Nouveaux Cahiers du socialisme - No. 6, Automne 2011

Crises écologiques, inégalités sociales et écosocialisme

Texte intégral d'introduction au dossier principal du numéro 6 des Nouveaux Cahiers du socialisme

Par Mis en ligne le 18 septembre 2011

Des partis poli­tiques bour­geois se parent de valeurs envi­ron­ne­men­ta­listes ver­tueuses. Or, par leurs acti­vi­tés et leur idéo­lo­gie de la crois­sance capi­ta­liste, ces partis ont promu pen­dant des décen­nies des poli­tiques qui ont concouru à la dégra­da­tion de l’environnement. Simple déma­go­gie de leur part ? Non, sans doute pas, même si cela s’avère sou­vent le cas, par­ti­cu­liè­re­ment lorsqu’il est ques­tion de l’exploitation extrê­me­ment pol­luante des sables bitu­mi­neux[1], des gaz de schiste[2] ou du nucléaire[3].

Ainsi, le Premier ministre du Québec, Jean Charest, adore se pava­ner dans les grandes confé­rences cli­ma­tiques pour faire l’éloge de ses poli­tiques en matière de réduc­tion des émis­sions à effet de serre et mon­trer qu’on peut lui faire confiance comme diri­geant res­pon­sable et éclairé. Pourtant, son gou­ver­ne­ment consi­dère que l’exploitation des gaz de schiste est impor­tante pour le « déve­lop­pe­ment » du Québec afin d’assurer sa pré­ten­due indé­pen­dance éner­gé­tique[4], bien que cela va dimi­nuer et conta­mi­ner, notam­ment avec des pro­duits poten­tiel­le­ment can­cé­ri­gènes, les réserves d’eau sou­ter­raine (nappe phréa­tique), affec­ter les habi­tats natu­rels, l’air et la santé de la popu­la­tion ainsi qu’induire une aug­men­ta­tion des émis­sions de gaz à effet de serre – selon un rap­port réa­lisé par l’Agence de pro­tec­tion de l’environnement des États-Unis, l’activité du gise­ment de Barnett Shale, dans le nord du Texas, pollue plus que tout le trafic auto­mo­bile de cette ville de 725 000 habi­tants[5].

Ce même gou­ver­ne­ment a offert une garan­tie de prêt de 58 mil­lions de dol­lars pour per­mettre la relance des acti­vi­tés de la mine Jeffrey à Asbestos (en échange d’une mise de fonds de 25 mil­lions de dol­lars de la part de la com­pa­gnie), sous pré­texte que l’amiante chry­so­tile serait plus « sécu­ri­taire » que l’amiante cro­ci­do­lite. Le consen­sus est pour­tant bien établi : l’amiante, quel que soit son type, est dan­ge­reux pour la santé. Selon l’Institut natio­nal de santé publique du Québec (INSPQ) « l’état des connais­sances à ce jour permet de conclure que l’amiante chry­so­tile est un can­cé­ri­gène pour l’humain[6] ». Selon l’Organisation mon­diale de la santé (OMS), 100 000 décès dans le monde par année sont causés par l’amiante[7].

Dans le dos­sier de l’uranium, 20 méde­cins de la Côte-Nord ont menacé de démis­sion­ner en bloc afin de pro­tes­ter contre les impacts de l’exploitation éven­tuelle d’une mine d’uranium sur la santé de la popu­la­tion… et la leur. Les citoyenNEs se sont orga­ni­séEs pour exiger un mora­toire.

Des citoyenNEs, des méde­cins et des scien­ti­fiques réagissent, s’organisent et luttent, exi­geant ici un mora­toire, là l’abandon de pro­jets de « déve­lop­pe­ment » qui s’avèrent en fait du mal déve­lop­pe­ment. Ces luttes sont tou­te­fois secto­rielles, dis­per­sées et lar­ge­ment défen­sives. Comment ces batailles peuvent-elles se trans­for­mer et débou­cher sur une lutte glo­bale et offen­sive ? Ces ques­tions sont au cœur de nos pré­oc­cu­pa­tions… et de nos inquié­tudes, car il y a urgence.

L’humanité menacée !

L’urgence des pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux est telle que plu­sieurs, dont une majo­rité de scien­ti­fiques, pré­tendent avec force et convic­tion – et nous parta­geons ce point de vue – que l’avenir des socié­tés humaines est en jeu. Aux menaces de pol­lu­tions mul­tiples, à l’épuisement des res­sources, y com­pris halieu­tiques, s’ajoutent trois autres périls : la bio­di­ver­sité pré­ca­ri­sée et dimi­nuée tant par la mar­chan­di­sa­tion que par des des­truc­tions, l’amincissement de la couche d’ozone[8] qui nous pro­tège des rayons ultra­vio­lets (la consé­quence immé­diate est une aug­men­ta­tion sen­sible des can­cers de la peau) et le réchauf­fement global du climat qui pro­voque aussi bien des séche­resses que des inon­dations, tout en occa­sion­nant la fonte des glaces des pôles, dont l’une des consé­quences est la montée du niveau des mers, ce qui rend fort pro­bable des catas­trophes majeures pour les villes du lit­to­ral océa­nique et la dis­pa­ri­tion sous les eaux d’îles habi­tées[9].

Sans comp­ter la sali­ni­sa­tion des sols que l’élévation du niveau des mers pro­duit[10]. En 2010, l’élévation du niveau moyen des mers est esti­mée à 3,28 mm par an depuis l’année de réfé­rence, soit 1993[11].

La ques­tion éco­lo­gique concerne tout le monde. Il s’agit à la fois de l’existence de l’espèce humaine et, plus pro­saï­que­ment et immé­dia­te­ment, de la qua­lité comme de l’espérance de vie de popu­la­tions entières sou­mises tant à la lente dégra­da­tion de l’environnement qu’à la menace, déjà réa­li­sée dans cer­tains cas, de catas­trophes éco­lo­giques majeures.

Il n’est plus pos­sible d’ignorer cette évi­dence : l’humain n’exploite pas impu­né­ment la nature, car il en est une partie[12]. Toute atteinte létale à la nature finit par deve­nir une atteinte mor­telle à l’humain.

L’urgence des problèmes

Les catas­trophes éco­lo­giques d’origine indus­trielle se mul­ti­plient. En Hongrie, en 2010, un mil­lion de mètres cubes de boue rouge toxique s’est échappé d’un bassin de réten­tion sur le site d’une usine d’aluminium, détrui­sant l’écosystème envi­ron­nant et cau­sant la mort. Toujours en 2010, dans le Golfe du Mexique, l’explosion d’une plate-forme pétro­lière a causé la pire marée noire des États-Unis. Pendant des mois, de deux à trois mil­lions de litres de pétrole se sont écou­lés dans la mer chaque jour. Plus de 1 000 km de côtes ont été souillés. Les bayous (maré­cages) sont tou­jours englués dans le brut et leur net­toyage devrait prendre des années.

Il y a eu la mala­die de Minamata au Japon, une intoxi­ca­tion aux com­po­sés de mer­cure due au déver­se­ment par les usines chi­miques de la société Shin Nippon Chisso de nom­breux rési­dus de métaux lourds dans la mer. Or, cette mala­die affecte par­ti­cu­liè­re­ment les Autochtones qué­bé­cois ; c’est l’un des effets de la construc­tion de bar­rages hydro-élec­triques. Il y a eu de graves acci­dents nucléaires à Windscale/​Sellafield (Angleterre) en 1957 et en 2000, à Three Mile Island (États-Unis) en 1979, à Tchernobyl (Ukraine) en 1986[13], à Tokaï-mura en 2000 et à Fukushima Daichi (Japon) en 2011. Il y a eu la catas­trophe de Seveso en 1976, où un nuage conte­nant de la dioxine s’est échappé d’un réac­teur de l’usine chi­mique Icmesa se répan­dant sur la plaine lom­barde en Italie, l’explosion d’une usine de pes­ti­cides Union Carbide a dégagé 40 tonnes d’isocyanate de méthyle dans l’atmosphère de la ville de Bhopal (Inde) en 1984, etc. Les graves acci­dents létaux, qui se mul­ti­plient, ne sont pour­tant que la pointe de l’iceberg.

Environ sept mil­liards de tonnes par an de gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O, CFC) sont reje­tés dans l’atmosphère, dont la moitié n’est pas recy­clée par les océans ou les forêts. L’effet de serre, res­pon­sable du main­tien de tempéra­tures pro­pices à la vie à la sur­face de la pla­nète, s’en trouve dés­équi­li­bré, ce qui induit de graves per­tur­ba­tions du sys­tème cli­ma­tique com­plexe de la pla­nète, dont le réchauf­fe­ment global n’est qu’un aspect. Un autre aspect concerne la qua­lité dégra­dée de l’air et ses consé­quences, entre autres les mala­dies respira­toires et car­dio­vas­cu­laires plus fré­quentes. Selon l’OMS, les mala­dies res­pi­ra­toires repré­sentent une cause de sur­mor­ta­lité dans les pays de la péri­phé­rie capi­ta­liste et font partie des mala­dies les plus cou­rantes chez les enfants des pays capita­listes du centre.

