Le front commun et la bataille pour la préservation des services publics

Par Mis en ligne le 09 juillet 2010

“Stratégiquement, même en ren­for­çant l’unité syn­di­cale, les direc­tions syn­di­cales étaient une négo­cia­tion en retard sur Charest. Le seront-elles encore cette fois-ci ?”

Manif du Front CommunLes syn­di­cats du Front commun du sec­teur public se sont unis cette année et ont décrété une trève dans le marau­dage afin de conso­li­der leurs forces. Il faut dire qu’ils sont sortis affai­blis de le négo­cia­tion 2003-2005 qui s’est soldée par un décret, la divi­sion syn­di­cale ayant compté pour une bonne partie. Charest avait pro­fité de l’occasion pour recom­po­ser les accré­di­ta­tions syn­di­cales avec la loi 30.

Les membres reven­di­quaient donc un rat­tra­page pour com­pen­ser les pertes encou­rues par les années de gel sala­rial. De toute évi­dence ce ne sera pas le cas cette fois-ci. Il est en effet dif­fi­cile de rat­tra­per le passé, l’avenir étant déjà fort dif­fi­cile à négo­cier. On peut dif­fi­ci­le­ment miser sur une négo­cia­tion future pour pal­lier à ce qu’on a perdu dans une négo­cia­tion présente.

Stratégiquement, même en ren­for­çant l’unité syn­di­cale, les direc­tions syn­di­cales étaient une négo­cia­tion en retard sur Charest. Le seront-elles encore cette fois-ci ?

Dans son der­nier budget, le gou­ver­ne­ment Charest a inté­gré le cadre finan­cier que devraient res­pec­ter les sec­teurs de la santé et de l’éducation. Il a éga­le­ment inclus une contri­bu­tion en santé pré­le­vée à même les impôts. Chaque adulte paiera 25 $ en 2010, 100 $ en 2011, 200 $ à partir de 2012. Que l’on gagne 20 000 ou 200 000 $, la contri­bu­tion annuelle sera la même. Il pré­voit éga­le­ment une hausse des tarifs d’électricité de 3,7 % par an à comp­ter de 2014, pen­dant 4 ans,en plus des hausses habi­tuelles. Résultat : en 2018, l’électricité cou­tera 20 % plus cher qu’aujourd’hui, de nou­velles hausses des frais de sco­la­rité, et une hausse de la TVQ de 2%.

La réduc­tion de la crois­sance des dépenses dans les dif­fé­rents pro­grammes et les minis­tères (santé, édu­ca­tion, aînés, familles)atteindront 6,9 mil­liards. Les 62% d’efforts finan­ciers que le gou­ver­ne­ment pré­tend assu­mer en cou­pant dans les dépenses publiques, c’est la popu­la­tion qui va en payer le prix.

Dans cette optique, les négo­cia­tions du Front commun et son règle­ment, sont appa­rus comme un vase clos qui ne com­mu­nique pas avec le reste des milieux tou­chés par l’attaque Libérale. Pourtant le Budget Bachand indique clai­re­ment ses inten­tions, réduc­tion des dépenses implique cou­pures, ce qui conduit inévi­ta­ble­ment à l’introduction du sec­teur privé. Les hausses de tarifs et les tickets modé­ra­teurs affec­te­ront l’ensemble de la popu­la­tion ouvrière et popu­laire y com­pris évi­dem­ment les syn­di­qués qui ver­ront fondre l’augmentation salariale.

Le pro­blème majeur n’est pas le règle­ment en soi mais l’isolement dans lequel se sont confi­nés volon­tai­re­ment les direc­tions des cen­trales. Il aurait été pour­tant facile de reprendre à leur compte la défense des ser­vices publics en s’opposant au Budget, et en deve­nant les défen­seurs de la popu­la­tion. Cela n’aurait pu que ren­for­cir le rap­port de force des syn­di­cats en négociation.

Charest aura main­te­nant la partie plus facile, le mou­ve­ment syn­di­cal s’étant isolé du reste de la population.

Il y a fort à parier que la pro­chaine bataille devra porter sur la pré­ser­va­tion des ser­vices publics, confron­tés à la pri­va­ti­sa­tion. Mais à ce cha­pitre Charest aura déjà réussi à prendre les devants. Si on devait donner un poin­tage aux stra­tèges, ce serait donc Charest 2, direc­tions syn­di­cales 0.

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