L’impérialisme et les enjeux de la Palestine

Les attaques israélienne sur Gaza continuent d’entraîner leur lot d’horreur. On est presque surpris d’être surpris tant ce jeu de massacres n’en finit plus de finir. Le tout a commencé par l’assassinat d’un responsable du Hamas. C’est une tactique bien connue du côté israélien, quand on veut augmenter les tensions. Les Palestiniens répliquent avec leur armement bric-à-brac, alors on a l’excuse pour leur lancer les feux de l’enfer avec les armes des États-Unis. Au bout d’un temps, une trêve survient, jusqu’à la prochaine bataille. Entre-temps, les impérialistes et leurs bouffons s’agitent à l’ONU et ailleurs. Ils condamnent toujours la victime, ils excusent toujours le bourreau, quitte à lui dire de ne pas trop exagérer.

Un des larbins de service est le gouvernement canadien. Contrairement à une légende urbaine bien entretenue, cela n’a pas commencé avec Harper. Déjà dans les années 1950, le Canada avait endossé la spoliation des Palestiniens effectuée dans la fureur et le sang, une véritable purification ethnique. Avant de se faire traiter d’antisémite, il faut dire que les Juifs européens avaient été parmi les premières victimes de ces pratiques mises en place par les Nazis.

Dans les années 1960 et jusque dans les années 1990 au moment où les Palestiniens ont levé l’étendard de la lutte de libération, le Canada a toujours été, comme les États-Unis, du côté de l’État israélien dont on a sciemment occulté la militarisation, notamment la construction d’armes nucléaires.  Quand les Palestiniens se sont soulevés pacifiquement (Intifada) en 1987, on a laissé les soldats israéliens tuer des civils et casser les bras des enfants qui lançaient des pierres. Toutes les formations politiques au Canada, à l’exception du Parti Québécois, étaient du même avis sur la question, quitte à s’émouvoir de temps en temps sur les souffrances des Palestiniens.

Il faut essayer de comprendre les raisons de cette obstination par rapport à une question de droits et de territoires qui somme toute, n’est pas si compliquée que cela. Dans d’autres conflits de nature coloniale en effet, des négociations ont permis de rétablir une certaine paix. On sait que les Palestiniens ont accepté un compromis plus grand qu’un compromis, en cédant 72 % de la Palestine historique aux Israéliens en échange d’un petit État palestinien sur le reste du territoire ! Pourquoi cela n’a pas débouché ?

Pour l’impérialisme états-unien, qui est le maître du jeu en dernière instance, le conflit en Palestine offre plusieurs opportunités. Le danger pour les États-Unis ne vient pas des Palestiniens, mais du nationalisme et de l’anti-impérialisme dans la région. Or la région, ce sont les ressources de pétrole des pays du Golfe, l’Égypte qui verrouille la Méditerranée, les pays du Croissant fertile (Irak, Syrie, Liban) qui disposent de grandes richesses, etc. Pendant la guerre froide, les États-Unis paniquaient à l’idée qu’ils pourraient perdre le contrôle au profit du grand compétiteur soviétique et donc dans ce contexte, Israël est devenu une plaque tournante du dispositif impérialiste. Par définition, l’État israélien n’a aucun avantage à ce que ses voisins se développent, s’autonomisent et prennent leur place dans le monde. À la limite et c’est avec tristesse qu’on peut dire cela, l’État israélien (et non les citoyens israéliens) vit d’une guerre quasi permanente dans la région. L’alliance entre Israël et les États-Unis est basée sur cette triste fondation. L’État canadien en tant que subalterne des États-Unis a eu la bonne idée de se ranger derrière cette stratégie dont les conséquences sont terribles pour les populations concernées, y compris en Israël.

Au tournant du millénaire, les États-Unis et Israël ont eu l’impression que le vent tournait en leur faveur avec la lente destruction de l’Irak et la dislocation de divers États et mouvements arabes. Ils ont forcé les Palestiniens à négocier un faux accord de paix (dit d’Oslo) qui concédait à toutes fins pratiques le contrôle de l’État israélien, quitte à confier à Yasser Arafat la gestion des problèmes sociaux et la police dont le mandat était de réprimer, et non de protéger, les Palestiniens. Il est arrivé ce qui était prévisible et tout a éclaté jusqu’à la scission des Palestiniens entre deux partis et deux territoires hostiles l’un à l’autre (Hamas versus Fatah). Cette tactique permet finalement de perpétuer la « guerre sans fin » contre les Palestiniens et de permettre à Israël de continuer ses pratiques de déstabilisation partout dans la région.

