Note sur le salaire minimum en Haïti

Le Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’Occupation d’Haïti (REHMONCO) condamne et dénonce énergiquement la révocation arbitraire du syndicaliste Télémaque Pierre.

Son seul crime : demandé que le salaire minimum passe à 500 gourdes ($ 8,00) par jour. Une revendication, toutefois, légitime et légale, qui vise à procurer aux ouvrières et ouvriers le strict minimum de survie.

Pourtant, pour ces bourgeois locaux et internationaux, cette revendication est démesurée. Dans leur esprit étroit et borné, les travailleurs et travailleuses de ces ateliers de misère doivent être exploité.e.s, sans aucune restriction ni aucune pitié.

L’oligarchie sous-traitante l’exige et l’État croupion s’y soumet, malgré certains tapages démagogiques.
Mais soulignons également que cette exploitation constitue l’un des piliers de la politique impérialiste en Haïti.

Rappelons qu’en 2009 la Secrétaire d’État étasunienne d’alors, Hilary Clinton, a fait comprendre explicitement au président haïtien René Préval qu’elle s’opposait à toute augmentation du salaire minimum. Pour elle ainsi que pour son conjoint, Bill Clinton, la création d’emplois en Haïti est à ce prix.

Ce salaire crève-la-faim est un garant d’emplois, même s’il ne garantit pas aux ouvrières et ouvriers la possibilité de vivre décemment.

Cette exploitation outrancière de la force de travail de nos concitoyennes et concitoyens profite certes à cette bourgeoisie sous-traitante antinationale, mais elle constitue surtout une source énorme de profits aux compagnies multinationales.

C’est pourquoi la domination du pays représente l’outil indispensable pour assurer la pérennité de ce système d’exploitation. Le travailleur actuel ressemble bien à l’esclave de l’époque coloniale : il ne jouit d’aucun droit et est obligé de s’échiner jusqu’à l’abrutissement total de son corps et de son esprit.

Et de cette tragique réalité, les bourgeois locaux et internationaux n’en ont cure. Ils savent que l’ouvrier, s’il crève, rouspète ou demande d’être mieux payé, peut facilement être remplacé par des centaines de milliers de chômeurs.

Cette armée de réserve, les exploiteurs sont conscients qu’elle est disponible en tout temps : elle a été constituée, produite par ce même système social qui les enrichit de la sueur et du sang de l’ouvrier.

Comme on le sait, ces exclus du système de production viennent pour l’essentiel de la paysannerie haïtienne progressivement démantelée et paupérisée pendant tout le 20e siècle.

Au cours des années 80 et 90, l’application du Plan d’Ajustement Structurel (PAS), l’importation massive de denrées subventionnée des États-Unis, contribuent grandement à la faillite de l’agriculture nationale et à la fermeture des industries de l’État.

Un peu partout dans le pays, l’imposition de cette politique a créé une masse de chômeurs réfugiés dans les bidonvilles. C’est dans cette armée de sans-emploi que les profiteurs de la sous-traitance tirent leur main-d’œuvre.

La presse traditionnelle, en considérant, sans aucune analyse, le chômage élevé existant dans le pays comme un phénomène démographique et en faisant passer le secteur de la sous-traitance comme un pourvoyeur d’emplois, occulte le fait que ce chômage de masse résulte d’un rapport historique de domination et d’exclusion.

Aujourd’hui, la force de travail de ces milliers de gens est sujette à des spéculations économiques. Les économistes néolibéraux considèrent la misère du peuple comme un avantage comparatif. Pour attirer les emplois, selon cette logique machiavélique, la précarisation des conditions de vie de la population est essentielle.

Et il va sans dire que l’occupation militaire de notre pays se porte garant de cette exploitation inhumaine de notre classe ouvrière.

La lutte pour l’augmentation du salaire minimum n’est pas uniquement économique, elle est également la volonté d’un peuple qui combat pour ses droits de citoyen de vivre décemment et dignement dans son pays.

Le REHMONCO renouvelle son support inconditionnel aux revendications de la classe ouvrière haïtienne d’exiger l’augmentation du salaire minimum quotidien à 500 gourdes et de meilleures conditions de travail. Nous encourageons du même coup les organisations progressistes d’Haïti, des États-Unis et du Canada à soutenir le peuple haïtien dans sa lutte contre l’occupation, la domination et l’exploitation.
Abats la misère!
Abats l’exploitation!

Contact : rehmoncohaiti1915@gmail.com