REHMONCO

Note sur le salaire minimum en Haïti

Par , Mis en ligne le 27 mai 2016

Le Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’Occupation d’Haïti (REHMONCO) condamne et dénonce éner­gi­que­ment la révo­ca­tion arbi­traire du syn­di­ca­liste Télémaque Pierre.

Son seul crime : demandé que le salaire mini­mum passe à 500 gourdes ($ 8,00) par jour. Une reven­di­ca­tion, tou­te­fois, légi­time et légale, qui vise à pro­cu­rer aux ouvrières et ouvriers le strict mini­mum de survie.

Pourtant, pour ces bour­geois locaux et inter­na­tio­naux, cette reven­di­ca­tion est déme­su­rée. Dans leur esprit étroit et borné, les tra­vailleurs et tra­vailleuses de ces ate­liers de misère doivent être exploité.e.s, sans aucune res­tric­tion ni aucune pitié.

L’oligarchie sous-trai­tante l’exige et l’État crou­pion s’y soumet, malgré cer­tains tapages déma­go­giques.
Mais sou­li­gnons éga­le­ment que cette exploi­ta­tion consti­tue l’un des piliers de la poli­tique impé­ria­liste en Haïti.

Rappelons qu’en 2009 la Secrétaire d’État éta­su­nienne d’alors, Hilary Clinton, a fait com­prendre expli­ci­te­ment au pré­sident haï­tien René Préval qu’elle s’opposait à toute aug­men­ta­tion du salaire mini­mum. Pour elle ainsi que pour son conjoint, Bill Clinton, la créa­tion d’emplois en Haïti est à ce prix.

Ce salaire crève-la-faim est un garant d’emplois, même s’il ne garan­tit pas aux ouvrières et ouvriers la pos­si­bi­lité de vivre décem­ment.

Cette exploi­ta­tion outran­cière de la force de tra­vail de nos conci­toyennes et conci­toyens pro­fite certes à cette bour­geoi­sie sous-trai­tante anti­na­tio­nale, mais elle consti­tue sur­tout une source énorme de pro­fits aux com­pa­gnies mul­ti­na­tio­nales.

C’est pour­quoi la domi­na­tion du pays repré­sente l’outil indis­pen­sable pour assu­rer la péren­nité de ce sys­tème d’exploitation. Le tra­vailleur actuel res­semble bien à l’esclave de l’époque colo­niale : il ne jouit d’aucun droit et est obligé de s’échiner jusqu’à l’abrutissement total de son corps et de son esprit.

Et de cette tra­gique réa­lité, les bour­geois locaux et inter­na­tio­naux n’en ont cure. Ils savent que l’ouvrier, s’il crève, rous­pète ou demande d’être mieux payé, peut faci­le­ment être rem­placé par des cen­taines de mil­liers de chô­meurs.

Cette armée de réserve, les exploi­teurs sont conscients qu’elle est dis­po­nible en tout temps : elle a été consti­tuée, pro­duite par ce même sys­tème social qui les enri­chit de la sueur et du sang de l’ouvrier.

Comme on le sait, ces exclus du sys­tème de pro­duc­tion viennent pour l’essentiel de la pay­san­ne­rie haï­tienne pro­gres­si­ve­ment déman­te­lée et pau­pé­ri­sée pen­dant tout le 20e siècle.

Au cours des années 80 et 90, l’application du Plan d’Ajustement Structurel (PAS), l’importation mas­sive de den­rées sub­ven­tion­née des États-Unis, contri­buent gran­de­ment à la faillite de l’agriculture natio­nale et à la fer­me­ture des indus­tries de l’État.

Un peu par­tout dans le pays, l’imposition de cette poli­tique a créé une masse de chô­meurs réfu­giés dans les bidon­villes. C’est dans cette armée de sans-emploi que les pro­fi­teurs de la sous-trai­tance tirent leur main-d’œuvre.

La presse tra­di­tion­nelle, en consi­dé­rant, sans aucune ana­lyse, le chô­mage élevé exis­tant dans le pays comme un phé­no­mène démo­gra­phique et en fai­sant passer le sec­teur de la sous-trai­tance comme un pour­voyeur d’emplois, occulte le fait que ce chô­mage de masse résulte d’un rap­port his­to­rique de domi­na­tion et d’exclusion.

Aujourd’hui, la force de tra­vail de ces mil­liers de gens est sujette à des spé­cu­la­tions éco­no­miques. Les éco­no­mistes néo­li­bé­raux consi­dèrent la misère du peuple comme un avan­tage com­pa­ra­tif. Pour atti­rer les emplois, selon cette logique machia­vé­lique, la pré­ca­ri­sa­tion des condi­tions de vie de la popu­la­tion est essen­tielle.

Et il va sans dire que l’occupation mili­taire de notre pays se porte garant de cette exploi­ta­tion inhu­maine de notre classe ouvrière.

La lutte pour l’augmentation du salaire mini­mum n’est pas uni­que­ment éco­no­mique, elle est éga­le­ment la volonté d’un peuple qui combat pour ses droits de citoyen de vivre décem­ment et digne­ment dans son pays.

Le REHMONCO renou­velle son sup­port incon­di­tion­nel aux reven­di­ca­tions de la classe ouvrière haï­tienne d’exiger l’augmentation du salaire mini­mum quo­ti­dien à 500 gourdes et de meilleures condi­tions de tra­vail. Nous encou­ra­geons du même coup les orga­ni­sa­tions pro­gres­sistes d’Haïti, des États-Unis et du Canada à sou­te­nir le peuple haï­tien dans sa lutte contre l’occupation, la domi­na­tion et l’exploitation.
Abats la misère !
Abats l’exploitation !

Contact : rehmoncohaiti1915@​gmail.​com

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