­cois que la mis­sion des orga­nismes est en péril faute d’un sou­tien finan­cier plus adé­quat. Une grande cam­pagne uni­taire, Engagez-vous pour le com­mu­nau­taire a été mise sur pied par une dou­zaine de regrou­pe­ments natio­naux[18] à l’initiative du Réseau qué­bé­cois de l’action com­mu­nau­taire auto­nome (RQ-ACA) pour notam­ment reven­di­quer un rehaus­se­ment signi­fi­ca­tif du finan­ce­ment à la mis­sion des orga­nismes[19].

Les mani­fes­ta­tions, jour­nées de grève, chaines humaines, jour­nées d’étude, occu­pa­tions, actions éclair, ren­contres poli­tiques, etc., orga­ni­sées autant par les cam­pagnes sec­to­rielles, régio­nales, locales que par la cam­pagne uni­taire dans les dif­fé­rentes régions du Québec, ont quand même donné quelques gains.

En 2017, les annonces de rehaus­se­ment se sont mul­ti­pliées : 25 mil­lions de dol­lars en santé et ser­vices sociaux d’ici 2022 ; 12,6 mil­lions en défense col­lec­tive des droits d’ici 2023 ; 9 mil­lions en édu­ca­tion pour 2017-2018 ; 1 mil­lion d’ici 2023 pour les cor­po­ra­tions de déve­lop­pe­ment com­mu­nau­taire (CDC); 20 mil­lions sur deux ans (somme non récur­rente) pour les orga­nismes com­mu­nau­taires famille (OCF) et les haltes-gar­de­ries com­mu­nau­taires ; 1 mil­lion non récur­rent pour les centres d’aide et de lutte contre les agres­sions à carac­tère sexuel ; 6,48 mil­lions récur­rents d’ici 2020 pour la santé des hommes ; ainsi qu’une aug­men­ta­tion du mon­tant de base des orga­nismes en immi­gra­tion qui pas­sera de 25 000 $ à 27 000 $ en plus de l’octroi d’une indexa­tion annuelle de 1,1 %.

La valse de ces mil­lions de dol­lars (54 mil­lions récur­rents) peut paraître impres­sion­nante. Les sommes pro­mises repré­sentent seule­ment 11 % des 475 mil­lions reven­di­qués par la cam­pagne Engagez-vous pour le com­mu­nau­taire et sont vus par cer­tains comme des bon­bons élec­to­raux. Les plus cyniques voient dans cet essai­mage de fonds, répar­tis dans dif­fé­rents sec­teurs choi­sis, une méthode favo­ri­sant la divi­sion du mou­ve­ment. Plusieurs sec­teurs impor­tants de l’ACA sont tou­jours lais­sés pour compte (envi­ron­ne­ment, loisir, médias com­mu­nau­taires, habi­ta­tion, soli­da­rité inter­na­tio­nale, etc.) alors qu’ils subissent, comme tout le monde, une aug­men­ta­tion mar­quée de leurs dépenses.

Le mou­ve­ment d’ACA saura-t-il sur­mon­ter le défi de rester unifié ? Il est permis d’être opti­miste car, au moment d’écrire ces lignes, les sec­teurs ayant obtenu les pro­messes d’augmentations les plus signi­fi­ca­tives demeurent plus que jamais actifs dans la cam­pagne Engagez-vous pour le com­mu­nau­taire et même, dans cer­tains cas, dans la pour­suite de leur cam­pagne sec­to­rielle[20].

D’autres pistes à explorer

Un finan­ce­ment adé­quat qui est consé­quent avec une réelle recon­nais­sance de la « contri­bu­tion essen­tielle à l’exercice de la citoyen­neté et au déve­lop­pe­ment social du Québec » des orga­nismes com­mu­nau­taires, ins­crite dans le titre même de la Politique gou­ver­ne­men­tale en action com­mu­nau­taire de 2001, serait la solu­tion idéale pour favo­ri­ser de bonnes condi­tions sala­riales dans le milieu com­mu­nau­taire.

