Le repli identitaire du Parti Québécois

Par , Mis en ligne le 26 septembre 2012

Deux pos­tures de repli, l’une reli­gieuse et l’autre lin­guis­tique, sont ali­men­tées par le repli iden­ti­taire qui s’est ins­tallé au Parti Québécois (PQ) depuis la crise des accom­mo­de­ments rai­son­nable de 2007-2008. Ce cou­rant oppose majo­rité à mino­ri­tés et défend qu’un « authen­tique Québécois » se doit d’adhérer au natio­na­lisme tra­di­tion­nel, celui du Canadien fran­çais catho­lique, condam­nant à l’exclusion ceux qui for­mulent une vision cri­tique de ce passé et tous ceux dont la mémoire his­to­rique est autre (les autoch­tones, les Québécois anglo­phones et tous les immi­grants, y com­pris ceux pro­ve­nant de France).

La page Idées du Devoir publie le 22 sep­tembre der­nier, deux textes, celui de Jean Dorion et celui de Pierre Nepveu, qui convergent en poin­tant invo­lon­tai­re­ment ce qui mine l’orientation du PQ.

Jean Dorion montre que le PQ se fra­gi­lise, en appuyant una­ni­me­ment le main­tien du cru­ci­fix à l’Assemblée natio­nale tout en para­chu­tant Mme Djemila Benhabib dans la cir­cons­crip­tion de Trois-Rivières. Il obtient ainsi l’appui d’André Drouin, auteur du Code de vie d’Hérouxville, tout en se cou­pant des mil­liers de musul­mans du Québec. Comment igno­rer que les Québécois musul­mans ne vont guère plus à la mos­quée le ven­dredi que les catho­liques à l’église le dimanche ? Comment peut-on les qua­li­fier de sec­taires ? Mme Benhabib trans­pose au Québec la lutte qu’elle a menée en Algérie, en ne recon­nais­sant pas que, s’il y a des musul­mans fon­da­men­ta­listes et inté­gristes ici, ils n’y sont pro­por­tion­nel­le­ment pas plus nom­breux que les chré­tiens et les juifs qui défendent des posi­tions extré­mistes.

Pierre Nepveu montre que le repli sur une défense fri­leuse du fran­çais, en ciblant comme ennemi la langue anglaise et en ne valo­ri­sant pas la diver­sité du fran­çais parlé à Montréal, est une atti­tude qui ne peut que lami­ner et glacer le combat légi­time des Québécois fran­co­phones. Comment igno­rer que Montréal, comme toutes les grandes villes des pays indus­tria­li­sés (Toronto, Paris, Londres, etc.), est deve­nue de fait mul­ti­cul­tu­relle ? Pourquoi seule­ment insis­ter sur la donne que le fran­çais n’est plus majo­ri­tai­re­ment parlé dans les familles mont­réa­laises ? Ne devrions-nous pas au contraire nous réjouir que de plus en plus de Montréalais puissent, qu’elle que soit leur langue mater­nelle, s’exprimer en fran­çais sur la place publique ?

Ces deux pos­tures de repli, l’une reli­gieuse et l’autre lin­guis­tique, sont ali­men­tées par le repli iden­ti­taire qui s’est ins­tallé au PQ depuis la crise des accom­mo­de­ments rai­son­nable de 2007-2008. Ce cou­rant oppose majo­rité à mino­ri­tés et défend qu’un « authen­tique Québécois » se doit d’adhérer au natio­na­lisme tra­di­tion­nel, celui du Canadien fran­çais catho­lique, condam­nant à l’exclusion ceux qui for­mulent une vision cri­tique de ce passé et tous ceux dont la mémoire his­to­rique est autre (les autoch­tones, les Québécois anglo­phones et tous les immi­grants, y com­pris ceux pro­ve­nant de France).

Menés par le socio­logue Jacques Beauchemin devenu sous-ministre du gou­ver­ne­ment Marois pour le dos­sier lin­guis­tique, les pen­seurs du repli iden­ti­taire ont désa­grégé le néo­na­tio­na­lisme social et poli­tique des années 1960-1970 et dis­qua­li­fié le modèle d’intégration plu­ra­liste incarné poli­ti­que­ment par Gérald Godin et défendu intel­lec­tuel­le­ment par Gérard Bouchard, Micheline Labelle, Michel Seymour et d’autres. On ne peut défendre une iden­tité en niant celle des autres. La ques­tion iden­ti­taire ne doit pas servir à l’instauration d’inégalités entre caté­go­ries de citoyens. Il nous semble évident que ce repli natio­na­liste conser­va­teur ne peut qu’affaiblir le Québec, en effri­tant ses appuis à l’étranger et en s’aliénant les éner­gies de toutes les mino­ri­tés qui pour­raient par­ti­ci­per à la construc­tion d’une nation qué­bé­coise inclu­sive.

Jean-Pierre Couture et Jean-Marc Piotte,

auteurs de Les Nouveaux Visages du natio­na­lisme conser­va­teur qui vient de paraître chez Québec Amérique.

La page Idées du Devoir publie le 22 sep­tembre 2012, deux textes, celui de Jean Dorion et celui de Pierre Nepveu, qui convergent en poin­tant invo­lon­tai­re­ment ce qui mine l’orientation du PQ.

