Ernesto Che Guevara. Ombres et lumières d’une mémoire toujours présente

Par , Mis en ligne le 14 décembre 2009

ans cet entre­tien Michael Löwy [1], l’un des pre­miers à étu­dier la pensée de Che Guevara, donne les clés pour l’interprétation de l’image du Che, dépas­sant la per­cep­tion clas­sique de “guer­rillero héroïque”.

Image actuelle du Che et sa mémoire en France 

Nul ne peut nier que l’image du Che est deve­nue actuel­le­ment un phé­no­mène de com­mer­cia­li­sa­tion, néan­moins, y en a-t-il pour vous des aspects posi­tifs ? Et que pensez-vous des films comme celui de Soderbergh [2] qui jouent sur un double aspect : volonté de faire décou­vrir le Che au grand public et en même temps géné­rer du profit ?

Nous ne pou­vons pas parler d’aspects posi­tifs, il s’agit sim­ple­ment du symp­tôme d’un inté­rêt, d’une sym­pa­thie, d’une atti­rance, qui n’est pas tou­jours très poli­tique, mais qui existe et témoigne de quelque chose. Cela n’a des aspects ni posi­tifs ni néga­tifs, mais c’est inté­res­sant en tant que mani­fes­ta­tion d’un cer­tain état d’esprit, sur­tout auprès des jeunes.

En ce qui concerne les films de Soderbergh, ils suivent les lois du profit de tout le cinéma. Ces films ne sont pas très poli­tiques. Ils se concentrent sur l’aspect com­bat­tant héroïque, le mythe, la bio­gra­phie. Néanmoins, le combat et les enjeux poli­tiques de la vie du Che sont abor­dés de façon très limi­tée. Telles sont les limites du film. En même temps, nous voyons que le cinéaste a de la sym­pa­thie pour le Che et, encore une fois, le point le plus inté­res­sant du film est avant tout son succès qui montre, à nou­veau, un inté­rêt du public pour connaître davan­tage sur le Che, pour mieux connaître sa bio­gra­phie. Cet aspect demeure un vrai symp­tôme repré­sen­ta­tif d’une cer­taine mani­fes­ta­tion mais qui reste super­fi­cielle. Le film en lui-même n’est pas mau­vais mais il n’est pas très pro­fond.

Votre der­nier livre [3] sur le Che Guevara, peut-il être un éveilleur de conscience ? Et quels sont ses des­ti­na­taires ? Les jeunes, la classe poli­tique ?

Il n’est sûre­ment pas des­tiné à la classe poli­tique mais à tous les gens qui se poli­tisent, qui s’y inté­ressent, jeunes ou moins jeunes. Est-ce un éveilleur de conscience ? Les gens qui achètent ce livre ont déjà une conscience sinon ils ne feraient rien ou tout au plus ils achè­te­raient un tee-shirt. Le livre peut les aider à appro­fon­dir cette conscience, à mieux connaître les enjeux poli­tiques au-delà de la bio­gra­phie, au-delà de ce que fait Soderbergh. Le livre peut avoir ce rôle d’aider à faire un pas de plus dans la connais­sance du mes­sage du Che, un mes­sage révo­lu­tion­naire, anti­ca­pi­ta­liste, un socia­lisme dif­fé­rent.

Nous aime­rions que les gens, qui ont lu le livre, aient envie de tra­duire ces idées dans une pra­tique et nous espè­rons qu’ils aient envie de s’engager poli­ti­que­ment, de mili­ter dans des mou­ve­ments sociaux, dans le Nouveau Parti Anticapitaliste. Mais il n’y a pas de rap­port direct entre le livre et une pra­tique poli­tique.

·Comment a évolué la per­cep­tion de la figure du Che en France ? 

Dans les années 60, il y a eu une pre­mière récep­tion du Che par la gauche radi­cale. Notamment, les JCR [4], autour de Bensaïd [5], Jannette Habel [6], pour qui Guevara est aussi impor­tant que Trotski et dont ils ont tra­duit les textes. C’était une réfé­rence impor­tante pour les JCR et même pour d’autres, notam­ment cer­tains qui se reven­di­quaient du maoïsme. D’aucuns se consi­dé­raient comme gué­va­riste, comme Debray [7] par exemple. La récep­tion de Guevara était impor­tante, pré­sente dans Mai 68 et dans les années qui ont suivi. Et pas seule­ment le Che Guérillero, ils reven­di­quaient jus­te­ment sa cri­tique de l’Union Soviétique, sa concep­tion du socia­lisme. Le Che était appré­hendé comme pen­seur mar­xiste dans les années 60-70.

Réinterprétation de l’image du Che

·Il y a chez Che Guevara, des aspects qui, mal inter­pré­tés, peuvent sou­le­ver des contra­dic­tions, comme c’est le cas de son auto­ri­ta­risme. Peut-il pour­tant être expli­qué par les condi­tions extrêmes de la guér­rilla ?

Je ne pense pas qu’il s’agisse uni­que­ment de la gué­rilla. L’aspect auto­ri­taire est pré­sent chez le Che, sur­tout au début, parce qu’une partie de sa for­ma­tion poli­tique s’est tout de même faite dans la mou­vance com­mu­niste sta­li­nienne. Dans cer­tains de ses textes, quand il est très jeune, il écrit « Vive Staline », cela montre qu’il accep­tait, jusqu’à un cer­tain point, cette vision auto­ri­taire de la poli­tique qui était celle du mou­ve­ment com­mu­niste sta­li­nien. Au début, il admire l’Union Soviétique, il admire le camp socia­liste et il les consi­dère comme un modèle à suivre.

