Un forum social aux États-Unis, entretien avec Michael L. Guerrero

Par Mis en ligne le 30 juin 2010

Detroit accueille en ce moment même la deuxième édi­tion du Forum Social des États-Unis. Retour sur le pro­ces­sus, avec l’un de ses orga­ni­sa­teurs, Michael Leon Guerrero.

Mouvements : Comment as-tu com­mencé à par­ti­ci­per aux mobi­li­sa­tions altermondialistes ?

Michael Leon Guerrero : En 2002, je tra­vaillais pour une orga­ni­sa­tion basée au Nouveau Mexique, le « South-West orga­ni­zing pro­ject ». Nous menions des pro­jets locaux, prin­ci­pa­le­ment auprès des Chicanos et des Latinos, sur la jus­tice envi­ron­ne­men­tale et la jus­tice sociale, sur le racisme, et tout un tas d’autres pro­blèmes locaux. Nous avions cepen­dant une dimen­sion inter­na­tio­nale, nous menions des pro­jets de soli­da­rité inter­na­tio­nale. Et, bien sûr, nous avions pris part à la « Bataille de Seattle », en décembre 1999. Je n’y étais per­son­nel­le­ment pas, et je n’avais jusqu’alors pas beau­coup par­ti­cipé aux mobi­li­sa­tions du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste. Ma pre­mière expé­rience, ça donc été le Forum Social Mondial. J’ai fait partie de la délé­ga­tion de la qua­ran­taine d’organisations états-uniennes qui ont par­ti­cipé au FSM 2002. Cette expé­rience m’a trans­formé et a changé ma vie. Je n’avais encore jamais vu de mou­ve­ments de ce genre, des orga­ni­sa­tions de cette échelle, aussi impor­tantes. Ça a lancé des dis­cus­sions extrê­me­ment inté­res­santes dans la délé­ga­tion US : nous nous sommes demandé ce que nous fai­sions mal, ou ce que nous ne fai­sions pas du tout. Pourquoi n’avions-nous pas de mou­ve­ments de cette taille aux USA ? Pourquoi nos orga­ni­sa­tions n’arrivaient-elles pas à dépas­ser un cer­tain stade dans leur développement ?

M. : Tu par­lais de Seattle… Le contre-sommet, les mani­fes­ta­tions, et leur impact média­tique n’avaient pas permis de construire des alliances avec les mou­ve­ments trans­na­tio­naux, comme de créer des liens entre orga­ni­sa­tions à l’intérieur des USA ?

Michael Leon Guerrero : Le pro­blème, c’est que Seattle ne repré­sen­tait pas la diver­sité des mou­ve­ments aux USA. Quelle était la cou­leur de Seattle ? Blanche, pour l’essentiel. Les mou­ve­ments afro-amé­ri­cains et lati­nos n’étaient pas pré­sents, ou pas suf­fi­sam­ment, de même que les mou­ve­ments indi­gènes. Ce constat n’est pas tant une cri­tique envers nos alliés « blancs », qu’une ques­tion pour nous-mêmes. Les com­mu­nau­tés de cou­leurs étaient très actives dans les mobi­li­sa­tions contre l’Alena. Nous avions même construit des liens très forts avec des orga­ni­sa­tions mexi­caines, et au Canada. Et bien sûr, cinq ans avant Seattle, nous avions été très mar­qués par les zapa­tistes. Que s’était-il passé au cours de ces cinq années pour que nous ne nous sen­tions pas concer­nés ? Nous avions perdu ces liens.

De retour de Porto Alegre, nous avons donc décidé de pour­suivre ces dis­cus­sions. En juin 2002, nous nous sommes donc réunis à Chicago et avons créé « Grassroots Global Justice ».

GGJ est un réseau très souple, confronté à deux défis. D’une part par­ve­nir à construire un mou­ve­ment fort aux USA, autre­ment dit contri­buer à relier des orga­ni­sa­tions, des groupes et des mou­ve­ments extrê­me­ment isolés et frag­men­tés. D’autre part, être beau­coup plus proac­tifs dans nos rela­tions avec les mou­ve­ments inter­na­tio­naux : en tant qu’organisations de base, notre par­ti­ci­pa­tion était inter­mit­tente et incons­tante. Il était clair que nous devions nous connec­ter à des mou­ve­ments sociaux internationaux.