L’année 2010 a été mar­quée par deux épi­sodes météo­ro­lo­giques excep­tion­nels. La Russie a connu une cani­cule meur­trière et le Pakistan a été frappé par des inon­da­tions catas­tro­phiques qui ont sub­mergé 160 000 km2.

Les catas­trophes dites natu­relles ont fait plus de 295 000 morts en 2010. La mor­ta­lité due à ces catas­trophes a aug­menté de 60 % entre les années 1980 et 2000 et le nombre de catas­trophes a été mul­ti­plié par trois en 50 ans. Au total, 950 catas­trophes natu­relles ont frappé la pla­nète en 2010. Un chiffre bien supé­rieur à la moyenne annuelle de ces 30 der­nières années avec 615 catas­trophes.

Le climat qui change pro­voque des condi­tions météo­ro­lo­giques extrêmes comme des séche­resses, des inon­da­tions, des oura­gans plus forts qu’auparavant, des vagues de cha­leur ou de froid. Les catas­trophes venant du tré­fonds de la Terre – les trem­ble­ments de terre, les érup­tions vol­ca­niques, les tsu­na­mis – sont plus fré­quentes.

Les cher­cheurs ont cal­culé que sans le réchauf­fe­ment du climat, la cani­cule de l’été 2010 en Russie ne se pro­dui­rait qu’une fois tous les 100 000 ans.

Des don­nées pré­li­mi­naires montrent que 2010 a été l’année la plus chaude jamais recen­sée dans 18 pays. Et elle pour­rait être l’année la plus chaude jamais réper­to­riée sur la pla­nète ou au moins, selon l’Organisation météo­ro­lo­gique mon­diale (OMM), l’une des trois plus chaudes. Entre 1995 et 2006, 11 des 12 années figurent parmi les 12 années les plus chaudes depuis 1850[14]. Depuis 1850, la tem­pé­ra­ture moyenne de la sur­face de la terre a aug­menté de 0,8 °C et elle aug­mente de plus en plus vite. Sur la décen­nie 2001-2010, les tempéra­tures mon­diales ont été en moyenne de 0,43 °C supé­rieures à la nor­male cal­cu­lée pour la période 1961-1990, soit le chiffre le plus haut jamais constaté pour une période de 10 ans[15].

Selon l’OMM, les prin­ci­paux gaz à effet de serre ont atteint leurs plus hauts niveaux jamais obser­vés depuis l’époque pré­in­dus­trielle. Selon le Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évolution du climat (GIEC), une hausse de 1 °C du climat inten­si­fiera la séche­resse dans les régions sub­tro­pi­cales et dans les régions semi-arides. Une hausse de 2 °C sou­met­tra, chaque année, des mil­lions de per­sonnes sup­plé­men­taires à des inon­da­tions côtières. À partir de 3,5 °C, « la baisse de la pro­duc­ti­vité agri­cole sera pro­ba­ble­ment géné­ra­li­sée pour toutes les céréales, à toutes les lati­tudes[16] ». Déjà en 1999, le nombre de réfu­giéEs cli­ma­tiques dépas­sait celui des réfu­giéEs de guerre. Les causes les plus impor­tantes sont la perte de fer­ti­lité des sols, la séche­resse, les inon­da­tions et la défo­res­ta­tion ; ces causes sont sou­vent inter­con­nec­tées. À partir de +2,5 °C, une partie des éco­systèmes com­men­cera à émettre plus de CO2 qu’ils ne peuvent en absor­ber.

Selon le GIEC, un accrois­se­ment de tem­pé­ra­ture de 2 °C de la pla­nète, par rap­port au niveau pré­in­dus­triel, consti­tue un seuil fati­dique au-delà duquel la capa­cité des socié­tés et des éco­sys­tèmes à s’adapter est mena­cée. D’où cet objec­tif – ne pas dépas­ser un réchauf­fe­ment de 2 °C – pour les gou­ver­ne­ments qui négo­cient un accord pour réduire les gaz à effet de serre. Pour y arri­ver, les pays capi­ta­listes domi­nants, qui sont les pays les plus pol­luants, devraient réduire leurs émis­sions de 80 à 95 % d’ici 2050 (par rap­port à 1990) et les autres pays de 15 à 30 %. Pour atteindre cet objec­tif, il faut que les pre­miers réduisent, d’ici 2020, de 25 à 40 % leurs émis­sions. Ces réduc­tions per­met­traient de main­te­nir la hausse de tem­pé­ra­ture de +2 à +2,4 °C par rap­port à 1780 [17].

Près de 20 % de la sur­face des récifs coral­liens – la forêt tro­pi­cale des océans – a dis­paru et un autre 25 % est menacé. L’acidification des océans y est sans doute pour beau­coup[18]. À partir d’un réchauf­fe­ment de 1 °C, 30 % des espèces ani­males et végé­tales courent un risque aigu d’extinction. Si 21 espèces de ver­té­brés ont dis­paru au xviie siècle, 38 au xviiie, 84 au xixe, 270 au xxe, 8 500 sont mena­cées à court terme aujourd’hui[19]. Selon le GIEC, si la tem­pé­ra­ture s’élevait de plus de 3,5 °C, de 40 à 70 % des espèces recen­sées pour­raient dis­pa­raître de la sur­face du globe.

La diver­sité bio­lo­gique a reculé. Cela repré­sente un péril pour l’humain, pas seule­ment pour la nature. Sur les 400 000 varié­tés de riz naguère culti­vées, il n’en reste que 50 seule­ment. De nom­breuses varié­tés de fruits, de légumes et de céréales ont dis­paru au profit de quelques varié­tés limi­tées, sou­vent sans goût, mais faciles à com­mer­cia­li­ser. Quelque 70 % des stocks mon­diaux de pois­sons sont sur­ex­ploi­tés par la pêche indus­trielle et sont inca­pables de se renou­ve­ler. Environ 90 % de la forêt tro­pi­cale a déjà dis­paru[20]. On a donc assisté à un extra­or­di­naire appau­vris­se­ment du patri­moine géné­tique. Plus un milieu est divers, plus il est équi­li­bré. Plus il pro­cède de la mono­cul­ture, plus il est fra­gile et plus il appau­vrit les sols. L’agrobusiness com­pense cet appau­vris­se­ment par l’utilisation mas­sive d’engrais et de pes­ti­cides les­quels, avec leurs nitrates et leurs phos­phores, eutro­phisent les rivières et les lacs, pol­luent gra­ve­ment la nappe phréa­tique et dégra­dent la couche d’ozone ; à terme, l’utilisation d’engrais indus­triels et de pesti­cides déser­ti­fie les sols. Aujourd’hui, un autre pas en avant a été fait dans l’indus­tria­lisation de l’agriculture avec les OGM (orga­nismes géné­ti­que­ment modi­fiés), qui sou­mettent davan­tage les agri­cul­teurs aux mul­ti­na­tio­nales[21].

Le réchauf­fe­ment de l’Arctique consti­tue une bombe à retar­de­ment, car la fonte des glaces risque de pro­vo­quer un relar­gage de gaz à effet de serre – tout comme le dégel du per­gé­li­sol (sous-sol gelé en per­ma­nence).

Le sys­tème capi­ta­liste de pro­duc­tion pollue à grande échelle et en profon­deur. Les éco­sys­tèmes sont fra­gi­li­sés, cer­tains sont défi­ni­ti­ve­ment morts. La défo­res­ta­tion se pour­suit pour pro­duire notam­ment des agro­car­bu­rants « verts », lar­ge­ment sub­ven­tion­nés, qui ont des effets sociaux tout aussi des­truc­teurs que leurs consé­quences sur les éco­sys­tèmes[22]. Surtout, toutes ces acti­vi­tés se conjuguent dans un pro­ces­sus cumu­la­tif d’effet de serre que l’humanité ne peut empê­cher, mais seule­ment espé­rer amoin­drir. À la condi­tion tou­te­fois de remettre rapi­de­ment en cause la logique même de l’accumulation du capi­tal et de trans­for­mer radi­ca­le­ment notre monde.

Bref, les dégâts causés à l’environnement ont sou­vent des effets irré­ver­sibles, et la crise éco­lo­gique met en danger la vie de mil­lions de gens et peut-être même la vie sur terre, du moins dans plu­sieurs régions.