Cependant, il fait preuve, très tôt, d’une sen­si­bi­lité anti­bu­reau­cra­tique, radi­cale contre les pri­vi­lèges. Dès le début, et ce de façon crois­sante, il est sen­sible à la ques­tion de la liberté d’expression, d’opinion. Il affirme que les diver­gences ne se règlent pas à coups de matraque. Je ne pense pas que la gué­rilla soit la cause essen­tielle même si elle a pu ren­for­cer cer­taines pra­tiques du com­man­de­ment. Ce sont les limites de sa for­ma­tion poli­tique mais, très tôt, l’autoritarisme cède la place à cette sen­si­bi­lité démo­cra­tique radi­cale, anti­bu­reau­cra­tique, éga­li­taire. Fidel Castro a connu la même évo­lu­tion. Avant qu’il ne com­mence la gué­rilla, il se défi­nis­sait comme un jaco­bin, il y avait éga­le­ment cet aspect auto­ri­taire. La gué­rilla a pu le ren­for­cer mais ce n’était pas le point de départ.

·La réécri­ture his­to­rique néga­tive semble être de mise lorsque l’on parle du Che (UMAP [8], le bour­reau de “la Cabaña” [9], le Che sexiste…). Comment peut-on expli­quer cette pro­pa­gande anti-gué­va­riste alors que les écrits du Che, pour­tant tracés his­to­riques, semblent nous prou­ver le contraire ?

Le Che n’était ni plus ni moins sexiste que la moyenne des mili­tants révo­lu­tion­naires d’Amérique Latine de ces années. Il igno­rait les enjeux du fémi­nisme. Ce sont des limi­ta­tions évi­dentes mais qui ne sont pas propres au Che.

Par prin­cipe, nous sommes contre la peine de mort, humai­ne­ment c’est inac­cep­table donc nous n’allons ni jus­ti­fier ces exé­cu­tions là ni d’autres. Nous admi­rons beau­coup le Sandinisme parce que lorsqu’ils ont pris le pou­voir, ils ont aboli la peine de mort. Cela étant, il faut prendre en compte le contexte. A Cuba, une dic­ta­ture féroce tombe, une mul­ti­tude de gens du peuple réclame jus­tice et se pré­pare à faire jus­tice lui-même en lun­chant les res­pon­sables de la répres­sion, les assas­sins, les tor­tion­naires, les chefs de la police. On ins­ti­tue des tri­bu­naux pour éviter qu’il y ait cette jus­tice popu­laire expé­di­tive, pour juger les bour­reaux. C’est une jus­tice rela­ti­ve­ment expé­di­tive mais il y a des tri­bu­naux qui écoutent, jugent même s’ils condamnent sou­vent à mort. Pour com­pa­rer, ce n’est pas très dif­fé­rent de ce que nous avons fait en France à la libé­ra­tion. Nous avons mis en place des tri­bu­naux d’exception et nous avons condamné les « col­la­bos ». A Cuba, 500 ou 600 per­sonnes ont été exé­cu­tées, en France au moins 10 fois plus. Ceux qui disent « Che bour­reau de la Cabaña » auraient dû dire : « De Gaulle, les résis­tants, bande de bour­reaux et d’assassins ». Personne n’a jamais dit cela en France sauf l’extrême droite fas­ciste. Si nous sommes, par prin­cipe, contre la peine de mort à Cuba en 1960, en Chine, aux USA, en France à la libé­ra­tion alors nous condam­nons le prin­cipe par­tout dans le monde. Mais dire qu’il n’y a que le Che qui fut un tueur, c’est absurde. Disons qu’il s’agit d’une poli­tique de Guerre Froide, un poids deux mesures : quand nous agis­sons ainsi nous avons raison mais quand les autres se com­portent de la même manière, alors eux ont tort. C’est l’idéologie de Guerre Froide. Il faut rela­ti­vi­ser les choses à la lumière du contexte.

J’ai lu des choses sur les camps de tra­vail et éga­le­ment des témoi­gnages des gens qui tra­vaillaient avec le Che. Je ne nie pas l’existence de ces camps mais appa­rem­ment ce n’était pas un goulag tro­pi­cal puisque le Che y envoyait ses col­la­bo­ra­teurs pour une période de semaines ou de mois. Je ne trouve pas non plus qu’il s’agisse d’une bonne méthode mais il ne faut tout de même pas exa­gé­rer, si ces camps étaient des camps de tra­vail où le Che envoyait ses col­la­bo­ra­teurs pour des petits pro­blèmes et qu’ils reve­naient et repre­naient leur tra­vail comme avant.

·Machover [10] pré­sente le Che comme un assoiffé de sang, attiré par la mort qui a entraîné avec lui des vies entières dans un combat inutile et perdu d’avance. Comment peut-on tenir de tels propos lorsque l’on sait contre quoi ont lutté des jeunes et ces orga­ni­sa­tions ? Pourquoi les gou­ver­ne­ments actuels tolèrent-ils ce point de vue et ne cherchent-ils pas à rendre hom­mage à la Junte de Coordination Révolutionnaire [11] créée en Avril 1974 ?