Nous n’avions pas beau­coup de moyens, mais nous sommes par­ve­nus à ras­sem­bler des fonds pour per­mettre la par­ti­ci­pa­tion de repré­sen­tants de mou­ve­ments sociaux au Forum Social Mondial. Le pre­mier objec­tif, c’était de per­mettre à des mili­tants de décou­vrir ce pro­ces­sus et d’en savoir plus sur le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste. Nous sommes par­ve­nus à finan­cer la par­ti­ci­pa­tion de 120 lea­ders d’organisations de base. Nous avons ainsi pu par­ti­ci­per aux dif­fé­rents forums mondiaux.

Et en 2004 nous avons com­mencé à penser à ce que nous pour­rions faire de plus pour ren­for­cer les mou­ve­ments aux USA. Pour cela, nous avons trans­formé GGJ en orga­ni­sa­tion, et avons créé Grassroots Global Justice Alliance, qui ras­sem­blait plus de 40 orga­ni­sa­tions, une cin­quan­taine désormais.

M. : Mais les dis­cus­sions sur l’organisation d’un Forum Social aux États-Unis était anté­rieures. Notamment au sein du Conseil International du FSM, dont plu­sieurs membres vous pous­saient à le faire rapidement.

Michael Leon Guerrero : Les pres­sions étaient fortes, c’est vrai. Beaucoup de membres du Conseil inter­na­tio­nal nous disaient qu’il était indis­pen­sable d’avoir un Forum aux USA. Ils vou­laient que nous l’organisions avant les élec­tions pré­si­den­tielles de 2004. Et nous leur avons répondu que c’était trop tôt, compte tenu de l’état de nos mou­ve­ments. Si nous avions appelé immé­dia­te­ment à l’organisation d’un Forum, il n’aurait pas repré­senté la diver­sité des USA. Tout sim­ple­ment parce que per­sonne, en dehors de quelques mili­tants, ne savait alors ce qu’était un forum social. Nous pen­sions qu’il était indis­pen­sable de com­men­cer par un pro­ces­sus de conscien­ti­sa­tion, pour per­mettre aux mou­ve­ments de connaître la dyna­mique. Je crois que notre intui­tion était bonne. Au cours de ce pro­ces­sus, de nom­breux groupes nous ont demandé à quoi pou­vait bien servir une telle ini­tia­tive, en quoi elle dif­fé­rait d’une confé­rence. Ils ne vou­laient pas par­ti­ci­per, si c’était pour venir quelques jours, écou­ter des gens parler, puis ren­trer chez eux.

Nous avons donc orga­nisé une réunion en 2004, avec une cin­quan­taine d’organisations, pour voir si un forum serait un bon moyen de ren­for­cer nos mou­ve­ments. Nous en avons conclu que oui, et donc décidé de faire ce forum en 2006. Nous avons alors créé le National Planning Committee (NPC). Un peu avant l’été 2005, nous avons décidé d’organiser ce forum à Atlanta, en Géorgie. C’était quelques semaines avant que l’ouragan Katrina ne dévaste la Nouvelle-Orleans. Plus de 50 000 per­sonnes ont dû fuir, pour s’installer à Atlanta. Toutes les orga­ni­sa­tions locales impli­quées dans la pré­pa­ra­tion du Forum étaient débor­dées. Nous avons donc décidé de repous­ser le forum d’une année, pour leur lais­ser le temps de reprendre pied.

Je sais que ça a frus­tré cer­tains membres du Conseil International, qui atten­daient ce forum avec impa­tience, mais nous n’avions pas le choix.

M. : La pre­mière édi­tion du forum des États-Unis a eu lieu en 2007, à un moment où de nom­breux mili­tants alter se disaient lassés, et désen­chan­tés par la dyna­mique des forums. Certains com­men­çaient à douter de l’intérêt des forums. Mais les mili­tants inter­na­tio­naux comme natio­naux pré­sents à Atlanta (quelques mois après Nairobi) en sont reve­nus enthou­siastes, esti­mant que l’expérience du Forum Social des USA devait ins­pi­rer l’ensemble de la dyna­mique, et pour­rait per­mettre de lui redon­ner sens et intérêt.

Michael Leon Guerrero : Je crois que c’est dû au fait que nous avons intro­duit quelques chan­ge­ments, quelques modi­fi­ca­tions dans le pro­ces­sus des forums.

Nous n’avons pas choisi une ville poli­ti­que­ment « proche » de l’esprit des forums, comme pou­vait l’être Porto Alegre. Atlanta, la Géorgie, et plus géné­ra­le­ment le sud des USA ne sont pas par­ti­cu­liè­re­ment pro­gres­sistes… Ce sont au contraire les endroits les plus réac­tion­naires des. Mais nous esti­mions impor­tant de mettre en avant les luttes locales, et de sou­te­nir. Les luttes actuelles comme les his­to­riques, d’ailleurs : Atlanta est le ber­ceau du mou­ve­ment pour les droits civiques, et, depuis, la région a subi de plein fouet les effets de la mon­dia­li­sa­tion néolibérale.

