MANIFESTATION INTERNATIONALE DU 12 DÉCEMBRE Copenhague : Une Manifestation qui fera date

Par , , Mis en ligne le 14 décembre 2009

De 30 000 à 100 000 mani­fes­tants selon les sources. De l’avis de tou-te-s, beau­coup plus de 50 000. La place du lieu de départ était bondée, impos­sible de bouger. L’ensemble du cor­tège a mis plus d’une heure à s’élancer alors que nous par­tions sur une avenue large de 40 mètres mini­mum. C’est une mani­fes­ta­tion qui fera date. Copenhague 2009 marque l’arrivée mas­sive des mou­ve­ments sociaux dans la bataille cli­ma­tique. C’est déci­sif. Il y aura un avant et un après Copenhague 2009.

Les mili­tants des orga­ni­sa­tions du col­lec­tif Urgence Climatique Justice Sociale, arri­vés en train ou en car ce samedi, se sont prin­ci­pa­le­ment retrou­vés dans le “bloc” ‘System Change, not Climate Change” aux côtés de la coa­li­tion inter­na­tio­nale Climate Justice Now !, avec les Amis de la Terre Internationaux, la Via Campesina, Jubilee South, mou­ve­ments sociaux du Sud et du Nord, Climate Justice Action, etc… Avec une double exi­gence d’obtenir un accord à la hau­teur des enjeux et ne com­por­tant pas de fausses solu­tions, tout en remet­tant en cause le sys­tème pro­duc­ti­viste et capi­ta­liste à l’origine des dérè­gle­ments cli­ma­tiques, pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux et inéga­li­tés sociales que nous connaissons.

Comme beau­coup d’observateurs ont pu l’affirmer, le cor­tège était très festif et les dépêches, très alar­mistes et inquié­tantes, ne reflètent pas l’énergie de cette mani­fes­ta­tion, et notam­ment des pay­sans, acti­vistes, indi­gènes, syn­di­ca­listes des pays du Sud. Oui, quelques vitres ont été cassés et quelques pavés lancés, mais rien de bien méchant, et la police, et ses robo­cops sur­ar­més et tendus, étaient bien les plus agres­sifs. Les gou­ver­ne­ments répres­sifs de nos pays (voir les der­nières mesures répres­sives votés au Danemark) démontrent une nou­velle fois leurs refus de sup­por­ter une oppo­si­tion démo­cra­tique et popu­laire aux poli­tiques qu’ils mènent depuis des années et qui ren­forcent les dérè­gle­ments cli­ma­tiques et les inéga­li­tés sociales.

Le sommet sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques mérite mieux que ça. Il reste une semaine de négo­cia­tions et de pres­sions citoyennes – et notam­ment la mobi­li­sa­tion du 16 novembre à laquelle appelle le réseau Climate Justice Now – pour obte­nir un accord contrai­gnant, juste, à la hau­teur des enjeux et sans fausse solution…

Par Maxime Combes


Copenhague : polémique après les nombreuses arrestations

La police de Copenhague s’est livrée à une véri­table démons­tra­tion de force, samedi 12 décembre, lors de la grande mani­fes­ta­tion deman­dant le meilleur accord pos­sible sur le climat : alors que les agences de presse fai­saient état d’un groupe de quelque 300 cas­seurs de vitrine en queue de mani­fes­ta­tion, ce sont au total 968 per­sonnes qui ont été inter­pel­lées et rete­nues par les forces de l’ordre dans des condi­tions décriées, avant d’être fina­le­ment presque toutes relâ­chées avant l’aube.

Seules 13 per­sonnes étaient encore en déten­tion dimanche dans le centre spé­cial de Retortvej à Valby, établi par la police à l’occasion de la tenue du sommet mon­dial sur le climat. Trois d’entre eux, deux Danois et un Français devaient être pré­sen­tés dans la jour­née à un juge pour vio­lences contre des poli­ciers dans l’exercice de leurs fonctions.

« COMME DES ANIMAUX »

La coa­li­tion d’ONG Climate jus­tice action a dénoncé des inter­pel­la­tions arbi­traires. L’une de ses porte-parole, Mel Evans, a sou­li­gné auprès de la BBC que plu­sieurs cen­taines de per­sonnes avaient été « menot­tées et gar­dées envi­ron quatre heures assises dans la rue, sans assis­tance médi­cale, sans eau ni pos­si­bi­lité d’aller aux toi­lettes ». « Alors qu’il gelait, des gens uri­naient sur eux, par­qués en ligne, comme des ani­maux », a-t-elle insisté.