Les éco­lo­gistes ont été les pre­miers à nous aver­tir de ces graves pro­blèmes, à nous faire prendre conscience de la fra­gi­lité des éco­sys­tèmes, à pro­po­ser de lutter contre les dif­fé­rentes pol­lu­tions et à pro­té­ger la bio­di­ver­sité.

L’écologisme, critique du procès de production industriel

Pour les éco­lo­gistes, les socié­tés indus­trielles induisent de telles des­truc­tions des éco­sys­tèmes qu’elles semblent insur­mon­tables et pour plu­sieurs défi­ni­tives. Cette thèse fon­da­men­tale s’appuie sur plu­sieurs fac­teurs syner­giques, c’est-à-dire met en lumière dif­fé­rentes chaînes cau­sales que l’on peut, sché­ma­ti­que­ment, résu­mer ainsi :

1) L’industrialisation s’est jusqu’à pré­sent nour­rie de sources d’énergie qui, dans l’ensemble, sont non renou­ve­lables, notam­ment les com­bus­tibles fos­siles et les matières fis­siles ; elles sont extrê­me­ment pol­luantes. Éventuellement, ces res­sources s’épuiseront. La crise éner­gé­tique appré­hen­dée amène les puis­sances indus­trielles à donner une prio­rité à la pro­duc­tion de sources d’énergie alter­na­tives, dont les agro­car­bu­rants et les gaz de schiste. Ces éner­gies sont elles-mêmes très pol­luantes. Certains pays, en par­ti­cu­lier les États-Unis, veulent relan­cer l’in­dustrie du char­bon et de la houille, rebap­ti­sée pour l’occasion « propre et verte », grâce au pos­sible cap­tage et au sto­ckage du car­bone (puits de CO2), un « remède » qui pour­rait s’avérer pire que le mal.

2) Le pro­ces­sus indus­triel actuel dépend aussi de l’exploitation de matières pre­mières miné­rales, notam­ment des métaux, qui sont non renou­ve­lables. Là aussi, on peut entre­voir l’épuisement des gise­ments. Aujourd’hui, il y a une ruée aux « terres rares », un groupe de 17 métaux aux pro­prié­tés électromagné­tiques très recher­chées dans les tech­no­lo­gies de pointe, les éner­gies renouve­lables, l’électronique, etc. Leur pro­ces­sus d’extraction et de trai­te­ment est long et très pol­luant.

3) Les besoins en eau du procès indus­triel ont atteint un tel niveau que le cycle natu­rel ne peut plus y suf­fire. Cela ne manque pas de pro­duire des per­tur­ba­tions dans le cycle d’évaporation et de pré­ci­pi­ta­tion, et donc de pro­vo­quer des chan­ge­ments cli­ma­tiques. On exploite à outrance les réserves d’eau du sous-sol (pour les pays bien munis en eau, on pense à la détour­ner pour la vendre à d’autres pays moins bien pour­vus, bref à alié­ner un bien commun – ce qui est déjà le cas pour l’eau de source mise en bou­teille et vendue dans le com­merce). Théoriquement, l’issue conce­vable est le des­sa­le­ment des eaux de mer, ce qui néces­site une telle consom­ma­tion d’énergie que le pro­ces­sus décrit au pre­mier point sera accé­léré de façon impor­tante.

4) La pro­duc­tion des den­rées ali­men­taires est domi­née par l’agrobusiness. Ses ten­ta­tives d’augmenter le ren­de­ment agri­cole conduisent à de nou­veaux dés­équi­libres éco­lo­giques, tels que l’érosion, la déser­ti­fi­ca­tion, la pol­lu­tion par des sub­stances toxiques (engrais, pes­ti­cides, etc.) et la réduc­tion de la varia­bi­lité géné­tique. Par ailleurs, la terre est limi­tée en terme de sur­faces culti­vables. L’exploitation de la mer se heurte à d’autres limites, dont la repro­duc­tion des espèces, les­quelles sont d’ores et déjà sur­ex­ploi­tées.

5) La pol­lu­tion induit des dés­équi­libres et des dys­fonc­tion­ne­ments de toutes sortes d’une com­plexité inima­gi­nable. L’empoisonnement par des sub­stances toxiques, les dom­mages phy­sio­lo­giques causés par les pes­ti­cides, les iso­topes radio­actifs, les déter­gents, les pro­duits phar­ma­ceu­tiques, les engrais indus­triels, le plomb et le mer­cure, les sub­stances car­ci­no­gènes et muta­gènes, et par beau­coup d’autres encore, ne consti­tue qu’un aspect du pro­blème. La ques­tion des déchets non recy­clables en est un autre aspect. Il faut éga­le­ment prendre en compte les trans­for­ma­tions dans la com­po­si­tion de l’atmosphère, du sol et de l’eau : for­ma­tion de smogs, modi­fi­ca­tions cli­ma­tiques, trans­for­ma­tion des rivières, des lacs et des océans, etc. Sans comp­ter, bien sûr, l’ensemble des mala­dies indus­trielles.

6) La pol­lu­tion psy­chique, c’est-à-dire l’exposition crois­sante à des bruits exces­sifs et d’autres nui­sances, est cause de stress dif­fi­ciles à ana­ly­ser.

7) La pol­lu­tion ther­mique consti­tue une ultime limite cri­tique. Les lois de la ther­mo­dy­na­mique montrent que, en théo­rie, cette limite ne peut pas être fran­chie. Tout pro­ces­sus de conver­sion éner­gé­tique libère de la cha­leur. Les consé­quences de cette pro­duc­tion géné­rale de cha­leur à l’échelle pla­né­taire com­mencent à être com­prises et élu­ci­dées. Toutes ces causes évo­quées ici – et pour les néo­mal­thu­siens, il faut ajou­ter celle de la crois­sance « incon­trô­lée » de la popu­la­tion mon­diale, en par­ti­cu­lier dans le tiers-monde[23] – inter­fèrent les unes avec les autres, étant mutuel­le­ment dépen­dantes.

Écologisme et « capitalisme vert »

Les pro­blèmes éco­lo­giques sont mul­tiples et variés, même si, fondamentale­ment, ils sont étroi­te­ment imbri­qués les uns aux autres. Toutefois, cela explique la diver­sité des mou­ve­ments éco­lo­gistes, leurs sphères d’action par­ti­cu­lières et leurs reven­di­ca­tions sec­to­rielles. Ces mou­ve­ments pro­cèdent de pen­sées qui peuvent varier de l’adaptation au capi­ta­lisme, qu’il s’agit de « verdir », à la remise en cause radi­cale de ce mode de pro­duc­tion. Il y a plu­sieurs grands cou­rants en éco­lo­gie poli­tique qui vont d’une éco­lo­gie ins­ti­tu­tion­nelle, laquelle situe son action au sein de l’ordre capi­ta­liste, à une éco­lo­gie « pro­fonde », qui peut s’avérer anti­hu­ma­niste, en pas­sant par l’écosocialisme[24]. Les éco­lo­gistes consti­tuent à la fois un mou­ve­ment social et des partis poli­tiques. Ils ne défendent pas tous le même pro­gramme. Plusieurs éco­lo­gistes, et non les moindres, adhèrent à des partis anti­ca­pi­ta­listes plutôt que de mili­ter dans des partis verts. Entre autres, parce que plu­sieurs partis verts ont adopté une poli­tique gra­dua­liste et réfor­miste qui découle, comme celle des sociaux-démo­crates, d’une par­ti­ci­pa­tion à la ges­tion quo­ti­dienne de l’État et de l’économie capi­ta­listes. Conséquemment, ils sont moins fidèles à leur crédo éco­lo­giste ini­tial (en fonc­tion des « néces­saires » com­pro­mis poli­tiques) et, tout comme la social-démo­cra­tie, leur pers­pec­tive est social-libé­rale ou plus exac­te­ment éco-libé­rale. De nom­breux partis verts ont par­ti­cipé à des gou­ver­ne­ments sociaux-libé­raux de gauche ou de centre-gauche (Allemagne, France, Italie) ainsi que de centre-droit ou de droite (Belgique, Finlande, Lettonie, République Tchèque).

Par ailleurs, la pro­tec­tion de l’environnement est deve­nue une nou­velle branche de la crois­sance éco­no­mique capi­ta­liste, dont le coût est reporté soit sur les prix, soit direc­te­ment trans­formé en charge sociale dans les bud­gets gouverne­mentaux sous forme de sub­ven­tions[25], de taxes et de mesures directes des auto­ri­tés publiques, les­quelles pour finan­cer le tout sabre­ront dans d’autres dépenses, notam­ment celles jugées non pro­fi­tables, ce qui concerne géné­ra­le­ment les ser­vices aux citoyenNEs.

