Résumé d'une présentation à venir dans le cadre de l’Université populaire d’été des NCS

Comprendre le capitalisme aujourd’hui

Capitalisme et crise

Par Mis en ligne le 21 août 2011

Nous assis­tons depuis les trois der­nières décen­nies à des chan­ge­ments impor­tants dans l’expérience de tra­vail liées à la vic­toire du néo­li­bé­ra­lisme et son assaut mul­ti­di­men­sion­nelle sur les pro­tec­tions modestes offertes aux tra­vailleurs sous le régime for­diste. Entre autre, nous obser­vons le phé­no­mène de la pré­ca­ri­sa­tion crois­sante du tra­vail. C’est une triste ironie que le mou­ve­ment syn­di­cal se bat actuel­le­ment afin de pré­ser­ver les ves­tiges des gains obte­nus dans la seconde partie du 20e siècle sous la forme d’avantages sociaux comme les régimes de retraites par­rai­nées par les entre­prises, les régimes d’assurance santé sup­plé­men­taire, les congés de mala­die et les vacances payées, au même moment his­to­rique où le fon­de­ment de ces pro­tec­tions, c’est à dire l’emploi stable à plein temps, est en train de s’écrouler et le 9 à 5 cède la place à la main d’œuvre « juste à temps ».

Le virage vers le tra­vail dit « non-stan­dard » « a-typique » ou « hors normes » qui inclut le temps par­tiel (moins de 30 heures par semaine selon la défi­ni­tion de Statistiques Canada), le tra­vail contrac­tuel, le tra­vail tem­po­raire, le tra­vail sai­son­nier et le tra­vail à la pige est en grande mesure le résul­tat d’une quête de la flexi­bi­lité — un euphé­misme pour l’érosion des emplois stables et des avan­tages sociaux qui y sont asso­ciés — parmi les entre­prises dans tous les pays hyper déve­lop­pés. Avec la dimi­nu­tion des marges de profit, les grandes entre­prises en par­ti­cu­lier cherchent de plus en plus de lati­tude pour ajus­ter leurs besoins de main-d’œuvre en tout temps et ce pour mieux pou­voir contrô­ler leurs coûts et inves­tir aussi peu que pos­sible dans la for­ma­tion. Les enga­ge­ments à long-terme deviennent une aller­gie. Les « buzz­words » on les entend par­tout : adap­ta­bi­lité, rapi­dité de réac­tion, pro­duc­tion dégrais­sée… Au-delà des attaques sur les avan­tages sociaux des tra­vailleurs syn­di­qués, l’expansion du tra­vail aty­pique est un moyen impor­tant pour les employeurs de réduire les coûts sala­riaux et sert en même temps de stra­té­gie pour dis­ci­pli­ner les tra­vailleurs éta­blis Et ce phé­no­mène ne se limite pas au sec­teur privé : il se pro­duit dans le sec­teur public avec la sous-trai­tance et la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices.

L’emploi aty­pique est qua­si­ment syno­nyme d’emploi pré­caire non seule­ment parce que celles et ceux qui font le tra­vail hors-normes (à forte pro­por­tion les femmes, les immi­grants et les jeunes) touchent sou­vent à un salaire rela­ti­ve­ment faible et ont beau­coup moins de sécu­rité par rap­port à la per­ma­nence de leurs emplois, mais aussi parce qu’elles ont, de façon géné­rale, moins d’accès aux avan­tages sociaux allant de régimes de retraite au congé paren­tal.

Les esti­ma­tions de l’étendu du tra­vail aty­pique au Canada varient selon les défi­ni­tions et les cher­cheurs, mais on le mesure géné­ra­le­ment comme étant à plus du tiers des emplois actuels. Dans ma confé­rence pour l’Université de l’été des Nouveaux Cahiers du socia­lisme, je pro­pose d’analyser le phé­no­mène du tra­vail aty­pique plus en détail, en jetant un coup d’œil aussi à une ten­dance récente dans les muta­tions de tra­vail — les stages non-rému­né­rées, qui frôlent les fron­tières de l’esclavage contem­po­raine — et je ten­te­rai de résu­mer quelques débats clés enta­més sur ce thème dans la lit­té­ra­ture de gauche.

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