Un porte-parole de la police, Henrik Jakobsen, a expli­qué qu’il s’agissait d’arrestations« pré­ven­tives », à la suite de jet de pavés, de bou­teilles et de pétards par un petit groupe de mani­fes­tants, et ce, « pour assu­rer que la grande mani­fes­ta­tion léga­le­ment annon­cée ne soit pas per­tur­bée par des fau­teurs de troubles ». La police a aussi fait état de la forte pres­sion causée par le nombre d’arrestations, et de la dif­fi­culté de les recen­ser et éva­cuer rapi­de­ment, indique la BBC.

Dimanche, une nou­velle mani­fes­ta­tion visant à blo­quer une partie du port de Copenhague, à l’appel de Climate Action Justice, a été dis­per­sée par la police, et plu­sieurs dizaines d’interpellations ont eu lieu.

Le Monde​.fr, avec AFP

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Les poli­tiques entrent en scène

Les négo­cia­tions du sommet mon­dial sur le climat reprennent lundi, mais 48 ministres étaient conviés dès dimanche à des consul­ta­tions infor­melles sur le projet de sept pages mis ven­dredi sur la table. « Personne n’est d’accord avec le texte dans son ensemble mais la plu­part des pays y trouvent quelque chose à leur goût et sont donc prêts à l’accepter comme une base de tra­vail », a résumé Alden Meyer, direc­teur de l’Union of concer­ned scien­tists, un groupe de pres­sion américain.

A son arri­vée à la mi-jour­née, le secré­taire géné­ral de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est déclaré « pru­dem­ment opti­miste » sur l’issue de la confé­rence. – (Avec AFP).

* LEMONDE​.FR | 13.12.09 | 15h56 • Mis à jour le 13.12.09 | 18h51.


30 000 à 100 000 manifestants à Copenhague

Au moins trente mille mani­fes­tants selon la pre­mière esti­ma­tion de la police danoise, plutôt 100 000 selon les orga­ni­sa­teurs, ont défilé samedi après-midi à Copenhague, en marge des négo­cia­tions sur le climat. En terme de par­ti­ci­pa­tion, le succès parais­sait donc au rendez-vous.

Avant le départ en direc­tion du Bella Center, site des négo­cia­tions inter­na­tio­nales situé 6 km au sud, les orga­ni­sa­teurs ont réitéré leurs appels au calme à l’adresse des mar­cheurs, chau­de­ment vêtus sous un soleil froid. La police avait pré­cé­dem­ment mis en garde les cas­seurs. Plusieurs héli­co­ptères sur­veillaient la ville tandis qu’au sol, des poli­ciers jalon­naient le début du par­cours tous les dix mètres.

Mais moins d’une demi-heure après le départ du défilé, un groupe de quelque 300 mani­fes­tants resté en queue de cor­tège a atta­qué des vitrines dans le centre de la capi­tale danoise, bri­sant notam­ment des vitres du minis­tère des affaires étran­gères, selon la police. Les jeunes gens cagou­lés et vétus de noir, munis de briques et de mar­teaux, ont éga­le­ment lancé des canettes de gaz. La police est inter­ve­nue sans ména­ge­ment, jetant plu­sieurs d’entre eux à terre. Les cas­seurs se sont ensuite dis­per­sés par petits groupes de cinq à six pour rejoindre le cor­tège, d’où ils émer­geaient ponc­tuel­le­ment pour briser une vitrine. Au total, a annoncé la police, quelque 400 per­sonnes ont été arrê­tées, issues « des Blacks Blocs », ces grou­pus­cules ultra-vio­lents qui s’étaient notam­ment illus­trés lors du sommet de l’OTAN à Strasbourg, en avril. En fin de jour­née, elle a annoncé qu’un poli­cier a été blessé par un jet de pavé et quatre voi­tures de par­ti­cu­liers incendiées.

« FAITES L’AMOUR, PAS DU CO2 »

L’essentiel de la mani­fes­ta­tion s’est tou­te­fois déroulé dans une très bonne ambiance. A l’arrivée, les par­ti­ci­pants n’ont pas cher­ché à entrer dans le Bella Center, situé à 500 mètres, où des dizaines de délé­gués du monde entier sui­vaient le défilé sur les télé­vi­seurs ins­tal­lés dans les cou­loirs. Le cor­tège était hérissé de ban­de­roles appe­lant à la « jus­tice cli­ma­tique », « Faites l’amour, pas du CO2 », rap­pe­lant qu’il n’y a « pas de Planète B », ou repre­nant le mot d’ordre du jour : « Changeons de sys­tème, pas de climat ».