Certes, il y a eu l’affaire de la « Cabaña » mais le meilleur exemple qui montre que le Che n’était pas du tout ce bour­reau san­gui­naire est la façon dont il trai­tait ses pri­son­niers. Dans le jour­nal Passages de la guerre révo­lu­tion­naire, il raconte com­ment il agis­sait, il exi­geait de ses sol­dats qu’ils res­pectent les pri­son­niers. Il y a des témoi­gnages de gens qui ont vu com­ment il inter­di­sait que l’on porte atteinte aux pri­son­niers et il existe sur la Bolivie des tas de témoi­gnages. Dans Le Journal de Bolivie, plu­sieurs pas­sages, confir­més par les témoi­gnages, le montrent. Par exemple, la gué­rilla se cachait dans les mon­tagnes en Bolivie, deux offi­ciers de l’armée les espion­naient et ils sont attra­pés. Dans toute armée du monde, quand on attrape un espion on le fusille, c’est la loi de la guerre, hors le Che, non seule­ment il ne les fusille pas mais il leur dis­pense un cours poli­tique en expli­quant les objec­tifs de la rébel­lion, et il les libère ensuite. Il y a un autre épi­sode qui est typique sur le Che, nous le racon­tons dans le livre. Il peut voir passer les gens de l’armée depuis l’embuscade où il est posté. Un camion de l’armée passe avec des sol­dats dedans, le Che se pré­pare à tirer, il n’y a pas beau­coup de risques, il est en haut, ils sont en bas, mais il voit qu’ils ont froid, ils ont mis une cou­ver­ture et il a pitié, il a eu pitié. Alors, voilà le bour­reau assoiffé de sang.

Maintenant, je ne dirais pas qu’il était attiré par la mort et il n’a pas mené un combat inutile et perdu d’avance. Sans doute avait-il des illu­sions, il a dû faire des erreurs mais enfin, pour lui, ce n’était pas un combat perdu d’avance, ce n’était pas non plus un sui­cide poli­tique. Il croyait qu’il y avait une pos­si­bi­lité et il n’avait pas com­plè­te­ment tort parce que la Bolivie était un pays avec une dic­ta­ture, un pays où il y avait une tra­di­tion de lutte, des ouvriers, des pay­sans, une gauche. Mais il est vrai qu’il n’a pas su com­ment s’insérer dans ces mou­ve­ments sociaux, com­ment se lier avec eux. Il y a eu des pro­blèmes, il a été trahi par les partis de gauche. Au début, ils l’ont sou­tenu, ensuite ils l’ont laissé tomber mais ce n’était pas quelque chose d’absurde ni de perdu d’avance. Les gens qu’il a entraî­nés dans ce combat savaient ce qu’ils fai­saient, per­sonne n’a été obligé. Il a dit : « ceux qui veulent venir avec moi, ils viennent ». De plus, c’étaient ses amis, ses anciens lieutenants…ils ont accepté, ils ont risqué leur vie, et ils ne sont pas tous morts, cer­tains ont sur­vécu.

On peut dire de même de tous les jeunes qui ont com­battu dans la Junte de Coordination Révolutionnaire, les gens du MIR, les gens de la gué­rilla Brésilienne, de tous ceux qui ont com­battu les dic­ta­tures en Amérique Latine. Beaucoup sont morts, d’autres ont sur­vécu, ce n’était pas un combat inutile, ni absurde ni perdu d’avance mais le réel pro­blème repose sur le fait que des gens pensent que s’ils ont perdu c’est parce qu’ils avaient tort. C’est une cer­taine façon d’écrire l’histoire qui est abso­lu­ment à refu­ser, c’est le point de vue du vain­queur, ceux qui ont gagné c’est parce qu’ils avaient raison, ceux qui ont perdu c’est parce qu’ils avaient tort. Effectivement, il fau­drait rendre hom­mage à ces gens de la Junte de Coordination Révolutionnaire qui ont essayé héroï­que­ment, dif­fi­ci­le­ment de lutter contre les dic­ta­tures ter­ribles en Amérique Latine ; ils n’ont pas réussi, ils ont échoué, ils ont été battus et ils ont sans doute commis des erreurs. On peut dis­cu­ter de leur stra­té­gie et leur tac­tique mais pas de leur cou­rage, de leur dévoue­ment. Ils ont d’abord essayé de faire ce qu’il fal­lait faire c’est-à-dire d’affronter les dic­ta­tures. Je suis d’accord, il aurait fallu les réha­bi­li­ter, mal­heu­reu­se­ment ce n’est pas le cas. On com­mence, tout au plus, à viser les mili­taires assas­sins, tor­tion­naires dans cer­tains pays, et c’est déjà un pas.

En outre, on vient de publier un manus­crit du Che qui était resté dans les tiroirs pen­dant 30 ans, on peut se deman­der pour­quoi ? Ce manus­crit est une cri­tique du manuel éco­no­mico-poli­tique sovié­tique et il est très inté­res­sant parce qu’il montre à quel point le Che dans la der­nière période (1966) était cri­tique du modèle sovié­tique, sur tous les ter­rains y com­pris la liberté d’expression, la démo­cra­tie et le modèle éco­no­mique fondé sur l’économie de marché…et l’absence d’internationalisme. En d’autres termes, il s’agit d’une cri­tique en règle du modèle sovié­tique. Nous voyons que le Che essayait de former un modèle socia­liste alter­na­tif. C’est très impor­tant même s’il est frag­men­taire, même si les conte­nus sont sur­tout des notes, des com­men­taires. C’est un docu­ment très inté­res­sant, c’est bien qu’il ait été publié, c’est dom­mage qu’il ne l’ait pas été 30 ans plus tôt.

