La fin de la récession ne signifie pas la fin de la crise

Ben Bernanke a indiqué hier [15 septembre 2009] que la récession était « très probablement terminée. » Est-ce à dire que la crise appartient au passé ? Non répond Krugman, qui rappelle que la baisse d’activité récente - qu’il évalue à 1000 milliards de dollars sur un an - ne sera pas comblée avant longtemps, même si la récession, au sens technique du terme, est terminée. Mettant en garde d’autre part contre l’effet d’optique qui peut naître des variations de stocks, il n’écarte pas la possibilité d’une récession en deux temps, ayant la forme d’un W.
Par Mis en ligne le 20 septembre 2009

Je suis presque entiè­re­ment d’accord avec Janet Yellen [1]. Je crois qu’il est cepen­dant néces­saire d’illustrer par quelques gra­phiques à quel point la fin de la réces­sion tech­ni­que­ment par­lant – qui a pro­ba­ble­ment eu lieu – est éloi­gnée d’une situa­tion qui serait satis­fai­sante.

graphique 1

Tout d’abord, consi­dé­rons la pro­fon­deur du trou dans lequel nous sommes. Plutôt que d’entrer dans les détails des cal­culs sur l’écart de la pro­duc­tion [ de l’activité éco­no­mique par rap­port à son poten­tiel – ndt ] (Menzie Chinn, sur le blog Econbrowser l’a très bien fait), je vous pro­pose l’estimation la plus simple : la com­pa­rai­son du PIB réel depuis le début de la réces­sion avec ce qu’il aurait été si l’économie avait conti­nué de croître au même rythme que de 1999 à 2007. Cela res­semble à ceci : [gra­phique ci-dessus]

Nous sommes situés quelque part 8% en des­sous de là où nous devrions être. Cela se tra­duit par une perte de pro­duc­tion à un rythme supé­rieur à mille mil­liards de dol­lars par an (et un chô­mage de masse). Et nous conti­nue­rons à subir ces pertes, même si le PIB croît à nou­veau, jusqu’à que nous ayons retrouvé suf­fi­sam­ment de crois­sance pour com­bler cet écart. Etant donné qu’il n’y a rien dans les chiffres ou les infor­ma­tions mon­trant qu’une quel­conque réduc­tion de cet écart ait lieu, c’est une tra­gé­die qui conti­nue.

Et cela sup­pose que nous ne subis­sions pas de retour en arrière, c’est à dire une réces­sion à double immer­sion, en deux temps [Double dip en VO].

Il ya une ten­dance à consi­dé­rer comme dépla­cées les inquié­tudes au sujet d’une réces­sion en deux temps. Quelque chose dont seuls des fous comme les gens qui, hmmm… ont prédit la crise actuelle, puissent s’inquiéter. Il y a pour­tant quelques bonnes rai­sons d’être pré­oc­cupé. La pre­mière, c’est que le coup de pouce de la relance bud­gé­taire va com­men­cer à s’estomper dans quelques tri­mestres. La seconde, c’est que, comme le sou­ligne Yellen, la majeure partie de l’élan que nous obser­vons aujourd’hui est relié aux évo­lu­tions des stocks des entre­prises. Et c’est quelque chose qui n’arrivera qu’une fois.

Nul besoin de tour­ner le regard très loin en arrière pour consta­ter à quel point un boom du aux inven­taires peut être seule­ment tran­si­toire. Le gra­phique ci-des­sous montre la crois­sance avant, pen­dant et après la réces­sion de 2001, ainsi que la contri­bu­tion des varia­tions de stocks à cette crois­sance. Observez la remon­tée due aux inven­taires entre le qua­trième tri­mestre 2001 et le pre­mier tri­mestre 2002, puis sa quasi dis­pa­ri­tion, qui a failli ensuite se trans­for­mer en contrac­tion en 2002. Ce n’était pas à pro­pre­ment parler un double impact, une réces­sion en forme de W, mais cela a failli être le cas.

(JPG)

Si le climat poli­tique était plus ration­nel, les consé­quences de ce qui pré­cède seraient claires : nous avons besoin d’encore plus de relance. Certes, cela ajou­te­rait à la dette des USA – mais cela ne méri­te­rait-il pas d’être fait afin d’aider à réduire l’écart de pro­duc­tion, plutôt que de gas­piller notre poten­tiel, à raison de plus de mille mil­liards de dol­lars par année ?

Apparemment pas.


Publication ori­gi­nale Blog de Paul Krugman, tra­duc­tion Contre Info
[1] Janet Yellen, la direc­trice de la Fed de San Francisco, s’attend à une reprise d’activité « tiède »

Les commentaires sont fermés.