UNIVERSITÉ POPULAIRE DES NCS – 2016

Lutter contre les structures de la suprématie blanche

FSM 2016: Espace Émancipation

Par Mis en ligne le 05 août 2016

Mercredi 10 août 2016 à 13 h, à l’UQAM, DS-4375

Black Lives MatterAujourd’hui, les ins­ti­tu­tions de la supré­ma­tie blanche fon­dées sur le mythe d’une hié­rar­chie raciale ima­gi­naire sont confron­tées par les peuples afri­cains et afro­des­cen­dants. Les luttes conti­nuent contre l’esclavage, le tra­vail forcé, l’exploitation raciale, la colo­ni­sa­tion et la domi­na­tion des cor­po­ra­tions trans­na­tio­nales et du capi­tal finan­cier (la « glo­ba­li­sa­tion »). Parallèlement, on résiste contre le pro­fi­lage racial qui s’inscrit dans des lois et des pra­tiques hos­tiles aux immi­grantes et aux immi­grants, notam­ment contre les popu­la­tions afro­des­cen­dantes. Depuis l’an passé, la Décennie des peuples afro­des­cen­dants (décré­tée par l’ONU, elle se ter­mine en 2024) est une occa­sion pour se mobi­li­ser contre les struc­tures locales, natio­nales et inter­na­tio­nales d’un racisme per­ma­nent qui déshu­ma­nise les peuples. Il faut reven­di­quer un vaste pro­ces­sus de « répa­ra­tion», mais aussi, déco­lo­ni­ser le pou­voir et la connais­sance.

Intervenant-e-s

  • Mireille Fanon-Mendès France (Fondation Fanon)
  • Kali Akuno (Cooperation Jackson)
  • Firoze Manji (Daraja Press)

La liberté que nous avons arrachée

Patrice Lumumba[1]

Notre lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus pro­fond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indis­pen­sable pour mettre fin à l’humiliant escla­vage qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colo­nia­liste, nos bles­sures sont trop fraîches et trop dou­lou­reuses encore pour que nous puis­sions le chas­ser de notre mémoire. Nous avons connu le tra­vail haras­sant exigé en échange de salaires qui ne nous per­met­taient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décem­ment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les iro­nies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un Noir on disait « tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « vous » hono­rable était réservé aux seuls Blancs ?

Nous avons connu que nos terres furent spo­liées au nom de textes pré­ten­du­ment légaux qui ne fai­saient que recon­naître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir : accom­mo­dante pour les uns, cruelle et inhu­maine pour les autres. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des mai­sons magni­fiques pour les Blancs et des paillotes crou­lantes pour les Noirs ; qu’un Noir n’était admis ni dans les ciné­mas, ni dans les res­tau­rants, ni dans les maga­sins dits euro­péens ; qu’un Noir voya­geait à même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe.

Aujourd’hui, la République du Congo a été pro­cla­mée et notre cher pays est main­te­nant entre les mains de ses propres enfants. Ensemble, mes frères, mes sœurs, nous allons com­men­cer une nou­velle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la pros­pé­rité et à la gran­deur. Nous allons éta­blir ensemble la Justice sociale et assu­rer que chacun reçoive la juste rému­né­ra­tion de son tra­vail. Nous allons mon­trer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il tra­vaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayon­ne­ment de l’Afrique tout entière. Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie pro­fitent véri­ta­ble­ment à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nou­velles qui seront justes et nobles. Nous allons mettre fin à l’oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens puissent jouir plei­ne­ment des liber­tés fon­da­men­tales pré­vues dans la Déclaration des Droits de l’Homme. Nous allons sup­pri­mer effi­ca­ce­ment toute dis­cri­mi­na­tion quelle qu’elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son tra­vail et son dévoue­ment au pays.

[1] Discours prononcé par Lumumba lors de la proclamation de l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960. Quelques mois plus tard, Lumumba était assassiné par des mercenaires au service de la Belgique et des États-Unis.

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