Réécriture idéo­lo­gique de la mémoire du Che

·Comment peut-on expli­quer que la mémoire du Che qui a dis­paru pen­dant de longues années soit redé­cou­verte aujourd’hui ? Cela signi­fie que le Che va au-delà de l’icône roman­tique ? En Europe, est-il consi­déré comme un véri­table théo­ri­cien mar­xiste ?

La mémoire du Che n’a jamais com­plè­te­ment dis­paru, elle res­tait tou­jours pré­sente, par­fois un peu mar­gi­na­li­sée. Nous pou­vons dire qu’elle a suivi la courbe ascen­dante et des­cen­dante de l’état d’esprit, de la conscience, de la lutte révo­lu­tion­naire dans le monde. Tout d’abord, elle a connu une grande montée dans les années 60-70 puis un déclin au cours des années 80 avec le point le plus bas en 1991 lorsque la fin de l’histoire, de l’utopie, la mort de Marx, la défaite des Sandinistes [12], la dis­so­lu­tion de l’Union Soviétique ont été annon­cées. Mais, très rapi­de­ment, l’image du Che reprend du poil de la bête dès que les idées radi­cales anti­ca­pi­ta­listes, révo­lu­tion­naires res­sur­gissent. Et ce n’est pas un hasard si le pre­mier mou­ve­ment qui a relancé une dyna­mique radi­cale, uto­pique révo­lu­tion­naire était les zapa­tistes en 1994. Ils étaient formés dans le gué­va­risme, par consé­quent, il est logique que recom­mence un nou­veau cycle de radi­ca­lité avec le gué­va­risme.

Or, pour la plu­part des gens, même ceux qui sym­pa­thisent, le Che est encore l’icône, c’est-à-dire que nous connais­sons très peu d’éléments de sa bio­gra­phie ; le fait que quelqu’un ait eu le cou­rage de quit­ter son poste de ministre pour relan­cer la lutte révo­lu­tion­naire impres­sionne car ce com­por­te­ment n’est pas habi­tuel des chefs d’états. Il y a ce côté roman­tique qui attire la sym­pa­thie. Les films, comme ceux de Soderbergh, contri­buent à véhi­cu­ler cette image mais la pensée est beau­coup moins connue. Il y a des œuvres publiées, des livres mais qui sont net­te­ment moins dif­fu­sés. Dans la mesure où il y a un regain d’intérêt pour la théo­rie mar­xiste, les gens vont être amenés à lire les écrits du Che, à s’y inté­res­ser, à se pen­cher sur cet aspect.

Pour les gens qui connaissent l’Amérique Latine, pour ceux qui ont suivi l’histoire de la pensée en Amérique Latine, il est consi­déré comme un pen­seur mar­xiste mais la plu­part des gens, même ceux qui ont de la sym­pa­thie, le consi­dèrent et le voient comme le com­bat­tant héroïque. Il y a un tra­vail à faire, sur cet aspect, pour mon­trer au public qu’il y a une pensée mar­xiste inté­res­sante, nova­trice. C’est d’ailleurs l’objectif du livre.

·La figure du Che aujourd’hui ne serait-elle pas deve­nue apo­li­tique, dépas­sant les cli­vages poli­tiques ? (Parmi cer­tains lea­ders trots­kystes, il y en a qui affirment que le Che l’était éga­le­ment. Pourquoi assis­tons-nous à cette ten­ta­tive d’appropriation ? Ne s’agit-il pas fina­le­ment d’une idée réduc­trice de l’apport du Che ?)

Quand il y a un per­son­nage aussi popu­laire, tout le monde essaye de se le réap­pro­prier. Cela dit si on envi­sage sérieu­se­ment ses écrits, nous pou­vons voir qu’il n’était pas sta­li­nien, peut-être tout au début, mais après il se dis­so­cie du sta­li­nisme. Dans les notes sur le manuel sovié­tique, il traite Staline de cri­mi­nel, il n’a plus aucune illu­sion. Il n’était pas non plus trots­kyste, son idée de la révo­lu­tion per­ma­nente, il ne l’a pas décou­verte en lisant Trotski [13], mais à tra­vers sa propre expé­rience, comme d’autres, comme Mariatégui [14] par exemple, et d’ailleurs il l’appelle « révo­lu­tion inin­ter­rom­pue ». Au début, il ne connais­sait pas les écrits de Trotski, il n’avait pas beau­coup d’attirance pour les trots­kystes cubains qui étaient un peu déli­rants, appar­te­nant à un cou­rant lié à Posadas. Ensuite il a com­mencé à décou­vrir ses écrits et il a trouvé qu’il y avait des choses inté­res­santes. Il s’y inté­resse de plus en plus et la preuve est qu’il est parti à la gué­rilla Bolivienne avec des œuvres de Trotski parce qu’il les jugeait impor­tants. Il y a un cahier de notes qui a été appré­hendé par les mili­taires, pas encore publié, sauf en ita­lien curieu­se­ment, où ses notes sur les écrits de Trotski sont nom­breuses. Bref, nous ne pou­vons pas dire qu’il soit devenu trots­kyste mais il y trou­vait un inté­rêt gran­dis­sant.

Guevara est un per­son­nage qui ne peut pas être appro­prié par aucun cou­rant : ni maoïste, ni trots­kyste, ni sta­li­nien et encore moins social-démo­crate. Il était gué­va­riste, il était lui. Il avait sa propre pensée auto­nome qui, par cer­tains côtés, peut être proche de tel ou tel cou­rant. Sa pensée poli­tique n’est pas iden­ti­fiable à aucune mou­vance tra­di­tion­nelle de la gauche euro­péenne inter­na­tio­nale.

