Communiqué de la Fédération Sud éducation

Au Portugal, au Québec… La lutte paie !

Par Mis en ligne le 04 octobre 2012

La lutte paie au Portugal

Le 15 sep­tembre, le Portugal et ses 10 mil­lions d’habitant-e-s ont connu la plus grande mani­fes­ta­tion depuis la révo­lu­tion des œillets. Exigeant la démis­sion du 1er ministre, le départ de la troïka et la fin de l’austérité, plus d’un mil­lion de per­sonnes sont des­cen­dues dans les rues dans une tren­taine de villes. Cette mobi­li­sa­tion fai­sait suite à l’annonce d’un projet gou­ver­ne­men­tal de bas­cu­ler le pré­lè­ve­ment de près de 7% des coti­sa­tions sociales du patro­nat vers les sala­rié-e-s, dans le cadre du plan d’austérité éla­boré avec l’UE et le FMI. Le 21, des mil­liers de mani­fes­tant-e-s se sont ras­sem­blé-e-s devant le palais pré­si­den­tiel. Devant la pers­pec­tive d’une grève géné­rale mas­sive, le gou­ver­ne­ment a offi­ciel­le­ment renoncé à ces trans­ferts de coti­sa­tions et ouvert des négo­cia­tions.

La lutte paie au Québec

Depuis le prin­temps, les étu­diant-e-s du Québec se sont mas­si­ve­ment mobi­lisé-e-s par la grève recon­duc­tible contre la hausse des frais d’inscription incom­pa­tible avec le droit à l’éducation. Le gou­ver­ne­ment, non content de refu­ser toute négo­cia­tion, a fait adop­ter en mai la loi 12, qui res­treint le droit de mani­fes­ta­tion, d’expression et d’association, et qui péna­lise tou-te-s les acteurs/​trices allié-e-s des étu­diant-e-s. Face à la déter­mi­na­tion des étu­diant-e-s, sou­tenu-e-s par une grande partie de la popu­la­tion et des pro­fes­seur-e-s, le gou­ver­ne­ment a annoncé mi-sep­tembre l’annulation de la hausse des frais de sco­la­rité et l’abrogation de la loi 12. Là aussi, avec des mani­fes­ta­tions mas­sives, c’est bien (comme ici lors du CPE) la recon­duc­tion de la grève qui a permis d’imposer des reculs aux gou­ver­ne­ments et au patro­nat.

Et nous on s’y met quand ?

Il est temps de passer à l’action

Bien entendu, il s’agit pour le moment de vic­toires par­tielles, défen­sives, peut-être tem­po­raires. Portugais-e-s et Québécois-e-s n’en sont pas dupes : il faudra des mobi­li­sa­tions d’ampleur pour impo­ser des alter­na­tives en lieu et place de reculs de cir­cons­tance. Mais en France, alors que l’attentisme domine les orga­ni­sa­tions syn­di­cales, ces situa­tions nous rap­pellent que la lutte paie lorsqu’elle va au bout de sa logique de blo­cage : il est temps de retrou­ver le chemin des luttes pour gagner.

Des mobilisations à construire

Le gou­ver­ne­ment veut faire adop­ter en urgence le Pacte bud­gé­taire de Sarkozy et Merkel. Ce traité condui­rait à l’austérité et à des reculs pour les ser­vices publics, les soli­da­ri­tés, les droits sociaux et les salaires. Le ser­vice public d’éducation et ses per­son­nels ne seront pas épar­gnés. La mani­fes­ta­tion uni­taire du 30/09 a ras­sem­blé des dizaines de mil­liers de per­sonnes. Elle ne doit pas être un baroud d’honneur sans suites, mais un point d’appui dans la construc­tion d’une dyna­mique de mobi­li­sa­tion contre l’austérité et pour des alter­na­tives.

Le Bureau National de l’Union syn­di­cale Solidaires du 6 sep­tembre a mis en avant le besoin d’un mou­ve­ment natio­nal coor­donné ras­sem­blant sala­rié-es du sec­teur public et du sec­teur privé, jeunes en for­ma­tion, chômeurs/​ses et retraité-es. Il s’agit à la fois de défendre les reven­di­ca­tions locales et pro­fes­sion­nelles, et de construire une action natio­nale inter­pro­fes­sion­nelle. Solidaires pro­pose une pla­te­forme reven­di­ca­tive à débattre pour construire la lutte.

Les contra­dic­tions du capi­ta­lisme sont aujourd’hui à un paroxysme. Au nom du poids des dettes publiques et de la com­pé­ti­tion mon­dia­li­sée, ce sont tou­jours aux sala­rié-e-s qu’on veut faire payer les pots cassés. Les ser­vices publics, les soli­da­ri­tés sociales et les droits du tra­vail sont dans la ligne de mire par­tout en Europe. Le chô­mage de masse conti­nue d’augmenter. Les fer­me­tures d’entreprises et les licen­cie­ments se mul­ti­plient. Seule la mobi­li­sa­tion peut modi­fier le rap­port de force. Il y a urgence à construire la conver­gence des luttes contre la pré­ca­rité et les licen­cie­ments, pour le droit à l’emploi et l’annulation des dettes publiques.

Le 9 octobre aurait pu être l’occasion d’amorcer cette conver­gence inter­pro­fes­sion­nelle. La CGT a en effet pris l’initiative d’appeler à une jour­née d’action, sans tou­te­fois créer les condi­tions d’une mobi­li­sa­tion d’ampleur, qui sup­po­sait un appel à une grève d’ensemble et une construc­tion avec d’autres. Dans ces condi­tions, SUD édu­ca­tion a déposé un pré­avis de grève pour cette jour­née, afin de per­mettre la par­ti­ci­pa­tion des per­son­nels de l’éducation qui le vou­dront, notam­ment pour par­ti­ci­per loca­le­ment à la néces­saire soli­da­rité inter­pro­fes­sion­nelle autour des entre­prises mena­cées de fer­me­tures et de licen­cie­ments.

Pour le ser­vice public d’éducation aussi, il est temps d’agir. Les mesu­rettes d’urgence sont loin de com­pen­ser les 14000 nou­velles sup­pres­sions de postes déci­dées par le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent. Orientation et ensei­gne­ment pro décen­tra­li­sés, pré­ca­rité, ser­vice numé­rique du sou­tien, budget « prio­ri­taire » à minima… la concer­ta­tion pour la refon­da­tion de l’école dévoile son vrai visage avec des déci­sions déjà prises qui ne vont pas vers une école éga­li­taire et éman­ci­pa­trice.

La fédération SUD éducation :

  • Affirme la néces­sité de construire un mou­ve­ment inter­pro­fes­sion­nel pour des alter­na­tives à l’austérité
  • Soutient les mobi­li­sa­tions en cours dans l’éducation, notam­ment la grève du 11 octobre en Seine-St-Denis
  • Propose aux fédé­ra­tions syn­di­cales de l’Éducation Nationale de se réunir pour éla­bo­rer une pla­te­forme de reven­di­ca­tions à faire abou­tir par la mobi­li­sa­tion

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