Bertrand Delanoë : le pari social-libéral

Mis en ligne le 30 octobre 2007

Le 9 octobre, lors d’une réunion publique consa­crée à la petite enfance, Bertrand Delanoë est entré en cam­pagne pour un nou­veau mandat à la mairie de Paris. Mais son ambi­tion est plus grande, et il cherche à s’imposer dans la bataille ély­séenne de 2012

Par COSTA Nathalie

Personnalité poli­tique pré­fé­rée des Français, selon un son­dage Ifop/​Paris Match [1], le maire de Paris, Bertrand Delanoë, est en posi­tion de force. La situa­tion a bien évolué depuis 2001, lorsqu’il lui était repro­ché d’être inconnu des Parisiens. Pourtant, Delanoë était loin d’être un nou­veau venu à la poli­tique. Adhérent du PS depuis 1971, il est élu au Conseil de Paris dès 1977. Ses amis se nomment Jospin, Vaillant, etc. Il fait partie de la « bande du 18e arron­dis­se­ment ». Député en 1981, il est éga­le­ment porte-parole du PS, soit numéro trois du parti. Sénateur en 1995, il est membre du bureau natio­nal du PS depuis 1997, et il fait partie de ceux qui ont sou­tenu le « oui » au traité consti­tu­tion­nel euro­péen. À la der­nière élec­tion pré­si­den­tielle, il s’est fina­le­ment rallié à la can­di­da­ture de Ségolène Royal.

En 2008, Delanoë n’a plus rien à craindre de ses concur­rents socia­listes aux der­nières élec­tions muni­ci­pales : Strauss-Kahn est devenu pré­sident du Fonds moné­taire inter­na­tio­nal (FMI) et Jack Lang planche sur les ins­ti­tu­tions pour Sarkozy. Selon un son­dage, Bertrand Delanoë obtien­drait 47 % des voix au pre­mier tour face à l’UMP Françoise de Panafieu.

Éviter que la capi­tale ne passe aux mains de Sarkozy serait évi­dem­ment une bonne nou­velle. Mais, si la ges­tion muni­ci­pale de Delanoë a rompu avec le clien­té­lisme de l’ère Chirac et Tiberi, il serait illu­soire d’attendre du maire de Paris qu’il com­batte les poli­tiques ultra­li­bé­rales de Sarkozy et de son gou­ver­ne­ment. Car, der­rière le vernis social et écolo, trans­pa­raît le social-libé­ra­lisme carac­té­ri­sant l’ensemble de la poli­tique muni­ci­pale.

Bertrand Delanoë a pour­suivi la poli­tique de libé­ra­li­sa­tion de la ville enta­mée par la droite avant lui. Ainsi, malgré un rap­port publié en 2003 et acca­blant la pré­cé­dente muni­ci­pa­lité à propos de sa ges­tion du ser­vice public de l’eau, la mairie de Paris n’a pas radi­ca­le­ment modi­fié les rela­tions avec les entre­prises char­gées de la dis­tri­bu­tion de l’eau, Veolia et Suez. La nou­velle équipe a même pour­suivi la pri­va­ti­sa­tion des ser­vices de contrôle sani­taire. Plus grave, aujourd’hui encore, la mairie de Paris refuse de s’exprimer clai­re­ment sur la ques­tion, alors que les contrats de dis­tri­bu­tion arrivent à échéance en 2009, et que la déci­sion concer­nant leur renou­vel­le­ment ou la remu­ni­ci­pa­li­sa­tion com­plète de la ges­tion de l’eau doit être prise par le Conseil de Paris avant les élec­tions muni­ci­pales de 2008. Si les pro­messes du can­di­dat concer­nant la petite enfance, le trans­port, etc., ont été en partie tenue, c’est tou­jours en appli­quant une poli­tique libé­rale dans la ville.

SommaireSéduire les classes moyennes

La poli­tique de Delanoë s’adresse en pre­mier lieu aux classes moyennes avec enfants, qui émi­graient en ban­lieue. C’est pour­quoi l’une des mesures phares de son pro­gramme était la créa­tion de 5 000 places d’accueil pour les enfants de moins de trois ans. Mais, sur les 4516 places (dont 1 160 en halte-gar­de­rie) ouvertes en mars 2007, 1 899 l’étaient par des asso­cia­tions rece­vant des sub­ven­tions de la mairie et de la Caisse d’allocations fami­liales. Il s’agit de struc­tures asso­cia­tives, voire pri­vées, où les per­son­nels ne béné­fi­cient pas du statut de la fonc­tion publique. Pour l’instant, rien n’indique que la muni­ci­pa­li­sa­tion de ces struc­tures puisse être envi­sa­gée.