Actualité du socia­lisme gué­va­riste : quelles conti­nui­tés ?

A l’heure actuelle, le capi­ta­lisme vacille. La réflexion gué­va­riste peut-elle être le point de départ d’une nou­velle alter­na­tive socia­liste en Amérique Latine ?

La pensée poli­tique de Guevara ne peut pas être le point de départ du nou­veau socia­lisme d’Amérique Latine. Elle peut contri­buer, elle contri­bue déjà à la réflexion et à l’action pour une nou­velle alter­na­tive socia­liste. Beaucoup de ceux qui sont dans le pro­ces­sus de lutte pour une alter­na­tive socia­liste, que l’on appelle main­te­nant le socia­lisme du XXIe siècle en Amérique Latine, se réfèrent au Che, que ce soit l’EZLN [15], Evo Morales [16], Hugo Chávez [17] ou Rafael Correa [18]. Cela va bien au-delà de ce qu’était la mou­vance gué­va­riste, qui per­siste mais de façon mar­gi­na­li­sée.

L’ancienne mou­vance demeure encore un peu pré­sente en Argentine, il y a tou­jours, en Colombie, un mou­ve­ment de gué­rilla qui est gué­va­riste. Au Chili, des gens essayent de recons­ti­tuer le MIR. Il y a encore des gens qui se reven­diquent du gué­va­risme de façon plus directe mais il s’agit de mou­ve­ments un peu mar­gi­naux. La force impor­tante, par exemple le MST [19] bré­si­lien, se réclame de Guevara, ce n’est pas un mou­ve­ment gué­va­riste mais pour eux Guevara est une ins­pi­ra­tion très pré­sente, une de leurs icônes parce qu’il a vu l’importance des pay­sans dans la lutte, parce qu’il vou­lait en finir avec l’impérialisme, parce qu’il était anti­ca­pi­ta­liste. Il consti­tue une réfé­rence fon­da­men­tale. Tandis que dans les années 60-70, Guevara était sur­tout une réfé­rence pour des mou­ve­ments de gué­rilla qui vou­laient copier le modèle cubain. Aujourd’hui ce sont d’autres aspects du Che-héros qui mobi­lisent, nous appré­hen­dons d’une façon plus géné­rale la figure du Che. Il est plus qu’une tac­tique, une stra­té­gie de lutte, de guerre de gué­rilla, de « foco rural » [20], il est l’incarnation d’une révo­lu­tion, d’une lutte révo­lu­tion­naire intran­si­geante contre le capi­ta­lisme, l’impérialisme. La ques­tion du socia­lisme est cen­trale pour le Che et pour les gens qui s’en reven­diquent, s’en réclament. Le Che disait : « il n’y a pas d’autre révo­lu­tion à faire, ou révo­lu­tion socia­liste ou cari­ca­ture de révo­lu­tion ». C’est une idée qui est très pré­sente dans ces mou­ve­ments en Amérique Latine.

·Il sem­ble­rait que le Che soit plus ins­tru­men­ta­lisé à Cuba et qu’Evo Morales, par exemple, en ait moins besoin dans la construc­tion du Socialisme dans le pro­ces­sus boli­vien. Qu’en est-il réel­le­ment ?

Guevara est plus ins­tru­men­ta­lisé à Cuba parce qu’il fonde le ciment social de l’île mais les deux aspects sont pré­sents. D’une part, il existe en tant que réfé­rence des­ti­née à rem­pla­cer ce qui s’est écroulé, le mythe du socia­lisme réel, par consé­quent il est en partie ins­tru­men­ta­lisé pour légi­ti­mer le gou­ver­ne­ment. D’autre part, en paral­lèle, cela cor­res­pond, chez les diri­geants cubains, à une adhé­sion sin­cère aux idées du Che. Il y a un mélange des deux. Ce n’est pas tota­le­ment inno­cent mais ce n’est pas un men­songe. Ils ne veulent pas trom­per les gens. Le Che a joué un rôle tel­le­ment impor­tant dans la Révolution, dans la culture de la Révolution cubaine que ce para­doxe est normal.

Par ailleurs, l’image du Che est néces­saire à Morales car pour beau­coup de Boliviens, le Che repré­sente, incarne la radi­ca­lité. Son image est néces­saire mais en aucun cas suf­fi­sante.

·La chaire « Che Guevara » de Néstor Kohan [21] a pris fin récem­ment, com­ment peut-on expli­quer cela alors que la pensée du Che est redé­cou­verte et appro­fon­die ? Inquiète-t-il tou­jours autant ? Même les gou­ver­ne­ments de gauche ?

Il y a un conflit interne mais Néstor Kohan conti­nue ses acti­vi­tés sous un autre nom. Il conti­nue à se récla­mer du Che et à publier sur lui.

