Assemblée Mondiale des Migrants

Charte Mondiale des Migrants

Par Mis en ligne le 13 février 2011

La Charte Mondiale des migrants est un pro­ces­sus de res­ti­tu­tion de la parole des migrants sou­vent confis­quée. Il s’agit de per­mettre aux indi­vi­dus migrants à partir de leurs situa­tions, leurs vécus et leurs tra­jec­toires d’exprimer leurs visions du monde. L’idée est d’élaborer col­lec­ti­ve­ment une charte de prin­cipes pro­cla­mant la liberté de cir­cu­la­tion et d’installation des êtres humains sur l’ensemble de notre pla­nète. Ce pro­ces­sus est animé exclu­si­ve­ment par des migrants à titre indi­vi­duel quelques soient leurs appar­te­nances orga­ni­sa­tion­nelles, cultu­relles, eth­niques ou reli­gieuses en vue de par­ta­ger et de confron­ter leurs visions du monde dans le cadre d’une démarche col­lec­tive et par­ti­ci­pa­tive à l’échelle pla­né­taire. Ce projet est né d’une pro­po­si­tion d’un migrant « sans papiers » lors d’une lutte enga­gée par 120 familles ainsi que leurs enfants en 2006 à Marseille en vue d’obtenir des titres de séjours en France. A la suite, un col­lec­tif s’est consti­tué pour rédi­ger une Charte. Ce fut la pre­mière appa­ri­tion d’une telle idée qui consiste à per­mettre aux migrants eux-mêmes l’écriture d’une charte de prin­cipes leur per­met­tant simul­ta­né­ment d’exprimer leur vision de la citoyen­neté à partir de situa­tions qui leur sont impo­sées par des poli­tiques gou­ver­ne­men­tales sou­vent répres­sives. Afin que cette Charte repré­sente la vision de tous les migrants, il est indis­pen­sable de créer une Charte unique. Les ani­ma­teurs de la charte ont donc choisi d’organiser une Assemblée Mondiale des Migrants sur l’île de Gorée (Sénégal) quelques jours avant le Forum Social Mondial (3 et 4février 2011) afin d’adopter après deux jours de dis­cus­sions réunis­sant des migrants du monde entier la Charte finale afin de la dif­fu­ser au niveau mon­dial et la pre­mière occa­sion ce sera lors du FSM.

Assemblée Mondiale des Migrants,
Gorée (Sénégal), 2-4 février 2011
Crédits photos : Fabien Leblanc

Les per­sonnes migrantes sont les cibles de poli­tiques injustes. Celles-ci, au détri­ment des droits uni­ver­sel­le­ment recon­nus à chaque per­sonne humaine, font s’opposer les êtres humains, les uns aux autres en uti­li­sant des stra­té­gies dis­cri­mi­na­toires, fon­dées sur la pré­fé­rence natio­nale, l’appartenance eth­nique, reli­gieuse ou de genre.

Ces poli­tiques sont impo­sées par des sys­tèmes conser­va­teurs et hégé­mo­niques, qui cherchent à main­te­nir leurs pri­vi­lèges en exploi­tant la force de tra­vail, phy­sique et intel­lec­tuelle des migrants. Pour cela, ils uti­lisent les pré­ro­ga­tives exhor­bi­tantes per­mises par la puis­sance arbi­traire de l’État Nation et du sys­tème mon­dial de domi­na­tion hérité de la colo­ni­sa­tion et de la dépor­ta­tion. Ce sys­tème est à la fois caduque, obso­lète et génère des crimes contre l’humanité. C’est la raison pour laquelle il doit être aboli.

Les poli­tiques sécu­ri­taires mises en place par les États Nations font croire que les migra­tions sont un pro­blème et une menace alors qu’elles consti­tuent depuis tou­jours un fait his­to­rique natu­rel, com­plexe, certes, mais qui loin d’être une cala­mité pour les pays de rési­dence, consti­tuent un apport éco­no­mique, social et cultu­rel ines­ti­mable.

Les migrants sont par­tout privés du plein exer­cice de leur droit à la liberté de cir­cu­la­tion et d’installation sur notre pla­nète.

Ils sont éga­le­ment privés de leurs droits à la paix ainsi que de leurs droits éco­no­miques, sociaux, cultu­rels, civiques et poli­tiques pour­tant garan­tis par dif­fé­rentes conven­tions inter­na­tio­nales.

Seule une large alliance des per­sonnes migrantes pourra pro­mou­voir l’émergence de droits nou­veaux pour toute per­sonne de par sa nais­sance sans dis­tinc­tion d’origine, de cou­leur, de sexe ou de croyance. Pour cela, cette alliance des migrants devra leur per­mettre, autour de prin­cipes éthiques, de contri­buer à la construc­tion de nou­velles poli­tiques éco­no­miques et sociales. Elle devra leur per­mettre aussi de contri­buer à une refonte de la concep­tion de la ter­ri­to­ria­lité et du sys­tème de gou­ver­nance mon­diale domi­nant actuel et de son sou­bas­se­ment éco­no­mique et idéo­lo­gique.

