Espaces Marx lance une collection de livres avec les éditions du Croquant

Par Mis en ligne le 24 septembre 2012

JPEG - 8.1 koUn pre­mier livre vient de paraître dans la col­lec­tion Enjeux et débats, sous le titre : Démondialiser ?

Voici le texte de pré­sen­ta­tion de ce livre auquel Patrice Cohen-Seat, Marc Delepouve, Élisabeth Gauthier, Janette Habel, Jean-Marie Harribey, Étienne Lebeau,Gus Massiah, Jacques Rigaudiat, Bernard Salamand et Christophe Ventura ont contri­bué, Louis Weber ayant assuré la coor­di­na­tion.

Le débat sur la démon­dia­li­sa­tion a occupé les médias au prin­temps 2011. Mené depuis quelques mois à tra­vers livres et articles spé­cia­li­sés par des éco­no­mistes de diverses orien­ta­tions, il a été lancé dans l’espace public par Arnaud Montebourg à l’occasion de la pri­maire orga­ni­sée par le Parti socia­liste pour dési­gner son can­di­dat à l’élection pré­si­den­tielle de 2012. Un an après, on peut avoir l’impression qu’il n’aura duré qu’un été et que ses ini­tia­teurs de la sphère poli­tique sont ren­trés dans le rang. Il est vrai qu’il n’a pra­ti­que­ment pas été évoqué au cours des cam­pagnes élec­to­rales pré­si­den­tielle et légis­la­tive de 2012, en tout cas pas direc­te­ment.

Tout juste a-t-il été rap­pelé au moment de la consti­tu­tion du pre­mier gou­ver­ne­ment Ayrault en mai 2012 que Arnaud Montebourg, devenu ministre du Redressement pro­duc­tif, avait mené entres autres croi­sades celle de la démon­dia­li­sa­tion et défendu une forme de « pro­tec­tion­nisme » euro­péen.

Ce serait pour­tant une erreur de croire qu’il n’est rien resté de ce débat et, bien entendu, des ques­tions fon­da­men­tales qui étaient posées. Pour s’en convaincre, il faut se sou­ve­nir du contexte dans lequel la réfé­rence à la démon­dia­li­sa­tion est appa­rue, en France tout au moins. Elle a par­fois été perçue comme une trans­gres­sion, insup­por­table pour cer­tains. Pour toute une partie de la gauche en effet, il exis­tait un non-dit, et même un tabou : la mon­dia­li­sa­tion néo­li­bé­rale était certes for­te­ment cri­ti­quée, c’était même le fon­de­ment du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste. Mais l’idée qu’il conve­nait peut-être de reve­nir en arrière sur cer­tains points était soup­çon­née immé­dia­te­ment de relents natio­na­listes, du risque tout au moins de faire le lit du Front natio­nal et de ses idées. La même chose ou à peu près exis­tait pour la construc­tion euro­péenne. La vigueur des cam­pagnes contre les trai­tés de Maastricht ou de Lisbonne n’invalidait pas tota­le­ment dans l’esprit d’une partie de la gauche le fait qu’il s’agissait aussi d’un héri­tage de François Mitterrand et de Jacques Delors, figures tuté­laires de la gauche sociale-démo­crate. Ce que confirme le fait qu’il ait pu y avoir une large majo­rité de gou­ver­ne­ments sociaux-démo­crates au tour­nant du xxie siècle sans que change fon­da­men­ta­le­ment l’orientation de la construc­tion euro­péenne. Cette période fut même mar­quée par l’apogée d’une cer­taine pensée pro­duc­ti­viste et libre-échan­giste avec la stra­té­gie de Lisbonne adop­tée en 2000 et des­ti­née à faire de l’Union euro­péenne « l’économie la plus com­pé­ti­tive au monde ». C’était aussi la période où l’Union euro­péenne se mon­trait par­ti­cu­liè­re­ment agres­sive à l’OMC pour inci­ter les pays en déve­lop­pe­ment à ouvrir lar­ge­ment leurs mar­chés inté­rieurs. Et ceci sous la hou­lette de Pascal Lamy, membre de tou­jours du Parti socia­liste et qui fut suc­ces­si­ve­ment et pen­dant dix ans direc­teur de cabi­net de Jacques Delors à la Commission euro­péenne, com­mis­saire euro­péen au com­merce avant d’être élu direc­teur géné­ral de l’OMC avec l’appui du gou­ver­ne­ment fran­çais alors dirigé par Jean-Pierre Raffarin.

Dans cet envi­ron­ne­ment, il n’est donc pas sans inté­rêt de rele­ver le fait que l’idée de résis­tance aux injonc­tions euro­péennes ou à celles de l’OMC, voire celle de déso­béis­sance, est aujourd’hui reprise bien au-delà des cercles se situant à la gauche du Parti socia­liste et his­to­ri­que­ment plus enclins à cri­ti­quer l’hégémonie néo­li­bé­rale dans le pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion ou la construc­tion euro­péenne. Le propos n’est évi­dem­ment pas de dire ici qu’il s’agit d’une consé­quence de l’intensité nou­velle du débat sur la mon­dia­li­sa­tion ! La crise est passée par là, avec le for­mi­dable effet de révé­la­tion sur les impasses des poli­tiques actuelles qu’elle a eu. C’est vrai dans le domaine éco­no­mique mais plus lar­ge­ment pour les conquêtes sociales, pour l’écologie, pour la démo­cra­tie, et même pour l’éthique des gou­ver­ne­ments et de leurs affi­dés.

Surmonter les tabous anciens et reve­nir à une vision moins idéo­lo­gique des évo­lu­tions du monde a donc pu appa­raître comme un révé­la­teur parmi d’autres de la crise du poli­tique (et des poli­tiques). Pour tenter de retra­cer la courte his­toire de ce débat sur la mon­dia­li­sa­tion, sur ses déter­mi­nants pro­fonds et sur les enjeux sous-jacents, Espaces Marx a donc réuni en mars 2012 des cher­cheurs et des mili­tants de diverses ori­gines pour faire avec elles et eux le point sur les conver­gences et les éven­tuelles diver­gences dans leur appré­cia­tion de la situa­tion. Ce sont les contri­bu­tions à ce débat qui consti­tuent la trame de ce livre, avec un rappel des prin­ci­paux moments du débat public.

Il peut être com­mandé à Espaces Marx (10€ pour la ver­sion papier) ou direc­te­ment aux édi­tions du Croquant pour la ver­sion e-book (5€) :

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