En marche vers le Forum social mondial

La deuxième vie du FSM

Enjeux du FSM de Montréal

Par Mis en ligne le 27 mai 2016

FSM 2016 sigleCe Forum mon­dial, vous vous en sou­vien­drez, est né au Brésil en 2001. À l’époque, la vague de chan­ge­ment en menait large en Amérique du Sud. Des mou­ve­ments comme le MST (Brésil), les Piqueteros (Argentine), les comi­tés popu­laires (Bolivie) met­taient les domi­nants en péril. Parallèlement, des gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes étaient élus dans plu­sieurs pays. En Europe, c’était la belle époque d’Attac, du réfé­ren­dum contre le traité euro­péen en France (gagné par les mou­ve­ments). Il y avait aussi l’essor d’un nouvel inter­na­tio­na­lisme, comme le démon­trait avec éclat le splen­dide Sommet des peuples des Amériques, à Québec en avril 2001. Et c’est là-dessus donc que le FSM a « surfé » pen­dant plu­sieurs années sous l’impulsion des réseaux lati­nos avec la par­ti­ci­pa­tion de plu­sieurs autres, dont le réseau qué­bé­cois qui a pris une place plus qu’honorable dans le pro­ces­sus.

Quelques années plus tard, le Forum est sorti du péri­mètre latino pour aller vers l’Asie et l’Afrique, de même qu’en Europe et en Amérique du Nord, avec plu­sieurs cen­taines de forums conti­nen­taux, natio­naux, thé­ma­tiques, etc. L’idée étant, sur la base de prin­cipes éta­blis par la charte du Forum, de mul­ti­plier les espaces de dis­cus­sions et d’explorations, d’une part pour consti­tuer un contre­poids à l’hégémonie néo­li­bé­rale, d’autre part pour tra­vailler du côté des alter­na­tives alter­mon­dia­listes, éco­lo­gistes, fémi­nistes, paci­fistes. C’est ainsi qu’on a connu deux forums qué­bé­cois en 2007 et en 2009.

Cette effer­ves­cence a eu quant à moi des effets struc­tu­rants, per­met­tant à des orga­ni­sa­tions petites et grandes de prendre la parole, d’affirmer une nou­velle sub­jec­ti­vité de résis­tance, d’apprendre les unes des autres. Il y a eu certes des échecs, des ratés, des forums bâclés, des exer­cices où la pola­ri­sa­tion l’a emporté sur la conver­gence, et bien d’autres choses encore, mais en gros, comme le dit l’expression consa­crée, le bilan a été « glo­ba­le­ment posi­tif ».

D’autant plus que la métho­do­lo­gie du FSM (insis­tance sur la prise de déci­sion démo­cra­tique, emphase pour faci­li­ter la par­ti­ci­pa­tion des groupes tra­di­tion­nel­le­ment mino­ri­sés, dis­tance par rap­port aux struc­tures éta­tiques) a par la suite « conta­miné » des mou­ve­ments popu­laires de grande enver­gure. Pensons à Occupy, au prin­temps arabe et plus proche de chez nous, aux carrés rouges. Comme Monsieur Jourdain, on « fai­sait » du Forum même si on ne le savait pas.

15 ans plus tard, où en est-on ?

La grande vague de trans­for­ma­tions elle subit les contre-chocs d’une puis­sante offen­sive du 1 % à tous les niveaux : éco­no­mique, géo­po­li­tique, cultu­relle, mili­taire. L’échec (tem­po­raire espé­rons-le) des mou­ve­ments popu­laires dans la zone Maghreb-Machrek, le ren­ver­se­ment de régimes de centre gauche au Brésil, en Argentine (demain peut-être au Venezuela), le retour­ne­ment de la Grèce qui bous­cule l’agenda des mou­ve­ments popu­laires en Europe, sont autant d’indicateurs qui démontrent ce chan­ge­ment d’humeur. Certes par­tout, c’est la confron­ta­tion. Les mou­ve­ments ne sont pas « apla­tis » (comme ils l’avaient été dans les années pré­cé­dentes). La résis­tance reste forte. Il y a de grandes conver­gences pour faire échec à la droite. On voit même de nou­velles coa­li­tions émer­ger, comme aux États-Unis avec la cam­pagne de Bernie Sanders. Ce n’est pas rien !