Le Che inquiète à la fois les classes domi­nantes et la gauche réfor­miste. Pour les classes domi­nantes, la réac­tion est la haine et la gauche réfor­miste est inquiète ou mépri­sante. En réa­lité, tout dépend de la nature des gou­ver­ne­ments de gauche dont nous par­lons. Les gou­ver­ne­ments qui ont une dyna­mique radi­cale, anti­ca­pi­ta­liste, anti-impé­ria­liste, anti-oli­gar­chique, se réclament du Che, comme le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur, Cuba. Ils le reven­diquent. Par contre, les gou­ver­ne­ments de la gauche molle, social-libé­rale, Lula au Brésil, Tabaré-Vázquez en Uruguay, Kirchner en Argentine, Bachelet au Chili, peuvent un 8 octobre aller lui rendre hom­mage, com­mé­mo­rer sa mort mais le Che n’est pas une réfé­rence pour eux. Ils peuvent soit essayer de l’édulcorer soit le reje­ter.

·Croyez-vous que la gauche fran­çaise s’intéresse aux nou­velles gauches latino-amé­ri­caines qui recherchent une autre voie vers le socia­lisme ?

Tout dépend de quelle gauche il s’agit. La gauche social-libé­rale, le PS, ne s’y inté­resse pas du tout ou alors sim­ple­ment à la gauche latino-amé­ri­caine équi­va­lente, c’est-à-dire social-libé­rale : le Brésil et le Chili. La gauche radi­cale, anti­li­bé­rale au sens large, anti­ca­pi­ta­liste, s’intéresse évi­dem­ment aux ten­ta­tives de socia­lisme du XXIe siècle en Amérique Latine qui font partie des expé­riences les plus encou­ra­geantes. Nous sommes soli­daires, nous les sou­te­nons de manière cri­tique. C’est une réfé­rence très impor­tante pour nous et l’héritage du Che en fait partie. Le renvoi au Che n’est pas unique mais il est une des racines de cette nou­velle voie.

Il y a un mépris, une méfiance, une crainte de la part de la presse bour­geoise qui n’en parle pas ou alors pour en dire du mal, pour dire que ce sont des popu­listes, qu’ils ne sont pas démo­cra­tiques. Et quand c’est impos­sible de dire que les mesures, les déci­sions ne sont pas démo­cra­tiques, elle pré­fère ne pas en parler du tout. C’est pour cette raison qu’il y a très peu d’informations.

·Un parti gué­va­riste, en tant que tel, mis à part le choix du fusil, peut-il être envi­sa­geable en France ou en Amérique latine ?

En France, non, les condi­tions n’y sont pas pro­pices. En Amérique Latine, cela existe déjà mais, à vrai dire, un parti gué­va­riste sans le choix du fusil est dif­fi­cile à ima­gi­ner parce que, dans la défi­ni­tion même du gué­va­risme, il y a déjà cet aspect de la lutte armée…

Il existe en Colombie, un groupe de gué­rilla, l’ELN [22], qui se réclame du gué­va­risme, d’une façon un peu floue mais dans la mesure où ils ont une réfé­rence de lutte celle-ci est le gué­va­risme. Mais ce mou­ve­ment n’est pas très fort et un peu mar­gi­na­lisé. Le gué­va­risme, en tant que lutte armée, a été fort dans le passé mais il s’est un peu affai­bli au pré­sent. La Colombie est un pays spé­cial, “une démo­cra­tie” de très basse inten­sité, un régime auto­ri­taire où la police, le mili­taire, le para­mi­li­taire exercent le pou­voir, tuent impu­né­ment les syn­di­ca­listes, les mili­tants des droits de l’homme. En résumé, c’est ter­rible. Dans un tel contexte, il est com­pré­hen­sible que les gens prennent les armes mais sinon, dans le reste de l’Amérique Latine où il y a quand même un mini­mum de droits démo­cra­tiques, ce n’est pas envi­sa­geable. Le Che lui-même disait que tant qu’il y a un mini­mum de démo­cra­tie, la lutte armée n’est pas jus­ti­fiée. Un gué­va­riste pur et dur qui ne prend pas le fusil ne fait pas beau­coup de sens. Un mou­ve­ment, comme les zapa­tistes, qui est issu du gué­va­risme, qui a pris les armes à un moment donné, s’est rendu compte que dans la situa­tion actuelle de l’Amérique Latine cela n’était pas jus­ti­fié. Ils ont changé de stra­té­gie, d’orientation, le mou­ve­ment demeure révo­lu­tion­naire et le gué­va­risme fait partie de leurs réfé­rences sans en être la seule, nous ne pou­vons pas dire que l’EZLN est gué­va­riste.

Or, un parti anti­ca­pi­ta­liste en France doit avoir parmi ses réfé­rences cen­trales le gué­va­risme mais pas uni­que­ment. Quand le livre est sorti, la presse fran­çaise a essayé de dire que Besancenot était main­te­nant gué­va­riste mais ce n’est pas vrai. Il s’y réfère, nous pou­vons nous en ins­pi­rer mais nous n’allons pas créer une ortho­doxie gué­va­riste.

· Par rap­port à l’alter-mondialisme, y en a-t-il des conti­nui­tés du Che ? Peut-on dire qu’il est son véri­table héri­tier et repré­sente-t-il le renou­veau de la lutte poli­tique ?