Le com­plexe indus­triel capi­ta­liste tend donc à réa­li­ser des pro­fits de deux manières : sur le marché tra­di­tion­nel, où les pro­duits de consom­ma­tion sont fabri­qués avec des effets pol­luants impor­tants, et sur un autre où la pol­lu­tion sera en partie maî­tri­sée par des moyens tech­niques finan­cés par les deniers publics. Rien n’est à l’abri : l’agriculture bio­lo­gique a été inves­tie par l’agrobusiness : des pou­lets élevés en bat­te­rie, des tomates ou des fraises pro­duites hors saison, avec des fer­ti­li­sants et en mono­cul­ture, sont cer­ti­fiées « bio ».[26]

Le capi­ta­lisme se carac­té­rise par un pro­duc­ti­visme qui génère de constantes révo­lu­tions tech­no­lo­giques et une rota­tion de plus en plus rapide tant du capi­tal que des mar­chan­dises, ce qui engendre des gas­pillages fan­tas­tiques.

Lorsqu’il s’agit de dépol­luer, l’État prend géné­ra­le­ment en charge les coûts, en don­nant des contrats très ren­tables à des firmes qui se sont spé­cia­li­sées dans ce sec­teur d’activité. Les indus­triels ont engrangé d’énormes pro­fits en uti­li­sant et en pol­luant ce qui relève du bien commun, puis c’est la col­lec­ti­vité qui a la charge de dépol­luer. Socialisation des coûts, pri­va­ti­sa­tion des pro­fits, c’est là l’une des dyna­miques intrin­sèques du sys­tème capi­ta­liste qui, depuis ses ori­gines, sur­ex­ploite la nature, l’autre source de sa richesse avec son exploi­ta­tion de la force de tra­vail humaine.

Les grandes firmes capi­ta­listes ont acquis une influence sur d’importants mou­ve­ments éco­lo­gistes. Elles sont repré­sen­tées dans toutes les com­mis­sions gou­vernementales ou pri­vées qui s’occupent de la pro­tec­tion de l’environne­ment. Leur ascen­dance sur les légis­la­tions est indu­bi­table. De nom­breux indices attestent que des cam­pagnes éco­lo­giques ont été lan­cées par ces grandes firmes ou par des offi­cines gou­ver­ne­men­tales influen­cées par elles. Dès 1971, James Ridgway dans son livre The Politics of Ecology ana­ly­sait le « com­plexe éco-indus­triel », c’est-à-dire le rôle du monde des affaires dans la pro­mo­tion de cam­pagnes éco­lo­giques et la liai­son entre les affaires, les poli­ti­cienNEs, le gou­ver­ne­ment local et des « ini­tia­tives citoyennes[27] ».

Le mou­ve­ment éco­lo­giste peut donc être vam­pi­risé par le capi­ta­lisme. Il n’en reste pas moins que, dans sa grande majo­rité, il n’est pas au ser­vice des inté­rêts du Capital. S’il peut être vam­pi­risé, c’est parce qu’il y a confu­sion, au niveau de l’analyse, des buts pour­sui­vis, des moyens à uti­li­ser et des objec­tifs à atteindre.

La thèse cen­trale de l’écologisme, selon laquelle, si le pro­ces­sus d’industrialisation pré­sent se pour­suit, il y aura des consé­quences catas­tro­phiques pour la vie est tota­le­ment fondée. Toutefois, cette thèse fait l’économie de l’analyse du mode de pro­duc­tion qui sous-tend cette indus­tria­li­sa­tion et, par là même, induit dans la jus­tesse de la thèse cen­trale un biais poten­tiel­le­ment rétro­grade.

L’industrialisation capi­ta­liste s’est réa­li­sée, sur un mode par­ti­cu­lier qui n’a pas d’équivalent his­to­rique. Karl Marx sou­li­gnait que « dans l’histoire des modes de pro­duc­tion, aucune classe n’a exploité, n’a détruit le cadre de vie de la majo­rité de l’humanité aussi bru­ta­le­ment que la bour­geoi­sie[28] ». Voici un siècle et demi envi­ron, l’industrialisation a rendu quasi inha­bi­tables des villes et des régions rurales entières. La situa­tion de l’environnement sur les lieux de tra­vail – usines et mines – était dan­ge­reuse pour la vie (ce qu’elle est encore aujourd’hui, mais moins grâce aux luttes syn­di­cales). Le bruit était infer­nal, les gens res­pi­raient un air pollué par des gaz explo­sifs et empoi­son­nés, aussi bien que par des parti­cules et des matières for­te­ment conta­mi­nées. La puan­teur était inima­gi­nable. On uti­li­sait des pro­duits toxiques de toutes sortes dans la pro­duc­tion. La nour­ri­ture était mau­vaise et cor­rom­pue. Les mesures de sécu­rité n’existaient pas. La sur­population des quar­tiers ouvriers était notoire. Le pro­blème de l’eau potable et du drai­nage était ter­ri­fiant. Aucune méthode orga­ni­sée de des­truc­tion des ordures n’existait.

De telles condi­tions auraient dû nour­rir la réflexion éco­lo­gique. Serait-ce parce que le pro­blème éco­lo­gique n’apparaissait pas comme vital lorsque la pol­lu­tion indus­trielle sem­blait se cir­cons­crire dans ses effets aux seulEs sala­riéEs et à la pay­san­ne­rie ? Aujourd’hui, il est de plus en plus impro­bable de béné­fi­cier d’un envi­ron­ne­ment privé per­met­tant d’échapper aux consé­quences de la pollu­tion. On a beau pos­sé­der sa propre plage et vivre dans des quar­tiers loin des usines pol­luantes, il n’en reste pas moins que la pol­lu­tion de l’eau et de l’air ne s’occupe guère des fron­tières créées par la pro­priété privée.

L’analyse socia­liste, qui met en lumière la divi­sion de la société en classes sociales et ses effets, permet de penser les ques­tions éco­lo­giques d’une façon dif­fé­ren­ciée, ce qui a évi­dem­ment des consé­quences sur le pro­gramme ainsi que sur les stra­té­gies poli­tiques.

Effets différenciés sur les classes sociales

L’image du vais­seau-Terre dont nous serions tous pas­sa­gers, donc inter­dé­pen­dants et cores­pon­sables, par­ta­geant une com­mu­nauté d’intérêts face à notre avenir commun, masque la réa­lité des anta­go­nismes sociaux. Les effets de la pol­lu­tion ont des impacts diver­si­fiés sur les com­mu­nau­tés humaines, pous­sant à leur paroxysme les conflits sociaux. Le nau­frage d’un vais­seau engendre néces­sai­re­ment des formes par­ti­cu­liè­re­ment aigües de lutte de classes pour l’appropriation des canots de sau­ve­tage. Lors du nau­frage du Titanic, 75 % des pre­mières classes ont sur­vécu, tandis que 75 % des troi­sièmes classes sont décé­dées[29].

Depuis le tout début du capi­ta­lisme, la bour­geoi­sie est consciente des effets de la pol­lu­tion et s’est orga­ni­sée pour ne pas trop en subir les consé­quences. Ainsi, à l’origine, les villes ont été orga­ni­sées pour que les classes domi­nées subissent le gros de la pol­lu­tion de l’air. Les vents domi­nants vont d’ouest en est, les quar­tiers ouvriers se retrouvent dans l’est des villes, rece­vant les parti­cules pol­luantes, tandis que, géné­ra­le­ment, les quar­tiers bour­geois se situent dans l’ouest, sauf dans le cas où il y a une col­line ou une mon­tagne. Au Canada, cela se com­bine à un autre fac­teur : celui des nations domi­nées. Dans l’est du pays, les quar­tiers fran­co­phones sont dans la partie est des villes, dans l’ouest du pays, on retrouve les Autochtones dans l’est des villes.

La société bour­geoise a parqué les sala­riéEs dans les cités qui se sont dévelop­pées autour des usines nais­santes. Cela est encore par­ti­cu­liè­re­ment évident dans l’Est de Montréal, autour des grandes raf­fi­ne­ries. La carac­té­ris­tique prin­ci­pale de la ville capi­ta­liste réside dans le contraste entre les beaux quar­tiers et les quar­tiers de sala­riéEs et d’immigrantEs ; cette pola­ri­sa­tion sociale est direc­te­ment liée au carac­tère privé de la pro­priété du sol. Les condi­tions d’existence favo­risent une sur­mor­ta­lité des classes domi­nées, dont l’espérance de vie est moindre que celle des domi­nants. Ainsi, un enfant né dans une ban­lieue indus­trielle de Glasgow, en Écosse, aura une espé­rance de vie infé­rieure de 28 ans à un autre né à peine 13 kilo­mètres plus loin et 886 202 décès auraient pu être évités entre 1991 et 2000 aux États-Unis si le taux de mor­ta­lité avait été le même chez les Afro-Américains que chez les Blancs[30].