C’est pour­quoi nous, migrants du monde entier, à partir des pro­po­si­tions qui nous sont par­ve­nues depuis 2006 et après une large dis­cus­sion à l’échelle pla­né­taire, adop­tons la pré­sente Charte Mondiale des Migrants.

Assemblée Mondiale des Migrants,
Gorée (Sénégal), 2-4 février 2011
Crédits photos : Fabien Leblanc

Notre ambi­tion est de faire valoir à partir des situa­tions que vivent les migrants dans le monde, le droit pour tous de pou­voir cir­cu­ler et s’installer libre­ment sur notre pla­nète, et de contri­buer à la construc­tion d’un monde sans murs.

Pour cela, nous, per­sonnes migrantes qui avons quitté notre région ou pays, sous la contrainte ou de notre plein gré et vivons de façon per­ma­nente ou tem­po­raire dans une autre partie du monde, réunies les 3 et 4 février 2011 sur l’Ile de Gorée au Sénégal,

Nous pro­cla­mons,

Parce que nous appar­te­nons à la Terre, toute per­sonne a le droit de pou­voir choi­sir son lieu de rési­dence, de rester là où elle vit ou de cir­cu­ler et de s’installer libre­ment sans contraintes dans n’importe quelle partie de cette Terre.

Toute per­sonne, sans exclu­sion, a le droit de se dépla­cer libre­ment de la cam­pagne vers la ville, de la ville vers la cam­pagne, d’une pro­vince vers une autre. Toute per­sonne a le droit de pou­voir quit­ter n’importe quel pays vers un autre et d’y reve­nir.

Toutes dis­po­si­tions et mesures de res­tric­tion limi­tant la liberté de cir­cu­la­tion et d’installation doivent être abro­gées (lois rela­tives aux visas, lais­ser-passer, et auto­ri­sa­tions, ainsi que toutes autres lois rela­tives à la liberté de cir­cu­la­tion).

Les per­sonnes migrantes du monde entier doivent jouir des mêmes droits que les natio­naux et citoyens des pays de rési­dence ou de tran­sit et assu­mer les mêmes res­pon­sa­bi­li­tés dans tous les domaines essen­tiels de la vie éco­no­mique, poli­tique, cultu­relle, sociale et édu­ca­tive. Ils doivent avoir le droit de voter et d’être éli­gible à tout organe légis­la­tif au niveau local, régio­nal et natio­nal et d’assumer leurs res­pon­sa­bi­li­tés jusqu’à la fin du mandat.

Les per­sonnes migrantes doivent avoir le droit de parler et de par­ta­ger leur langue mater­nelle, de déve­lop­per et faire connaître leurs cultures et leurs cou­tumes tra­di­tion­nelles, à l’exception de toute atteinte à l’intégrité phy­sique et morale des per­sonnes et dans le res­pect des droits humains. Les per­sonnes migrantes doivent avoir le droit de pra­ti­quer leurs reli­gions et leurs cultes.

Les per­sonnes migrantes doivent jouir du droit d’avoir un com­merce là où elles le dési­rent, de se livrer à l’industrie ou à l’exercice de tout métier ou de toute pro­fes­sion permis au même titre que les citoyens des pays d’accueil et de tran­sit ; cela de façon à leurs per­mettre d’assumer leur part de res­pon­sa­bi­lité dans la pro­duc­tion des richesses néces­saires au déve­lop­pe­ment et l’épanouissement de tous.

Le tra­vail et la sécu­rité doivent être assu­rés à toutes les per­sonnes migrantes. Quiconque tra­vaille doit être libre d’adhérer à un syn­di­cat et/​ou d’en fonder avec d’autres per­sonnes. Les per­sonnes migrantes doivent rece­voir un salaire égal à tra­vail égal et doivent avoir la pos­si­bi­lité de trans­fé­rer le fruit de leur tra­vail, les pres­ta­tions sociales et de jouir de la retraite, sans aucunes res­tric­tions. Tout cela, en contri­buant au sys­tème de soli­da­rité néces­saire à la société de rési­dence ou de tran­sit.

Assemblée Mondiale des Migrants,
Gorée (Sénégal), 2-4 février 2011
Crédits photos : Fabien Leblanc

L’accès aux pres­ta­tions des ser­vices de banques et d’organismes finan­ciers doit être assuré à toutes les per­sonnes migrantes de la même manière que celui accordé aux natio­naux et citoyens des pays d’accueil.

Tout le monde a le droit à la terre, qu’ils soient hommes ou femmes. La terre doit être par­ta­gée entre ceux qui y vivent et qui la tra­vaillent. Les res­tric­tions à l’usage et à la pro­priété fon­cière impo­sées pour des rai­sons d’ordre eth­nique, natio­nal et/​ou sur le genre, doivent être abo­lies ; cela au profit d’une nou­velle vision d’une rela­tion res­pon­sable entre les humains et la terre, et dans le res­pect des exi­gences du déve­lop­pe­ment durable.

