La Stratégie du Choc – Documentaire de Michael Winterbottom (d’après le livre de Naomi Klein)

Mis en ligne le 09 février 2010

Naomi KLEIN, Michael WINTERBOTTOM

« Seule une crise, réelle ou sup­po­sée, peut pro­duire des chan­ge­ments. Lorsqu’elle se pro­duit, les mesures à prendre dépendent des idées en vigueur. Telle est, me semble-t-il, notre véri­table fonc­tion : trou­ver des solu­tions de rechange aux poli­tiques exis­tantes et les entre­te­nir jusqu’à ce que des notions poli­ti­que­ment impos­sibles deviennent poli­ti­que­ment inévi­tables. »

Milton Friedman

SYNOPSIS

En 2007, Naomi Klein publiait La Stratégie du Choc. Un trau­ma­tisme col­lec­tif, une guerre, un coup d’état, une catas­trophe natu­relle, une attaque ter­ro­riste plongent chaque indi­vidu dans un état de choc. Après le choc, nous rede­ve­nons des enfants, désor­mais plus enclins à suivre les lea­ders qui pré­tendent nous pro­té­ger. S’il est une per­sonne à avoir com­pris très tôt ce phé­no­mène, c’est Milton Friedman, Prix Nobel d’économie en 1976.

Friedman sou­te­nant l’ultralibéralisme, conseilla aux hommes poli­tiques d’imposer immé­dia­te­ment après une crise les réformes éco­no­miques dou­lou­reuses avant que les gens n’aient eu le temps de se res­sai­sir. Il qua­li­fiait cette méthode de « trai­te­ment de choc ». Naomi Klein la qua­li­fie de « stra­té­gie du choc ».

En uti­li­sant de nom­breuses images d’archives, Michael Winterbottom et Mat Whitecross démontrent la puis­sance du texte de Naomi Klein et la néces­sité de résis­ter.

J’ai décou­vert La Stratégie du Choc grâce à Alan Hayling et Alex Cooke, mes pro­duc­teurs. Ce livre a été un véri­table choc pour moi ! Et j’ai eu envie d’en faire un film. J’ai pro­posé cette aven­ture à Mat Whitecross, avec qui j’ai coréa­lisé The Road to Guantanamo.

Avec Mat nous sou­hai­tions res­pec­ter l’architecture du livre : en com­men­çant par les recherches de Cameron et les théo­ries de Friedman des années 50, puis en sui­vant les mises en oeuvre concrètes de cette pensée à tra­vers l’Histoire. Les étapes du film étaient clai­re­ment défi­nies dès le départ : le Chili de Pinochet, les poli­tiques de Thatcher et Reagan, l’effondrement du bloc sovié­tique, le 11 sep­tembre et l’essor de l’industrie sécu­ri­taire, Guantanamo et la guerre en Irak. Nous avions éga­le­ment l’ambition de parler de la crise bour­sière asia­tique et du cha­pitre de Naomi sur Israël mais nous avons dû faire des choix. Par ailleurs, il nous sem­blait essen­tiel de parler de Katrina et du Tsunami. Enfin, l’élection d’Obama comme la crise finan­cière sont sur­ve­nues pen­dant le mon­tage du film. Nous les avons donc inté­grées à notre tra­vail. La crise finan­cière est de toute évi­dence le résul­tat de la déré­gu­la­tion des mar­chés. Même les plus fer­vents défen­seurs du libre échange ont com­mencé à se poser des ques­tions. D’une cer­taine façon, l’élection d’Obama était une réponse à cela.

‘ Ce qui nous a guidé tout au long du pro­ces­sus de créa­tion, c’est qu’avant tout, nous vou­lions réa­li­ser un docu­men­taire qui ait du sens pour la jeune géné­ra­tion. Ma fille vient d’avoir 18 ans et a donc désor­mais le droit de vote. En adop­tant son regard, nous avons tenté de pro­po­ser un éclai­rage per­ti­nent sur la situa­tion actuelle. Le film dans sa forme et dans son rythme est le résul­tat d’un long pro­ces­sus de recherche d’archives d’une part et d’articulation entre une nar­ra­tion et les inter­ven­tions publiques de Naomi d’autre part.