L’autre chan­ge­ment que nous avons intro­duit, c’est que nous sommes partis des com­mu­nau­tés les plus mar­gi­na­li­sées, des groupes les moins sus­cep­tibles de venir au forum. Et nous nous avons tenté de les mettre au centre du forum. C’était impor­tant de les inclure dès le départ, ne serait-ce que pour construire une rela­tion de confiance. Si le forum avait été perçu comme un espace pour, par exemple, des mili­tants envi­ron­ne­men­ta­listes blancs, nous aurions eu d’énormes dif­fi­cul­tés à inclure ces com­mu­nau­tés par la suite. Nous avons donc décidé de com­men­cer de là, par la base, et de n’inviter qu’ensuite les autres orga­ni­sa­tions à par­ti­ci­per à la pré­pa­ra­tion du forum. C’est notam­ment pour cela que le pro­ces­sus a été si long. Nous avions vrai­ment besoin de ces trois années, pour pou­voir débu­ter par des dis­cus­sions inter­per­son­nelles, d’organisation à orga­ni­sa­tion, pour expli­quer le sens des forums sociaux, ce qu’ils repré­sentent, et pour­quoi il est impor­tant d’y prendre part.

Nous avons éga­le­ment orga­nisé de nom­breux forums régio­naux. Ce fût un pro­ces­sus très enri­chis­sant, mais aussi très com­plexe. Nous avons ainsi voulu orga­ni­ser un forum du Nord-Ouest, dans la région de Seattle. C’était un pro­ces­sus très large, vrai­ment inté­res­sant. Mais ses orga­ni­sa­teurs l’ont annulé une semaine seule­ment avant qu’il ne se tienne : le « native ame­ri­can caucus » (les mou­ve­ments indi­gènes des USA) se sont reti­rés du pro­ces­sus, et « youth caucus » (le comité de la jeu­nesse) les a suivi par soli­da­rité. Ils esti­maient ne pas être res­pec­tés par les autres orga­ni­sa­tions et avaient le sen­ti­ment que les enga­ge­ments pris par le NPC concer­nant leur par­ti­ci­pa­tion n’avaient pas été tenus. Les orga­ni­sa­teurs ont donc pré­féré annu­ler, consi­dé­rant que ce forum n’avait aucun sens si les repré­sen­tants des peuples natifs et les orga­ni­sa­tions de jeunes n’y par­ti­ci­paient pas. C’était un vrai échec, qui a com­pli­qué les choses, y com­pris au niveau natio­nal. Nous avons dû recons­truire une rela­tion de confiance avec ces orga­ni­sa­tions, qui n’étaient pas seule­ment impli­quées dans le forum du Nord Ouest, mais par­ti­ci­paient aux tra­vaux du NPC. Nous avons dû prendre le temps de défaire des nœuds poli­tiques très com­plexes. Tout ça dans un cadre (le NPC) qui ras­semble des orga­ni­sa­tions qui ne se par­laient pas, ou ne se par­laient plus depuis des années, que nous étions par­venu à réunir lentement…

Le Forum régio­nal du Sud-Est nous a beau­coup servi. Il a donné le ton de ce qu’allait être Atlanta. Les par­ti­ci­pants étaient pour l’essentiel des afro-amé­ri­cains et des lati­nos. C’était sans doute l’une des toutes pre­mières fois de l’histoire des USA que des orga­ni­sa­tions de ces dif­fé­rentes com­mu­nau­tés tra­vaillaient ensemble aussi dura­ble­ment. Les par­ti­ci­pants étaient des membres de groupes de base, des sans-loge­ment, des chô­meurs, etc. Ça a com­plè­te­ment trans­formé la dyna­mique. Quand les autres mou­ve­ments ont vu ce forum, ils se sont dits que le forum leur res­sem­blait, et qu’il pou­vait leur être utile. Nous avions convié des orga­ni­sa­tions d’autres régions à venir, et elles ont pu s’en ins­pi­rer pour construire le pro­ces­sus dans leurs propres régions, villes ou communautés.