Au xxe siècle, le déve­lop­pe­ment sys­té­ma­ti­que­ment encou­ragé de l’automobile et du camion comme moyens de trans­port des per­sonnes et des mar­chan­dises, conju­gué à l’essor des ban­lieues, qui sont de véri­tables déserts cultu­rels obli­geant les gens à prendre leur auto­mo­bile pour accé­der aux pro­duits cultu­rels, créent des dif­fi­cul­tés inso­lubles. Les pro­blèmes de pol­lu­tion – dont la cir­cu­la­tion moto­ri­sée est la pre­mière res­pon­sable – repré­sentent un coût éco­lo­gique et humain de plus en plus dif­fi­cile à sup­por­ter.

En ce qui concerne les effets sur les socié­tés du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, le scé­na­rio du Titanic risque de se répé­ter, mais à une échelle incommensurable­ment plus vaste. Ce sont clai­re­ment les popu­la­tions les plus pauvres de la pla­nète qui en subi­ront les effets les plus néga­tifs. Selon Nicholas Stern, il y aura sans doute plus de 200 mil­lions de réfu­giéEs cli­ma­tiques d’ici quelques années[31]. La faim et la mala­die seront le lot de mil­lions de per­sonnes, d’abord dans les régions les plus vul­né­rables, d’autant que la situa­tion s’est pas­sa­ble­ment dégra­dée depuis 50 ans. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimen­tation et l’agriculture (FAO), 925 mil­lions de per­sonnes sont vic­times de faim chro­nique dans le monde en 2010, dont 15 mil­lions dans les pays riches[32]. Selon la Conférence des Nations Unies pour le com­merce et le déve­lop­pe­ment « le nombre de pays très pauvres a doublé en qua­rante ans pas­sant de 25 en 1971 à 49 en 2010 et il en fut de même pour le nombre de per­sonnes vivant dans l’extrême pau­vreté depuis les années 1980[33] ».

CitoyenNEs (ir)responsables !

Le chan­ge­ment cli­ma­tique repré­sente une grave menace glo­bale qui exige une réponse glo­bale urgente. Une ques­tion-clé est de savoir com­ment nous pou­vons réduire les gaz à effet de serre. Vraisemblablement, malgré l’urgence, les gou­ver­ne­ments bour­geois demeurent empê­trés dans leurs contra­dic­tions, d’où l’échec de la confé­rence de Copenhague, celle de Cancún par ailleurs n’ayant accou­ché que d’une souris. Une des solu­tions trou­vées avec l’accord de Kyōto, bien dans la ligne de la logique mer­can­tile, est l’émission de droits de pol­luer (moné­ta­ri­sa­tion de la pol­lu­tion via une bourse du car­bone, objet déjà de spé­cu­lations impor­tantes). Dans la logique capi­ta­liste, ce qui n’a pas de valeur mar­chande ne compte pas. Pour résoudre la crise éco­lo­gique, il s’agit pour ses idéo­logues de réus­sir à alié­ner (mar­chan­di­ser) l’environnement, à lui donner une valeur d’échange[34]. Alors, puisque cela aura une valeur mar­chande, le capi­ta­liste aura peut-être inté­rêt à pro­té­ger l’environnement plutôt que de l’exploiter. Ce n’est cer­tai­ne­ment pas ce qui se passe dans le cas des gaz de schiste, ni d’ailleurs dans les autres cas.

Une autre réponse est de res­pon­sa­bi­li­ser et, par le fait même, de culpa­bi­li­ser les indi­vi­dus en fai­sant appel à leur conscience tout en igno­rant ou plutôt en fei­gnant d’ignorer les causes struc­tu­relles de la crise éco­lo­gique. On en pro­fite pour aug­men­ter de façon impor­tante les prix à la consom­ma­tion, donc les pro­fits, sous pré­texte qu’ainsi la consom­ma­tion sera moindre, donc la pol­lu­tion bais­sera. Ce n’est pas tota­le­ment faux, mais ainsi on évite de poser la ques­tion déci­sive de l’accumulation du capi­tal et sa logique de la crois­sance conti­nue. C’est un sys­tème qu’il faut remettre en ques­tion, pas seule­ment le com­por­te­ment des indi­vi­dus.

Aussi, on a pu accu­ser la ména­gère, qui uti­lise des déter­gents, d’être respon­sable de la pol­lu­tion de l’eau. Tout comme on accuse l’automobiliste d’être res­pon­sable de la pol­lu­tion de l’air. Évidemment, cela sert à dédoua­ner l’industrie qui a imposé ses choix de pro­duc­tion à la popu­la­tion. Ses lob­bies ont pu faire déman­teler, dans la plu­part des villes, le tram­way élec­trique au profit de l’autobus et de la voi­ture beau­coup plus pol­luants.

L’exemple des déter­gents est, à ce sujet, éclai­rant. Le marché des déter­gents indus­triels et ména­gers est une véri­table mine d’or pour les capi­ta­listes. Depuis le début des années 1950, ce sec­teur de pro­duc­tion est l’enjeu d’une lutte féroce entre les com­pa­gnies qui ont vu leur nombre dimi­nuer alors que leur taille crois­sait. La lutte se mène, comme d’habitude, à coups d’innovations tech­no­lo­giques qu’une publi­cité monstre impose aux consom­ma­trices et aux consom­ma­teurs. Au début des années 1960, les déter­gents rem­placent tota­le­ment le savon et ses déri­vés. Ils sont com­po­sés de deux élé­ments : le pre­mier (la majeure partie du déter­gent), à base de phos­phates, sert à adou­cir l’eau, le deuxième, dit agent de sur­face, a la même action que le savon, mais en plus fort. Conséquence : la mousse dans les égouts, les rivières, les lacs et jusque dans l’eau du robi­net. Cette pol­lu­tion est due au fait que les agents de sur­face ne sont pas bio­dé­gra­dables. Grâce à la contrainte de la loi, à partir de 1964, l’industrie des déter­gents rem­place, en traî­nant les pieds, les agents de sur­face par d’autres biodégra­dables. À la fin des années 1960, les com­pa­gnies font des agents de sur­face bio­dé­gra­dables un argu­ment publi­ci­taire. Toutefois, la prin­ci­pale pol­lu­tion par les déter­gents reste à décou­vrir : l’eutrophication crois­sante des lacs. Les lacs connaissent une crois­sance effré­née des algues (cya­no­bac­té­ries) qui épuisent leur oxy­gène. Les ani­maux meurent ou fuient. L’oxygène manque pour la décom­po­si­tion des orga­nismes morts : l’eau est impropre à la consom­ma­tion et aux bai­gnades. Cette sur­fer­ti­li­sa­tion des lacs pro­vient des phos­phates et des phos­phores. Le lac Érié est l’exemple, à l’époque, du cas le plus catas­tro­phique d’eutrophication[35]. Les années 1970 voient les sta­tions d’épuration des eaux uti­li­ser de nou­veaux pro­duits chi­miques des­ti­nés à éli­mi­ner ces pro­duits toxiques, mais cela se fait aux frais des contri­buables et non de l’industrie res­pon­sable de cette pol­lu­tion. Puis, on découvre jusqu’à 70 ppm d’arsenic dans les sub­stances des déter­gents. L’arsenic est un poison cumu­la­tif. Les chi­mistes des com­pa­gnies de déter­gents le savaient, mais les for­mules chi­miques sont tenues secrètes, concur­rence et pro­priété privée obligent ! Les pou­voirs publics réagissent après coup lorsque les effets nocifs deviennent évi­dents. C’est tou­jours après un cer­tain temps… trop sou­vent quand les consé­quences sur l’environnement sont graves, sinon irré­ver­sibles. Actuellement, envi­ron 90 % de la dégra­da­tion du lit­to­ral méditer­ranéen marin et fores­tier serait dû aux seuls ten­sio­ac­tifs, c’est-à-dire au pou­voir dégrais­sant des déter­gents[36].

La ména­gère est res­pon­sable ? Pourquoi pas glosent cer­tainEs, puisqu’on lui offre sur le marché des déter­gents « verts » qui coûtent certes plus cher, mais qui ne sont pas aussi nocifs. Si elle ne fait pas le bon choix, c’est qu’elle est irres­pon­sable ! Mais com­ment peut-elle dis­tin­guer les « vrais » pro­duits éco­lo­giques des « faux » pro­duits verts ? Dans les rayons des super­mar­chés, les net­toyants ména­gers s’affichent de plus en plus « verts ». Face à cette offen­sive de mar­ke­ting, peu peuvent se tar­guer de pou­voir faire le bon choix, à moins d’être unE chi­miste che­vron­néE et de savoir, en lisant l’étiquette des ingré­dients uti­li­sés – lorsqu’il y a une telle éti­quette –, quels en sont les effets sur l’environnement (y com­pris par leur com­bi­nai­son).

