Haïti-Ressources minières : un pays muet au cœur d’une offensive stratégique ?

Par Mis en ligne le 15 septembre 2012

L’offensive des com­pa­gnies minières trans­na­tio­nales, sur les res­sources en Amérique Latine et en Haïti, entre dans le cadre de stra­té­gies éco­no­miques pour trou­ver une issue à la crise finan­cière qui frappe le monde depuis 2007.

C’est l’analyse faite par l’économiste Camille Chalmers, qui inter­ve­nait le samedi 4 août 2012 a l’espace « Verite sou tanbou », un cycle de confé­rences-débats mis en place depuis le prin­temps 2011 sur le jour­na­lisme d’investigation et orga­nisé par l’International center for jour­na­lism (Icfj), Ayiti Kale Je (Akj) et la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal).

Le gou­ver­ne­ment haï­tien a affi­ché sa volonté d’autoriser l’exploitation des res­sources minières du pays, esti­mées à 20 mil­liards de dol­lars amé­ri­cains (US $ 1.00 = 43.00 gourdes ; 1 euro = 58.00 gourdes aujourd’hui), alors que des com­pa­gnies trans­na­tio­nales – à l’image d’Eurasian Minerals et Newmont Mining – ont déjà entre­pris des explo­ra­tions dans plu­sieurs zones.

L’inquiétude, sou­le­vée jusqu’ici, concerne les risques pour l’environnement d’Haïti, déjà très fra­gi­lisé, et sur­tout la capa­cité des auto­ri­tés haï­tiennes à défendre les inté­rêts de l’État cari­béen.

« Des explo­ra­tions se font depuis plus de dix ans… L’État haï­tien ne donne aucune infor­ma­tion, ni aucun rap­port. Les infor­ma­tions dis­po­nibles sont celles figu­rant, en géné­ral, sur le site web de la com­pa­gnie », cri­tique Camille Chalmers, secré­taire exé­cu­tif de la pla­te­forme haï­tienne de plai­doyer pour un déve­lop­pe­ment alter­na­tif (Papda) et membre d’un col­lec­tif d’organisations réflé­chis­sant, depuis plu­sieurs mois, sur la ques­tion minière en Haïti et l’impact des explo­ra­tions et exploi­ta­tions sur diverses com­mu­nau­tés en Haïti.

Des jour­na­listes haï­tiens et étran­gers, au sein du consor­tium média­tique Ayiti Kale Je – qui ont enquêté sur la ques­tion – se sont sou­vent heur­tés à un mur de silence et de refus du côté des auto­ri­tés haï­tiennes.

Lafontaine Orvild, l’un de ces jour­na­listes d’investigation, évoque « une vio­la­tion du droit à l’information ».

« Lors de notre tra­vail, j’ai été stu­pé­fait par la fai­blesse de l’État en ce qui a trait à une sur­veillance sur les com­pa­gnies. En termes de sur­veillance, l’État haï­tien se montre très irres­pon­sable », ajoute Orvild.

A tra­vers les conven­tions inter­na­tio­nales rati­fiées par le pays, la légis­la­tion haï­tienne fait obli­ga­tion à l’État d’accorder des infor­ma­tions aux citoyennes et citoyens, rap­pelle, pour sa part, l’avocate des droits humains, Maria-Elena Kolovos, col­la­bo­rant avec un col­lec­tif d’organisations haï­tiennes pour suivre les acti­vi­tés des mines.

« La citoyenne haï­tienne / le citoyen haï­tien ont droit à toutes les infor­ma­tions sur les pro­jets qui vont affec­ter leur com­mu­nauté. L’État doit avan­cer dans la trans­pa­rence, il doit infor­mer le peuple dans un lan­gage facile à com­prendre », sou­ligne Kolovos, , le 4 août 2012 à l’espace « verite sou tanbou », lors de son inter­ven­tion basée sur l’aspect légal de la ques­tion des mines en Haïti.

Regarder les acti­vi­tés minières, dans le cadre de droits humains et sui­vant les lois inter­na­tio­nales, est de mise, affirme Kolovos.

D’ailleurs, « les acti­vi­tés des mines en Haïti dépendent de la façon, dont fonc­tionnent les com­pa­gnies mon­diales, en par­ti­cu­lier cana­diennes et amé­ri­caines. Elles dépendent éga­le­ment de la rela­tion de ces com­pa­gnies avec le gou­ver­ne­ment et le peuple haï­tien ».

« Il y a beau­coup de lois, liées aux droits humaines et au droit inter­na­tio­nal. On peut déjà voir que les com­pa­gnies et l’État haï­tien n’ont pas res­pecté ni suivi ces prin­cipes », conclut-elle.

« En ce qui concerne la loi natio­nale, il y a un grand pro­blème. Un pro­blème, qu’essaient de résoudre main­te­nant les auto­ri­tés haï­tiennes. Mais, c’est comme s’il n’y avait pas de loi. La loi minière haï­tienne date de 1976. Elle n’a pas changé. Une nou­velle loi est dans les cui­sines. Mais, per­sonne n’en connait le contenu », déplore Kolovos.

La ver­sion vidéo de Ruée vers l’or en Haïti – Kiyès k ap vinn pi rich, une inves­ti­ga­tion <http://​www​.alter​presse​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e​12936> de Ayiti Kale Je (AKJ), publiée le 31 mai 2012 et qui a reçu l’attention de mil­liers de lec­trices et lec­teurs ainsi que d’auditrices et d’auditeurs au niveau natio­nal et inter­na­tio­nal, a été pro­je­tée à l’occasion du débat du samedi 4 août 2012.

« A la date du 4 août 2012, il n’y a pas encore » à ma connais­sance » de contrat d’exploitation de res­sources minières, déli­vré par les auto­ri­tés natio­nales », argue l’ingénieur-agronome Dimitri Norris, qui sou­tient avoir inté­gré le bureau des mines et de l’énergie (Bme) il y a envi­ron 2 mois (juin 2012).

Pendant que Norris déclare ne pas vou­loir faire l’apologie de l’actuel gou­ver­ne­ment, il avance que le pre­mier ministre Laurent Salvador Lamothe serait le pre­mier à avoir men­tionné, dans sa décla­ra­tion de poli­tique géné­rale, les oppor­tu­ni­tés pos­sibles de l’exploitation des res­sources minières en Haïti.

Norris en a pro­fité pour invi­ter toute per­sonne à se rendre au Bme pour se rendre compte de l’étendue des richesses minières dans la répu­blique cari­béenne.

Les argu­ments de Norris n’ont pas semblé convaincre l’assistance, dont plu­sieurs membres ont fait état de l’extraction, depuis de nom­breuses années, de res­sources du sous-sol haï­tien (onces d’or, iri­dium, etc.) au profit de par­ti­cu­liers ou de groupes finan­ciers de la République Dominicaine.

L’espace « verite sou tanbou » n’est pas appro­prié pour donner des infor­ma­tions au grand public sur ce qui se passe en matière d’exploration et d’exploitation de res­sources minières en Haïti, fait res­sor­tir une reli­gieuse qui a assiste à la confé­rence-débat du samedi 4 août 2012.

D’ailleurs, face au tollé pro­vo­qué par les manœuvres non trans­pa­rentes, entou­rant l’exploration versus l’exploitation des res­sources du sous-sol haï­tien, Laurent Salvador Lamothe – qui était inter­rogé récem­ment par un média nord-amé­ri­cain -, a promis de rele­ver jusqu’à 12 % le taux d’indemnité d’exploitation des res­sources minières en Haïti par des com­pa­gnies étran­gères.

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