L’alter-mondialisme est très impor­tant, il y a des conti­nui­tés entre la gauche du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste et le Che car l’alter-mondialisme est un mou­ve­ment très vaste, très hété­ro­gène, très large où il y a des cou­rants plus ou moins réfor­mistes qui croient encore à l’existence d’un capi­ta­lisme key­né­sien, réformé, des cou­rants anti­ca­pi­ta­listes et entre les deux des gens qui hésitent. Il y a une unité contre le néo­li­bé­ra­lisme et de plus en plus contre le capi­ta­lisme. Au der­nier Forum Social Mondial à Belém [23], les docu­ments issus de l’assemblée des mou­ve­ments sociaux et des assem­blées thé­ma­tiques (les indi­gènes, les femmes…), se pro­noncent tous dans un sens anti­ca­pi­ta­liste, c’est une pré­do­mi­nance. Le Che est une réfé­rence impor­tante, il y a une conti­nuité dans la sen­si­bi­lité anti­ca­pi­ta­liste, un inté­rêt anti-impé­ria­liste, le socia­lisme, le rôle des pay­sans. Même si cette réfé­rence se retrouve sur­tout chez les latino-amé­ri­cains. En même temps, il y a des dif­fé­rences, le mou­ve­ment est beau­coup plus large. Guérilla n’est pas un parti poli­tique mais un lieu de ren­contres et de débats. Il faut quand même dire que la dyna­mique du Che était tiers-mon­diste, même s’il recon­nais­sait l’importance des luttes en Europe. Sa pré­oc­cu­pa­tion était sur­tout tiers-mon­diste, c’était l’esprit de la Tricontinentale, son der­nier docu­ment est la lettre à la Tricontinentale adres­sée aux com­bat­tants d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine qui cor­res­pond à la situa­tion des années 60. Aujourd’hui, l’alter-mondialisme est inter­con­ti­nen­tal, d’ailleurs le zapa­tisme, déjà en 1996, avait convo­qué une confé­rence qui n’était pas tri­con­ti­nen­tale mais inter­con­ti­nen­tale et même inter­ga­lac­tique parce qu’il y avait des Nord-amé­ri­cains, des euro­péens… Nous sommes donc dans une nou­velle dyna­mique qui n’est plus le sou­tien des euro­péens ou autres aux luttes tiers-mon­distes mais il s’agit d’une conver­gence de luttes contre un ennemi commun : l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), le FMI (Fond Monétaire International), les mul­ti­na­tio­nales, l’impérialisme nord-amé­ri­cain. Ce mou­ve­ment, cette force, est très inté­res­sant car il y a du nou­veau dans l’alter-mondialisme.

·Che Guevara peut-il être un véri­table réfé­rent poli­tique et idéo­lo­gique pour le XXI° siécle ?

Il l’est sans doute mais pas exclu­sif. Trotski non plus. Il ne fait pas de sens au XXIe siècle d’être trots­kyste pur et dur ou gué­va­riste ortho­doxe. Le socia­lisme du XXIe siècle doit être néces­sai­re­ment quelque chose de plu­riel, d’enrichi par les apports des dif­fé­rentes tra­di­tions : trots­kisme, gué­va­risme, tra­di­tion liber­taire, la Commune de Paris. Il existe une mul­ti­tude de réfé­rences aux­quelles il faut rajou­ter les mou­ve­ments sociaux qui n’étaient pas écrits dans le mar­xisme : le mou­ve­ment des femmes, le mou­ve­ment indi­gène… Plusieurs de ces mou­ve­ments sont très inté­res­sants et nous avons à apprendre d’eux et non pas seule­ment à leur donner des leçons. Le socia­lisme du XXIe siècle doit sortir de tout cela, de ce bouillon de culture. Guevara est un piment indis­pen­sable, il donne du goût, mais il n’est pas le seul ingré­dient. Il est une pierre néces­saire si nous vou­lons construire ce nouvel édi­fice.

Les gens s’intéressent en géné­ral plus à l’aspect spec­ta­cu­laire, per­son­nel du Che. Ceux qui s’intéressent à la pensée mar­xiste devraient prendre acte du fait que Guevara est un pen­seur mar­xiste impor­tant et non plus rester à l’image du gué­rillero héroïque…

Propos recueillis par Camille Pouzol*, mai 2009.

*Camille Pouzol est étu­diant en Master 2 – Université Stendhal-Grenoble 3. Il effec­tue une recherche sur les images et répré­sen­ta­tions contem­po­raines de la figure de Che Guevara, sous la direc­tion de Franck Gaudichaud.


[24] Michael Löwy est direc­teur de recherche émé­rite du CNRS, il a publié plu­sieurs ouvrages sur le mar­xisme, la théo­lo­gie de la libé­ra­tion, Kafka et Walter Benjamin. Il publia La Pensée de « Che » Guevara : un huma­nisme révo­lu­tion­naire aux édi­tions Maspero en 1970, réédité aux édi­tions Syllepse, Paris, en 1997 et parmi ses der­niers ouvrages (avec Olivier Besancenot),Che Guevara. Une braise qui brûle encore (Mille et une nuits, 2007).

[25] Steven Soderbergh : réa­li­sa­teur amé­ri­cain. En 2008, son dip­tyque sur le Che a été pré­senté au fes­ti­val de Cannes. Le pre­mier film, Che, l’Argentin, raconte la der­nière année de la Révolution Cubaine, 1958, et se pro­jette par moment en 1964 à la confé­rence de l’ONU. Le deuxième film, Guérilla, raconte le der­nier combat de Che Guevara et sa chute pen­dant la Guérilla Bolivienne en 1967.

[26] Olivier Besancenot, Michael Löwy, Che Guevara, une braise qui brûle encore, Mille et une nuits, Paris, 2007.

[27] JCR : Jeunesses Communistes Révolutionnaires (liées à la IV° Internationale).

[28] Daniel Bensaïd : phi­lo­sophe mar­xiste et co-fon­da­teur de la Ligue com­mu­niste en France. Aujourd’hui membre du Nouveau parti anti­ca­pi­ta­liste.