Cependant, en l’absence d’un pro­gramme cen­tra­lisé dû au fait que le finan­ce­ment gou­ver­ne­men­tal soit sous la res­pon­sa­bi­lité de plu­sieurs minis­tères, la répar­ti­tion des enve­loppes aux orga­nismes d’ACA demeure inéqui­table. Il s’agit d’un effet per­vers de l’application trans­ver­sale de la Politique de recon­nais­sance de l’action com­mu­nau­taire à tous les minis­tères, pour­tant voulue par les orga­nismes d’ACA. Comment réduire les ini­qui­tés et favo­ri­ser de meilleures condi­tions de tra­vail pour l’ensemble des tra­vailleuses et des tra­vailleurs du mou­ve­ment quand des minis­tères, comme celui du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques, refusent de sup­por­ter finan­ciè­re­ment la majo­rité des orga­nismes com­mu­nau­taires de leur sec­teur[21] ?

Une voie à pré­co­ni­ser serait le dévoi­le­ment d’un nou­veau plan d’action gou­ver­ne­men­tal en matière d’action com­mu­nau­taire auto­nome qui per­met­trait un réen­ga­ge­ment de l’État envers la Politique de recon­nais­sance de l’action com­mu­nau­taire. Quinze ans après la sortie du pre­mier plan d’action en 2004, il est main­te­nant temps de déve­lop­per une cohé­rence et une vision com­mune de l’intervention gou­ver­ne­men­tale en matière d’ACA dans tous les minis­tères.

La boite de Pandore de la mise en place d’un gui­chet unique, que le rap­port Larose met­tait de l’avant en 2000 en pré­co­ni­sant la créa­tion d’une Société qué­bé­coise de l’action com­mu­nau­taire auto­nome[22] et que le Comité avi­seur de l’ACA (ancien nom du RQ-ACA) avait reje­tée à l’époque, devrait-elle être ouverte ? Cette idée refait régu­liè­re­ment sur­face à chaque fois que les ini­qui­tés en termes de finan­ce­ment et d’exigences de red­di­tion de comptes sont mises à jour. Quant à la notion d’une loi-cadre qui « éta­bli­rait les grands prin­cipes et les balises de la recon­nais­sance et du sou­tien finan­cier de l’action com­mu­nau­taire auto­nome[23] », elle aussi pré­co­ni­sée par le rap­port Larose, retient de plus en plus l’attention. Le RQ-ACA a même prévu exa­mi­ner la fai­sa­bi­lité d’une telle option et pour­rait en faire un des sujets cen­traux de son pro­chain col­loque prévu à l’automne 2019.

Une autre idée qui fait du chemin depuis quelques années est celle de la syn­di­ca­li­sa­tion des tra­vailleuses et des tra­vailleurs des orga­nismes d’ACA. En février 2018, Au bas de l’échelle, le Centre de for­ma­tion popu­laire et le Regroupement inter­sec­to­riel des orga­nismes com­mu­nau­taires de Montréal (RIOCM) ont fait cir­cu­ler un son­dage auprès des tra­vailleuses et tra­vailleurs du mou­ve­ment com­mu­nau­taire, sur­tout mont­réa­lais. Axé sur les condi­tions de tra­vail, le son­dage abor­dait la ques­tion de la syn­di­ca­li­sa­tion. Il est prévu que les résul­tats du son­dage servent de point de départ à une jour­née de réflexion mont­réa­laise sur l’amélioration des condi­tions de tra­vail devant se tenir le 2 mai 2018.

Il est dif­fi­cile de pré­voir les orien­ta­tions qui sor­ti­ront de cette ren­contre, notam­ment si la syn­di­ca­li­sa­tion retient l’attention des per­sonnes pré­sentes. Il est tou­te­fois aisé de pré­voir l’embûche prin­ci­pale à cette syn­di­ca­li­sa­tion, soit le main­tien de l’autonomie de ges­tion si chè­re­ment acquise et que bon nombre d’organismes d’ACA seront peu enclins à lais­ser tomber. De plus, com­ment les orga­nismes pour­ront-ils répondre aux demandes syn­di­cales sans budget adé­quat ?

