Bonne St-Jean !

T’en souviens-tu, Godin ?

Par Mis en ligne le 24 juin 2012

t’en sou­viens-tu, Godin
qu’il faut rêver aujourd’hui
pour savoir ce qu’on fera demain ?

En ce jour de la St-Jean 2012, au len­de­main d’un prin­temps qué­bé­cois à nul autre pareil, alors que le tra­di­tion­nel défilé de la St-Jean découvre un nou­veau géant aux cou­leurs de Michel Chartrand, il appa­raît de mise de rap­pe­ler à notre mémoire la poésie de Gérald Godin, cet autre géant de notre vil­lage d’Astérix. Le poète et le mili­tant de l’indépendance et du socia­lisme. Le fon­da­teur et direc­teur de la revue Parti-Pris. Le poète empri­sonné en Octobre ’70. Le poète direc­teur de l’information de Québec-Presse. Le poète qui a osé se mettre les mains dans le cam­bouis de l’action poli­tique par­ti­sane. Le poète député de Mercier qui n’a jamais hésité à ques­tion­ner le député. Le poète qui a osé congé­dier son député, au nom de prin­cipes, d’espoir et de rêve.

Voici deux poèmes de Gérald Godin qui témoignent de deux époques dans cette quête de l’indépendance et du socia­lisme, l’un de 1983, au len­de­main de la défaite réfé­ren­daire, et l’autre de 1993, à l’aube du virage néo-libé­ral qui s’amorçait au PQ et qui allait porter Lucien Bouchard au pou­voir.

Portraits de mes amis

C’était une géné­ra­tion
de pro­duits hau­te­ment inflam­mables
hommes d’amadou hommes d’attisée
hommes en fagots
qui ne demandent qu’à brûler
aban­don­nés par­fois pour une fin de semaine
on entend cré­pi­ter leur coeur
sur les tables de chez Harry
ils se consu­maient d’amour
en d’interminables incen­dies
ils n’avaient plus de larmes
ils n’avaient plus de hargne
ils n’avaient plus que les sur­sauts
de leurs années en lam­beaux
pour tout coeur sou­vent
ils n’avaient que braises
et pour tout sou­ve­nir
que cendres
mais ils sont prêts à tout recom­men­cer
dès la pro­chaine pou­drée

Gérald Godin
Sarzènes, Écrits des Forges, 1983, 55 p.

T’en souviens-tu, Godin ?

T’en sou­viens-tu, Godin
ast­heure que t’es député
t’en sou­viens-tu
de l’homme qui fris­sonne
qui attend l’autobus du petit matin
après son chiffre de nuit
t’en sou­viens-tu des mal pris
qui sont sul’bien-être
de celui qui couche dans la neige
des trop vieux pour tra­vailler
qui sont trop jeunes pour la pen­sion
des mille métiers mille misères
l’amiantosé le coto­nisé
le bys­si­nosé le sili­cosé
celui qui tousse sa jour­née
celui qui crache sa vie
celui qui s’arrache les pou­mons
celui qui râle dans sa cui­sine
celui qui se plogue sur sa bon­bonne d’oxygène
il n’attend rien d’autre
que l’bon dieu vienne le cher­cher
t’en sou­viens-tu
des pous­seurs de moppes
des ramas­seurs d’urine
dans les hôpi­taux
ceux qui ont deux jobbes
une pour la nuitte
une pour le jour
pour arri­ver à se bûcher
une paie comme du monde
t’en sou­viens-tu, Godin
qu’il faut rêver aujourd’hui
pour savoir ce qu’on fera demain ?

Gérald Godin
Les bot­ter­lots, Montréal, L’Hexagone, 1993, 80 p.

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