L’impérialisme et les enjeux de la Palestine

Par Mis en ligne le 19 novembre 2012

Les attaques israé­lienne sur Gaza conti­nuent d’entraîner leur lot d’horreur. On est presque sur­pris d’être sur­pris tant ce jeu de mas­sacres n’en finit plus de finir. Le tout a com­mencé par l’assassinat d’un res­pon­sable du Hamas. C’est une tac­tique bien connue du côté israé­lien, quand on veut aug­men­ter les ten­sions. Les Palestiniens répliquent avec leur arme­ment bric-à-brac, alors on a l’excuse pour leur lancer les feux de l’enfer avec les armes des États-Unis. Au bout d’un temps, une trêve sur­vient, jusqu’à la pro­chaine bataille. Entre-temps, les impé­ria­listes et leurs bouf­fons s’agitent à l’ONU et ailleurs. Ils condamnent tou­jours la vic­time, ils excusent tou­jours le bour­reau, quitte à lui dire de ne pas trop exa­gé­rer.

Un des lar­bins de ser­vice est le gou­ver­ne­ment cana­dien. Contrairement à une légende urbaine bien entre­te­nue, cela n’a pas com­mencé avec Harper. Déjà dans les années 1950, le Canada avait endossé la spo­lia­tion des Palestiniens effec­tuée dans la fureur et le sang, une véri­table puri­fi­ca­tion eth­nique. Avant de se faire trai­ter d’antisémite, il faut dire que les Juifs euro­péens avaient été parmi les pre­mières vic­times de ces pra­tiques mises en place par les Nazis.

Dans les années 1960 et jusque dans les années 1990 au moment où les Palestiniens ont levé l’étendard de la lutte de libé­ra­tion, le Canada a tou­jours été, comme les États-Unis, du côté de l’État israé­lien dont on a sciem­ment occulté la mili­ta­ri­sa­tion, notam­ment la construc­tion d’armes nucléaires. Quand les Palestiniens se sont sou­le­vés paci­fi­que­ment (Intifada) en 1987, on a laissé les sol­dats israé­liens tuer des civils et casser les bras des enfants qui lan­çaient des pierres. Toutes les for­ma­tions poli­tiques au Canada, à l’exception du Parti Québécois, étaient du même avis sur la ques­tion, quitte à s’émouvoir de temps en temps sur les souf­frances des Palestiniens.

Il faut essayer de com­prendre les rai­sons de cette obs­ti­na­tion par rap­port à une ques­tion de droits et de ter­ri­toires qui somme toute, n’est pas si com­pli­quée que cela. Dans d’autres conflits de nature colo­niale en effet, des négo­cia­tions ont permis de réta­blir une cer­taine paix. On sait que les Palestiniens ont accepté un com­pro­mis plus grand qu’un com­pro­mis, en cédant 72 % de la Palestine his­to­rique aux Israéliens en échange d’un petit État pales­ti­nien sur le reste du ter­ri­toire ! Pourquoi cela n’a pas débou­ché ?

Pour l’impérialisme états-unien, qui est le maître du jeu en der­nière ins­tance, le conflit en Palestine offre plu­sieurs oppor­tu­ni­tés. Le danger pour les États-Unis ne vient pas des Palestiniens, mais du natio­na­lisme et de l’anti-impérialisme dans la région. Or la région, ce sont les res­sources de pétrole des pays du Golfe, l’Égypte qui ver­rouille la Méditerranée, les pays du Croissant fer­tile (Irak, Syrie, Liban) qui dis­posent de grandes richesses, etc. Pendant la guerre froide, les États-Unis pani­quaient à l’idée qu’ils pour­raient perdre le contrôle au profit du grand com­pé­ti­teur sovié­tique et donc dans ce contexte, Israël est devenu une plaque tour­nante du dis­po­si­tif impé­ria­liste. Par défi­ni­tion, l’État israé­lien n’a aucun avan­tage à ce que ses voi­sins se déve­loppent, s’autonomisent et prennent leur place dans le monde. À la limite et c’est avec tris­tesse qu’on peut dire cela, l’État israé­lien (et non les citoyens israé­liens) vit d’une guerre quasi per­ma­nente dans la région. L’alliance entre Israël et les États-Unis est basée sur cette triste fon­da­tion. L’État cana­dien en tant que subal­terne des États-Unis a eu la bonne idée de se ranger der­rière cette stra­té­gie dont les consé­quences sont ter­ribles pour les popu­la­tions concer­nées, y com­pris en Israël.

Au tour­nant du mil­lé­naire, les États-Unis et Israël ont eu l’impression que le vent tour­nait en leur faveur avec la lente des­truc­tion de l’Irak et la dis­lo­ca­tion de divers États et mou­ve­ments arabes. Ils ont forcé les Palestiniens à négo­cier un faux accord de paix (dit d’Oslo) qui concé­dait à toutes fins pra­tiques le contrôle de l’État israé­lien, quitte à confier à Yasser Arafat la ges­tion des pro­blèmes sociaux et la police dont le mandat était de répri­mer, et non de pro­té­ger, les Palestiniens. Il est arrivé ce qui était pré­vi­sible et tout a éclaté jusqu’à la scis­sion des Palestiniens entre deux partis et deux ter­ri­toires hos­tiles l’un à l’autre (Hamas versus Fatah). Cette tac­tique permet fina­le­ment de per­pé­tuer la « guerre sans fin » contre les Palestiniens et de per­mettre à Israël de conti­nuer ses pra­tiques de désta­bi­li­sa­tion par­tout dans la région.