Autre cheval de bataille du maire, la poli­tique du trans­port et de l’environnement répond à la même logique sociale-libé­rale. Les mesures prises pour dimi­nuer la place de la voi­ture dans la ville l’ont été sans tenir compte des consé­quences pour les per­sonnes vivant en ban­lieue et tra­vaillant à Paris. Pour inci­ter les Parisiens à ne pas uti­li­ser leurs véhi­cules, les sta­tion­ne­ments rési­dents ont aug­menté en places et dimi­nué de 80 % en coût. Le réamé­na­ge­ment des rues, par la créa­tion de nom­breuses voies de bus par­ti­cu­liè­re­ment larges, a abouti à la réduc­tion des voies de cir­cu­la­tion. Embouteillages garan­tis… Parallèlement, les trans­ports en commun n’ont pas aug­menté leurs fré­quences. Résultat, la cir­cu­la­tion est dif­fi­cile et les bus, RER et métros sont de plus en plus bondés.

Dernièrement, ce sont les Vélib’ qui entre­tiennent l’image de défen­seur de l’environnement et la popu­la­rité du maire. En prin­cipe, la mise en place de ce ser­vice de vélos presque gra­tuit est un pro­grès. Mais la méthode employée confirme la logique de recherche du profit privé. L’entreprise JCDecaux, déjà conces­sion­naire de nom­breux pan­neaux de publi­cité, a rem­porté ce contrat. Or, le projet est aujourd’hui entré dans sa deuxième phase. La contre­par­tie des obli­ga­tions de Decaux sur les Vélib’ est la conces­sion de 348 pan­neaux de 8 m2, aux­quels il faut ajou­ter près de 1 300 pan­neaux de 2 m2. Les pan­neaux sont dérou­lants et peuvent expo­ser chacun quatre mes­sages publi­ci­taires. Le 28 sep­tembre, le règle­ment local de publi­cité a été modi­fié pour per­mettre l’implantation de ces nou­veaux sup­ports publi­ci­taire. Au final, le nombre de publi­ci­tés va aug­men­ter de 220 %. On com­prend donc mieux pour­quoi JCDecaux a accepté les contraintes inhé­rentes aux Vélib’. En termes envi­ron­ne­men­taux, chacun de ces pan­neaux, éclai­rés la nuit, consom­me­rait l’équivalent en élec­tri­cité d’un ménage de 2,6 per­sonnes…

SommaireChasse aux pauvres

Delanoë assume de gérer la ville comme une entre­prise privée : « Je pré­fère être dans l’économie de marché et en tirer un maxi­mum de béné­fices pour les Parisiens », affir­mait-il au Monde du 19 sep­tembre. Paris est d’ailleurs, aujourd’hui, la cin­quième capi­tale mon­diale en termes de richesses. L’envolée des prix de l’immobilier a contri­bué à faire aug­men­ter les res­sources de la ville, par le biais des droits de muta­tion. Ce sur­plus n’est pour­tant pas uti­lisé pour mener une poli­tique du loge­ment à la hau­teur des besoins. Ainsi, un rap­port de la chambre régio­nale des comptes montre que la réduc­tion des loge­ments insa­lubres et la remise en loca­tion des loge­ments vacants ont pris énor­mé­ment de retard. Il y a tou­jours près de 110 000 demandes de loge­ment social. Et si Delanoë fait mine de sou­te­nir les reven­di­ca­tions des Enfants de Don Quichotte, il n’hésite pas à faire éva­cuer les tentes des SDF qui pour­raient faire de l’ombre à Paris-plage. Quant à ceux qui cri­tiquent la poli­tique de la ville, ils ne sont pas mieux reçus : le 31 août der­nier, l’association Agir contre le chô­mage ! était expul­sée de ses locaux dans le 19e arron­dis­se­ment.

Mais le maire a aujourd’hui de nou­velles ambi­tions. Soutenu par ses amis – Jospin, Vaillant, et même Hollande -, Delanoë pour­rait être le can­di­dat socia­liste à l’élection pré­si­den­tielle de 2012. Il a d’ailleurs déjà réservé le nom de domaine dela​noe2012​.fr. À Paris comme au plan natio­nal, nous avons plus que jamais besoin d’une gauche indé­pen­dante du PS, car celui-ci n’a d’autre projet que l’accompagnement du libé­ra­lisme.

Note

1. Publié le 13 sep­tembre. Delanoë obtient 76 % de bonnes opi­nions.

* Paru dans Rouge n° 2223 du 18 octobre 2007.

[Europe Solidaire Sans Frontières]

18 octobre 2007

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