Dans la foule, Jakob Larsen, un Danois de 22 ans, esti­mait que « le réchauf­fe­ment cli­ma­tique est arrivé parce que le capi­ta­lisme ne fait atten­tion à rien ». La majo­rité des mani­fes­tants étaient d’origine euro­péenne, avec notam­ment des familles danoises avec enfants, des syn­di­ca­listes, étu­diants ou éco­lo­gistes venus de l’Allemagne voi­sine. Mais de nom­breux asia­tiques, dont quelques Chinois et Coréens, étaient éga­le­ment pré­sents, ainsi que des Africains. Côté fran­çais, l’ancien leader alter­mon­dia­liste José Bové a marché avec ses col­lègues dépu­tés euro­péens et la diri­geante des Verts, Cécile Duflot.

Une semaine avant la conclu­sion de la confé­rence, en pré­sence de 110 chefs d’Etat, les par­ti­ci­pants reven­di­quaient la signa­ture d’un accord de lutte contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique juste et équi­table pour les plus pauvres et les plus vul­né­rables. « Chaque année, 300 000 per­sonnes meurent à cause du chan­ge­ment cli­ma­tique. Ce n’est pas une ques­tion d’adaptation mais de survie », a lancé à la tri­bune le direc­teur de Greenpeace International, Kumi Naidu. « Peut-être que les grandes nations vont entendre les peuples », espé­rait Partemba, sherpa népa­lais venu évo­quer la fonte des gla­ciers hima­layens. Une veillée aux chan­delles était prévue dans la soirée, avec l’ancien arche­vêque sud-afri­cain Desmond Tutu.

* LEMONDE​.FR avec AFP et Reuters | 12.12.09 | 15h37 • Mis à jour le 12.12.09 | 22h12.


Une mobilisation militante à l’ampleur inédite

Copenhague Envoyé spécial

Pour Jorn Andersen, mous­tache et che­veux poivre et sel, le succès est déjà au rendez-vous : « 522 orga­ni­sa­tions de 67 pays ont appelé à la mani­fes­ta­tion de samedi. Ce sera le plus grand ras­sem­ble­ment au Danemark depuis les pro­tes­ta­tions contre la guerre en Irak ». M. Andersen est un des mili­tants danois qui pré­parent depuis des mois ce qui sera sans doute la mobi­li­sa­tion la plus impor­tante jamais vue sur le chan­ge­ment climatique.

La mani­fes­ta­tion devait partir en début d’après-midi de la place du Parlement, au centre de la capi­tale danoise, pour rejoindre le Bella Center, à six kilo­mètres, où se tient la Conférence sur le climat des Nations unies. Le mot d’ordre : « chan­ger le sys­tème, pas le climat » (system change, not cli­mate change). Multicolore et inter­na­tio­nale, elle réunit les asso­cia­tions éco­lo­gistes tra­di­tion­nelles (Greenpeace, WWF, etc.), mais aussi le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste réuni dans la coa­li­tion Climate Justice Now, et une coa­li­tion plus net­te­ment anti­ca­pi­ta­liste, Climate Justice Action.

« JUSTICE CLIMATIQUE »

Ce ras­sem­ble­ment marque l’élargissement de la ques­tion cli­ma­tique au-delà de l’environnement, jusqu’aux ques­tions éco­no­miques et sociales. Pour Christophe Aguiton, d’Attac, « le pre­mier enjeu est d’obtenir un bon accord, qui recon­naisse la res­pon­sa­bi­lité his­to­rique des pays du Nord, qui n’introduise pas les méca­nismes de marché dans le chan­ge­ment cli­ma­tique, qui trouve des res­sources pour le Sud. Mais il y a un deuxième enjeu : que les mou­ve­ments sociaux s’impliquent dans cette bataille pour exiger la jus­tice climatique ».

Depuis deux jours, les mili­tants arrivent par train, auto ou bus, logeant en appar­te­ments com­mu­nau­taires, dans des entre­pôts amé­na­gés, chez des amis, voire dans des cara­vanes. Leurs moti­va­tions sont diverses. Pour Corrina Cordon, venue de Londres, « la crois­sance n’est plus pos­sible, on attend de la mani­fes­ta­tion que le public puisse dire qu’il faut faire quelque chose pour que ça change ». Jonas Schnor, étu­diant danois en théâtre, pense que « la façon dont nous vivons est mau­vaise pour la pla­nète, nous devons chan­ger. Moi, je vivrai avec moins de consom­ma­tion que mes parents ». Karine Plantier est venue de Nantes dans un bus ali­menté à l’huile de tour­ne­sol. Elle vient « dénon­cer » le projet d’aéroport du Grand Ouest à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).