C’est alors que sur­vient le « prin­temps arabe », au départ mené par la révolte popu­laire, et qui abou­tit à l’évacuation de cer­tains dic­ta­teurs comme Moubarak et Ben Ali. Les États-Unis sont un peu cho­qués, mais rapi­de­ment, ils ont un plan b. Cela inclut de mili­ta­ri­ser la région et de trans­for­mer des luttes démo­cra­tiques en enjeux sec­taires comme ce qui est arrivé en Libye et ce qui arrive pré­sen­te­ment en Syrie où les insur­rec­tions armées par les États-Unis et leurs lar­bins (les pétro­mo­nar­chies du Golfe) divisent la popu­la­tion tout-le-monde-contre-tout-le-monde. C’est fina­le­ment ce que Washington a réussi en Irak et en Afghanistan… Encore là, l’objectif est d’empêcher quelque sta­bi­li­sa­tion que ce soit, de semer la ziza­nie par­tout et de créer un état de guerre per­ma­nent qui jus­ti­fie l’interventionnisme états-unien et israé­lien. À moyen terme, l’idée serait de trans­por­ter cela en Iran.

Pour le moment, le gou­ver­ne­ment israé­lien pré­pare sa pro­chaine élec­tion et cela « aide » tou­jours dans une cam­pagne élec­to­rale de tuer des Palestiniens. Ce médiocre objec­tif qui reflète l’état d’esprit des diri­geants en ques­tion s’insère cepen­dant dans une pers­pec­tive plus à long terme. Il est impor­tant de main­te­nir les Palestiniens sous le joug, ce qui va empê­cher l’Égypte de trou­ver son chemin et qui va éga­le­ment jus­ti­fier toutes les opé­ra­tions ouvertes ou clan­des­tines dans la région.

Qu’en est-il pour ter­mi­ner de la pos­ture de l’État cana­dien ? Sous Harper on le sait, l’inflexion est de jouer un plus grand rôle dans la « guerre sans fin », un rôle subal­terne on s’entend. Les avan­tages pour Harper sont évi­dents si ce n’est que pour se rap­pro­cher encore davan­tage (est-ce pos­sible ?!?) des États-Unis et éga­le­ment de jus­ti­fier la valse des inves­tis­se­ments mili­taires (le budget mili­taire a grimpé consi­dé­ra­ble­ment depuis 2006). On voit donc le ministre Baird s’agiter comme un pantin (ce qui nuit au peu de cré­di­bi­lité qui reste au Canada sur la scène diplo­ma­tique inter­na­tio­nale). Plus sérieu­se­ment, on a vu l’intervention cana­dienne en Libye, ce qui laisse penser que dans le cas d’une opé­ra­tion éven­tuelle de l’OTAN contre la Syrie, on ver­rait encore là Harper et sa bande monter au cré­neau.

Il y a – c’est indé­niable – un petit côté dan­ge­reu­se­ment idéo­lo­gique dans cette his­toire. Comme les Évangéliques et les Born Again Christians, nos néo­con­ser­va­teurs pensent qu’Israël incarne la volonté de Dieu et que les Arabes et les Musulmans sont des « mécréants ». Cela a l’air ridi­cule, mais c’est vrai. Si vous ne le croyez pas, allez sur l’internet visi­ter les sites et les radios évan­gé­liques qui dominent les ondes aux États-Unis et de plus en plus des régions en Alberta et dans l’ouest.

Le plus triste cepen­dant, c’est que cette pos­ture guer­rière et subal­terne n’est pas le mono­pole du Parti conser­va­teur. Le PLC et même le NPD (eh oui !) fonc­tionnent dans une sorte de consen­sus inavouable à l’effet que la défense de l’État d’Israël passe par-dessus tout. On pour­rait espé­rer que les médias inter­pellent Thomas Mulcair sur la crise actuelle. Dans le passé, il l’a dit à plu­sieurs reprises, Israël est une « cause sacrée ». A-t-il changé d’idée ? Pourrait-il avoir la décence de condam­ner le nou­veau mas­sacre en cours et d’exiger de véri­tables négo­cia­tions de paix (et non les simu­lacres per­pé­tués depuis 1993 à Washington et à Tel-Aviv) ?

Petite conso­la­tion s’il y en a une, la popu­la­tion du Québec n’embarque pas dans ce « consen­sus ». Le cœur des gens est avec les Palestiniens, pas parce qu’ils détestent les Israéliens et encore moins les Juifs comme se plaisent à le répé­ter les médias de droite au Canada-anglais, mais parce que ça dérange les gens d’ici qu’on opprime un peuple.

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