MON ŒIL, MONSIEUR LE MINISTRE !

Faire de la politique autrement, avait prôné le député Drainville

Par Mis en ligne le 24 septembre 2013

On se souvient des évènements survenus en 2011 alors que le député Bernard Drainville, en véritable Père Fouettard, lançait l’objurgation au Parti québécois de « faire de la politique autrement » sous peine de disparition.

Cet épi­sode est sur­venu lors de la crise qui avait suivi les démis­sions inat­ten­dues des dépu­tés Pierre Curzi, Louise Beaudoin et Lisette Lapointe. Ces der­nières avaient été pro­vo­quées par la déci­sion fur­tive de Pauline Marois et d’Agnès Maltais de céder aux pres­sions du maire de Québec, Régis Labeaume, en accep­tant de pro­po­ser une déro­ga­tion à la loi afin de faci­li­ter la construc­tion de son cher amphi­théâtre. Le député de Marie-Victorin avait alors pré­senté une série de réformes démo­cra­tiques dont la plu­part ont été relé­guées dans les limbes poli­tiques depuis l’arrivée du parti au pou­voir.

Récemment, le cabi­net Marois a comblé quatre postes au Conseil du statut de la femme (CSF) en y nom­mant autant d’ardentes défen­seures de la charte des valeurs dont le ministre Drainville est le par­rain. Interprétées par la pré­si­dente du conseil, Julie Miville-Deschênes, comme une atteinte à l’indépendance de l’organisme, ces nomi­na­tions sont inter­ve­nues quelques jours après que cette der­nière eut reçu un appel de la ministre res­pon­sable de la CSF, Agnès Maltais, qui, selon elle, a fait pres­sion pour l’empêcher de cri­ti­quer le projet de charte. En lan­gage ver­na­cu­laire on qua­li­fie cette forme d’ingérence de « paque­tage » et de « tor­dage de bras ».

Quel retour­ne­ment de situa­tion pour M. Drainville qui, naguère preux che­va­lier de la démo­cra­tie, cau­tionne main­te­nant une pra­tique mal­saine propre à aug­men­ter le cynisme de la popu­la­tion. D’ailleurs, il est notoire que le Secrétariat des emplois supé­rieurs (SES) qui fait partie du Conseil exé­cu­tif, le minis­tère de la pre­mière ministre, est une offi­cine d’où sortent par­fois de bien bizarres concoc­tions. On a encore en mémoire la nomi­na­tion d’André Boisclair comme délé­gué à New York avec en prime une per­ma­nence à vie dans la fonc­tion publique ; ce qui lui aurait permis de pro­fi­ter du BRAS, le lucra­tif régime de retraire de l’administration supé­rieure. Cette com­bine-là a échoué. Mais bien d’autres du même genre sont passé sous le radar depuis un an. Sans comp­ter, les mil­liers d’autres qui se sont effec­tuées sous les gou­ver­ne­ments pré­cé­dents, libé­raux comme péquistes. C’est sys­té­mique.

Ce genre de pra­tique va même par­fois jusqu’à un échange de bons pro­cé­dés entre libé­raux et péquistes lorsque sur­vient un chan­ge­ment de gou­ver­ne­ment. Ainsi, quelques jours après sa vic­toire, la pre­mière ministre Marois a accepté de nommer Chantal Landry sous-ministre adjointe à la Santé et aux Affaires sociales sans qu’elle ait de com­pé­tence par­ti­cu­lière pour occu­per cette fonc­tion. Cette der­nière avait agi comme direc­trice adjointe au cabi­net du pre­mier ministre Charest. On se sou­vient qu’elle avait été sur­nom­mée « madame post-it » suite à son témoi­gnage devant la com­mis­sion Bastarache. Elle avait en effet avoué ins­crire l’allégeance poli­tique des can­di­dats à la magis­tra­ture sur des « post-it » avant de trans­mettre leurs dos­siers au grand patron. Question de faci­li­ter son choix quoi !

Pour quand une réforme du mode de scrutin ?

Revenant aux réformes réa­li­sées par M. Drainville comme ministre res­pon­sable des Institutions démo­cra­tiques et de la Participation citoyenne, il faut recon­naitre que son bilan ne com­porte pas jusqu’ici que des élé­ments néga­tifs. En effet, il a fait adop­ter à l’unanimité par l’Assemblée natio­nale une impor­tante réforme du finan­ce­ment des partis poli­tique. Il a aussi obtenu un appui una­nime à son projet de loi ins­ti­tuant des élec­tions à date fixe, une réforme qui était récla­mée depuis long­temps.

Par contre, son gou­ver­ne­ment veut tou­jours conser­ver le scru­tin majo­ri­taire qui fausse sys­té­ma­ti­que­ment les règles du jeu élec­to­ral en faveur des for­ma­tions domi­nantes que sont le PQ et le Parti libé­ral au détri­ment de partis émer­gents comme Québec soli­daire et Option natio­nale. En l’absence d’une repré­sen­ta­tion pro­por­tion­nelle, ces der­niers sont en effet privés d’une repré­sen­ta­tion par­le­men­taire équi­table qui se tra­duit sou­vent par leur exclu­sion pure et simple de l’Assemblée natio­nale.

Le pre­mier ministre René Lévesque consi­dé­rait pour­tant que l’introduction d’éléments de pro­por­tion­na­lité dans le mode de scru­tin consti­tuait la mesure la plus impor­tante dans l’imposant train de réformes démo­cra­tiques qu’il avait ins­crites au pro­gramme de son nou­veau gou­ver­ne­ment en 1976. Malheureusement ce fut une des rares qu’il n’a pu réa­li­ser ; inca­pable d’obtenir un appui clair du caucus des dépu­tés péquistes au projet de loi ins­ti­tuant un scru­tin pro­por­tion­nel régio­nal qu’il enten­dait pré­sen­ter à l’Assemblée natio­nale.

Toutefois, l’instauration d’un mode de scru­tin pro­por­tion­nel a fait partie du pro­gramme du Parti qué­bé­cois pen­dant 42 ans, soit de son congrès de fon­da­tion en 1969 jusqu’au plus récent, celui de 2111. Tournant le dos au fon­da­teur de leurs parti, les délé­gués péquistes ont alors biffé cet enga­ge­ment du pro­gramme avec la béné­dic­tion de Pauline Marois et de Bernard Drainville. Appelle-t-on ça faire de la poli­tique autre­ment ? Mon œil !

Montréal, 24 sep­tembre 2013

par Paul Cliche, mili­tant pro­gres­siste

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