Une autre piste à ne pas négli­ger est celle de la grève du com­mu­nau­taire. Cette avenue a déjà été expé­ri­men­tée à deux reprises. Les 5 et 6 novembre 2015, 1400 orga­nismes d’ACA ont par­ti­cipé à deux jours de grève/​fermeture/​interruption des acti­vi­tés régu­lières. La situa­tion s’est pro­duite à nou­veau les 7, 8 et 9 novembre 2016. De plus, la consul­ta­tion sur la grève/​fermeture/​interruption de ser­vices, menée à l’automne 2017, a résulté en une majo­rité d’organismes répon­dants en faveur d’une inter­rup­tion com­plète ou par­tielle des ser­vices comme moyen de pres­sion. Cependant, le seuil plan­cher de 1000 orga­nismes n’ayant pas été atteint, il n’a pu y avoir déclen­che­ment d’une grève. Pour cer­tains, ce n’est tou­te­fois que partie remise.

Quoi qu’il en soit, il est cer­tain que les condi­tions de tra­vail ne peuvent conti­nuer de régres­ser ou, dans le meilleur des cas, de stag­ner. Soit que le gou­ver­ne­ment donne un coup de barre dans le rehaus­se­ment du finan­ce­ment, soit que les orga­nismes d’ACA mettent en branle d’autres moyens pour bâtir un réel rap­port de force afin d’améliorer non seule­ment leur offre d’activités auprès de la popu­la­tion, mais aussi les condi­tions de tra­vail de leurs employé-e-s. Après plus de 15 ans de la mise en appli­ca­tion de la Politique de recon­nais­sance de l’action com­mu­nau­taire, il est temps de passer à un stade supé­rieur.

Céline Métivier est cher­cheuse au Réseau qué­bé­cois de l’action com­mu­nau­taire auto­nome.

