Les pauvres sont-ils devenus moins vulnérables ?

Les individus et leurs familles sont d’autant plus vulnérables aux crises économiques que leurs revenus sont faibles. Lorsque arrive une récession, voire une crise, les pauvres et les catégories aux revenus modestes sont le plus affectés et lorsque la croissance repart à la hausse, le niveau de pauvreté reste d’abord stable à un niveau déprimé, lorsqu’il n’empire pas, pendant une durée plus ou moins longue, puis diminue. Ce phénomène d’hystérésis s’explique essentiellement par l’accentuation des inégalités lors de la crise, crise dont les effets sont davantage démultipliés que dans les pays développés en raison de la faible protection sociale de la majeure partie de la population.
Par Mis en ligne le 25 septembre 2009

Aussi sur­pre­nant que cela puisse paraî­tre et à l’inverse de ce qu’on pour­rait penser et sou­hai­ter, les poli­ti­ques éco­no­mi­ques contra­cy­cli­ques se font en géné­ral, au-delà des dis­cours, au détri­ment des poli­ti­ques socia­les et donc des caté­go­ries socia­les aux reve­nus les plus fai­bles. A partir d’une étude réa­li­sée sur sept pays (Argentine, Chili, Bolivie, Costa Rica, Mexique, Panama et République Dominicaine), Hicks et Wodon (2001) obser­vent que l’élasticité des dépen­ses socia­les par rap­port au PIB supé­rieure à l’unité durant les phases de crois­sance, et qu’à l’inverse l’élasticité de ces dépen­ses infé­rieure à un durant les phases de réces­sion. En termes clairs cela signi­fie que lors­que la crois­sance du PIB par tête flé­chit d’un point, les dépen­ses affec­tées aux pau­vres bais­sent de deux points. Les auteurs esti­ment que cette baisse est pour moitié due à la baisse du PIB par tête et pour moitié résulte de l’augmentation du nombre de pau­vres pro­vo­quée par la crise. Au lieu d’être contra­cy­cli­que, la poli­ti­que sociale est sou­vent pro cycli­que et accen­tue de ce fait les effets néga­tifs de la vola­ti­lité sur les popu­la­tions à faible revenu. Certes, le Brésil ne fait pas partie de l’échantillon ana­lysé par Hicks et Wodon, mais la plu­part des ana­ly­ses faites, dont celles que nous avons menées avec Valier J. (Lustig N ; 1989, Salama P et Valier J,1992 et 1997, Salama P, 2008, Salama P dans Lautier B et alii, 2004), confir­ment dans l’ensemble ces ten­dan­ces. Les effets néga­tifs du cycle sur la pau­vreté sont sou­vent accen­tués par les poli­ti­ques éco­no­mi­ques res­tric­ti­ves déci­dées pour des rai­sons de cré­di­bi­lité sur les mar­chés finan­ciers inter­na­tio­naux.
Ce n’est pas ce qu’on observe aujourd’hui avec la crise sys­té­mi­que mon­diale qui a atteint le Brésil au cours du second semes­tre 2008 : la crise parait …béné­fi­cier aux plus pau­vres, pour l’instant et ali­mente un fort sen­ti­ment d’optimisme sur les capa­ci­tés du pays de sur­mon­ter la crise.. C’est ce para­doxe qu’il convient d’analyser. Les pau­vres seraient ils deve­nus moins vul­né­ra­bles à la crise ? La réponse à cette ques­tion n’est pas simple pour des rai­sons conjonc­tu­rel­les et struc­tu­rel­les. Conjoncturelles car le Brésil, comme de nom­breux autres éco­no­mies émer­gen­tes et au seuil de nou­vel­les muta­tions pro­dui­tes par cette crise de grande ampleur, un peu comme ce fut le cas dans les années trente, et qu’on ne peut confon­dre un moment du cycle (la crise puis le début de la reprise) avec un mou­ve­ment d’ensemble qui peut durer des années, expres­sion de muta­tions struc­tu­rel­les dif­fi­ci­les à lire aujourd’hui. C’est pour­quoi, dans un pre­mier temps nous pré­sen­te­rons ce qui dis­tin­gue cette crise de celle des années quatre-vingt­dix, puis dans un second temps nous expo­se­rons les prin­ci­pa­les mesu­res contra­cy­cli­ques prises par le gou­ver­ne­ment. Dans un troi­sième temps nous ana­ly­se­rons les causes de l’évolution de la pau­vreté et mon­tre­rons que les mesu­res contra cycli­ques prises ainsi que la nature du régime de crois­sance et le niveau par celle-ci depuis le début des années 2000 favo­ri­sent une légère dimi­nu­tion des inéga­li­tés et une baisse du niveau de la pau­vreté. Dans un qua­trième temps nous ana­ly­se­rons les conflits d’intérêt et leur réso­lu­tion qui ont permis la reprise de la crois­sance et cette baisse de la pau­vreté quel­ques années avant que n’apparaissent la crise inter­na­tio­nale pour com­pren­dre com­ment ils sont sus­cep­ti­bles d’évoluer avec cette crise et les poli­ti­ques contra­cy­cli­ques défi­nies par le gou­ver­ne­ment du Président Lula.

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