[29] Jannette Habel : poli­to­logue et uni­ver­si­taire (Institut des hautes études d’Amérique latine), spé­cia­liste de Cuba. Elle a long­temps milité aux JCR puis à la Ligue com­mu­niste révo­lu­tion­naire

[30] Régis Debray : écri­vain et phi­lo­sophe fran­çais, il a par­ti­cipé à la gué­rilla boli­vienne où il fut cap­turé et demeura empri­sonné de 1967 à 1971.

[31] UMAP : Unidad Militar de Ayuda a la Producción (Unités Militaires d’Aide à la Production), camps de tra­vaux qui ont existé à Cuba de 1965 à 1968.

[32] La Cabaña : for­te­resse de la Havane bâtie en 1763, elle servit de prison sous le régime du dic­ta­teur Fulgencio Batista puis au len­de­main du triomphe de la Révolution en 1959. Les procès et les exé­cu­tions déci­dées par les tri­bu­naux eurent lieu là-bas sous la direc­tion de Che Guevara.

[33] Jacobo Machover : pro­fes­seur, jour­na­liste, écri­vain cubain, il est exilé en France depuis 1963. Profondément anti-cas­triste, il a publié un livre cri­tique sur Che Guevara : La face cachée du Che, Buchet-Castel, Paris, 2007.

[34] Junte de Coordination Révolutionnaire : mou­ve­ment créé en 1974. Il se com­pose le MIR (Movimiento de Izquierda Revolucionaria, Mouvement de la Gauche Révolutionnaire) chi­lien, le PRT-ERP (Partido Revolucionario de los Trabajadores – Ejército Revolucionario del Pueblo – Parti Révolutionnaire des Travailleurs – Armée Révolutionnaire du Peuple) argen­tin, les Tupamaros (Mouvement Libération Nationale Tupamaros – MLN-T : groupe d’extrême gauche) uru­guayens et le MIR (Movimiento de Izquierda Revolucionaria) boli­vien.

[35] FSLN : Frente Sandinista de Liberación Nacional (Front Sandiniste de Libération Nationale), au pou­voir depuis 1984 suite à la Révolution, le FSLN perd les élec­tions, en 1990, au profit d’une union libé­rale sou­te­nue par les Etats-Unis.

[36] Léon Trotski : (1879-1940), révo­lu­tion­naire et homme poli­tique russo-sovié­tique, fon­da­teur de l’Armée Rouge et de la IVe Internationale, il s’opposa à la bureau­cra­ti­sa­tion du régime et à Staline. Il fut assas­siné au Mexique par le NKVD, la police poli­tique de l’Union Soviétique.

[37] José Carlos Mariátegui : (1894-1930), homme poli­tique péru­vien, auteur des Sept essais d’interprétation de la réa­lité péru­vienne (1928), fon­da­teur du jour­nal Amauta, forum d’expression sur le socia­lisme, l’art et la culture au Pérou et en Amérique Latine. Il est le fon­da­teur du Parti Communiste Péruvien.

[38] EZLN : Ejército Zapatista de Liberación Nacional (Armée Zapatiste de Libération Nationale), créé le 01/01/1994, la figure emblé­ma­tique du mou­ve­ment révo­lu­tion­naire est le sous com­man­dant Marcos.

[39] Evo Morales : leader syn­di­cal et homme poli­tique boli­vien d’origine Aymara, il est élu pré­sident de la Bolivie en 2005, son parti poli­tique est le MAS : Movimiento Al Socialismo (Mouvement vers le Socialisme).

[40] Hugo Chávez : pré­sident « boli­va­rien » du Venezuela depuis 1999, son parti poli­tique est le PSUV : Partido Socialista Unido de Venezuela (Parti Socialiste Unifié du Venezuela).

[41] Rafael Correa : éco­no­miste et homme poli­tique équa­to­rien, élu à la pré­si­dence depuis 2006, son parti poli­tique est Alianza País (Alliance Pays) qui est une alliance de dif­fé­rents partis de gauche.

[42] MST : Movimiento de los Sin Tierra (Mouvements des Paysans Sans-Terre) orga­ni­sa­tion popu­laire bré­si­lienne qui milite pour que les pay­sans bré­si­liens ne pos­sé­dant pas de terre, dis­posent de ter­rains pour pou­voir culti­ver. Il s’agit du plus puis­sant mou­ve­ment social du conti­nent latino-amé­ri­cain.

[43] Foco Rural : pré­co­nise la créa­tion de foyers (focos) de gué­rilla qui s’étendent en incor­po­rant pro­gres­si­ve­ment l’ensemble de la popu­la­tion.

[44] Néstor Kohan : auteur et poli­to­logue cri­tique argen­tin. Il a écrit de nom­breux ouvrages sur le mar­xisme, Che Guevara et sur les mou­ve­ments sociaux d’Amérique Latine.

[45] ELN : Ejército de Liberación Nacional, mou­ve­ment révo­lu­tion­naire créé en 1964 qui se reven­dique de Simón Bolívar et des com­man­dants Camilo Torres et Manuel Pérez.

[46] FSM : Créé en 2001, le Forum Social Mondial, forum alter­mon­dia­liste, se pose en alter­na­tive au Forum Economique Mondial qui réunit déci­deurs éco­no­miques et poli­tiques chaque année à Davos en Suisse. L’édition 2009 eut lieu à Belém dans le nord du Brésil, aux portes de l’Amazonie.

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