  1. Le son­dage a été réa­lisé par la firme L’Observateur : <http://​www​.rq​-aca​.org/​b​l​o​g​/​2​0​1​7​/​1​0​/​2​2​/​8​4​-​d​e​s​-​q​u​e​b​e​c​o​i​s​-​e​-​s​-​e​n​-​f​a​v​e​u​r​-​d​u​n​-​f​i​n​a​n​c​e​m​e​n​t​-​d​e​-​b​a​s​e​-​a​d​e​q​u​a​t​-​p​o​u​r​-​l​e​-​c​o​m​m​u​n​a​u​t​aire/>.
  2. Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, L’action com­mu­nau­taire : une contri­bu­tion essen­tielle à l’exercice de la citoyen­neté et au déve­lop­pe­ment social du Québec, Politique gou­ver­ne­men­tale, sep­tembre 2001.
  3. La Commission popu­laire pour l’ACA, mise en place par le Réseau qué­bé­cois de l’action com­mu­nau­taire auto­nome, a tenu des audiences dans 12 régions, de sep­tembre 2015 à février 2016. Quelque 145 orga­nismes y ont fait une pré­sen­ta­tion et 278 mémoires ont été trans­mis : <https://​mobi​li​sa​tio​naca​.com/>.
  4. Réseau qué­bé­cois de l’action com­mu­nau­taire auto­nome, Les orga­nismes d’action com­mu­nau­taire auto­nome : entre enga­ge­ment et épui­se­ment. Rapport en suivi de la Commission popu­laire pour l’action com­mu­nau­taire auto­nome (ACA), octobre 2016, p. 26-27, <https://​mobi​li​sa​tio​naca​.files​.word​press​.com/​2​0​1​6​/​1​0​/​r​q​-​a​c​a​-​r​a​p​p​o​r​t​c​o​m​m​i​s​s​i​o​n​p​o​p​u​l​a​i​r​e​-​o​c​t​2​0​1​6​-​p​o​u​r​_​i​m​p​r​e​s​s​i​o​n.pdf>.
  5. Comité sec­to­riel de main-d’œuvre de l’économie sociale et de l’action com­mu­nau­taire, Les repères en éco­no­mie sociale et en action com­mu­nau­taire. Panorama du sec­teur et de sa main-d’œuvre, Édition 2015, <http://​www​.csmoe​sac​.qc​.ca/​p​u​b​l​i​c​a​t​i​o​n​s​/​e​t​u​d​e​s​-​e​n​q​u​e​t​e​s​/​e​n​q​u​e​t​e​-​n​a​t​i​o​n​a​l​e​-​2​0​1​5​-​p​a​n​o​r​a​m​a​-​s​e​c​t​e​u​r​-​m​a​i​n​-​o​euvre>.
  6. Ibid., p. 32. Nous avons fait une moyenne du salaire horaire moyen des femmes (18,54 $) et de celui des hommes (18,87 $) pour les postes à temps plein. Pour ceux à temps par­tiel, le taux pour les femmes s’élève à 16,73 $ et à 15,81 $ pour les hommes.
  7. Statistique Canada, Enquête sur la popu­la­tion active, 2017, adap­tée par l’Institut de la sta­tis­tique du Québec, mise à jour du 2 mars 2018, <http://​www​.stat​.gouv​.qc​.ca/​s​t​a​t​i​s​t​i​q​u​e​s​/​t​r​a​v​a​i​l​-​r​e​m​u​n​e​r​a​t​i​o​n​/​r​e​m​u​n​e​r​a​t​i​o​n​-​h​o​r​a​i​r​e​-​h​e​b​d​o​m​a​d​a​i​r​e​/​r​e​m​u​n​e​r​a​t​i​o​n​_​h​o​r​a​i​r​e​.html>.
  8. Les repères en éco­no­mie sociale et en action com­mu­nau­taire, Édition 2015, op. cit., p. 35.
  9. Ibid., p. 51.
  10. Ces chiffres ont été four­nis par le CSMO-ÉSAC à partir des don­nées recueillies dans le cadre de l’enquête Repères 2015.
  11. <http://​enga​gez​vou​saca​.org>.
  12. Les repères en éco­no­mie sociale et en action com­mu­nau­taire, Édition 2015, op. cit., p. 51.
  13. Comité sec­to­riel de main-d’œuvre de l’économie sociale et de l’action com­mu­nau­taire, Journée de réflexion sur l’amélioration des condi­tions de tra­vail, 5 novembre 2010, p. 2.
  14. Ibid.
  15. Les repères en éco­no­mie sociale et en action com­mu­nau­taire, Édition 2015, op. cit., p. 48.
  16. Ibid.
  17. Les orga­nismes d’action com­mu­nau­taire auto­nome : entre enga­ge­ment et épui­se­ment, op. cit., p. 24.
  18. Pour voir la liste des regrou­pe­ments qui com­posent le comité de coor­di­na­tion :<http://​enga​gez​vou​saca​.org/​a​c​c​u​e​i​l​/​l​e​-​c​o​m​i​t​e​-​d​e​-​c​o​o​r​d​i​n​a​tion/>.
  19. La cam­pagne Engagez-vous pour le com­mu­nau­taire porte les reven­di­ca­tions sui­vantes : le res­pect de la Politique de recon­nais­sance de l’action com­mu­nau­taire, la recon­nais­sance de l’ACA comme moteur de pro­grès social, le réin­ves­tis­se­ment dans les ser­vices publics et les pro­grammes sociaux.
  20. Nous fai­sons notam­ment réfé­rence à la cam­pagne CA$$$H (Communautaire auto­nome en santé et ser­vices sociaux – Haussez le finan­ce­ment), mise en place par la Table des regrou­pe­ments pro­vin­ciaux d’organismes com­mu­nau­taires et béné­voles (TRPOCB) à l’automne 2017.
  21. Ce minis­tère res­treint le finan­ce­ment à la mis­sion aux orga­nismes de bas­sins ver­sants, aux conseils régio­naux de l’environnement et aux quelques orga­nismes natio­naux qui ne sont pas des orga­nismes com­mu­nau­taires.
  22. Gérald Larose, Proposition de poli­tique de sou­tien et de recon­nais­sance de l’action com­mu­nau­taire. Le milieu com­mu­nau­taire : un acteur essen­tiel au déve­lop­pe­ment du Québec. Rapport de la consul­ta­tion publique pré­senté au ministre de la Solidarité sociale, M. André Boisclair, 6 novembre 2000.
  23. Ibid., p. 17.


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