Nous avons ensuite orga­nisé un « forum de la fron­tière ». C’était une étape dans l’organisation du forum des USA, mais nous avons fait ce forum au Mexique, de l’autre côté. Il a évi­dem­ment ras­sem­blé de nom­breuses orga­ni­sa­tions du Sud-Ouest des USA et du Mexique, mais c’était éga­le­ment un forum très inter­na­tio­nal, avec des par­ti­ci­pants de toute l’Amérique latine. Nous avons en outre rédigé un texte, le « we believe sta­te­ment », en com­plé­ment de la Charte des Principes du FSM, pour pré­ci­ser les valeurs du forum des USA, notam­ment notre choix de mettre les com­mu­nau­tés mar­gi­na­li­sées au cœur du processus.

La pre­mière édi­tion du Forum a ras­sem­blé plus de 12000 par­ti­ci­pants, dépas­sant nos attentes. Nous en sommes repar­tis unis plutôt que divi­sés. C’était donc un vrai succès. Nous savions que le forum n’était pas qu’un évé­ne­ment, mais un pro­ces­sus, qui allait trans­for­mer la manière dont nous tra­vaillons ensemble et qui allait pous­ser des groupes à tra­vailler ensemble. Je me sou­viens avoir par­ti­cipé à des réunions à Los Angeles, ou encore à Chicago, au cours des­quels j’ai demandé aux par­ti­ci­pants s’ils se réunis­saient sou­vent. Et j’ai décou­vert que ça n’était pas le cas. Les groupes du Nord de la ville ne ren­con­traient qua­si­ment jamais les groupes du Sud. Et c’est comme ça un peu par­tout à tra­vers le pays.

Le Forum a même débou­ché sur la créa­tion de nou­velles orga­ni­sa­tions, comme l’Alliance Nationale des Travailleurs Domestiques (National Domestic Workers Alliance), qui joue un rôle clef dans le forum de Detroit. Ils ont gagné de nom­breuses luttes au cours des trois der­nières années. À Detroit, ils orga­nisent un « Congrès des tra­vailleurs pré­caires » (exclu­ded wor­kers’ congress), qui n’est pas ouvert aux seuls tra­vailleurs domes­tiques, mais aux sai­son­niers, aux chauf­feurs de taxi, aux ouvriers agri­coles, bref aux tra­vailleurs de tous les sec­teurs qui ne béné­fi­cient d’aucune pro­tec­tion sociale.

M. : Vous avez éga­le­ment intro­duit des chan­ge­ments par rap­port au FSM en inté­grant au forum des « assem­blées de mou­ve­ments », qui, contrai­re­ment au forum lui-même, peuvent s’accorder sur des décla­ra­tions finales, des appels à mobi­li­sa­tion, des com­mu­ni­qués de presse, etc.

Michael Leon Guerrero : Il y a tou­jours eu cette ten­sion, dans le FSM, entre le forum comme « espace ouvert », et le forum comme espace qui puisse prendre posi­tion, dis­cu­ter de stra­té­gies et plans d’action. Nous avons décidé de ne pas tran­cher, mais de main­te­nir cette ten­sion. Nous pen­sons que le forum est un espace où l’on doit pou­voir faire les deux. En tant qu’organisateurs, nous devons donc four­nir l’espace et les res­sources pour le per­mettre. À Atlanta, pour être franc, ça n’a pas très bien fonc­tionné. Nous avons fait des erreurs. Il y a eu des pro­blèmes sur la manière dont les déci­sions ont été prises dans le cadre des ces « assem­blées popu­laires des mou­ve­ments » (people’s move­ment assem­blies), et sur le suivi de ces déci­sions – pour la plu­part lais­sées en l’état.

M. : Quand avez-vous décidé d’organiser un deuxième forum ?

Michael Leon Guerrero : Nous l’avons fait très tard, quelques semaines seule­ment avant Atlanta. Nous ne vou­lions pas en dis­cu­ter avant. Mais à mesure que le forum appro­chait, nous nous sommes rendus compte que nous ne pou­vions pas lais­ser les par­ti­ci­pants repar­tir sans pro­po­ser quelque chose.