Cela ne veut pas dire qu’il faut cesser de conscien­ti­ser et de res­pon­sa­bi­li­ser la popu­la­tion, bien au contraire. Toutefois, il s’agit de mettre davan­tage l’accent sur les causes struc­tu­relles de la pol­lu­tion, qui sont liées à l’appropriation privée des moyens de pro­duc­tion géné­ra­trice de pro­fits et d’accumulation de capi­tal.

Dans le cas des déter­gents, on a là le cycle ordi­naire du cours des choses dans le sys­tème : la course au profit engendre une pol­lu­tion impor­tante et les classes popu­laires en sup­portent les effets (eau moins potable, mala­dies induites par les pro­duits toxiques, inter­dic­tion des bai­gnades, etc.), pour les­quels ils seraient en fin de compte res­pon­sables par leurs choix de consom­ma­tion. Puis, les capi­ta­listes leur font payer les coûts de la dépol­lu­tion sous formes de taxes, d’impôts et d’augmentation de prix, sans comp­ter les sub­ven­tions et les dégrè­ve­ments fis­caux qui sont accor­dés aux indus­triels pour qu’ils inves­tissent dans des tech­niques rédui­sant leur pol­lu­tion et dans les éner­gies dites vertes, dont un cer­tain nombre ne le sont pas…

Valeur d’usage contre valeur d’échange

Dans le sys­tème actuel, une mar­chan­dise quel­conque, comme une paire de sou­liers, vendue sur un marché local, a été pro­duite via le tra­vail de diffé­rentes per­sonnes dans dif­fé­rents pays. Si l’assemblage a été réa­lisé en Chine, le cuir pro­duit en Argentine, la colle en Inde, le fil en Afrique du Sud, la modé­li­sa­tion et le patro­nage ont été réa­li­sées en Italie, la coupe et le piquage au Maroc, etc. La machi­ne­rie, elle, pro­vient du Canada, du moins ses pièces les plus impor­tantes, mais elle a été assem­blée en Slovaquie. Les métaux uti­li­sés pour la fabri­quer pro­viennent eux aussi de dif­fé­rents pays : ils ont été expor­tés pour une pre­mière trans­for­ma­tion, puis expor­tés à nou­veau vers une usine pro­duc­trice de machines. Le pétrole néces­saire à la pro­duc­tion des plas­tiques de la machine pro­vient du Venezuela ou de l’Arabie saou­dite, a été exporté, puis raf­finé en Allemagne, trans­formé en feuilles de plas­tique en Turquie, les­quelles ont été réex­por­tées et trans­for­mées à nou­veau aux États-Unis, tout comme les fils de laiton, les puces infor­ma­tiques, qui pro­viennent d’une maqui­da­lora mexi­caine, etc. Tout ce pro­ces­sus pollue énor­mé­ment et laisse une lourde empreinte éco­lo­gique.

La divi­sion sociale capi­ta­liste du tra­vail, qui est inter­na­tio­nale, repré­sente non seule­ment « l’expression éco­no­mique du carac­tère social du tra­vail dans le cadre de l’aliénation[37] », mais éga­le­ment l’une des grandes causes de la pol­lu­tion. La divi­sion sociale du tra­vail, qui a été engen­drée par la pro­duc­tion mar­chande et qui est son socle, soumet la cam­pagne à la ville, les femmes aux hommes, le manuel à l’intellectuel, le sala­riat à la bour­geoi­sie, les pays de la péri­phé­rie aux pays capi­ta­listes du centre. Autrement dit, par sa dyna­mique intrin­sèque, la pro­duc­tion mar­chande géné­ra­li­sée est non seule­ment géné­ra­trice d’aliénation et de sou­mis­sion de la majo­rité des humains à une mino­rité, mais de pol­lu­tion et de des­truc­tion de l’écosystème ter­restre. En ce sens, le capi­ta­lisme vert s’avère une utopie rétro­grade, car il ne s’attaque pas à l’une des prin­ci­pales causes de la pol­lu­tion : la divi­sion inter­na­tio­nale capi­ta­liste du tra­vail.

Pour remettre en cause cette divi­sion du tra­vail, il s’agit de briser avec la logique de la pro­duc­tion mar­chande géné­ra­li­sée pour pri­vi­lé­gier une société basée sur la valeur d’usage, ce qu’est le socia­lisme[38]. Pour accé­lé­rer la rota­tion du capi­tal et per­mettre l’accumulation, la vie utile des mar­chan­dises a été réduite et la consom­ma­tion accé­lé­rée, via notam­ment les inci­ta­tifs publi­ci­taires et le crédit à la consom­ma­tion. Produire selon une autre logique, en fonc­tion de la valeur d’usage, allon­ge­rait la vie des pro­duits, per­met­trait d’utiliser moins de matières pre­mières, consé­quem­ment moins d’énergie, et géné­re­rait moins de déchets. Cela aurait pour consé­quence, entre autres, de valo­ri­ser l’agriculture pay­sanne bio­lo­gique. Cela entraî­ne­rait une révo­lu­tion dans l’éducation – elle ne serait plus sou­mise aux besoins de for­ma­tion des entre­prises, donc du marché de la force de tra­vail –, dans la fabri­ca­tion des médi­ca­ments, qui tien­drait compte des mala­dies exis­tantes et non de la ren­ta­bi­lité des pro­duits, etc. Bref, l’humain, dont la force de tra­vail elle-même ne serait plus une mar­chan­dise, et l’écosphère seraient au centre des pré­oc­cu­pa­tions.

L’appel de cer­tains cou­rants éco­lo­gistes à l’intérêt commun, qui exige sacri­­fices et dis­ci­pline, a déjà été repris par des gou­ver­ne­ments bour­geois, ceci s’intégrant par­fai­te­ment dans leurs poli­tiques d’austérité. Là réside un danger très réel. Tout comme leur cri­tique des syn­di­cats parce qu’ils luttent pour aug­men­ter le niveau de vie qui stagne depuis 30 ans, ce qui n’a en rien changé le pro­duc­ti­visme du capi­ta­lisme ni la sur­con­som­ma­tion, laquelle a été rendue pos­sible grâce à l’endet­tement (crédit), l’une des causes de la réces­sion inter­na­tio­nale de 2008.

Les appels mora­li­sa­teurs aux peuples des pays riches pour qu’ils abaissent leur niveau de vie risquent fort peu de réus­sir, même si cela est cru­cial pour amoin­drir le réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Plusieurs pro­posent la décrois­sance et se pro­noncent pour une « civi­li­sa­tion de sobriété choi­sie et d’autolimitation alter­na­tive à l’impasse de la société de crois­sance[39] » et en faveur de « la construc­tion, au Nord comme au Sud, de socié­tés convi­viales auto­nomes et éco­nomes[40] ». Pourtant, tous conviennent qu’on ne peut mettre de côté les 925 mil­lions de per­sonnes qui sont vic­times de faim chro­nique dans le monde en 2010, dont la majo­rité est consti­tuée de femmes et de leurs enfants (70 % des pauvres sont des femmes).

Il s’agit donc :

  • de sub­sti­tuer à la crois­sance quan­ti­ta­tive du capi­ta­lisme et à sa logique d’accumulation une autre logique que l’on pour­rait nommer crois­sance qua­li­ta­tive, laquelle implique une impor­tante décrois­sance quan­ti­ta­tive avant tout dans les pays capi­ta­listes domi­nants ;
  • de chan­ger radi­ca­le­ment la répar­ti­tion de la richesse. L’écart est gigan­tesque en ce qui concerne la répar­ti­tion de la richesse mon­diale, puisque 2 % de l’humanité détient 50 % du patri­moine des ménages tandis que 50 % de l’humanité n’en détient que 1 %. Les trois per­sonnes les plus for­tu­nées au monde pos­sèdent une valeur nette supé­rieure au total du pro­duit inté­rieur brut (PIB) des 50 nations les plus pauvres et les sept indi­vi­dus les plus riches pos­sèdent 28 % de la richesse mon­diale, tandis que 25 000 per­sonnes meurent de faim chaque jour. Au Canada, les diri­geants des 100 plus grandes entre­prises cana­diennes ins­crites à la Bourse touchent une rému­né­ra­tion totale 174 fois plus élevée que le revenu total d’unE sala­riéE moyenNE à temps plein. À la fin des années 1980, cette rému­né­ra­tion était 40 fois plus élevée. L’écart entre les grands bour­geois, les sala­riéEs et les pauvres n’a pas cessé de se creu­ser depuis 30 ans.