Elle n’a pas hésité à réagir sur le maté­riel que nous lui sou­met­tions. Bien qu’elle ait cau­tionné l’idée de départ, elle a cepen­dant émis quelques réserves sur l’absence de témoi­gnages d’experts.

Mais comme le dit très jus­te­ment Naomi, ce film n’est pas son livre mais l’adaptation que Mat et moi en avons fait.

Nous vou­lions que le film s’achève sur l’encouragement de Naomi à ne pas lais­ser les poli­tiques déci­der seuls des chan­ge­ments. Si vous voulez que quelque chose change, vous devez contri­buer per­son­nel­le­ment à ce chan­ge­ment. ’

Michael Winterbottom

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DISTRIBUTION

Haut et Court

Laurence Petit

Tel. 01 55 31 27 27

LISTE TECHNIQUE

Réalisation Michael Winterbottom et Mat Whitecross

D’après le livre de Naomi Klein

Producteurs Andrew Eaton, Alex Cooke, Avi Lewis

Producteurs exé­cu­tifs Alan Hayling

Coproducteur Melissa Parmenter

Montage Paul Monaghan

Son Joakim Sundström

Mixage Richard Davey

Post Production Pepper

Documentaliste Joon Gooh

Narrateur Kieran O’Brien

Assistants réa­li­sa­teurs Clem Blakemore & Andrew Eaton

Le film a été sou­tenu par le Sundance Institute Documentary Film Programme.

Une dis­tri­bu­tion Haut et Court.

LA STRATEGIE DU CHOC

La Montée d’un capi­ta­lisme du désastre

Essai tra­duit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné. 672 PAGES / 25C LEMÉAC / ACTES SUD, mai 2008

Qu’y a-t-il de commun entre le coup d’état de Pinochet au Chili en 1973, le mas­sacre de la place Tiananmen en 1989, l’effondrement de l’Union sovié­tique, le nau­frage de l’épopée Solidarnösc en Pologne, les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par Mandela dans l’Afrique du Sud post-apar­theid, les atten­tats du 11 sep­tembre, la guerre en Irak, le tsu­nami de 2004 en Asie du Sud-est, le cyclone Katrina l’année sui­vante, la pra­tique de la tor­ture par­tout et en tous lieux – Abou Ghraib ou Guantanamo, aujourd’hui ?

Tous ces moments de notre his­toire récente, répond Naomi Klein, ont partie liée avec l’avènement d’un « capi­ta­lisme du désastre ». Elle dénonce, ici, docu­ments à l’appui, l’existence, depuis plus d’un demi-siècle, de stra­té­gies concer­tées pour assu­rer la prise de contrôle de la pla­nète par les mul­tiples tenants d’un ultra­li­bé­ra­lisme qui a sys­té­ma­ti­que­ment mis à contri­bu­tion crises, désastres ou atten­tats ter­ro­ristes – et qui n’a pas hésité, du Chili de Pinochet à Guantanamo – à recou­rir à la tor­ture sous diverses formes pour sub­sti­tuer aux acquis des civi­li­sa­tions et aux valeurs démo­cra­tiques la seule loi du marché et la bar­ba­rie de la spé­cu­la­tion.

Rédigée dans une langue effi­cace, tra­quant les zones d’ombre, iden­ti­fiant res­pon­sables et béné­fi­ciaires d’une mar­chan­di­sa­tion de la ter­reur dont les condi­tions peuvent, le cas échéant, se voir créées de toutes pièces, cette his­toire secrète du libre marché sou­ligne l’inquiétant avè­ne­ment d’un « capi­ta­lisme du désastre ».