Quand nous nous sommes réunis pour com­men­cer à le pré­pa­rer, nous avons eu de longues dis­cus­sions sur le meilleur moyen de lui donner de l’élan. Nous avons décidé de donner aux par­ti­ci­pants la pos­si­bi­lité d’organiser leurs propres ras­sem­ble­ments : des forums régio­naux, des forums locaux, des ras­sem­ble­ments par sec­teurs, ou encore des Assemblées Populaires de Mouvements. Ces der­nières sont deve­nues la forme de par­ti­ci­pa­tion pri­vi­lé­giée au pro­ces­sus vers Detroit. Il y a eu une tren­taine d’assemblées ces der­niers mois, et une cin­quan­taine sont prévus pen­dant le forum lui-même. La seule limite à l’organisation d’une Assemblée, c’est qu’elle doit être portée par au moins cinq groupes dif­fé­rents. Elles vont débou­cher sur une « Assemblée popu­laire natio­nale » au der­nier jour du forum. Chaque assem­blée pourra y pré­sen­ter ses réso­lu­tions, recom­man­da­tions, etc. Je ne sais pas du tout ce qui va en sortir : un agenda des luttes ? des décla­ra­tions ? des cam­pagnes ? Mais ce qui est sûr, c’est que les groupes ont com­mencé à tra­vailler ensemble en amont du forum. Ils ne vont donc pas se ren­con­trer pour la pre­mière fois au forum. Ça devrait per­mettre d’aller plus loin dans à l’avenir. C’est pri­mor­dial, parce que c’est un moment cri­tique pour nos mou­ve­ments : nous sommes au milieu du mandat d’Obama, et nous ne savons pas com­ment nous allons nous posi­tion­ner, ce qui va se passer en 2012. Nous devons nous orga­ni­ser pour faire face à la marée noire dans le golfe du Mexique, conti­nuer à construire le mou­ve­ment anti-guerre, sans parler des luttes sociales locales, et de ce qui se passe en Arizona. Et, bien sûr, nous devons nous saisir des avan­cées à l’échelle inter­na­tio­nale : com­ment nous saisir, dans les mou­ve­ments nord-amé­ri­cains, de ce qui s’est passé à Cochabamba ? Ce sont les débats actuels. Nous avons créé un espace pour que ses dis­cus­sions puissent avoir lieu.

Nous devons éga­le­ment ren­for­cer nos liens avec les syn­di­cats. Ils étaient dis­tants à Atlanta, ils sont plus actifs ici, mais res­tent encore en retrait. De même, les mou­ve­ments envi­ron­ne­men­taux, et tous ceux qui tra­vaillent sur la jus­tice cli­ma­tique sont encore trop peu présents.

M. : Et du côté des mou­ve­ments indigènes ?

Michael Leon Guerrero : Ils sont très pré­sents. Il y a un groupe de tra­vail pour les mou­ve­ments des peuples natifs dans le NPC. Leur pré­sence est fon­da­men­tale pour défi­nir le cadre géné­ral du forum. Leur rôle est d’autant plus impor­tant qu’ils sont moteurs sur les ques­tions cli­ma­tiques. Après Cochabamba, nous dis­po­sons d’un espace mon­dial où remettre en cause le capi­ta­lisme, les méca­nismes de marché, etc. Il y a des divi­sions dans le mou­ve­ment pour la jus­tice cli­ma­tique sur la ques­tion du marché. Les mou­ve­ments indi­gènes sont en pre­mière ligne pour nous rap­pe­ler que le marché car­bone ne nous aidera pas à sauver la pla­nète, bien au contraire.

M. : Quelle serait la pro­chaine étape ? À une époque, cer­tains membres du Conseil International pous­saient à l’organisation d’un Forum Social Mondial aux USA.

Michael Leon Guerrero : Nos orga­ni­sa­tions ne sont pas d’accord avec ça. Ne serait-ce qu’à cause des pro­blèmes de visas. De nom­breuses orga­ni­sa­tions ne pour­raient pas venir – du Mexique, sans doute, mais aussi de Cuba, par exemple. Ça n’a aucun sens d’organiser un FSM si cer­tains par­ti­ci­pants ne peuvent venir.

En fait, je pense que le Mexique est l’un des points les plus loin­tains dans la géo­gra­phie alter­mon­dia­liste. Les orga­ni­sa­tions qui ont les moyens d’aller au Brésil y sont rares. Aux USA ou au Canada, nous pou­vons mobi­li­ser des fonds pour nous y rendre. C’est un vrai échec poli­tique de ne pas être par­ve­nus à avoir une repré­sen­ta­tion plus impor­tante des mou­ve­ments mexi­cains dans les forums sociaux. D’autant que ce qui se passe au Mexique actuel­le­ment a un vrai impact mon­dial : la COP16 de Cancun en novembre pro­chain, les luttes de migrants à la fron­tière avec les USA, etc. Le Mexique est donc un pays clef. Nous nous deman­dons de ce fait si nous ne devrions pas orga­ni­ser un Forum Social Nord-Américain, plutôt que de faire un nou­veau Forum des USA. Les orga­ni­sa­tions cana­diennes sont d’accord, de même que les mou­ve­ments états-uniens. Et pour la pre­mière fois, les mexi­cains nous disent qu’ils pour­raient en orga­ni­ser un. C’est l’une des pistes, l’une des meilleures choses qui pour­raient sortir de Detroit.

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