Si les Européens domi­ne­ront la mani­fes­ta­tion, la confé­rence de Copenhague sus­cite un inté­rêt pla­né­taire excep­tion­nel. « La cou­ver­ture de l’événement est très impor­tante au Brésil, dit Andrea Fran, un jour­na­liste bré­si­lien, il y a même une télé qui fait une émis­sion d’une heure par jour sur ce qui s’y passe. »

Quel impact la mani­fes­ta­tion aura-t-elle sur la négo­cia­tion ? Elle appuiera net­te­ment la posi­tion des pays du Sud, dont elle reprend nombre de reven­di­ca­tions. Et le mou­ve­ment conti­nuera pen­dant la semaine. Lundi, le mou­ve­ment No Border pré­voit une mani­fes­ta­tion en défense des réfu­giés cli­ma­tiques, tandis que, mer­credi 16, Climate Justice Action veut inter­ve­nir à l’intérieur même du Bella Center.

Hervé Kempf

* Article paru dans le Monde, édi­tion du 13.12.09. LE MONDE | 12.12.09 | 13h35 • Mis à jour le 12.12.09 | 14h17 .


Du 5 au 12 Décembre, tous dans la rue !

Le 5 décembre, pour récla­mer un accord contrai­gnant, juste et à la hau­teur des enjeux, des flash-mob ont été orga­ni­sées un peu par­tout en France : Amiens, Angers, Bayonne, Bordeaux, Chambéry, Limoges, Marseille, Nancy, Nantes, Pau, Perpignan, Reims, Paris, Toulouse…

A Paris, ça s’est pro­longé par des prises de parole d’internationaux des mou­ve­ments éco­lo­gistes et sociaux du Sud, par le déploie­ment du patch­work “chan­geons le sys­tème pas le climat” des Amis de la Terre puis par une par­ti­ci­pa­tion à la mani­fes­ta­tion des chô­meurs, pré­caires et licenciés…car sans jus­tice sociale, il n’y aura pas de véri­tables solu­tions aux enjeux cli­ma­tiques et envi­ron­ne­men­taux. Et c’est der­rière notre ban­de­role Urgence Climatique Justice Sociale que nos ami-e-s inter­na­tio­naux ont défilé, accom­pa­gné de nom­breux mili­tant-e-s du col­lec­tif, au rythme de chan­sons afri­caines ou phi­lip­pines, de slo­gans sud-amé­ri­cains ou indiens.

Convaincus qu’il n’y aura pas d’accord cli­ma­ti­que­ment effi­cace et juste socia­le­ment sans une immense pres­sion popu­laire, les col­lec­tifs locaux ont prévu de remettre le cou­vert samedi 12 décembre en écho à la mani­fes­ta­tion inter­na­tio­nale de Copenhague. Aix-en-Provence, Amiens, Angers, Bayonne, Bordeaux, Briançon, Caen, Evreux, Clermont-Ferrand, Grenoble, La Rochelle, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes (action sur la tour de Bretagne), Perpignan, Royan, St Nazaire, Toulouse…les ini­tia­tives vont se mul­ti­plier. Tous les détails ici.

La droite sar­ko­zyste n’en a pas moins perdu ses mau­vaises habi­tudes. Ainsi, après une jour­née de mobi­li­sa­tions bien réus­sies à Bayonne – voir le CP de Bizi ! – des dra­peaux aux cou­leurs de l’association et exi­geant un accord contrai­gnant avaient fleuri aux bal­cons. Ce lundi 7 déc, jour d’ouverture du sommet de Copenhague, le maire UMP de la ville a mobi­lisé les ser­vices de la mairie pour faire enle­ver, contre l’avis des habi­tants, les ban­de­roles et autres affi­chettes. Comme le dit Bizi ! , “ce geste ahu­ris­sant montre à quel point, entre les appels à la mobi­li­sa­tion citoyenne contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique de Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo (pré­sident du Parti Radical dont Jean Grenet est le repré­sen­tant Bayonnais), et la réa­lité de leurs poli­tiques quo­ti­diennes et concrètes, le déca­lage est grand“.

Par Maxime Combes


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