Convaincue que seuls les ensei­gne­ments dis­pen­sés par l’Histoire per­mettent à l’humanité de faire face au désar­roi pro­vo­qué par les chocs, les crises et les trau­ma­tismes aux­quels le monde ne cesse de se trou­ver confronté, Naomi Klein pro­gresse dans son réqui­si­toire avec une déter­mi­na­tion impres­sion­nante afin d’éveiller les consciences et de pro­di­guer à ses contem­po­rains d’authentiques outils de résis­tance pour faire pièce à la faillite pro­gram­mée du poli­tique.

Tout en des­si­nant une nou­velle éthique de l’investigation jour­na­lis­tique, La Stratégie du Choc s’affirme comme une lec­ture indis­pen­sable pour rééva­luer les enjeux des temps pré­sents et à venir, vis-à-vis des­quels les citoyens du monde portent, ensemble, une res­pon­sa­bi­lité impos­sible à délé­guer.

ENTRETIEN AVEC NAOMI KLEIN (2008)

Propos recueillis par Jean-Marie Durand et Anne Laffeter

Extraits d’un entre­tien paru dans Les Inrockuptibles le 17 juin 2008

à l’occasion de la sortie du livre.

Pouvez-vous pré­ci­ser ce qu’est la « stra­té­gie du choc » et le fonc­tion­ne­ment de ce « capi­ta­lisme du désastre » ?

La « stra­té­gie du choc » est une phi­lo­so­phie du pou­voir, une tac­tique, qui vise à impo­ser les théo­ries ultra­li­bé­rales déve­lop­pées par les éco­no­mistes adeptes du libre marché dans le but de s’affranchir des bar­rières démo­cra­tiques. Pour la « stra­té­gie du choc », la crise est le moment le plus adé­quat pour impo­ser une trans­for­ma­tion radi­cale et ultra­li­bé­rale à un pays. Elle crée un état d’urgence qui va jus­ti­fier des mesures jusqu’alors impo­pu­laires. Le succès de cette stra­té­gie dépend de l’importance de la crise. Plus elle est grave, plus les trans­for­ma­tions sont radi­cales. Le « capi­ta­lisme du désastre » ne se réfère pas qu’aux pro­fits que les entre­prises pri­vées tirent des désastres, même si se déve­loppe un busi­ness flo­ris­sant avec les nou­veaux domaines de pri­va­ti­sa­tion comme la police, l’armée ou les orga­ni­sa­tions huma­ni­taires. Ce capi­ta­lisme est une stra­té­gie poli­tique pla­ni­fiée par des déci­deurs qui uti­lisent déli­bé­ré­ment les désastres pour impo­ser des chan­ge­ments.

Comment l’idée de tra­vailler sur les chocs et désastres vous est-elle venue ?

Lors de mes recherches en Irak. L’invasion amé­ri­caine a clai­re­ment permis la thé­ra­pie de choc éco­no­mique menée par Paul Bremer (admi­nis­tra­teur du pays de 2003 à 2005 – ndlr). C’est vrai aussi pour la Banque mon­diale après le tsu­nami, ou ’admi­nis­tra­tion Bush après l’ouragan Katrina. Le titre ini­tial n’était pas The Shock Doctrine mais « Blank is beau­ti­ful » (« Le vide est magni­fique »), un jeu de mots autour de l’idée qu’un désastre crée un retour à un état vierge qui per­met­trait la construc­tion d’une nou­velle société.

Vous expli­quez que le Chili a joué un rôle impor­tant pour la mise en place de ce capi­ta­lisme du désastre…

C’est le pre­mier pays à avoir adopté une poli­tique néo­li­bé­rale. Dans les années 1970, au Chili comme en Argentine, le prin­ci­pal outil uti­lisé pour impo­ser une thé­ra­pie de choc fut la tor­ture. Il y a un lien entre l’installation de régimes auto­ri­taires de ces pays et la pre­mière étape du néo­li­bé­ra­lisme. Les idéo­logues de l’université de Chicago, Milton Friedman et ses « Chicago boys », conseillaient Pinochet. Ils sont com­plices de la mise en place de la dic­ta­ture, dont ils ont tiré profit pour tester leurs théo­ries. Dans un pre­mier temps, les seuls pays à les avoir accep­tées furent des dic­ta­tures qui se fai­saient appe­ler démo­cra­ties. Cette pre­mière étape a permis la tran­si­tion de leurs théo­ries en pays démo­cra­tiques. En 1985, la Bolivie fut le pre­mier pays sud-amé­ri­cain à adop­ter la thé­ra­pie de choc éco­no­mique sans être une dic­ta­ture.