On se retrouve néan­moins devant un mur néo­li­bé­ral encore plus haut et encore plus dan­ge­reux, devant des gou­ver­ne­ments ou la reli­gion de l’austérité s’imbrique dans une guerre cultu­relle de grande enver­gure, l’idéologie de tout-le-monde-contre-tout-le-monde comme on le sait.

Alors arrive dans la dis­cus­sion le Forum social mon­dial. Doit-il conti­nuer ? Changer ? Laisser la place ? Passer son tour ? Depuis quelque temps, le débat est ouvert, comme on l’a constaté dans des ren­contres récentes à Montréal, Salvador, Porto Alegre, Paris, Casablanca, Tunis, Barcelone, Philadelphie et ailleurs. La ques­tion dans la ques­tion est en fait : quel rôle peut jouer le Forum dans ce moment où les luttes sociales sont plutôt à la défen­sive ?

En fin de compte, tout le monde convient qu’un espace inter­na­tio­nal, ouvert et plu­ra­liste, est une bonne idée, à part quelques nos­tal­giques qui vou­draient comme avant avoir un « quar­tier géné­ral » de la révo­lu­tion mon­diale ! Cet espace doit être en conti­nuité avec le FSM de l’origine. Ce n’est pas et ne sera pas un lieu de prises de déci­sions, encore moins une entité qui dirait aux mou­ve­ments popu­laires du monde entier quoi penser et quoi faire !

Pour autant, il appa­raît néces­saire de per­mettre davan­tage de concer­ta­tion, pour ne pas dire de conver­gence. Dit autre­ment, l’expression de la diver­sité du mou­ve­ment ne doit pas être une entrave pour l’identification de lignes stra­té­giques, de grands points où on se retrouve ensemble. Le res­pect des opi­nions ne doit pas tomber dans une sorte de marasme où tout est dit, mais jamais rien n’est conclu, et où l’individualité doit tou­jours l’emporter sur le col­lec­tif. On dirait au Québec qu’il faut un « accom­mo­de­ment rai­son­nable », entre d’une part la sub­jec­ti­vité des « mul­ti­tudes » et d’autre part, la construc­tion de stra­té­gies. C’est tout un pari, et l’occasion est belle à Montréal de créer les condi­tions pour une relance du FSM.

C’est dans ce sens en tout cas que se dirigent plu­sieurs regrou­pe­ments d’organismes qui ont décidé de tra­vailler ensemble, au lieu de pré­sen­ter cha­cune leur idée, et d’établir les liens, non seule­ment entre divers orga­nismes, mais entre les divers moments de la pensée cri­tique : diag­nos­tic, iden­ti­fi­ca­tion des buts à court et moyen termes, stra­té­gies et moyens d’action. Vous verrez dans le pro­gramme du FSM des « espaces » qui concré­tisent ainsi l’effort de plu­sieurs, et qui ont offrent des par­cours de réflexion cohé­rents, orga­ni­sés et pour­vus en res­sources. L’espace « éman­ci­pa­tion » par exemple, coor­donné par les Nouveaux Cahiers du socia­lisme, per­met­tra ce genre d’exercices. Il y aussi l’espace « édu­ca­tion » (coor­donné par la FNEEQ), l’espace « soli­da­rité inter­na­tio­nale (AQOCI), l’espace du « quar­tier ouvrier » (FSC, CSQ, FTQ) et quelques autres regrou­pe­ments où vous consta­te­rez l’effort en cours. Cela sera un inci­ta­tif pour que vous pre­niez le temps de vous ins­crire et de vous joindre à la vague le 9 août pro­chain.

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