Jean Dorion montre que le PQ se fra­gi­lise, en appuyant una­ni­me­ment le main­tien du cru­ci­fix à l’Assemblée natio­nale tout en para­chu­tant Mme Djemila Benhabib dans la cir­cons­crip­tion de Trois-Rivières. Il obtient ainsi l’appui d’André Drouin, auteur du Code de vie d’Hérouxville, tout en se cou­pant des mil­liers de musul­mans du Québec. Comment igno­rer que les Québécois musul­mans ne vont guère plus à la mos­quée le ven­dredi que les catho­liques à l’église le dimanche ? Comment peut-on les qua­li­fier de sec­taires ? Mme Benhabib trans­pose au Québec la lutte qu’elle a menée en Algérie, en ne recon­nais­sant pas que, s’il y a des musul­mans fon­da­men­ta­listes et inté­gristes ici, ils n’y sont pro­por­tion­nel­le­ment pas plus nom­breux que les chré­tiens et les juifs qui défendent des posi­tions extré­mistes.

Pierre Nepveu montre que le repli sur une défense fri­leuse du fran­çais, en ciblant comme ennemi la langue anglaise et en ne valo­ri­sant pas la diver­sité du fran­çais parlé à Montréal, est une atti­tude qui ne peut que lami­ner et glacer le combat légi­time des Québécois fran­co­phones.

Comment igno­rer que Montréal, comme toutes les grandes villes des pays indus­tria­li­sés (Toronto, Paris, Londres, etc.), est deve­nue de fait mul­ti­cul­tu­relle ? Pourquoi seule­ment insis­ter sur la donne que le fran­çais n’est plus majo­ri­tai­re­ment parlé dans les familles mont­réa­laises ? Ne devrions-nous pas au contraire nous réjouir que de plus en plus de Montréalais puissent, qu’elle que soit leur langue mater­nelle, s’exprimer en fran­çais sur la place publique ?

Ces deux pos­tures de repli, l’une reli­gieuse et l’autre lin­guis­tique, sont ali­men­tées par le repli iden­ti­taire qui s’est ins­tallé au PQ depuis la crise des accom­mo­de­ments rai­son­nable de 2007-2008. Ce cou­rant oppose majo­rité à mino­ri­tés et défend qu’un « authen­tique Québécois » se doit d’adhérer au natio­na­lisme tra­di­tion­nel, celui du Canadien fran­çais catho­lique, condam­nant à l’exclusion ceux qui for­mulent une vision cri­tique de ce passé et tous ceux dont la mémoire his­to­rique est autre (les autoch­tones, les Québécois anglo­phones et tous les immi­grants, y com­pris ceux pro­ve­nant de France).

Menés par le socio­logue Jacques Beauchemin devenu sous-ministre du gou­ver­ne­ment Marois pour le dos­sier lin­guis­tique, les pen­seurs du repli iden­ti­taire ont désa­grégé le néo­na­tio­na­lisme social et poli­tique des années 1960-1970 et dis­qua­li­fié le modèle d’intégration plu­ra­liste incarné poli­ti­que­ment par Gérald Godin et sou­tenu intel­lec­tuel­le­ment par Gérard Bouchard, Micheline Labelle, Michel Seymour et d’autres.

On ne peut défendre une iden­tité en niant celle des autres. La ques­tion iden­ti­taire ne doit pas servir à l’instauration d’inégalités entre caté­go­ries de citoyens. Il nous semble évident que ce repli natio­na­liste conser­va­teur ne peut qu’affaiblir le Québec, en effri­tant ses appuis à l’étranger et en s’aliénant les éner­gies de toutes les mino­ri­tés qui pour­raient par­ti­ci­per à la construc­tion d’une nation qué­bé­coise inclu­sive.

Jean Pierre Couture et Jean-Marc Piotte sont les auteurs de LesNouveaux Visages du natio­na­lisme conser­va­teur qui vient de paraître chez Québec Amérique.


Éditions Québec-Amérique
ISBN : 978-2-7644-2167-3
162 pages – 24,95 $
Aussi dis­po­nible au format :
EPUB et PDF

Les nouveaux visages du nationalisme conservateur au Québec

Sommaire

Les auteurs Jean-Marc Piotte et Jean-Pierre Couture s’intéressent dans cet essai au natio­na­lisme conser­va­teur qui se dis­tingue radi­ca­le­ment du néo­na­tio­na­lisme pro­gres­siste qui a marqué et dominé le mou­ve­ment sou­ve­rai­niste qué­bé­cois depuis 1960.

À cette fin, les auteurs pro­posent un cha­pitre pour chacun des prin­ci­paux auteurs contem­po­rains de cette mou­vance, soit Éric Bédard, Jacques Beauchemin, Marc Chevrier, Stéphane Kelly, Gilles Labelle et Joseph Yvon Thériault. Au fil de l’ouvrage, ils relèvent les déno­mi­na­teurs com­muns qui per­mettent de les iden­ti­fier au natio­na­lisme conser­va­teur. Parmi ceux-ci, les auteurs notent le pas­séisme, la cri­tique conser­va­trice de la moder­nité, une épis­té­mo­lo­gie idéa­liste, l’oubli ou le rejet de l’apport des sciences sociales, et l’euphémisation de leur conser­va­tisme.

Extrait

Notre contri­bu­tion avait pour objec­tif d’éclairer de façon cri­tique la réorien­ta­tion intel­lec­tuelle du mou­ve­ment sou­ve­rai­niste depuis 2007-2008. Notre ouvrage est né d’une inquié­tude face à la renais­sance d’un natio­na­lisme conser­va­teur qui, au nom d’un passé mythi­fié et d’une nation sur­plom­bante et divi­ni­sée, sou­haite liqui­der l’héritage des mul­tiples luttes pour la liberté, l’égalité et la soli­da­rité qui ont tra­versé le Québec. Contre le repli sur soi des néo­con­ser­va­teurs, il nous semble qu’il faille réins­crire, en bout de piste, le Québec dans les débats sur la crise éco­no­mique, envi­ron­ne­men­tale, poli­tique et cultu­relle qui secoue le monde dont nous fai­sons inévi­ta­ble­ment partie.

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