Quelle influence Milton Friedman garde-t-il dans les uni­ver­si­tés amé­ri­caines ?

C’est une figure très res­pec­tée. En ce moment, ses fans sont sou­cieux de pro­té­ger son héri­tage. Un étu­diant vient de me trans­fé­rer un mail du pré­sident de l’université de Chicago dans lequel il annon­çait la créa­tion de l’institut Milton Friedman. Il y a deux semaines, l’institut Cato, un think tank de Washington, a décerné le Milton Friedman Freedom Fighter Award, doté de 500 000 dol­lars, à un étu­diant véné­zué­lien de 23 ans qui est un des prin­ci­paux orga­ni­sa­teurs de la cam­pagne anti-Chavez.

Le capi­ta­lisme modéré est-il inca­pable de pro­po­ser des alter­na­tives lors des crises ?

Dans ces moments-là, les pro­po­si­tions alter­na­tives manquent de convic­tion. Le poète Yeats écri­vait « the best lack all convic­tion, while the worst are full of pas­sion­nate inten­sity » (« les meilleurs manquent de toute convic­tion alors que les pires débordent d’intensité pas­sion­née »). Ce fut le cas après l’ouragan Katrina. C’est tris­te­ment iro­nique car cette catas­trophe est une consé­quence du capi­ta­lisme : le réchauf­fe­ment cli­ma­tique aug­mente le nombre et l’intensité des oura­gans ; les infra­struc­tures de mau­vaise qua­lité écrou­lées sont les résul­tats de trente ans de guerre contre la sphère publique. En Europe notam­ment, cer­tains pen­saient que cela allait réveiller la gauche amé­ri­caine. Mais l’administration Bush et ses amis n’ont pas perdu une seconde pour se saisir de l’opportunité et finir le job : éli­mi­ner le sec­teur public de la Nouvelle-Orléans. Les pro­gres­sistes ont bien tenté de dénon­cer la rela­tion entre l’ouragan et le réchauf­fe­ment cli­ma­tique mais ils se sont vu rétor­quer : « Ne poli­ti­sez pas la tra­gé­die ! ». Alors les pro­gres­sistes ont aban­donné la ville. Barack Obama ne s’en est même pas appro­ché.

Quels effets pour­raient pro­duire sur la Chine le récent trem­ble­ment de terre de la pro­vince du Sichuan ?

La Chine, c’est un peu comme le Chili. Ils n’ont pas besoin de crises car ils ont déjà la ter­reur. Dans le livre, je raconte que le mas­sacre de Tiananmen a consti­tué un choc pour signi­fier à la popu­la­tion que les résis­tants à la dic­ta­ture seraient écra­sés. Le gou­ver­ne­ment a peur des désastres natu­rels car tout doit être sous contrôle, les désastres comme les mani­fes­ta­tions. C’est pour­quoi les auto­ri­tés sont inter­ve­nues rapi­de­ment après le trem­ble­ment de terre. Aujourd’hui, la Chine est le plus grand marché de la sur­veillance.

Avez-vous l’impression, comme nombre d’observateurs, que le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste est en perte de vitesse ?

En 2000-2001, nous pou­vions parler d’un mou­ve­ment global. Ce moment a changé les choses. En Amérique latine, il est plus fort que jamais. Aux Etats-Unis et au Canada, le mou­ve­ment dénon­çait l’économie, il est aujourd’hui centré sur la guerre. C’est pour cela que je fais le lien entre les deux dans mon livre. En France, la résis­tance a tou­jours été spé­ci­fique, dans la conti­nuité de mou­ve­ments anté­rieurs, alors qu’ailleurs le mou­ve­ment était mené par des plus jeunes. En même temps, il est vrai que vous avez des mou­ve­ments étu­diants incroyables. Dans beau­coup de pays, la gauche est tel­le­ment faible que cela a permis la créa­tion de nou­veaux mou­ve­ments, ce qui a moins été le cas de la France où la gauche reste forte.