Il ne s’agit certes pas de dimi­nuer le bien-être (qui, par ailleurs, n’est pas que maté­riel), mais de favo­ri­ser une meilleure qua­lité de vie en répar­tis­sant la richesse autre­ment, en pro­dui­sant dif­fé­rem­ment et moins, ainsi qu’en rédui­sant le temps de tra­vail. Or, s’il y a une inéga­lité quant aux effets de la pol­lu­tion sur l’humanité, il existe éga­le­ment une inéga­lité dans l’émission de la pol­lu­tion, non seule­ment entre le Nord et le Sud, mais au sein des socié­tés elles-mêmes. Ainsi, en France, selon l’Institut natio­nal de la sta­tis­tique et des études éco­no­miques (INSEE), 20 % des ménages les plus aisés émettent 9,7 tonnes de CO2 par per­sonne et par année, contre 3,6 tonnes pour les 20 % les plus pauvres. En Inde, le niveau est de 5 tonnes pour le 1 % de la popu­la­tion la plus riche, soit 10 mil­lions de per­sonnes, contre 1,1 tonne pour les plus pauvres, soit 38 % de la popu­la­tion[41]. S’il faut un rééqui­li­brage entre le Nord et le Sud (les domi­nants en France pol­luent deux fois plus que les domi­nants indiens et les domi­néEs trois fois plus), une lutte éco­lo­giste consé­quente doit s’attaquer au dés­équi­libre de la richesse et donc à l’émission dif­fé­ren­ciée de la pol­lu­tion selon les classes sociales au sein même des socié­tés. Elle doit donc être socia­liste.

La faim de consom­ma­tion qui carac­té­rise les socié­tés capi­ta­listes, si aveugle soit-elle, est un résul­tat de la pro­duc­tion de mar­chan­dises, qui ne pourra être sup­pri­mée qu’avec la mar­chan­dise elle-même, à moins que la crise éco­lo­gique capi­ta­liste ne soit fatale non seule­ment pour la nature, mais éga­le­ment pour les socié­tés humaines.

L’acharnement actuel à com­pro­mettre l’avenir de l’humanité en dégra­dant l’écosphère ne peut se com­prendre qu’à partir d’une ana­lyse d’ensemble d’un sys­tème pour lequel la nature comme l’être humain sont d’abord l’objet d’une exploi­ta­tion pro­fi­table. Le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste valo­rise le béné­fice privé sous forme de pro­fits. Le maxi­mum des coûts est reporté sur la nature au prix de gas­pillages et de des­truc­tions. De plus, la course aux pro­fits engendre des crises de sur­pro­duc­tion de mar­chan­dises et de sur­ac­cu­mu­la­tion de capi­tal qui se résolvent pério­di­que­ment par une des­truc­tion mas­sive de mar­chan­dises et de capi­taux, donc par des gas­pillages éhon­tés[42]. Il y a là pri­va­ti­sa­tion de la nature et de ses res­sources pour une socia­li­sa­tion des coûts éco­lo­gistes et humains. Ce qui est donc en jeu, c’est l’orientation et la ges­tion des socié­tés, c’est-à-dire la démo­cra­tie, notam­ment la pla­ni­fi­ca­tion démo­cra­tique de l’économie pour une pro­duc­tion éco­lo­giste en fonc­tion des besoins humains et non des pro­fits (socia­lisme).

La dégra­da­tion éco­lo­gique est causée fon­da­men­ta­le­ment par le mode et le procès de pro­duc­tion. Marx le fai­sait déjà remar­quer : « Chaque pro­grès de l’agri­culture capi­ta­liste est un pro­grès non seule­ment dans l’art d’exploiter le travail­leur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque pro­grès dans l’art d’accroître sa fer­ti­lité pour un temps, un pro­grès dans la ruine de ses sources durables de fer­ti­lité. Plus un pays, les États-Unis du Nord de l’Amérique par exemple, se déve­loppe sur la base de la grande indus­trie, plus ce procès de destruc­­tion s’accomplit rapi­de­ment. La pro­duc­tion capi­ta­liste ne déve­loppe donc la tech­nique et la com­bi­nai­son du procès de pro­duc­tion sociale qu’en épui­­sant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le tra­vailleur[43]. »

Cloisonner les luttes éco­lo­gistes et les luttes sociales risque de ne pas per­mettre l’élaboration de solu­tions adé­quates, ou risque de faire payer aux pauvres et aux exploi­téEs les dom­mages causés par les riches exploi­teurs.


NOTES

[1]. Sur ce pro­blème, voir Andrew Nikiforuk, Les sables bitu­mi­neux : la honte du Canada. Comment le pétrole sale détruit la pla­nète, Montréal, Écosociété, 2010.

[2]. Voir à ce propos le docu­men­taire Gasland du réa­li­sa­teur Josh Fox, pro­duit par Trish Adlesic, Molly Gandour, Josh Fox, copro­duit par David Roma, < www​.pres​se​gauche​.org/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​c​l​e6460 >.

[3]. Environ 200 000 m3 de déchets fai­ble­ment radio­ac­tifs et 10 000 m3 de déchets hau­te­ment radio­ac­tifs sont pro­duits à l’échelle mon­diale chaque année. La radio­ac­ti­vité de ces déchets sub­siste pen­dant des cen­taines de mil­liers, voire des mil­lions d’années. Par exemple, le plu­to­nium-239 reste radio­ac­tif pen­dant au moins 240 000 ans. Penser que l’industrie nucléaire peut sto­cker ces déchets de manière sécu­ri­taire durant un si long laps de temps est absurde.

[4]. Selon le com­mis­saire au déve­lop­pe­ment durable du Québec, Jean Cinq-Mars, le gou­ver­ne­ment aurait contourné ses propres lois pour per­mettre le déve­lop­pe­ment rapide de l’industrie du gaz de schiste. Heureusement, les mobi­li­sa­tions popu­laires ont réussi à frei­ner les plans du gou­ver­ne­ment Charest qui, néan­moins, main­tient la porte ouverte à des forages pour des « fins d’évaluation » et refuse tou­jours un mora­toire. Pourtant, il y a déjà 29 puits en opé­ra­tion sur le ter­ri­toire qué­bé­cois, c’est lar­ge­ment suf­fi­sant pour faire une éva­lua­tion. En mars 2011, après de mul­tiples avis d’infraction, deux puits de la com­pa­gnie Canbriam, près de Saint-Hyacinthe, ont été obli­gés de fermer pour cause d’une fuite impor­tante au méthane.

[5]. Al Armendariz, Emissions from Natural Gas Production in the Barnett Shale Area and Opportunities for Cost-Effective Improvements, 26 jan­vier 2009, < www​.edf​.org/​d​o​c​u​m​e​n​t​s​/​9​2​3​5​_​B​a​r​n​e​t​t​_​S​h​a​l​e​_​R​e​p​o​r​t.pdf >

[6]. INSP, Dossier amiante, < www​.inspq​.qc​.ca/​d​o​s​s​i​e​r​s​/​a​m​i​a​n​t​e​/​d​e​f​a​u​l​t​.​a​s​p​?e=cp >.

[7]. OMS, Élimination des mala­dies reliées à l’amiante, Genève, 2006, < http://​whq​lib​doc​.who​.int/​h​q​/​2​0​0​6​/​W​H​O​_​S​D​E​_​O​E​H​_​0​6​.​0​3​_​f​r​e.pdf >.

[8]. L’amenuisement de la couche d’ozone au-dessus de l’Arctique n’a jamais été aussi pro­noncé indiquent des scien­ti­fiques qui font état d’une perte de 40 % sur­ve­nue entre le début de l’hiver et la fin mars 2011. Selon les cher­cheurs de l’administration états-unienne de l’océan et de l’atmosphère, le pro­toxyde d’azote est le gaz qui endom­mage le plus for­te­ment la couche d’ozone. Il est lié à l’utilisation d’engrais indus­triels dans l’agriculture. Les émis­sions de ce gaz ne sont pas enca­drées par le pro­to­cole de Montréal sur l’ozone. Ce pro­to­cole a tou­te­fois permis de réduire consi­dé­ra­ble­ment cer­taines sub­stances nocives pour la couche d’ozone comme les chlo­ro­fluo­ro­car­bones (CFC).

[9]. Les habi­tants de l’atoll de Carteret (Tulun ou Kilinailau) dans le Sud Pacifique sont consi­dé­rés comme les « pre­miers éco­ré­fu­giés offi­ciels ». L’archipel de Tuvalu, dans le Pacifique, com­posé de neuf îles peu­plées de 11 000 habi­tants sera entiè­re­ment recou­vert par les eaux d’ici 2050. À cause de la sali­ni­sa­tion des sols, la terre y est déjà incul­ti­vable. En Asie, en 2005, la moitié de l’île de Bhola, au Bangladesh, a été englou­tie par les eaux, catas­trophe à la suite de laquelle 500 000 per­sonnes se sont retrou­vées sans abri.

[10]. Au Bangladesh, la sali­ni­sa­tion des sols et la pres­sion exer­cée sur la man­grove des Sundarbans, au sud-ouest du pays, pré­ci­pitent la migra­tion de mil­liers de familles qui, géné­ra­le­ment, se retrouvent dans les bidon­villes de Dacca.

