Salut Falardeau !

Au moment où l'on annonçait sa disparition, les libéraux en Congrès mitonnaient une majoration des tarifs des services publics, incluant des frais de scolarité au CEGEP, histoire de nous rappeler que plus que jamais le temps, ce temps appartient aux bouffons. Pas à l'orage, hélas.
Par Mis en ligne le 27 septembre 2009

Le mois der­nier tous les Elvis Graton du Québec, ceux de la grosse presse comme ceux du gou­ver­ne­ment, ont riva­lisé de ser­vi­lité et de bons sen­ti­ments pour déni­grer une ini­tia­tive citoyenne, une prise de parole tout en mémoire sur les plai­nes d’Abraham.

La mémoire. Source de tous les maux, puis­que por­teuse de ce natio­na­lisme dit de res­sen­ti­ment qui ali­men­te­rait seul le projet indé­pen­dan­tiste, ces pas­séis­tes qui vivent à l’heure de Wolfe et Montcalm et refu­sent de mesu­rer notre pro­grès dans le cadre cana­dien.

La mémoire. Celle que l’on refuse d’enseigner dans nos écoles, englués que nous sommes dans cette chape de velours tissée de rec­ti­tude poli­ti­que

Comme il nous man­quera, ce sacré Falardeau. Voilà pour­quoi, toutes élites confon­dues, on aimait tant le haïr. Non pas pour la ver­deur de son propos, ni en raison du carac­tère sou­vent sur­anné de ses ana­ly­ses. On haïs­sait Falardeau d’abord parce qu’il s’était assi­gné un devoir de mémoire. Il par­lait sou­vent de la conquête et tour­nait de grands films sur février 1839 et octo­bre 70. Il par­lait de nos défai­tes, or il ne faut pas parler de cela. C’est du res­sen­ti­ment. Dans mon enfance, on ensei­gnait et on chan­tait que notre his­toire est une épopée (tout en sou­tane), main­te­nant tout doit être aussi lisse qu’un visage botoxé. On n’aimait pas Falardeau aussi parce qu’il avait le beau visage d’une gueule cassé. Comme celui des boxeurs, des pri­son­niers de Bingo à qui il aimait donner la parole. Pas très bien vu dans une société où l’on vénère l’excellence, la réus­site sur­tout dans le mer­veilleux monde des affai­res.

Évidemment, il ne fai­sait pas dans la den­telle. Son a priori poli­ti­que ? Nous sommes tou­jours une colo­nie et colo­ni­sés sont ceux et celles qui refu­sent le projet d’indépendance. Mais peut-être que les choses sont un peu plus com­pli­quées dans ce Québec qui n’est déjà plus une colo­nie et pas encore un pays sou­ve­rain. C’est sans doute un espace poli­ti­que dominé par l’État cana­dien où vit une nation dont l’existence n’est pas recon­nue. D’où sa pré­ca­rité et la fri­lo­sité qui va avec, y com­pris quel­que­fois dans nos têtes. Peut-être reste-t-il un brin d’Elvis Graton en chacun de nous sinon com­ment expli­quer que nous tolé­rons gen­ti­ment d’être (sym­bo­li­que­ment) repré­sen­tés par un lieu­te­nant-gou­ver­neur dont la pré­dé­ces­seur vient de se faire pren­dre les deux mains dans le sac de chips. « À bas la clique du châ­teau », disaient les patrio­tes. Chouette idée d’en pro­fi­ter pour se débar­ras­ser de cette humi­liante et coû­teuse fonc­tion. Évidemment, per­sonne n’osera.

Son ana­lyse l’a sou­vent conduit à stig­ma­ti­ser dure­ment et quel­que­fois injus­te­ment la gauche poli­ti­que du Québec cou­pa­ble à ses yeux de mettre de coté la ques­tion natio­nale.

Il ne fait aucun doute que des cou­rants impor­tants quel­que­fois majo­ri­tai­res de la gauche ont sou­vent, au nom des impé­ra­tifs de démar­ca­tion avec le PQ, jeté le bébé avec l’eau du bain. Certains ont même déserté le combat lin­guis­ti­que au nom des droits indi­vi­duels enchâs­sés dans la charte cana­dienne. C’est au nom de l’unité cana­dienne qu’il faut main­te­nir face à Washington que d’autres ont refusé d’appuyer le camp du OUI aux réfé­ren­dums de 1980 et 1995.

Cependant, Falardeau a tou­jours adhéré à cet éta­pisme qui consiste à refu­ser l’expression poli­ti­que auto­nome de la gauche au nom de la lutte pour l’indépendance. Hors du PQ, point de salut. Voilà notre prin­ci­pal désac­cord avec lui et tant d’autres qui espè­rent tou­jours que ce parti sera celui de l’indépendance et non de la gou­ver­nance pro­vin­ciale.

Il y a des hom­ma­ges dont on pour­rait se passer. Ceux qui, au len­de­main de sa mort, nous expli­quent qu’il faut dis­so­cier la grande oeuvre du cinéaste qué­bé­cois de l’autre Falardeau. Le méchant polé­miste indé­pen­dan­tiste. Et si la meilleure façon de lui rendre hom­mage était de refu­ser cette dis­so­cia­tion et de conser­ver intacte l’unicité du mili­tant et du créa­teur. Ceci expli­quant cela.

François Cyr

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