C’est alors que survient le « printemps arabe », au départ mené par la révolte populaire, et qui aboutit à l’évacuation de certains dictateurs comme Moubarak et Ben Ali. Les États-Unis sont un peu choqués, mais rapidement, ils ont un plan b. Cela inclut de militariser la région et de transformer des luttes démocratiques en enjeux sectaires comme ce qui est arrivé en Libye et ce qui arrive présentement en Syrie où les insurrections armées par les États-Unis et leurs larbins (les pétromonarchies du Golfe) divisent la population tout-le-monde-contre-tout-le-monde. C’est finalement ce que Washington a réussi en Irak et en Afghanistan… Encore là, l’objectif est d’empêcher quelque stabilisation que ce soit, de semer la zizanie partout et de créer un état de guerre permanent qui justifie l’interventionnisme états-unien et israélien. À moyen terme, l’idée serait de transporter cela en Iran.

Pour le moment, le gouvernement israélien prépare sa prochaine élection et cela « aide » toujours dans une campagne électorale de tuer des Palestiniens. Ce médiocre objectif qui reflète l’état d’esprit des dirigeants en question s’insère cependant dans une perspective plus à long terme. Il est important de maintenir les Palestiniens sous le joug, ce qui va empêcher l’Égypte de trouver son chemin et qui va également justifier toutes les opérations ouvertes ou clandestines dans la région.

Qu’en est-il pour terminer de la posture de l’État canadien ? Sous Harper on le sait, l’inflexion est de jouer un plus grand rôle dans la « guerre sans fin », un rôle subalterne on s’entend. Les avantages pour Harper sont évidents si ce n’est que pour se rapprocher encore davantage (est-ce possible ?!?) des États-Unis et également de justifier la valse des investissements militaires (le budget militaire a grimpé considérablement depuis 2006). On voit donc le ministre Baird s’agiter comme un pantin (ce qui nuit au peu de crédibilité qui reste au Canada sur la scène diplomatique internationale). Plus sérieusement, on a vu l’intervention canadienne en Libye, ce qui laisse penser que dans le cas d’une opération éventuelle de l’OTAN contre la Syrie, on verrait encore là Harper et sa bande monter au créneau.

Il y a – c’est indéniable – un petit côté dangereusement idéologique dans cette histoire. Comme les Évangéliques et les Born Again Christians, nos néoconservateurs pensent qu’Israël incarne la volonté de Dieu et que les Arabes et les Musulmans sont des « mécréants ». Cela a l’air ridicule, mais c’est vrai. Si vous ne le croyez pas, allez sur l’internet visiter les sites et les radios évangéliques qui dominent les ondes aux États-Unis et de plus en plus des régions en Alberta et dans l’ouest.

Le plus triste cependant, c’est que cette posture guerrière et subalterne n’est pas le monopole du Parti conservateur. Le PLC et même le NPD (eh oui !) fonctionnent dans une sorte de consensus inavouable à l’effet que la défense de l’État d’Israël passe par-dessus tout. On pourrait espérer que les médias interpellent Thomas Mulcair sur la crise actuelle. Dans le passé, il l’a dit à plusieurs reprises, Israël est une « cause sacrée ». A-t-il changé d’idée ? Pourrait-il avoir la décence de condamner le nouveau massacre en cours et d’exiger de véritables négociations de paix (et non les simulacres perpétués depuis 1993 à Washington et à Tel-Aviv) ?

Petite consolation s’il y en a une, la population du Québec n’embarque pas dans ce « consensus ». Le cœur des gens est avec les Palestiniens, pas parce qu’ils détestent les Israéliens et encore moins les Juifs comme se plaisent à le répéter les médias de droite au Canada-anglais, mais parce que ça dérange les gens d’ici qu’on opprime un peuple.