[11]. CNES et CLS, Évolution du niveau moyen des mers vu par les alti­mètres, Aviso, 2011, < www​.aviso​.ocea​nobs​.com/​f​r​/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​i​n​d​i​c​a​t​e​u​r​s​-​d​e​s​-​o​c​e​a​n​s​/​n​i​v​e​a​u​-​m​o​y​e​n​-​d​e​s​-​m​e​r​s​/​i​n​d​e​x​.html >.

[12]. Ce que notait déjà Karl Marx dans ses Manuscrits de 1844, Paris, Éditions sociales, 1972 [1844], p. 62.

[13]. Poussé par le vent, le nuage nocif a recou­vert en quelques jours 40 % de l’Europe et conta­miné par ses retom­bées de vastes zones. Plus de 20 ans après cette catas­trophe nucléaire civile, cinq mil­lions de per­sonnes sont tou­jours expo­sées à des radia­tions supé­rieures à la nor­male dans les ex-Républiques sovié­tiques.

[14]. GIEC, Changements cli­ma­tiques 2007. Rapport de syn­thèse, Genève, OMM et PNUE, 2008, < www​.ipcc​.ch/​p​d​f​/​a​s​s​e​s​s​m​e​n​t​-​r​e​p​o​r​t​/​a​r​4​/​s​y​r​/​a​r​4​_​s​y​r​_​f​r.pdf >.

[15]. La tem­pé­ra­ture moyenne com­bi­née de l’air à la sur­face des terres et de la mer, en 2010 (jan­vier-octobre), pré­sente actuel­le­ment une ano­ma­lie posi­tive esti­mée à 0,55 °C ± 0,11 °C (0,99 °F ± 0,20 °F) par rap­port à la nor­male cal­cu­lée pour la période 1961-1990 (14 °C/57,2 °F). Source : OMM, 15 décembre 2010, < www​.wmo​.int/​p​a​g​e​s​/​m​e​d​i​a​c​e​n​t​r​e​/​n​e​w​s​/​i​n​d​e​x​_​f​r​.html >.

[16]. Daniel Tanuro, L’impossible capi­ta­lisme vert, Paris, La Découverte, 2010, p. 47.

[17]. Ibid., p. 104-108.

[18]. Selon le GIEC, op. cit., « la fixa­tion du car­bone anthro­pique émis depuis 1750 a abaissé le pH des océans de 0,1 unité en moyenne. La hausse de la concen­tra­tion atmo­sphé­rique de CO2 a accen­tué encore l’acidité du milieu marin ».

[19]. Armand Farrachi, « La bio­di­ver­sité : un combat prio­ri­taire », Pistes pour un anti­ca­pi­ta­lisme vert, Paris, Syllepse, 2010, p. 64.

[20]. Ibid., p. 63.

[21]. Selon l’International Service for Acquisition of Agri-bio­tech Applications (ISAAA), en 2009-2010, envi­ron 10 % des terres agri­coles sur la sur­face du globe ont été ense­men­cées avec des plantes géné­ti­que­ment modi­fiées, soit 148 mil­lions d’hectares.

[22]. Voir à ce propos François Houtart, L’agroénergie. Solution pour le climat ou sortie de crise pour le capi­tal? Bruxelles, Couleur livres, 2009.

[23]. Les crises éco­lo­giques ont favo­risé le déve­lop­pe­ment de toute une série de cou­rants idéo­lo­giques qui, sous cou­vert d’écologie radi­cale ou « pro­fonde », tentent de réha­bi­li­ter les thèses de Malthus. Ces cou­rants trouvent un écho au plus haut niveau dans cer­tains sec­teurs des classes domi­nantes, où la dis­pa­ri­tion de quelques cen­taines de mil­lions d’êtres humains est plus facile à ima­gi­ner que celle du capi­ta­lisme. En géné­ral, cette menace pèse sur les pauvres, tout par­ti­cu­liè­re­ment sur les femmes et leurs enfants.

[24]. C’est notam­ment le cas au Danemark, où il y a eu une unité poli­tique des éco­lo­gistes et des anti­ca­pi­ta­listes dans le parti Enhedslisten – de rød-grønne, c’est-à-dire La liste de l’unité – les rouges et verts.

[25]. Par exemple, le mon­tant des aides publiques s’élève à 326 000 dol­lars par emploi créé dans une cen­trale pho­to­vol­taïque. Aurélien Bernier, Michel Marchand et le M’PEP, Ne soyons pas des éco­lo­gistes benêts. Pour un pro­tec­tion­nisme éco­lo­gique et social, Paris, Mille et une nuits, 2010, p. 87. Au Québec, le gou­ver­ne­ment Charest a donné une sub­ven­tion de 16 mil­lions de dol­lars à Bathium Canada, filiale du Groupe diver­si­fié Bolloré, pour déve­lop­per et fabri­quer une pile au lithium dans le des­sein, nous explique-t-on, de conso­li­der 67 emplois et peut-être d’en créer, d’ici 2014, 245, ce qui revient cher l’emploi.

[26]. Voir Philippe Baqué, « Florissante indus­trie de l’agriculture bio­lo­gique », Le Monde diplo­ma­tique, février 2011, p. 20-21.

[27]. James Ridgway, The Politics of Ecology, New York, Dutton, 1971.

[28]. Karl Marx cité par Jean-Paul Deléage, « La nature : un para­digme introu­vable », Critique com­mu­niste, n° 7, mai-juin 1976, p. 67.

[29]. Robert Ballard et Rick Archbold, Les grands paque­bots dis­pa­rus, Paris, Glénat, 1998.

[30]. OMS, Les inéga­li­tés « tuent à grande échelle », 28 août 2008, < www​.who​.int/​m​e​d​i​a​c​e​n​t​r​e​/​n​e​w​s​/​r​e​l​e​a​s​e​s​/​2​0​0​8​/​p​r​2​9​/​f​r​/​i​n​d​e​x​.html >.

[31]. Nicholas Stern, Report on the Economy of Climatic Change, Londres, Financial Ministery, 2006.

[32]. < www​.fao​.org/​n​e​w​s​/​s​t​o​r​y​/​f​r​/​i​t​e​m​/​4​5​2​3​2​/​i​code/ >.

[33]. < www​.suis​se​hebdo​.com/​_​_​n​1​6​9​5​4​4​3​_​_​L​e​_​n​o​m​b​r​e​_​d​e​_​p​a​y​s​_​l​e​s​_​p​l​u​s​_​p​a​u​v​r​e​s​_​a​_​d​o​u​b​l​e​_​e​n​_​q​u​a​r​ante_ ans__salarme_lONU.html >.

[34]. C’est notam­ment le sens du rap­port Stern, op. cit.

[35]. William McGucken, Lake Erie Rehabilitated : Controlling Cultural Eutrophication 1960s-1990s, Akron, University of Akron Press, 2000.

[36]. Voir à ce sujet < www​.jne​-asso​.org/​d​o​s​s​i​e​r​s​_​d​e​t​e​r​g​e​n​t​s​.html >.

[37]. Marx, Manuscrits de 1844, op. cit., p. 111

[38]. Karl Marx a mis en évi­dence cet aspect dans La cri­tique du pro­gramme de Gotha, Paris, LDES, 2008. Le socia­lisme implique non seule­ment la fin de la force de tra­vail comme mar­chan­dise (abo­li­tion du sala­riat et du marché du tra­vail) et l’étatisation moyens de pro­duc­tion, mais la fin du marché pro­pre­ment dit, de la mar­chan­dise et de l’argent (valeur d’échange). En outre, il exige l’auto-organisation des pro­duc­teurs asso­ciés qui décident col­lec­ti­ve­ment, donc démo­cra­ti­que­ment, ce qui sera pro­duit, com­ment cela sera pro­duit, etc., ce qui est l’une des bases du dépé­ris­se­ment de l’État.

[39]. Serge Latouche, Sortir de la société de consom­ma­tion, Paris, Les Liens qui libèrent, 2010.

[40]. Arnaud Berthoud, Une phi­lo­so­phie de la consom­ma­tion. Agent éco­no­mique et sujet moral, Paris, PUF, 2005. Voir éga­le­ment les écrits de Serge Mongeau, dont La sim­pli­cité volon­taire, plus que jamais, Montréal, Écosociété, 1998.

[41]. Hervé Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démo­cra­tie, Paris, Seuil, 2011, p. 140-141.

[42]. Voir, entre autres, Karl Marx, Les crises du capi­ta­lisme, Paris, Demopolis, 2009.

[43]. Karl Marx, Le Capital, Livre pre­mier, Tome II, Paris, Éditions sociales, 1973 [1867], p. 181-182. Souligné par Marx.

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