Le Chili se mobilise pour l’éducation publique

Par Mis en ligne le 01 mai 2012

Le 25 avril, des représentant(e)s de l’IE se sont joint(e)s aux syn­di­cats d’enseignants chi­liens, lors d’une grande marche pour l’éducation publique orga­ni­sée dans la capi­tale, Santiago. Enseignant(e)s, employé(e)s de l’éducation, uni­ver­si­taires et étudiant(e)s ont réclamé le droit fon­da­men­tal à une édu­ca­tion de qua­lité, garan­tie et finan­cée par l’Etat. 

Le Colegio de pro­fe­sores de Chile (CPC), l’organisation affi­liée à l’IE, a mené cette ini­tia­tive qui exige la fin du lucre dans l’éducation et la remise en place d’un sys­tème édu­ca­tif de ges­tion natio­nale. 

Le com­merce de l’éducation

Au Chili, il n’existe pas de plan natio­nal d’études, ni de budget cen­tral pour l’éducation. Chaque muni­ci­pa­lité a ses écoles et celles-ci défi­nissent leur propre projet édu­ca­tif, y com­pris les « cri­tères d’admission des élèves ».

Il existe plu­sieurs agences pri­vées (Agencias téc­ni­cas de edu­ca­ción – ATE), qui éla­borent le plan annuel pour un mon­tant de 15.000 USD. Les familles reçoivent des allo­ca­tions (bons) et doivent payer l’école qu’elles peuvent se per­mettre avec cet argent. 

Ce sys­tème d’éducation ato­misé res­semble à une chaîne d’agences – comme s’il s’agissait de super­mar­chés ou de tout autre com­merce – qui riva­lisent, entre elles et avec le sec­teur privé, pour atti­rer les clients et en tirer des béné­fices.

La dépro­fes­sion­na­li­sa­tion de l’enseignement

Dans ce contexte, l’une des ques­tions les plus pré­oc­cu­pantes pour les syn­di­cats est la dépro­fes­sion­na­li­sa­tion de l’enseignement. La Loi géné­rale sur l’éducation, approu­vée en 2006, permet aux pro­fes­sion­nels non ensei­gnants d’enseigner (article 46 g).

De plus, la pro­fes­sion est pré­caire et instable : les salaires sont très infé­rieurs (jusqu’à 40% en moins) à ceux que reçoivent d’autres pro­fes­sion­nels ayant des qua­li­fi­ca­tions sem­blables. Plusieurs études récentes montrent que 16% des enseignant(e)s chilien(ne)s souffrent d’anxiété et de dépres­sion.

A tout cela, il faut ajou­ter le manque de res­sources publiques pour cou­vrir les besoins en for­ma­tion conti­nue et en recy­clage. Les enseignant(e)s doivent finan­cer leurs propres for­ma­tion et per­fec­tion­ne­ment.

Une éva­lua­tion puni­tive

Par ailleurs, les syn­di­cats dénoncent que la Loi 20.501, approu­vée en 2011, péna­lise une nou­velle fois les enseignant(e)s par les effets de l’évaluation, et modi­fie des aspects tech­niques cen­traux qui en font un ins­tru­ment de plus de licen­cie­ment. 

Cette loi permet aux directeurs/​trices de centres édu­ca­tifs de licen­cier des enseignant(e)s et d’engager toute per­sonne ayant effec­tué 8 mois d’études uni­ver­si­taires dans n’importe quelle branche. De plus, elle affecte les droits des tra­vailleurs et les droits sociaux fon­da­men­taux, comme le congé de mater­nité et les crèches.

La soli­da­rité mon­diale

La délé­ga­tion pré­sente au Chili pour la marche était com­po­sée du Secrétaire géné­ral adjoint, David Edwards, du Coordinateur régio­nal prin­ci­pal, Combertty Rodríguez, du Président du Comité régio­nal de l’IE pour l’Amérique latine, Hugo Yasky et de la Vice-pré­si­dente du Comité régio­nal, Fátima da Silva.

Les dirigeant(e)s syndicaux/​ales ont par­ti­cipé à la marche et se sont réuni(e)s avec le per­son­nel ensei­gnant, les uni­ver­si­taires et les étudiant(e)s. De même, la délé­ga­tion de l’IE a ren­con­tré le Ministre chi­lien de l’Education, Harald Beyer, à qui ils ont exprimé leur inquié­tude face à la volonté quasi inexis­tante d’écouter les demandes légi­times des orga­ni­sa­tions syn­di­cales.

Lors d’une ren­contre avec les représentant(e)s de l’Organisation inter­na­tio­nale du Travail (OIT) au Chili, la délé­ga­tion a exprimé les pré­oc­cu­pa­tions de la com­mu­nauté édu­ca­tive mon­diale concer­nant la Dette his­to­rique que l’Etat chi­lien main­tient vis-à-vis de mil­liers d’enseignant(e)s.

La délé­ga­tion de l’IE fera éga­le­ment partie de la Première ren­contre natio­nale inédite et his­to­rique des Profesores Organizados (pro­fes­seurs orga­ni­sés), les 27 et 28 avril. Celle-ci réunira pour la pre­mière fois les dirigeant(e)s des pro­fes­seurs de l’enseignement public et privé, tant sub­ven­tionné que non sub­ven­tionné.

Le Secrétaire géné­ral adjoint, David Edwards, a affirmé : « Cette marche est une preuve de plus de la ferme convic­tion du peuple chi­lien, qui réclame l’éducation comme droit fon­da­men­tal pour toutes et tous ».

Edwards a insisté sur la néces­sité d’une pro­fonde réforme du sys­tème édu­ca­tif chi­lien en vue de la créa­tion d’un modèle alter­na­tif aux poli­tiques édu­ca­tives néo­li­bé­rales. « Un pro­ces­sus au sein duquel les syn­di­cats d’enseignants sont et seront les acteurs clés de la remise en place d’un sys­tème édu­ca­tif non éli­tiste, ouvert aux sec­teurs popu­laires ».

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