Vos ouvrages font office de mani­festes. Assumez-vous ce statut ?

Je ne sais pas où les gens vont cher­cher cette idée que j’écris des mani­festes. Je raconte de his­toires. La Stratégie du Choc s’attache à racon­ter l’histoire non offi­cielle. No Logo n’a rien à voir avec un mani­feste qui dirait : « Ceci est notre monde par­fait ». Ma façon d’être une acti­viste est de faire du jour­na­lisme. Avec mon équipe de cher­cheurs, nous sommes par­ti­cu­liè­re­ment atten­tifs à ne pas faire d’erreur pour ne pas être pour­sui­vis. Le plus dur n’est pas de dévoi­ler des docu­ments secrets mais plutôt de passer du temps à lire des docu­ments ban­caires très ennuyeux (rires) ! Je fais du jour­na­lisme à l’ancienne et je suis plus prag­ma­tique qu’utopiste. L’important est de pro­té­ger ce qui est bon – nos sys­tèmes publics de santé, d’éducation, les médias indé­pen­dants – d’en agran­dir les espaces et de faire une société plus humaine. Aujourd’hui, dans le contexte de la crise ali­men­taire, il faut se battre contre les grosses com­pa­gnies agroa­li­men­taires qui bre­vètent les semences de céréales adap­tées au chan­ge­ment cli­ma­tique. Sinon on se dirige vers une issue ter­ri­fiante : à l’identique de celle de l’épidémie du sida en Afrique, où les gens sont morts parce que les com­pa­gnies phar­ma­ceu­tiques avaient bre­veté les médi­ca­ments. Ils les ont lais­sés mourir.

Cela vous inquiète-t-il que le réchauf­fe­ment cli­ma­tique soit source de profit ?

Il vient de se passer une chose impor­tante en Equateur. Le pré­sident de gauche Rafael Correa récla­mait une taxe sur les pro­fits des pipe­lines qui tra­versent l’Amazonie afin de finan­cer la santé et l’éducation. Or il s’est heurté à l’opposition d’un mou­ve­ment indi­gène très orga­nisé qui réclame le départ des com­pa­gnies pétro­lières et l’arrêt des extrac­tions. Ce groupe refuse un modèle qui par­ti­cipe au réchauf­fe­ment cli­ma­tique, quitte à faire une croix sur une poli­tique redis­tri­bu­tive. Ce débat est exci­tant car il va à l’encontre des réponses actuelles au réchauf­fe­ment cli­ma­tique, comme la taxe car­bone ou le marché de la pol­lu­tion.

Vos détrac­teurs ont cri­ti­qué le lien fait entre tor­ture, psy­chia­trie et éco­no­mie ainsi qu’une vision com­plo­tiste. Que répon­dez-vous à ces cri­tiques ?

Je n’ai pas inventé ce lien. Ce sont les éco­no­mistes qui appellent leurs tra­vaux « trai­te­ment de choc », « thé­ra­pie de choc ». Cela fait enra­ger l’establishment éco­no­mique que je confronte leurs méta­phores à la réa­lité, mais je ne dis pas que ce sont des tor­tion­naires. Certains déforment mes décla­ra­tions dans le but de me dis­cré­di­ter. Je me suis conten­tée de mettre en lumière des simi­la­ri­tés de pensée entre des stra­té­gies éco­no­miques, médi­cales, psy­chia­triques et mili­taires. Sans cette partie, j’aurais subi moins de contro­verses, mais démys­ti­fier les éco­no­mistes est un de mes buts. Dans mon essai, je cite un pas­sage d’une lettre écrite du Chili à Friedman par l’économiste André Gunder Frank, un de ses étu­diants : « Votre théo­rie, c’est un mas­sacre ». Il l’a appe­lée « géno­cide éco­no­mique » et ils l’ont viré. Ceux qui dénoncent la réa­lité sont trai­tés avec dédain par les théo­ri­ciens. L’économiste Joseph Stiglitz, qui a aussi cri­ti­qué le lien avec la tor­ture, m’a beau­coup sou­tenu en disant que mon livre est avant tout un texte jour­na­lis­tique et poli­tique.