Les per­sonnes migrantes, au même titre que les natio­naux et citoyens des pays de rési­dence ou de tran­sit, doivent être égales devant la loi. Nul ne doit être séques­tré, empri­sonné, déporté ou voir sa liberté res­treinte sans que sa cause ait été équi­ta­ble­ment et préa­la­ble­ment enten­due et défen­due dans une langue de son choix.

Les per­sonnes migrantes ont le droit à l’intégrité phy­sique et à ne pas être har­ce­lées, expul­sées, per­sé­cu­tées, arrê­tées arbi­trai­re­ment ou tuées en raison de leur statut ou parce qu’elles défendent leurs droits.

Toute loi qui pré­voit une dis­cri­mi­na­tion fondée sur l’origine natio­nale, le genre, la situa­tion matri­mo­niale et/​ou juri­dique ainsi que sur les convic­tions doit être abro­gée, quelque soit le statut de la per­sonne humaine.

Les droits humains sont inalié­nables et indi­vi­sibles et doivent être les mêmes pour tous. La loi doit garan­tir à toutes les per­sonnes migrantes le droit à la liberté d’expression, le droit de s’organiser, le droit à la liberté de réunion ainsi que le droit de publier.

L’accès aux ser­vices de soin et à l’assistance sani­taire doit être garanti à toutes per­sonnes migrantes, au même titre que les natio­naux et les citoyens des pays d’accueil et de tran­sit, avec une atten­tion par­ti­cu­lière aux per­sonnes vul­né­rables. A toute per­sonne migrante vivant avec un han­di­cap doivent être garan­tis le droit à la santé, les droits sociaux et cultu­rels.

La loi doit garan­tir à toute per­sonne migrante le droit de choi­sir son par­te­naire, de fonder une famille et de vivre en famille. Le regrou­pe­ment fami­lial ne peut lui être refusé et on ne peut la sépa­rer ou la main­te­nir éloi­gnée de ses enfants.

Les femmes, tout par­ti­cu­liè­re­ment, doivent être pro­té­gées contre toute forme de vio­lence et de trafic. Elles ont le droit de contrô­ler leur propre corps et de reje­ter l’exploitation de celui-ci. Elles doivent jouir d’une pro­tec­tion par­ti­cu­liè­re­ment ren­for­cée, notam­ment en matière de condi­tion de tra­vail, de santé mater­nelle et infan­tile, ainsi qu’en cas de chan­ge­ments de leur statut juri­dique et matri­mo­nial.

Les migrants mineurs doivent être pro­tè­gés par les lois natio­nales en matière de pro­tec­tion de l’enfance au même titre que les natio­naux et les citoyens de pays de rési­dence et de tran­sit. Le droit à l’éducation et à l’instruction doit être garanti.

Assemblée Mondiale des Migrants,
Gorée (Sénégal), 2-4 février 2011
Crédits photos : Fabien Leblanc

L’accès à l’éducation et à l’instruction, du pré­sco­laire à l’enseignement supé­rieur, doit être garanti aux per­sonnes migrantes et à leurs enfants. L’instruction doit être gra­tuite, et égale pour tous les enfants. Les études supé­rieures et la for­ma­tion tech­nique doivent être acces­sibles à tous dans une nou­velle vision du dia­logue et du par­tage des cultures. Dans la vie cultu­relle, dans les sports et dans l’éducation, toute dis­tinc­tion fondée sur l’origine natio­nale doit être abolie.

Les per­sonnes migrantes doivent avoir droit au loge­ment. Toute per­sonne doit avoir le droit d’habiter dans l’endroit de son choix, d’être décem­ment logée et d’avoir accès à la pro­priété immo­bi­lière ainsi que de main­te­nir sa famille dans le confort et la sécu­rité au même titre que les natio­naux et citoyens de pays d’accueil et de tran­sit.

A toutes per­sonnes migrantes, il faut garan­tir le droit à une ali­men­ta­tion saine, et suf­fi­sante, et le droit à l’accès à l’eau.

Les per­sonnes migrantes ambi­tionnent d’avoir l’opportunité et la res­pon­sa­bi­lité, au même titre que les natio­naux et les citoyens de pays d’accueil et de tran­sit, de faire face ensemble aux défis actuels (loge­ment, ali­men­ta­tion, santé, épa­nouis­se­ment…).

Nous, per­sonnes migrantes, nous enga­geons à res­pec­ter et pro­mou­voir les valeurs et prin­cipes expri­més ci-dessus et à contri­buer ainsi à la dis­pa­ri­tion de tout sys­tème d’exploitation ségré­ga­tion­niste et à l’avènement d’un monde plu­riel, res­pon­sable et soli­daire.



Source : http://​www​.cmmi​grants​.org/​g​o​r​e​e​/​s​p​i​p​.​p​h​p​?​a​r​t​i​cle16
Date de paru­tion de l’article ori­gi­nal : 04/02/2011
URL de cette page : http://​www​.tlax​cala​-int​.org/​a​r​t​i​c​l​e​.​a​s​p​?​r​e​f​e​r​e​n​c​e​=3801

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