(…)

Propos recueillis par Jean-Marie Durand et Anne Laffeter

Extraits d’un entre­tien paru dans Les Inrockuptibles le 17 juin 2008

à l’occasion de la sortie du livre.

Naomi KLEIN : Parcours d’une acti­viste

Journaliste, essayiste et réa­li­sa­trice, diplô­mée de la pres­ti­gieuse London School of Economics, Naomi Klein, née en 1970 au Canada, fait partie des pen­seurs les plus influents de la scène intel­lec­tuelle inter­na­tio­nale. Elle est l’auteur du best-seller No Logo, tra­duit dans 28 langues et devenu une réfé­rence incon­tour­nable dans le monde entier. Collaboratrice régu­lière de The Nation et du Guardian, elle a réa­lisé en 2004 avec le réa­li­sa­teur Avi Lewis un film docu­men­taire, The Take, sur l’occupation des usines en Argentine.

Best-seller inter­na­tio­nal, tra­duit en 27 langues, La Stratégie du choc a valu à Naomi Klein de rece­voir en février 2009 le Warwick prize.

Présente à la confé­rence de Copenhague sur le chan­ge­ment cli­ma­tique en décembre 2009, elle y a tenu un blog quo­ti­dien pour The Nation.

www​.nao​mik​lein​.org

1970 Naissance à Montréal de parents émi­grés au Canada en signe de pro­tes­ta­tion contre la guerre du Vietnam. Son grand-père, mar­xiste, a orga­nisé la pre­mière grève des stu­dios Disney.

1999 Conférence de l’OMC à Seattle. Des échauf­fou­rées vio­lentes opposent le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste aux tenants de l’ordre éco­no­mique mon­dial.

2000 No Logo, pre­mier livre et best-seller inter­na­tio­nal, dénonce l’exploitation de la misère et la réduc­tion de l’espace public par les mul­ti­na­tio­nales. Elle écrit ensuite dans The Guardian, The Nation, Harper’s Magazine…

2004 The Take, docu­men­taire sur les entre­prises auto­gé­rées en Argentine coréa­lisé avec son mari, le jour­na­liste télé cana­dien Arvi Lewis.

2007 La Stratégie du Choc : quatre ans de tra­vail, sept col­la­bo­ra­teurs, et des ventes US plus impor­tantes que No Logo.

MICHAEL WINTERBOTTOM / REALISATEUR

Filmographie sélec­tive

2010 LA STRATEGIE DU CHOC (The Shock Doctrine) | THE KILLER INSIDE ME | SEVEN DAYS | MURDER IN SAMARKAND

2009 UN ETE ITALIEN (Genova)

2007 UN COEUR INVAINCU (Mighty Heart)

2006 THE ROAD TO GUANTANAMO

2005 TOURNAGE DANS UN JARDIN ANGLAIS (A Cock and Bull story)

2004 TOP SPOT | NINE SONGS

2003 CODE 46

2002 24 HOUR PARTY PEOPLE | IN THIS WORLD

2000 REDEMPTION (The Claim)

1999 WONDERLAND | WITH OR WITHOUT YOU

1998 I WANT YOU

1997 WELCOME TO SARAJEVO

1996 JUDE

1995 BUTTERFLY KISS | GO NOW

MAT WHITECROSS / REALISATEUR

2010 LA STRATEGIE DU CHOC (The Shock Doctrine) | SEX & DRUGS & ROCK & ROLL

2009 MOVING TO MARS

2006 THE ROAD TO GUANTANAMO

2005 JOB STREET

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